JOACHIM PATIN IR
puissante et savoureuse, n'olïre cependant aucune particularité remarquable. Quant à Joachim Patinir, qui passe d'ailleurs pour avoir été le maitre de Blés, bien des fables ont couru sur son compte; mais rien, dans le petit nombre de dates et de faits positifs que nous connaissons de sa vie. ne saurait justifier la réputation de désordre et d'ivrognerie que lui ont faite 'certains chroniqueurs. Installé de bonne heure à Anvers, il y devenait, dès i5i5, membre de la Gilde et, peu de temps après son mariage, acquéreur d'une maison située au bord de rF)scaut. Le 5 mai i52i, Albert DUrer, qui vo^^ageait alors dans les Pays- Bas, assistait à son mariage. Très choyé par Patinir dont il appréciait fort le talent, il faisait son portrait (aujourd'hui au Musée de Weimar), et lui laissait, en outre, comme souvenir de sa visite, plusieurs dessins de petites figures destinées à orner ses compositions. Nous savons d'ailleurs que Patinir mettait son pinceau à la disposition de ses confrères et que, donnant un des premiers l'exemple de ces collaborations qui, plus tard, devinrent très fréquentes, il peignait pour plusieurs d'entre eux les fonds de leurs tableaux ou de leurs portraits. Le talent de l'artiste, le soin et la conscience qu'il apportait à l'exécution de ses œuvres, témoigneraient aussi, au besoin, contre les fâcheux propos qui ont été tenus sur lui.
La contrée où était né Patinir avait, sans doute, contribué à développer en lui le goût d'une nature un peu étrange, mais bien faite pour plaire à un paysagiste de ce temps. La situation même de Dinant, au bord de la Meuse, le cours rapide de ce fleuve dominé par des rochers élevés, les vallées étroites qui débouchent non loin de là, celle de la Semois surtout, avec ses nombreux circuits, ses gorges profondes, ses frais ombrages, et les cavernes mystérieuses où ses eaux se dérobent, toute cette campagne pittoresque présentait, réunie dans un espace restreint, cette profusion d'accidents et de sites variés que les peintres de cette époque aimaient à accumuler dans leurs compositions. Loin de simplifier cette nature déjà assez compliquée, Patinir semble s'être ingénié à ajouter à son étrangeté par un amas de motifs hétérogènes qu'il rapproche les uns des autres : la mer, des imontagnes escarpées, des rochers isolés et inaccessibles, couronnés par des villes ou des habitations, des perspectives qui s'étendent dans tous les sens efdes cours d'eau dont les sinuosités reparaissent à tous les plans. Malgré cet entas-