TABLEAUX DE LA COLLECTION THOM Y-THI ÉRY
JULKS DUPRE. A MARKK BASSK.
(Phot, Giraudon.)
vitable, la peinture claire et facile tendait de plus en plus à prévaloir, leur opacité et leur exécution trop appuyée devaient nécessairement les déprécier.
Ces œuvres d'ailleurs sont restées éparses, disséminées dans les collections particulières, non seulement en France et dans les pays voisins, mais surtout en Amérique. On ne les a guère vues qu'isolées dans les ventes où elles apparaissaient successivement. A l'inverse de ce qui est arrivé pour Corot et Millet, elles n'ont jamais été réunies dans des expositions spéciales faites en l'honneur de Rousseau. Aux deux Expositions universelles de 1889 et de icjoo qui auraient dû fournir l'occasion d'en rassembler un choix, le maître était mal représenté, par des tableaux peu nombreux et pris comme au hasard. Fort heureusement, le Louvre, qui déjà possédait de lui des toiles importantes, s'est récemment enrichi de quelques-uns de ses meilleurs ouvrages. Le legs généreux de la collection Thomy-Thiéry y a fait entrer, en effet, une dizaine de tableaux parmi lesquels, à côté d'œuvres justement fameuses et de premier ordre, comme les Chênes (ancienne collection Ed. André), d'autres de petites dimensions, telles que les Bords de la Loire ou la Plaine des
Pj'vénées^ et même minuscules, comme le J^asseiir et le Coteau, nous montrent l'artiste sachant approprier sa touche aux proportions les plus exiguës, tout en conservant l'ampleur de son exécution.
Comme Rousseau n'a jamais daté ses tableaux, et qu'il les a souvent repris à difTérentes époques, on comprend qu'il est presque impossible d'établir leur chronologie d'une manière bien précise. Par sa ténacité, par ce désir ardent de perfection qui le portait à ne jamais les considérer comme terminées, ces oeuvres de mérites si divers commandent le respect. Mais en dépit de ses fortes qualités, cet art décèle un elfort trop marqué, une tension trop continue de la volonté, la constantelaquiéiude de celui que Paul Mantz appelle très justement « un grand tourrnenté ». Une vague odeur d'huile s'y mêle aux parfums de la nature et la vivacité, le charme de l'impression en sont diminués d'autant. On est obligé de proclamer bien haut la puissance et la loyauté du bon ouvrier, l'opiniâtreté de ses recherches, la vaillance de cette lutte incessante où il se débat contre un métier trop compliqué. Malgré soi, on pense àTÎTeureuse sérénité, à la poésie ingénue et toujours souriante de notre cher Corot.
Si dans les voies nouvelles ouvertes au paysage, les différences entre l'orientation de maîtres tels que Corot et Rousseau- s'-aectrsaietlt très nettement, leur sincérité du nwins était pareille. En dehors des formules conventionnelles qui jusque-là avaient pesé sur nos artistes, la nature était désormais leur seule inspiratrice et la variété infinie de ses aspects suffit à expliquer la diversité des interprétations qu'ils nous en ont données.
Un des premiers, Louis Cabat, né, comme Rousseau, à Paris en 1812, a tenu une place importante dans les débuts de notrc-é^cofe et ï ce titre son nom mérite d'être conservé. Il avait commencé par gagner sa vie en peignant sur porcelaine; puis, poussé par sa vocation, il avait été pendant quatre ans l'élève de Camille Fiers, à qui il conserva toujours une reconnaissante affection. De son côté, son maître s'était attaché ii ce grand garçon timide et un peu sauvage, et il l'emmenait avec lui dessiner ou peindre dans les jardins et les terrains vagues situés à cette époque