‹ Les maîtres du paysageChapitre 110 sur 193 · SINCÉRITÉ DES ÉTUDES DE CONSTABLE · texte numérisé non relu

SINCÉRITÉ DES ÉTUDES DE CONSTABLE

lui. Les réunions mondaines ne l'avaient jamais attiré et il déplorait le temps perdu dans des sociétés frivoles. « Sa famille, la nature, son atelier, voilà ce qu'il aimait par-dessus tout. » Ses lettres de cette époque témoignent d'un enthousiasme et d'une joie intérieure qui, dans cette âme naturellement religieuse, confinent à la prière. Durant une courte absence qu'il fait en mai 18 19, transporté par la beauté du printemps qui éclate autour de lui, il écrit à sa femme : « Il semble que tout fleurit et s'épanouit dans la campagne. A chaque pas, de quelque côté que je regarde, je crois entendre murmurer près de moi ces paroles sublimes de l'Écriture : « Je suis la Résurrection et la Vie! » Partout, dans la nature, il voit la main de Dieu, l'esprit de Dieu, et il ne s'approche d'elle qu'avec respect.

Dans ses dessins, Constable a recours aux procédés les plus variés et il excelle à tirer de chacun d'eux le meilleur parti. Tantôt il se sert du crayon de mine de plomb afin d'arriver, ainsi qu'il l'a fait pour ses études d'arbres, à une grande précision dans les formes ; tantôt, comme dans ses croquis du Canal de Newbury^ et du Pont d'Abingdon (7 juin 1821), grâce à l'emploi combiné du crayon noir et de l'estompe, il établit largement son effet, avec autant de décision que de délicatesse. D'autres fois, sur une silhouette faite à la plume, il note les principales valeurs par de légers lavis d'encre de Chine, et même les colorations par des rehauts donnés à l'aquarelle, qu'il pratiqua toute sa vie avec une habileté magistrale. Mais qu'il manie le crayon ou le pinceau, dans les motifs les plus divers, rapidement indiqués par lui en quelques traits, le caractère du paysage est toujours rendu avec une vérité singulière.

Les études peintes par Constable ne sont pas moins sincères. En face de la nature, non seulement il oubliait qu'il eût jamais vu aucune peinture, mais il faisait bon marché de ce qu'il savait lui-même, se gardant des formules apprises, s'appliquant à retrouver, dans son dessin comme dans sa couleur, la naïveté d'un débutant. Sans parti pris, avec une candeur d'enfant, il essayait d'exprimer ce qu'il voyait, ne tirant de son expérience et de son talent qu'une vision plus nette et plus vive de ce qui, dans la réalité, lui paraissait essentiel, qu'une docilité et une souplesse de main plus grandes pour mieux traduire l'infinie diversité des formes et des harmonies qui s'offraient à lui. Le Musée de South- Kensington possède une assez grande quantité de ces études, faites

pour la plupart aux environs de Bergholt, par toutes les saisons et par tous les temps.

Sans avoir d'œuvres importantes de Constable, le Louvre nous montre des acceptions variées de son talent : le Collage, avec une habitation rustique enfouie dans la verdure: la Baie de Wej'moiilh aux approches d'une lempèle, sous un ciel lourd et cuivré; une ]'ue de Hampslead et la Ferme. Grâce à la libéralité de M. Ch. Sedelmeyer, qui a lui-même réuni une assez nombreuse collection d'esquisses de Constable, notre musée s'est récemment enrichi d'un Moulin à renl, avec des amas de nuages vivement chassés par la brise et promenant leurs ombres rapides dans une vaste plaine, petite toile d'une harmonie délicieuse, dans laquelle la pureté de l'air et l'aspect brillant de la campagne par un jour de printemps sont exprimés avec autant de justesse que de poésie.

Mais les grandes œuvres de Constable, qui, d'ailleurs, n'a peint qu'un petit nombre de tableaux, sont demeurées en Angleterre. Elles respirent la force et la vérité pénétrantes que son amour de la nature et son labeur opiniâtre avaient assurées à sa maturité. En 1819, à la suite de l'exposition où il avait envoyé un Paysage des bords du Slour, il était nommé associé à la Royal Academy. Lentement venu, son succès s'étendait peu à peu et, sans être encore très goûtées par la niasse du public, ses œuvres lui valaient d'année en année des admirateurs plus convaincus. Sa réputation avait même franchi le détroit et, au printemps de 1824, ayant vendu à un marchand de Paris trois tableaux : un Charioldefoin traversant un gué, un Canal et une lue de Londres, sur les conseils de son ami Leslie, il mettait pour condition à cette vente qu'ils seraient exposés par l'acquéreur au Salon de cette année. « J'espère, disait-il, qu'ils toucheront le cœur des jeunes peintres français. » Accueillis, en effet, avec une extrême faveur, ces tableaux furent comme une révélation pour notre école de paysagistes et un stimulant aux tentatives de rénovation qui commençaient à l'agiter. Les toiles de Constable placées d'abord dans la grande galerie, avaient été ensuite, sur l'ordre du comte de Forbin, admises aux honneurs du Salon Carré. Dans une de ses visites, le roi les remarqua et une médaille d'or leur fut décernée. Un compatriote de l'artiste était heureux de lui écrire qu'il avait entendu un amateur les signaler à un de ses amis, en disant :

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