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DERNIÈRES ANNÉES DE FRANÇAIS

représentait toute cette moisson parfumée des herbes mûres tombant en cadence sous la faux des paysans alignés. Parfois, il traversait les Vosges et poussait jusqu'à Munster, où il était fêté par ses amis Hartmann qui, après avoir encouragé ses débuts, ne cessaient pas de lui faire des commandes et possédaient une grande quantité de ses oeuvres. C'était déjà pour eux qu'il avait exécuté cette Journée d'Hiver en Alsace qui, à l'Exposition universelle de i855, valait à l'artiste un de ses premiers succès : une claire après-midi de neige ensoleillée, avec des chasseurs réunis autour d'un feu flambant, près de la digue d'un étang glacé.

Les honneurs et une modeste aisance étaient venus peu à peu à ce travailleur obstiné qui, très régulièrement et jusqu'au bout de sa carrière, ne cessa jamais de figurer aux Salons annuels et aux Expositions de la Société des Aquarellistes dont il était un des fondateurs. Au Salon de 1890, la médaille d'honneur lui était décernée, et cette nième année il entrait à l'Institut. Au cours des visites officielles occasionnées par sa candidature, il écrivait à l'un de ses amis, en lui parlant de la probabilité de son élection : « Il me faudra bien trois mois d'études d'après nature pour digérer tout cela ».

Avec sa haute taille et sa robuste constitution. Français avait jusque dans sa vieillesse conservé un air de force et de santé. Il semblait promis à une vie très longue, et comme je lui prédisais qu'il irait à cent ans, il me répondait en riant : « Ajoutez, s'il vous plaît, les quatre au cent ». On avait plaisir à ses entretiens, car, ayant connu les grands artistes de son temps et s'étant mêlé de près à leur vie, il aimait à évoquer leur souvenir. Doué d'une mémoire excellente, il contait avec esprit, donnant à ses récits familiers un tour piquant et très personnel. Mais, confiant dans sa force, il oubliait un peu trop le chiffre d'années qui pesaient si peu sur ses larges épaules. Il lui arrivait en été, dans les journées les plus chaudes, de faire, sous le soleil ardent, de longues courses, chargé de son attirail de paysagiste, et de rester ensuite immobile pendant d'interminables séances de travail, assis dans des vallées étroites et humides, ainsi qu'il le fit bien des fois dans ses dernières années, aux environs de Clisson. Les avertissements ne lui avaient pourtant pas manqué; se croyant invulnérable, il ne modifiait en rien son genre de vie. A la suite d'une première atteinte de paralysie, un de ses yeux s'était

pris et l'autre était menacé. Condamné à un repos qui devait singulièrement lui coûter, sa patience était admirable et il conservait jusqu'au bout sa conversation enjouée, ses malices spirituelles, sa souriante cordialité. Le 28 mai 1897, •' s'éteignait doucement au milieu de cet atelier où il avait tant travaillé. II avait été heureux et il avait mérité de l'être. Résumant toute sa carrière, il pouvait, peu de temps avant sa fin, écrire à Edouard Charton, qui lui avait témoigné, dès sa jeunesse, une vive affection : « A l'âge où je suis arrive, après tant de pérégrinations, je laisserais volontiers au hasard le soin de m'orienter. Ceux qui aiment la nature et qui s'exercent à la comprendre et à l'approfondir trouvent la récompense de leurs efforts tout au moins en eux-mêmes... et, si j'étais à recommencer ma vie, je me ferais peintre de paysage. »

Restées longtemps trop effacées, les œuvres de Daubigny sont aujourd'hui estimées à leur valeur, et par la sincérité exquise et le sentiment très personnel que le maître y a mis, elles méritent, en effet, le premier rang. Né à Paris, le 5 février 1817, Daubigny ne fut pas un ouvrier de la première heure, mais son originalité lui assure une place d'honneur dans notre école contemporaine. Il appartenait à une famille d'artistes : son oncle, Pierre Daubigny, était miniaturiste, et son père, Edme-François Daubigny (1789- 1843), avait été lui-même élève de Victor Bertin et paysagiste. Très délicat dans son enfance, Charles-François fut mis en nourrice à Valmondois, où il resta pendant plusieurs années. Sa mère le gardant ensuite auprès d'elle, il n'avait guère fréquenté l'école et son instruction ne fut pas poussée bien loin. Plus tard, il n'avait pas songé à la compléter; il n'en sentait pas la nécessité et, comme il^disait : « Il y a toujours des gens pour savoir ce dont on a] besoin, sans compter les dictionnaires' ».

Les parents de Daubigny étant pauvres, il avait dû, très jeune encore, tirer parti des aptitudes qu'il manifestait pour le dessin. Dès l'àge de 1 5 ans, il peignait des dessus de boîtes et des paysages commandés par des horlogers et disposés pour recevoir une montre marquant les heures

I. V. Charles Daubigny et son Œuvre, par Kr. Heiiriet; Lévy, 1878.

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