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J. CONSTABLE. — LE CHAMP DE BLE

National Gallery. (Phot. Braun, Clément et C".)

tombant à grand fracas, s'épand en fine poussière sur la luxuriante végétation de ces lieux humides : des amas de tussilages lustrés tapissent les berges et des ombellifères géantes dressent leurs hautes tiges et leurs larges fleurs. Là, c'est la rivière aux capricieuses sinuosités, coulant à pleins bords, avec de grands arbres de fière tournure semés sur ses rives; ou bien encore, cette Ecluse que l'artiste a plus d'une fois reproduite, avec toutes les variantes d'arrangement qu'il en pouvait tirer. Cette fois, comme d'habitude, les verts intenses des herbages et des arbres qui bordent le canal sont mis en valeur par la note rouge du

costume de l'homme qui se dispose à lever la vanne de l'écluse dans laquelle son bateau va s'engager.

Constable a peint aussi à diverses reprises la Cathédrale de Salisbuiy. Dans l'exemplaire qui figurait à l'Exposition de Manchester en iSSy — il appartenait alors à M. Samuel Ashton — l'église est reléguée à un plan assez éloigné. Un arc-en-cicl décrit sa courbe brillante sur les nuées orageuses; une charrette attelée de trois chevaux va traverser à gué la rivière qui occupe le milieu du tableau et les pieux d'une barrière avec des plantes variées, croissant à l'aventure, garnissent le premier plan. Le même motif, conçu plus simplement dans le tableau de South-Kensington, est d'un effet plus saisissant, et l'artiste, qui l'avait gardé dans son atelier jusqu'à sa mort, le considérait comme un de ses meilleures ouvrages. De grands arbres aux troncs élancés encadrent la cathédrale dont la net et le clocher, éclairés par le soleil à son déclin, s'enlèvent sur un ciel mouvementé. La largeur de l'aspect, l'ampleur de l'exécution, la justesse de cette lumière dorée et caressante qui s'épanouit sur les murailles du monument, le contraste heureux que celles-ci présentent avec le bleu velouté des nuages, tout ici révèle la maîtrise du peintre et justifie la préférence qu'il avait pour cette œuvre exquise.

Sans atteindre jamais l'engouement passionné que Turner excitait chez ses compatriotes, la réputation de Constable avait peu à peu grandi en Angleterre et sur le continent. Il avait ses admirateurs fidèles et il continuait à trouver ses meilleurs encouragements dans l'étude assidue de la nature. En 1826 il avait vendu un assez grand nombre de tableaux et, à la demande de plusieurs amateurs, il s'était même décidé à établir un tarif, d'ailleurs très modéré, des prix de ses œuvres, proportionnellement à leurs dimensions. Il s'installait en 1827 dans une maison spacieuse et confortable avec un atelier largement aménagé, dans la banlieue de Londres, à Hampstead, d'où il jouissait d'une vue sans pareille sur la grande ville, depuis Westminster-Abbey jusqu'à Gravesend, avec un immense horizon de bois, de cultures et de villages. A la mort de son beau-père, en 1828, il héritait de r>ooooo francs; cette année même il avait son quatrième enfant et achevait un grand tableau, « trois faits importants dans sa vie », disait-il. Il pouvait donc mener l'existence indépendante et retirée qui convenait à ses goûts. Mais ce bonheur trop complet ne devait pas être de longue durée. La santé de sa femme,

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