INTIMITE DU TALEST DE CONSTABLE
atelier quelques-unes de ses œuvres dont il n'avait pas voulu se séparer ou qu'il ne considérait pas comme terminées et qui furent vendues avec ses tableaux de maîtres anciens. Tout en souffrant un peu de ne pas se sentir apprécié à sa valeur par le public, Constable se rendait compte des causes qui l'empêchaient d'être populaire. « Mon art, disait-il, ne flatte personne; il ne vise pas au trompe-l'œil par les minuties de l'imitation; il ne sollicite personne par sa douceur; il n'étonne personne par le charme de son fini : je ne serai jamais le peintre des gentlemen et des ladics. » Mais l'avenir devait venger l'artiste de l'accueil que lui avaient fait ses contemporains, et les prix atteints par ses œuvres depuis sa mort le montrent assez : deux de ses tableaux achetés loo i chacun, en 1818 et 1820, par son ami l'archidiacre Fischer, le Leaping-Horse et le Moulin de Sh'alford, ont été, en 1894 et iSqd, poussés aux enchères en vente publique, le premier à 162 jbo et le second à 223 123 francs.
Avec Constable disparaissait un des plus grands peintres qu'ait produits l'Angleterre et le véritable rénovateur du paysage moderne. Peut-être n'a-t-il pas été autant qu'on l'a dit l'initiateur de notre école; peut-être, ainsi qu'on peut assez souvent le constater dans l'histoire de l'art, un même courant d'idées s'est-il produit en même temps de chaque côté du détroit, sans qu'il soit bien facile de dire avec quelque certitude auquel des deux pays revient l'honneur de Ui priorité, ni quelle part d'influences réciproques il est juste d'attribuer à chacun d'eux. Quand Constable envoyait chez nous, au Salon de 1824, les trois tableaux qui devaient y faire sensation, plusieurs de nos artistes étaient déjà revenus à cette étude sincère de la nature qui faisait le mérite de ses paysages, et la faveur même avec laquelle ils accueillirent cet envoi suffirait à le prouver.
Constable n'a jamais prétendu au rôle de réformateur; mais l'excellence de sa méthode ne pouvait manquer de porter ses fruits. Tandis que l'exemple de Turner, autorisant toutes les fantaisies, toutes les aventures, même les moins picturales, substituait les hasards de l'exécution et l'emploi des procédés les plus audacieux à l'étude attentive de la nature, c'est sur cette étude exclusive que s'appuie Constable. Au lieu d'exploiter un talent acquis, au lieu de courir le monde en quête de motifs inédits, c'est son pays qui le retient et qui l'inspire, et dans ce pays l'humble et cher village oij il est né, autour duquel s'écoule sa
paisible et laborieuse existence. En revenant à ces coins familiers, mêlés de si près à sa propre vie, en multipliant les fidèles images qu'il nous en a laissées, il ne pensait pas en épuiser jamais les ressources pittoresques. Ils avaient toujours quelque confidence à lui faire, quelque beauté nouvelle à lui révéler. Ainsi qu'il se l'était proposé dès ses débuts, il est resté le peintre attitré de cette modeste contrée. Goûtant profondément lui-même les jouissances qu'un commerce si assidu lui avait méritées, il nous en fait admirer l'aimable poésie dans des œuvres qui, à raison de leur sincérité et de leur puissance expressive, sont assurées de vivre. Par surcroît, sans qu'il y visât, il a créé à nouveau ce genre du paysage intime qu'avant lui les Hollandais, Ruisdael surtout, avaient découvert et qu'après lui, par un même amour de la nature, par les mêmes recherches persévérantes et désintéressées, notre école moderne de paysage allait remettre en honneur.
J. CONSTABLE. L KCLUSK.
(Collection de M. J.-P. Heseliine.)
ANT. WATTEAU. — DESSIN DAPRÈS NATURE. (Colleclion de M. Léon Bonnat.)