LOUIS CABAT
dans la banlieue de Paris et qui sont aujourd'hui compris parmi les quartiers les plus élégants ou les plus populeux de la ville elle-même : les Champs-Elysées, le parc Monceau, Belleville, Montmartre et les abords du cimetière du Père-Lachaise, près duquel Fiers avait sa demeure. Les études que Cabat fit alors lui fournirent les éléments de quelques-uns de ses meilleurs tableaux, tels que le Jardin Beaiijon et le -y Cabaret de Montsouris qu'il exposait en 1834 et qui obtinrent un grand succès. L'année d'avant il avait débuté au Salon avec les Sources de la Botc^anne, à la suite d'une excursion faite en i832 dans l'Indre, en compagnie de Jules Dupré qu'il connaissait depuis l'âge de quinze ans. Travailleurs infatigables, ils ne s'inquiétaient pas plus l'un que l'autre des conditions matérielles de la vie et s'estimaient heureux de trouver la nourriture et le gîte moyennant une pension de i fr. 5o par jour, dans une auberge où « ils étaient traités comme des rois ». Mais, comme en ces temps lointains les paysans n'étaient guère habitués à voir des artistes, la venue de ces étrangers et les mystérieuses opérations auxquelles ils se livraient dans la campagne excitaient des méfiances qui faillirent leur être funestes. « C'était, nous dit un biographe de Cabat', l'époque du choléra : ses ravages avaient partout jeté la panique et à l'effroi général se mêlaient des rumeurs d'empoisonnement, la croyance s'étant enracinée parmi les populations que des agents venus de Paris se répandaient dans les campagnes pour y corrompre les eaux. » Un jour que Cabat et Dupré s'étaient approchés d'une source qui leur semblait pittoresque, surveillés de près ils auraient été certainement écharpés, si, ne trouvant pas le motif assez à leur goût, ils ne s'en étaient d'eux-mêmes éloignés. ' '
Le choix heureux des sites et la conscience avec laquelle Cabat cherchait jusque dans les moindres détails à en exprimer le véritable caractère, lui avaient bien vite mérité une grande réputation et il semblait que désormais sa voie fût tracée. Mais un séjour qu'il fit en Italie (i836- 1837) ayant complètement changé ses goûts, il abandonnait les motifs intimes que jusqu'alors il avait traités, pour aborder un ordre de compositions plus ambitieuses. Cette transformation de son talent, déconcertant un peu la critique, devait attirer à Cabat les reproches des