Les maîtres de musique de l'école de Pont-Levoy
Plusieurs manuscrits et une tradition invariable assurent que les Bénédictins de Pont-Levoy commencèrent à enseigner dès le XI e siècle, peu de temps après leur installation qui eut lieu en l’année 1035 (1)-
Au xiii° siècle, le grand siècle de foi, comme dans tous les monastères, il existait deux Ecoles distinctes : celle des Novices, spéciale aux enfants destinés à la profession monastique et l’Ecole des Séculiers ; pendant quatre siècles il en fut ainsi.
Ce fut seulement au milieu du xvn e siècle que les Bénédictins établirent le Pensionnat séculier, lors de la réforme de Saint-Maur. La science fut non seulement conseillée mais prescrite.
(il Voir les Historiens de l’Ecole : Germain Sarrut A. Dupré et Pascal.
La date de 1644 est inoubliable pour l’établissement, puisqu’elle fut le point de départ de l’ère florissante d’un Collège dont le renom, pendant près de trois siècles, s’étendit au loin.
Les Bénédictins créèrent leur nouvel enseignement» divisant les études en Pensionnat séculier et le Cours du plein exercice , que vint compléter l’adjonction des classes de Rhétorique et de Philosophie ; cette dernière classe 11e fut en activité qu’à partir de l’année 1691.
Les austères Bénédictins n’avaient point exclu les arts de leur programme d’enseignement : ces nobles accessoires de la science — ainsi s’exprime le savant A. Dupré, qui honora particulièrement son titre de « Bibliothécaire de la Ville de Blois » — étaient même cultivés avec succès à Pont-Levoy.
Il est à remarquer que quatre ans après l’ouverture du Collège, c’est-à-dire en 1648, quand le nombre des élèves se fut accru, on y joua, le 19 septembre, une tragédie composée par Dom Alexis Bréard second Directeur.
Ces sortes d’exercices étaient tellement multipliées, chaque mois, qu’en 1687, sous la direction de Dom Jean Ballivet, on lit un règlement pour en modifier l’usage.
En l’année 1688, on représenta, pour la première fois, un Opéra composé par Dom Joseph Rosset, régent de Rhétorique. Cet opéra fut mis en musique par le maître des enfants de chœur de l’église cathédrale Saint-Catien de Tours, et chanté par les plus belles voix de Saint- Catien et de Saint-Martin ; cette dernière église était une Collégiale au renom universellement connu. Les Rois l’avaient dotée de riches prébendes,ce qui permet-
tait d’entretenir un chœur nombreux formé des meilleurs musiciens de France (i).
Le 3 mai 1691, 011 représente, aussi pour la première fois, une pièce comique intitulée : Le 1 icillard insensé , de Dom François Rousseaux, et le même régent, l’année suivante, fit jouer une tragédie de sa composition ayant pour titre : Bajazet détrôné , dans laquelle il y avait quantité de ballets et de danses exécutés par les acteurs de la pièce ; le narrateur ajoute ingénument « qu’on n’avait point encore vu de pareils divertissements ! »
Les plus éminents personnages de l’époque honorèrent parfois ces séances de leur présence ; 011 peut citer Nos vSeigneurs de Berthier et de Gaumont, Evêques de Blois, Mgr Bussy-Rabutin, évêque de Luçon, Mgr Phelippeaux, archevêque de Bourges et Mgr l’Evêque de Comminges.
On voit donc, par tout ce qui précède, que le Collège était extrêmement prospère, puisqu’alors il comptait près de quatre cents élèves et qu’au point de vue des arts il 11e laissait rien à désirer.
La musique, évidemment, y était en grand honneur ; nous n’avons pu, malheureusement, découvrir les noms des premiers professeurs ; mais il est indubitable qu’011 y formait de nombreux élèves dans cette science.
Il nous faut arriver à l’année 1772 pour relever quelques traces des professeurs de musique ; nous transcrivons ces lignes, extraites du Palmarès de la Distribution des Prix :
« Le sieur Gaillard (professeur de musique vocale) fera
(1) Précis historique de VEcole de Pont-Levoy (Annales Pontiléviennes, 1822, n° 12, III‘‘ année).
« exécuter par ses élèves, plusieurs morceaux choisis, à « une seule, deux et trois voix, suivis de grands chœurs « accompagnés par la Symphonie. — Ces messieurs, au « nombre de soixante, répondront sur tous les principes « de la musique vocale ; sur les clefs et leur position ;
« sur les notes, leur valeur et leur division ; sur les diver- « ses transpositions par dièze ou par bémol ; sur les « mesures et leur nombre ; sur les cadences, les ports de « voix et coulés ; sur tous les silences usités et générale- « ment sur tout ce qui concerne notre musique actuelle ».
« Ils expliqueront les tons ou modes majeurs et mi- « neurs par le moyen des dièzes ou bémols portés à la « clef. »
(Suit une liste, comprenant le nom de quarante élèves devant figurer à cette séance).
Musique Instrumentale. — « Les sieurs Laurent et c Chezelle , tous deux maîtres de violon , feront exécuter « par leurs élèves, divisés en quatre classes, différents « morceaux proportionnés à leurs forces ».
(Suit la liste des dits élèves).
« Le sieur abbé Leroi , maître de violoncelle , fera exécuter < à MM. Cormier, major , et de Bar, chacun une sonnate » (sic).
Certains renseignements biographiques nous permettent de mettre au jour les principaux actes de la vie de Chezelle à Pont-Levoy.
Chezelle (alias Chezel) Jean-Baptiste-Pierre naquit à Orléans le 21 septembre 1752, sur la paroisse Saint- Marceau, de maître Jean Chezel, boulanger et de Catherine Roger, ses père et mère (1).
(1) Utat-civil d’Orléans, Registres paroissiaux de Saint- Marceau.
Elevé à la maîtrise de la Cathédrale, où il apprit les éléments de la musique, il se destina au service de l’Eglise et reçut des leçons de violon sur lequel il acquit une certaine habileté.
Le 12 mai 1770, âgé de 18 ans, ayant présenté sa demande, il fut accepté par le Chapitre d’Orléans pour le service du chœur comme musicien chantant la hautecontre ; il fut mis à l’épreuve de six mois et fut appointé de six livres par semaine.
Le Chapitre convint de lui accorder deux jours de congé chaque semaine sous la condition qu’il les prendra les jours où il n’y aura point de musique ; il est reçu à la condition de se perfectionner dans l’étude de la musique ; il faudra aussi qu’il apprenne à exécuter à première vue, le chant sur le livre.
Chezelle ne resta pas pendant ses six mois d’épreuve.
Le 3 octobre 1770, il remercia le Chapitre et obtint dudit Chapitre un certificat de bonnes vie et mœurs, accordé pour son assiduité au chœur pendant les cinq mois qu’il fut au service de l’église d’Orléans (1).
Ayant appris une vacance de place de professeur de musique au Collège Royal militaire de Pont-Levoy, il se présenta et fut accepté dans le courant de l’année 1771.
Les Registres Capitulaires de Véglise Cathédrale Saint- Louis de Blois contiennent cette indication à la date du 19 juillet 1775 : « Le Chapitre accorde un congé de « deux jours à M. Barbier, maître de musique de la « Cathédrale, pour se rendre au Collège de Pont-Levoy,
(1) Délibérations Capitulaires de Sainte-Croix. Arcli. Départ, du Loiret.
« pour faire de la musique à la Distribution des Prix » (i).
Dans le Palmarès de la Distribution des Prix pour l’année 1787, nous trouvons cette note, page 58 : « Les « Pensionnaires exécuteront, sous la direction de leurs « maîtres — parmi lesquels figure Chazelle comme pro- « fesseur de violon — plusieurs concertos, symphonies « concertantes, duos, trios et quatuors de violon et « violoncelle ».
(La liste des élèves de chaque professeur suit).
Ceci nous prouve qu’on faisait appel au talent des confrères voisins pour augmenter le nombre des exécutants.
1787. — Le Palmarès de la Distribution des Prix pour cette année 1787 contient cette mention :
Les pensionnaires exécuteront, sous la direction de MM. Ponchard (2), professeur de musique vocale, Chezelle, professeur de violon,
Bonnet, professeur de violoncelle,
Girardon, professeur d’instruments à vent, plusieurs concertos, symphonies concertantes, un duo, un trio et un quatuor de violon et violoncelle.
(Suit la liste des élèves de chaque professeur).
Il existe à la Bibliothèque Communale de Blois, située au Château, un registre couvert de peau blanche, feuillet détaché d’1111 ancien missel Pontilévien, donné à ladite
(1) François Barbier, lié en T743 à Fouilloy (Somme), entra comme maître de musique à la Cathédrale de Blois en 1763 ; il resta en fonction jusqu’en 1790, pendant 27 ans. Il mourut à Blois le 12 messidor au XII (i er juillet 1804), âgé de 61 ans.
(2) Antoine Ponchard , maître de musique à VÉcole de Ponl- Levoy (1758-1827), plaquette de 15 pages, par Jules Brosset. Blois, lmp. Migault, 1907.
Bibliothèque par M. Jules Laurand, ancien élève de Pont-Levoy. C’est le Registre de I ie, on peut dire, tenu par le Révérend Père Régent des Etudes, dans lequel sont consignés les progrès ou les mauvaises notes données à chaque élève dans le cours de l’année scolaire.
Il ne comporte que peu d’années (1781 à 1787). C’est ainsi que les appréciations des professeurs de musique sont indiquées scrupuleusement. Nous ne pouvons les citer toutes, ce serait fastidieux !
Voici cependant un spécimen, pris au hasard du Registre :
Brunet (élève de 6 me ) apprend la flûte, fait des progrès sensibles (mars 1787).
Rosmorduc (élève de 7 me ), musique vocale ; dispositions médiocres (1784).
Le même (élève de 6 me ), en juin 1785 commence le violon, donne des espérances ; il s’applique mais 11’a point de mémoire.
En décembre 1785, peu de disposition ; 11e veut pas travailler !
De Chaume (élève de seconde), violon ; quoique sans disposition, il ne laisse pas que de réussir (mars 1787).
Henry Viart (élève de troisième), musique vocale et instrumentale ; application constante au violon (mars 1787).
Charles Viart (élève de 3 me ) violon ; s’applique beaucoup et réussit de même.
Du Minhy (militaire), flûte traversière ; d’heureuses dispositions ; il a beaucoup d’intelligence, une belle embouchure, les doigts convenables, s'applique beaucoup et fait de grands progrès.
Aymé le Cadet (mars 1787), hautbois ; quelques progrès.
I,e volume comprend le nom des deux cents élèves, alors présents au Collège.
Epoque Révolutionnaire
Grâce aux documents conservés aux Archives Départementales de Loir-et-Cher y il nous est possible de reconstituer les éphémérides ou tout au moins les principales phases de cette funeste époque.
En 1789, l'Ecole de Pont-Levoy était à l’apogée de sa prospérité ; on y venait de toutes les parties de la France. 1/éducation embrassait toutes les sciences et tous les arts ; elle avait obtenu le titre d'Ecole Royale Militaire.
L’Assemblée Nationale décréta que toutes les propriétés du clergé séculier devenaient le domaine de la Nation ; c’était, comme de nos jours — en 1906 — le vol légal !
L’abbaye de Pont-Levoy fut donc, par décret du 2 novembre 1789, dépouillée de tous les biens dont l’avait dotée ses fondateurs.
Lorsque les administrations de Districts furent organisées, Pont-Levoy fut enclavé dans celui de Saint- Aignan.
L’Ecole Royale Militaire continua d’exister sous une administration présidée par un ex-bénédictin, Dom Garrelon, à la suite de la suppression des ordres monastiques, survenue le 13 février 1790.
Los fonctionnaires et professeurs furent quelques moines, débris de la Congrégation de Saint-Maur, et les maîtres laïques, occupés précédemment dans l'établissement.
C’étaient les administrateurs du District de Saint- Aignan qui salariaient ce nouveau personnel.
L’esprit révolutionnaire s’implanta parmi les maîtres laïques ; il fallait bien être à la hauteur des événements ! — Les professeurs de musique et leurs collègues ne manquèrent pas d’accorder leurs sentiments au ton Suraigu des rhéteurs du jour !
Nous relevons les délibérations prises ; elles sont suffisamment instructives et éclairent d’un jour particulier cette sombre époque de l’histoire de notre pays.
22 avril 1791 (II me année de la Liberté Française).
Les maîtres laïques de l’Ecole Militaire de Pont-Levoy, réunis sous le titre à’Amis de la Constitution, rédigent une pétition à l’Administration du District de Saiut- Aignan et demandent qu’on remplace les professeurs religieux par de nouveaux maîtres, de façon qu’il n’y ait point d’interruption dans les études des élèves. Parmi les signataires nous relevons les noms de Bonnet, professeur de musique instrumentale et ChEZELI.K, maître de violon. (Arch. Départ. L.-et-Cher,S le 361, en cours L. 778)
25 avril 1791. — Les Religieux Bénédictins devant quitter le Co lège incessamment en avisèrent leurs élèves; la plupart de ceux-ci écrivirent à leurs parents de venir les retirer. Ce n’était pas sans regrets que les Pères Bénédictins se voyaient acculés à cette nécessité, décrétée par la loi. Aussi firent-ils comprendre aux écoliers, encore fort nombreux à ce moment, que les nouveaux profes-
seurs désignés par 1*Administration départementale changeraient totalement le genre d éducation en usage dans l’Ecole (i) ; que ces nouveaux venus étaient des gens sans mœurs , sans sentiments et sans religion (sic). Ces propos furent rapportés dans une seconde pétition, signée par tous les professeurs laïques ; les uns et les autres racontèrent les on dit et les petits potins des écoliers. C’est ainsi que, pour sa part, le maître de musique Chezelle déclare « quêtant chez M me Champigny,
« à Viiîicrs, M. le Couvreur d'Engé avait dit à cette « dame qu'il tenait d'un religieux de Pont-Levoy que Dont « Marquet, Prieur , avait écrit à tous les parents de retirer « leurs enfants , attendu que les Religieux s en allaient ».
3 juillet 1791. — Les professeurs du Collège : Ponchard , maître de musique vocale; Sébastinus André , professeur d’instruments à vent ; Jean-Baptiste-Pierre ( hezclle , maître de violon et Joseph Bonnet , maître de violoncelle et instruments divers, de même que leurs collègues des classes, prêtent le serment exigé par la Constitution, devant les autorités.
6 septembre 1792. — Le District de vSaint-Aignan accorde quinze cents livres d’appointements au citoyen Bonnet, professeur de musique instrumentale au Collège de Pont-Levoy, sur la recommandation de l’administration dudit Collège. Nous relevons la mention suivante : « Nous vous prions d'avoir égard à la position « et aux infirmités où se trouve réduit ce citoyen ».
5 août 1792. — A la nouvelle de l’invasion des armées
(1) A la date du 26 avril 1791, le Cours des Grands comprenait 32 élèves, le Cours des Moyens 72 élèves et le Cours des Petits 96, ce cjui donnait un total de 200 élèves.
étrangères, une levée en masse fut décrétée par toute la France. — Le citoyen Bonnet, ardent patriote, professeur de violoncelle, fit engager son fils Antoine. Ce jeune homme, natif de Besançon, était âgé de 21 ans et demeurait à Blois. Son engagement fut fait à Pont-Levoy et l’état, rédigé par Ponchard, commissaire du district, à la date du 10 septembre 1792.
9 septembre 1792. — Ce jour, il fut dressé une liste des armes possédées par les citoyens, habitant la commune de Pont-Levoy. Voici celles que détenaient les professeurs de musique :
Pierre Chczelle , maître de musique, déclare une épée et un mauvais couteau de chasse, plus un uniforme.
Jean Lasnier , maître de musique, déclare un fusil de chasse.
Sébastien A ndré , maître de musique, déclare un fusil de calibre avec baïonnette.
Antoine Ponchard , maître de musique, possède un sabre et un uniforme.
Au I er décembre 1792, le vieux Collège portait le nom d 'Ecole Nationale militaire. La propriété en était encore entre les mains du gouvernement (1).
20 janvier 1793. — Lettre du citoyen Directeur du Collège, Garrelon, aux Administrateurs du District de Saint-Aignan :
Citoyens ,
« Je donne tous les mois 125 livres au citoyen Bonnet.
(1) Notice sur Pont-Levoy (sans nom d’auteur), chez Dezairs, à Blois (1835).
« Il a été maître de violon au Collège pendant cinq ans ; « les enfants n'ont pu profiter de ses leçons depuis deux « ans à cause de son état de cécité. Depuis quatorze mois « il n'a pas paru au Collège.
« L'ancien Directoire (de District) ni avait écrit pour « m autoriser à lui payer , sur la Caisse du Collège , ses « appointements sur le même pied qu'il les avait touchés « jusqu à ce quil eut été statué par la Convention nationale « sur sa demande. — On m avait affirmé , il y a six se- « mairies , que la Convention allait décider sur le sort du « citoyen Bonnet ; cependant cela ne finit point et les éco- « tiers sont privés d'un maître , au grand mécontentement « des parents qui prétendent ne devoir pas payer celui qui « ne peut exercer ses fonctions et lui faire une pension « de quinze cents livres. »
(A. D. S ie 640, L77S).
27 janvier 1793. — Les citoyens, professeurs du Collège, délèguent deux de leurs collègues ( Kolly , professeur de philosophie et Bouchard , maître de musique vocale), auprès de l’Administration pour protester contre l’adoption du nouveau règlement arrêté par le Conseil Général du Département (Procès-verbal de la séance des Amis de la Constitution de ce jour).
Tous les professeurs signèrent le procès-verbal. Parmi les maîtres de musique nous trouvons Chezelle , André et Ponchard.
Février 1793. — Ignace Kolly , professeur de philosophie et Antoine Ponchard , maître de musique, rédigent une pétition à l’Administration du Directoire de Loir-et- Cher pour protester contre certaines calomnies « dont, tous deux, ont été abreuvés » ; ils rejettent le nouveau
règlement qu’on veut leur imposer parce qu’il est contraire à la loi et que leur Institution a déjà ses statuts.
(A. D. Liasse 632).
Le Directeur, Garrelon, avait présenté le nouveau règlement. — La raison du rejet de ce règlement, qui amenait la querelle dans le personnel enseignant de l'Ecole, c’est que tous voulaient être maîtres et n’obéir qu’à leur gré.
Cette conclusion s’impose après avoir lu la lettre de Dom Garrelon écrite à ce sujet et annexée à la liasse 632 A. D.
21 février 1793. — Le citoyen Ponchard, au nom des professeurs, écrit une lettre au citoyen bouchard, administrateur du Département. Dans cette missive il relate les inquiétudes de ses collègues relativement au paiement de leurs honoraires, car, — dit-il — « le Direc- « leur de notre Collège a le dessein de partir, sous peu, « pour rendre ses comptes au Département et, de là, aller « à Paris, soi disant ?... Il craint le grand jour ! voilà « pourquoi il voudrait bien qu'aucun de nous, sans- « culottes, ne visse ses comptes ». (A. D. Liasse 632, L 778). C’est tout simplement de la délation !...
Ponchard quitta le professorat de l’Ecole pour entrer dans les fonctions publiques.
Dans un État des citoyens de la commune de Pont-Lcvoy pouvant remplir des jonctions publiques, dressé par la Société Populaire séante à Pont-Levoy, le 4 pluviôse, an Il (23 janvier 1794), il est dit que Ponchard fut employé pendant plusieurs mois par le Comité de Surveillance de Blois. Sans-culotte enragé, ce futur maître de chapelle
de Saint-Eustache, à Paris, était bien à sa place dans ce Comité occulte, foyer permanent de délation contre les citoyens bien pensants.
Ce fut le nommé Krug aîné qui remplaça Ponchard comme professeur de musique vocale .
27 mai 1793. — D’une lettre écrite par le citoyen Chotard-Duplessis aux administrateurs du District de Saint-Aignan, il résulte que les fabriciers de la paroisse Saint-Eouis de Blois ayant jugé à propos de supprimer un des deux joueurs de serpent attachés à cette église et lui, étant l’un des deux, il se trouve actuellement sans place. — Ayant appris que le serpent qui appartient à l’Ecole, est sans emploi en ce moment et désirant entrer au service de l’église de Saint-Dyé-sur-Eoire, Chotard demande à acheter ledit serpent : il s’arrangerait soit avec le Directeur du Collège, soit avec l’Administration du District.
Des Administrateurs prient le Directeur, si l’instrument n’est pas nécessaire à l’Ecole, de le remettre à Chotard contre une reconnaissance et pour le représenter lorsqu’il en sera requis. (A. D. S ie 646, E 778 à 796).
Ee 8 avril 1793 Ponchard quitta le Collège.
17 juin 1793. — Traitements des Professeurs de musique de l’Ecole Nationale de Pont-Eevoy, arrêtés le 17 juin 1793, avec effet rétroactif pour le paiement partant du I er avril.
Chezellc, professeur de musique instrumentale, touchera 1.200 livres par an, plus 250 livres de pension ; il lui reste dû 362 livres 10 sols.
André , professeur d’instruments à vent, touchera 1.300 livres par an ; il lui reste dû 325 livres.
Ponchard (i), musique vocale, touchera 1.500 livres par an ; il lui est dû 325 livres.
Continuant les traditions des Pères Bénédictins, l’administration du Collège accorda des rentes viagères à ses vieux professeurs retirés. Deux anciens maîtres se trouvaient dans ce cas, notamment Pcrrier, ex-maître de violon ; sa pension fut fixée à 300 livres par an ; il lui était dû un trimestre de 75 livres. (A. I). S'" 635, h 782 à 796).
Pa situation financière de l’établissement laissait à désirer. Par suite des événements politiques le nombre des élèves avait singulièrement baissé ; l'administration fut obligée de faire subir des diminutions successives sur les appointements des professeurs, ainsi que nous le verrons plus loin..
12 novembre 1793. — A cette date, Ponchard, Kolly, Pesleu, furent nommés administrateurs du Collège (22 brumaire an II).
En cette qualité, le 26 brumaire an II (16 novembre 1793), ces trois administrateurs dressent l’inventaire des effets et objets appartenant aux citoyens Jollivel et Perrin, tous deux ex-bénédictins, incarcérés dans les prisons. — C’était en pleine terreur rouge !
A la fin de l’année 1793, l’Administration du Département soutenant toujours l’Ecole, en confia la direction à un ancien membre de la Congrégation de Saint-Maur, Pierre François Chappotin, ex-bénédictin.
A cette époque le Gouvernement Républicain em-
(1) Ponchard remplit une fonction publique à Blois pendant quelques mois et revint à Pont-Levov comme administrateur du Collège.
prisonna une quantité de notables Blésois, traités de suspects (i).
2 ] janvier 1794. — Les citoyens de la commune de Pont-Levoy étant susceptibles de devenir fonctionnaires publics, le District de Carismonl (nouveau nom républicain donné à la Ville de Saint-Aignan-sur-Clier, cheflieu de district, duquel faisait partie celle de Pont-Levoy), fit dresser un état des habitants pouvant remplir dignement (on sait ce que ce ternie signifiait !) des fonctions publiques.
Nous trouvons, dans le tableau ci-contre, le nom de nos maîtres de musique, désignés ainsi que les autres professeurs, par leur intelligence et leurs aptitudes, plus développées que celles des habitants du bourg.
En outre, certains détails nous édifient sur le degré de républicanisme de chacun d’eux.
(1) Notice sur Pont-Levoy, chez Dezairs 1835. de la Terreur à Blois. Imprimerie Lecesne, 1877.
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