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^^92 LES M A I T P, F. s IJ F. LK P E N S K E MO I) E H N E
essayé de construire une psychologie complète et systématique. Tout aussi préoccupé que les Écossais de distinguer ce qui ne doit pasêtre confondu, ayant môme trouvé un fondement plus solide que Reid à la réfutation du scepticisme de Hume et du sensualisme de Condillac, il ne se contente pas cependant comme eux, d'énumérer, paquet par paquet en quelque sorte, les groupes de phénomènes que l'on peut distinguer dans le langage ; il essaie de les lier ensemble, d'en montrer le développement et, comme on dirait aujourd'hui, l'évolution. La psychologie de Reid laisse encore à chercher comment tous ces phénomènes s'unissent et s'associent dans un même moi. Riran conserve en quelque sorte la doctrine condillacienne de la transformation, avec cette diflférence qu'au lieu d'une sensation qui se transforme toute seule ou par des causes extérieures, l'agent de la transformation est ici dans le moi lui-même : c'est l'inter- \ention plus ou moins active et énergique du moi qui transforme les sensations en images, les images en idées, les idées en pensées, en jugements, en sciences. Au lieu d'une statue que l'on regarde du dehors, c'est un être vivant qui se regarde du dedans. Là est la ligne de démarcation qui sépare Biran de Condillac, la philosophie du xix'' siècle de celle du xvin^- et malgré d'apparents retours favorables à l'empirisme, le point de vue de l'intériorité est trop vrai, trop évident quand une l'ois on y est entré, pour qu'il ne retrouve pas dans la science la place légitime qui lui appartient.
Les Fondements de la p.sj/chologie nous ont montré le moi actif se mêlant aux affections, et en tirant par degrés toutes nos connaissances. Mais il est une autre face de la vie humaine, dont Biran jusque-là, dans aucun de ses travaux psychologiques n'avait fait mention, et qui va être l'objet principal de ses méditations pendant la dernière phase de sa vie : c'est le côté « par où l'homme touche à la nature divine, dont il émane, dont il est le reflet et l'image * » ; c'est « ce monde supérieur de réalité invisible, qui ne se manifeste qu'à un sens sublime : celui de la religion, de la foi et de l'amour 2 » . De ce nouveau point de vue est issu le dernier ouvrage de Maine de Biran, et que, comme Pascal, il a laissé inachevé. M. Ernest Naville a essayé d'en relier les débris épars avec un soin extrême ; il a pour litre : Nouveaux e.^sais d'Anthropologie.