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ma substance inconsciente et la substance d'uue pierre ou d'un insecte? Ce qui fait que l'âme est âme et non pas force aveugle, c'est le moi, la conscience, la personnalité. Qui l'a mieux démontré que Biran lui-même? Quelle est donc cette vie supérieure qui ne se sait pas vivre? Quel est ce bonheur dont je ne jouis pas? Ainsi, dès les premiers pas de la vie de l'esprit, Biran se laisse entraîner aux dernières exagérations et aux décevantes hallucinations des quiétistes. Cependant, dans d'autres passages, il s'exprime moins fortement, et semble ramener à un sens plus raisonnable et plus admissible cette prétendue absorption en Dieu ; on pourrait même croire qu'il ne s'agit en réalité que d'une métaphore hyperbolique. C'est ainsi, par exemple, que pour nous donner une idée de cet état supérieur, il nous décrit ce moment « ofi la passion étant vaincue, le devoir accompli et le sacrifice consommé, ]'âme est remplie d'un sentiment inefïable, où le moi se trouve absorbé » . Mais il semble impossible qu'il y ait dans l'âme un sentiment ineffable sans qu'elle le sache, sans qu'elle en ait conscience; et si elle en a conscience le moi n'est pas complètement absorbé, et n'est pas anéanti, comme Biran le disait tout à l'heure. Il dépeint encore cet état supérieur comme étant « le sentiment du repos après et avant l'effort, » comme « le calme des sens ou de la chair; » il l'identifie avec a la charité ou la vie en autrui». Or, rien de tout cela n'est absorption, anéantissement du moi . Sans doute, le moi doit s'oublier soi-même, s'élever à Dieu, au Beau

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et aa Bien, se répandre dans les autres, et vivre autant qu'il peut dans l'absolu. Mais rien de tout cela n'est sans conscience et par conséquent sans moi. Rien de tout cela ne ressemble au nirvana boudhique; ce n'est pas absorption, c'est au contraire consommation et perfection.

Biran méconnaît celte vérité, lorsqu'il dit que « le moi est le pivot et le pôle des facultés cognitives, et que le non moi, ou l'absorption du moi dans l'objectif, est la condition première des facultés affectives. Pour connaître, il faut que le moi soit présent à lui-même..., pour aimer, il faut que le moi s'oublie ou se peide de vue, en se rapportant à l'être beau, bon, parfait qui est sa fin K » C'est là, à ce qu'il nous semble, une psychologie très inexacte. Dans les facultés cognitives, comme dans les facultés affectives, le moi s'oublie et se perd de vue, quand il est en présence de l'absolu. Est-ce qu'un géomètre, quand il est tout entier à son théorème, ne s'oublie pas lui-même? Est-ce que l'histoire si connue d'Archimède ne prouve pas que la connaissance aussi bien que l'amour entraîne l'oubli de soi ? D'un autre côté, cet oubli de soi qui caractérise, je le reconnais, l'état le plus élevé de l'âme, soit dans l'ordre de l'amour, soit dans l'ordre de la connaissance, cet oubli de soi, n'est pas du tout « un non- moi. » Ce n'est pas « l'absorption du moi dans l'objectif pur. » Le moi s'oublie, mais il se sent; il a conscience de lui-même en autrui et en autre chose.

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