CH. DAUBIGNY. LE PARC A MOUTONS
(Collection de M. Mesdag.)
Mais, lui aussi, il était parfois repris par la nostalgie de Tltalie. C'était elle qui l'avait révélé à lui-même et, dans un des séjours qu'il y fit, il avait poussé jusqu'à Pompéi, d'où il rapportait les éléments d'une de ses meilleures peintures, une V^ue des Fouilles de Pompéi^ avec des femmes et des fillettes portant gravement sur leur tète, à la manière de statues antiques, des paniers remplis des décombres de la ville enfouie, et dans le fond, dominant les ruines, le grand coupable de toutes ces destructions, le Vésuve dont la fumée inoffensive s'élevait paisiblement dans un ciel d'azur. Ce voyage en Italie avait remis Français en goût de l'antiquité et, à la suite des représentations de VOrphée de Gluck, il voulut, ainsi que le fit Corot, traduire dans son art les impressions qu'il avait éprouvées. Sous les clartés indécises de la lune, il représentait le chantre divin exhalant, dans le silence de la nuit, son désespoir auprès du tombeau d'Eurj'dice; mais la composition du tableau était restée un peu vide et sa lumière un peu triste. UOffrande à Florc^ au crépuscule, avec le sommet d'un temple émergeant d'un bois sacré et la statue de la déesse parée de fleurs par des jeunes filles, était d'un arrangement et d'un effet plus heureux. Cependant Français donnait encore mieux sa mesure dans Daphnis et Chloé, une de ses œuvres les plus importantes et les plus réussies. Cette fois, la nature lui en avait, presque sans aucune modification, fourni le motif et, autour de ce joli ruisseau de Cernay qui s'épand en joyeuses cascatelles parmi des rochers moussus,
il s'était ingénié à réunir dans un amusant fouillis les plantes et les Heurs champêtres les plus variées. Parmi cette flore printanière et ces eaux courantes, le soleil matinal éclaire vivement les corps demi-nus des deux êtres ingénus, qui, serrés innocemment l'un contre l'autre et penchés au-dessus du petit cours d'eau, forment un groupe délicieux. Si charmante que fut cette composition, l'artiste allait désormais renoncer à ses excursions dans le domaine de la Fable et se consacrer tout entier à des études scrupuleusement faites d'après nature, mais dont il faisait d'instinct des tableaux très attrayants. Les environs mêmes de Paris, Meudon, Chaville, Brunoy, lui procuraient des motifs à son gré, parfois bien humbles, comme cette Rue à Combs-la-Ville., à laquelle la Justesse piquante de l'effet, la perfection du dessin et l'élégante tournure des personnages prêtaient une physionomie très originale. A Clisson, où il avait des amis qui l'attiraient souvent, on s'était habitué à le voir, et à respecter les coins qu'il aimait. Mais ce n'était pas seulement la beauté de la nature qui plusieurs fois chaque anfiée le ramenait dans ses chères Vosges, où l'attendaient tant de vieux souvenirs. A Plombières, dans la maison de sa sœur, il s'était fait arranger ^n atelier pour y peindre pendant les mauvais jours. Dans ce milieu familial où il était tendrement entouré, il se sentait parfaitement heureux. Son arrivée était bien vite signalée. Il connaissait tout le monde, et ses compatriotes, fiers de lui, l'aimaient pour sa bonhomie, pour la joviale simplicité qu'il avait gardée. De loin, il les hélait par leurs noms ou leurs surnoms; il s'enquérait de leur famille, de leurs intérêts, leur rappelait les anciens jours. Avec eux, il avait autrefois vagabondé dans tout le pays et il savait à l'avance, suivant le cours des saisons, quelles études il devait y faire. Au printemps, on le retrouvait en face des ruisselets grossis par la fonte des neiges, parmi les gazons reverdis, avec des arbres encore dépouillés, dont il se plaisait à rendre, avec sa conscience habituelle, les branchages aux lacis compliqués. Dans un des plus charmants tableaux de ses dernières années, la Veille de la Fête-Dieu, il avait peint, sous le ciel bleu, des chênes d'un vert frais, espacés parmi les prés fleuris où les bonnes Sœurs du village et les petites filles, leurs élèves, cueillaient à pleins paniers des marguerites, des scabieuses, des sauges et des coquelicots pour les reposoirs et la procession du lendemain. Quelques jours après, dans la Fenaison, il
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