CONFERENCES SUR LES PAYSAGISTES
avaient entendues s'accordaient pour constater chez l'artiste une grande facilité de parole et une remarquable justesse d'appréciations. Il souhaitait que « le goût des amateurs ne fût pas seulement formé dans les musées et les collections, mais qu'il fût soutenu chez eux par un amour profond de la nature.
Ceux-là seuls qui réunissent à cet amour une culture intelligente étaient, à son avis, capables de discerner l'originalité des artistes «. Le maniérisme viciait pour lui les qualités les plus rares et il mettait la sincérité bien au-dessus de l'habileté. Il avait horreur de la virtuosité et c'est à cette disposition d'esprit qu'il convient d'attribuer la sévérité excessive avec laquelle il a parlé de paysagistes d'un talent très réel , comme Both et Wouwerman, mais dont la facilité, parfois un peu banale, lui était antipathique. Il était même tout à fait injuste pour Ber-
chem qu'il trouvait absolument dépourvu de sentiment poétique, et l'on raconte qu'à la suite d'une leçon où il l'avait assez rudement malmené, un de ses auditeurs, possesseur de plusieurs tableaux de ce peintre, lui ayant demandé d'un air mélancolique s'il ne serait pas à propos de les vendre: « Non, brûlez-les plutôt, » aurait répondu Constable. Mais sauf cette boutade où, dans un accès de vivacité, il épanchait sa mauvaise humeur, d'habitude ses jugements étaient surtout laudatifs. Il plaçait le Giorgione et le Titien au nombre des plus grands paysagistes, pour
J. CONSTABLE. — ARBRES A HAMPSTEAD. (Dessin daprcs nature, liibl. nat.)
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l'intelligence avec laquelle ils ont mis en œuvre toutes les ressources de l'art de peindre, et trouvait que dans aucun des genres où il a excellé, Rubens ne montre un mérite supérieur à celui de ses paysages. C'est « le peintre de la santé, de la lumière franche et des saisons robustes ». L' Arc-en-ciel de Rubens, le Déluge de Poussin, le Buisson de Ruisdael et le Moulin de Rembrandt étaient ses chefs-d'œuvre préférés; mais il considérait avec raison ce dernier maître comme très personnel et par suite dangereux à suivre. Pour lui, Claude avait « atteint le plus haut degré de perfection dont l'art humain est capable, tant son talent est aimable, plein de calme et de sérénité. C'est le tranquille rayonnement du cœur ». Il revient souvent sur cette perfection de Claude, « sur la limpidité de sa peinture, transparente comme le cristal ». L'Embarquement de sainte Ursule de la National Gallery était, à ses yeux, « la peinture en demi-teinte la plus fine qui existe ». En général, les Hollandais, entre autres Cuyp et Pieter de Hooch, le séduisaient par la simplicité familière de leurs motifs et l'exactitude pénétrante de leur observation. Le contraste si profond qu'il signalait entre des interprétations de la nature aussi différentes que celles de Claude et de Ruisdael lui paraissait une preuve convaincante « de la multiplicité et de la diversité des voies que peut suivre le génie pour arriver à la prééminence ».
Si vive que fût l'admiration de Constable pour les maîtres du paysage, elle ne lui faisait Jamais oublier celle que lui inspirait la nature. « Il me semble, disait-il, que certains critiques exaltent la peinture d'une manière ridicule. On arrive à la placer si haut qu'on croirait que la nature n'a rien de mieux à faire qu'à s'avouer vaincue et à demander des leçons aux artistes. Applaudissons les chefs-d'œuvre de l'art, mais demeurons fidèles à l'admiration de la nature qui seule en est la source. » Il était resté toute sa vie, on le voit, rempli de cet amour que dès son enfance il avait conçu pour elle. Jamais il n'avait résisté au plaisir d'aller voir, parfois à d'assez grandes distances, les beaux sites qu'on lui signalait. Ses amis, en maintes occasions, se servaient de la séduction qu'elle exerçait sur lui pour l'attirer dans leur voisinage. « Venez ici, lui écrivait l'un d'eux: j'ai compté le long de la rivière trois vieux moulins très pittoresques. »
Le 3i mars 1887, Constable fut trouvé mort dans son lit. On l'enterra dans le cimetière de Hampstead à côté de sa femme. Il laissait dans son