JEUNESSE DE DAUBIGNY
dans le clocher d'une église placée au centre. A la mort de sa mère, son père s'étant remarié, le jeune homme, désireux de vivre à sa guise, — il avait alors 17 ans, — quittait la maison. 11 ne pouvait qu'à grand'peine se suffire par son travail et s'estimait heureux de trouver à dessiner des en-têtes de factures, des prospectus pour pensionnats de demoiselles, des vues de propriétés à vendre, etc. Courageux, ne mangeant pas toujours à sa faim, il résolut cependant, dès qu'il le put, de faire deux parts de sa vie, l'une employée à ces tâches alimentaires, l'autre réservée à son instruction artistique. Suivant les idées de l'époque, il crojait qu'un séjour en Italie était nécessaire à la formation d'un peintre et, comme il s'était ouvert à l'un de ses camarades de son désir d'aller à Rome et que celui-ci l'avait partagé, tous deux s'étaient mis, en économisant sou par sou, à amasser un petit pécule qu'ils déposaient dans une cachette. Au bout d'un an, ayant compté leur trésor, ils se trouvaient à la tête d'une somme de 1400 francs, qu'ils jugèrent suffisante pour la réalisation de leur projet. On peut concevoir la vie qu'ils menèrent en Italie pour faire durer onze mois cette somme, grâce à laquelle ils visitaient successivement Florence, Rome et Naples. Daubigny avait de son mieux employé ce temps; mais il était encore trop peu habile pour profiter de ce voyage qui ne devait exercer aucune influence sur le développement de son talent.
La bourse vide, il avait fallu rentrer à Paris et se tirer d'affaire par un labeur obstiné. Pendant quelque temps, Daubigny reçut de très modiques appointements comme employé à la restauration des tableaux du Musée du Louvre dont le peintre Granet avait été nommé conservateur en 1826. Mais il s'était bientôt dégoûté de ce travail assez ingrat, ne pouvant d'ailleurs s'habituer au sans-gêne avec lequel il voyait qu'on traitait les chefs-d'œuvre de ce Musée. Un moment, il avait eu alors la pensée de concourir pour le prix de Rome et, à cet effet, il était entré dans l'atelier de Paul Delaroche qu'on lui désignait comme le plus propre à cette préparation. Il ne tardait pas à reconnaître que ses goûts ne le portaient pas de ce côté et reprenait avecardeursesétudes aux environs de Paris, dans la vallée d'Orsay, sur les bords de l'Oise, à Auvers, à L'Isle-Adam où son père avait lui-même travaillé, à Valmondois, où il aimait à retrouver la mère Béjot, sa nourrice. Entre temps, il fréquentait le Louvre et y admirait surtout les maîtres hollandais, no-
CEI. DAUBIGNY. — BORDS DE L OISE. Musée du Louvre. (Phol. Braùn, Clément et C'*.)
tamment van Goyen et Ruisdael. Il payait aussi son tribut au romantisme et cherchait à gagner un peu d'argent en faisant des illustrations pour Notre-Dame de Paris, pour Le Jardin des Plantes de Curmer, et les Vies des Peintres de Ch. Blanc. Mécontent des reproductions de quelques-uns de ses dessins, il s'était mis à graver à l'eau-forte et il acquérait bientôt une si grande habileté dans ce genre qu'il inventait luimême des procédés destinés à donner au tirage de ses planches toute la finesse possible. A raison même de ces travaux, il se trouvait conduit à insister sur la forme et à la serrer de plus près dans ses études. Les premiers tableaux qu'il exposait, un Saint Jérôme et une Vue prise dans la Vallée d'Oisans (Salon de 1840) lui avaient montré la nécessité d'un dessin plus correct, car les indications qu'il avait jusque-là demandées à la nature étaient restées trop sommaires. Dans un Intérieur de la Forêt de Montmorency^ la présence, au premier plan, d'un grand chardon étalant ses feuilles épineuses à côté d'un tapis de tussilages ne s'explique que par le désir évident d'utiliser une étude, et l'orage qui dans le Nid de l' Aigle {Salon de 1843) secoue les branchages des chênes n'est pour lui qu'un expédient destiné à masquer la notion encore très imparfaite qu'un trop court séjour à Fontainebleau lui avait donnée de la grande forêt.
Daubigny se sent plus à Taise avec une nature plus modeste, mieux