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SEJOUR EN VENDÉE

assez fidèlement rendu'. Le tableau, envoyé au Salon de i836, avait été refusé par le jury. Mais Ary SchefFer, fort épris du talent de Rousseau, le lui avait acheté et l'exposait dans son atelier oij de nombreux visiteurs, conviés par lui, étaient venus l'admirer. Du reste, c'était déjà par l'obligeante entremise de Scheffer qu'en février 1884, le duc d'Orléans s'était rendu acquéreur d'une Lisière de Forêt, peinte également par l'artiste et dont le motif était des plus simples. '

Rousseau n'était pas seul alors à subir les rigueurs du jur}', et, à ce même Salon de i836, Paul Huet, Marilhat, Delacroix, bien d'autres encore avaient éprouvé le même sort. Pendant douze années consécutives, il était victime d'injustices pareilles. Mais il ne s'abandonnait pas au découragement, et, loin de nuire à sa réputation, ces exclusions systématiques lui attiraient bien des sympathies. 11 était désormais très apprécié de ses confrères les plus en vue, et un certain jour Delacroix avait amené George Sand dans son atelier pour y voir ses études. Le travail d'ailleurs lui procurait les satisfactions qu'il désirait avant tout. Attiré de nouveau par la forêt de Fontainebleau, vers la fin de l'automne, il avait appris à la mieux connaître à ce moment de l'année où à ses splendeurs s'ajoute le charme de son entière solitude. Installé cette fois à Barbizon, chez le père Ganne, il y passait l'hiver de i836- 1837. Captivé par la sauvage beauté de cette saison, il dessinait et peignait courageusement en plein air, par tous les temps, les doigts roidis par le froid. Comme il le disait, « il voulait jouer sur le grand clavier et toucher à toutes les harmonies ».

A la suite de la mort de sa mère qui l'avait profondément attristé, il cédait aux sollicitations d'un de ses admirateurs, Charles Le Roux, devenu son ami et son élève, et il faisait près de lui un séjour en Vendée. Connaissant bien la contrée où il résidait. Le Roux en révélait à son hôte les coins les plus pittoresques, et, profitant de ses conseils, il arrivait lui-même à en exprimer quelques-uns des aspects les plus caractéristiques. Dans une telle compagnie, se sentant ainsi entouré d'affection, Rousseau devenait très communicatif. Sans autre souci que celui de

I. (^ette toile de dimensions assez grandes appartient à M. Mesdag, le célèbre peintre de marines et fait partie de la belle collection d'œuvres modernes qu'il a réunies à La Haye et qu'il vient de donner à la Hollande; malheureusement l'emploi immodéré du bitume a un peu noirci l'aspect et altéré la conservation de cet important ouvrage.

son art, il amassait de nombreuses études qu'il garda longtemps dans son atelier, comme le Marais eu ]\'iidée et le Château de Bressiiire, et il peignait sur place dans des dimensions un peu plus grandes, sa célèbre Allée de Châtaigniers. C'était une avenue, se présentant presque de face, dont les cimes des vieux arbres se rejoignaient de part et

d'autre pour former une voûte de verdure presque impénétrable. Mais la simplicité même du motif imposait à Rousseau l'obligation de le traiter avec toute la conscience dont il était capable.

Suivant une habitude à laquelle il demeura fidèle, après avoir avec soin choisi sa place, il commença par faire sur sa toile même une esquisse très exacte, qu'il peignit ensuite d'un ton de bistre monochrome. Il trouvait à cette manière de procéder l'avantage de fractionner les difficultés de sa tâche, en établissant d'abord, avec toute la correction possible, la charpente de son oeuvre et la mise en place des masses principales. C'était pour lui l'occasion de se familiariser avec les formes qu'il avait sous les yeux et en même temps de se rendre compte des conditions d'éclairage les plus favorables, afin d'arrêter l'heure précise de l'effet et les valeurs des divers éléments pittoresques de son œuvre. Si, par l'obstination qu'il mit à travailler à ce tableau, il l'avait, à la fin, un peu durci, du moins l'effet en était resté très puissant, et la nouveauté de ces recherches témoignait hautement de la conscience de Rousseau. La peinture très sage, très loyale, n'avait d'ailleurs rien d'agressif: elle commandait Tatten-

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