MIGRATIONS EN ITALIE
GKRARD DAVID. I.A FUITK KN EGYPTi:.
(Collection R. Kann.)
tions, exprimer très fortement le caractère d'une de ces contrées sauvages dont la poésie n'avait pas encore tenté le pinceau de ses devanciers.
Avec le temps, le goût de la peinture s'était peu à peu répandu dans tous les Pays-Bas, mais, attirés par le prestige toujours croissant de la Renaissance italienne, les artistes flamands iront désormais au delà des monts chercher leur idéal et compléter leur éducation. Dans ce mouvement de migration vers le Midi dont Gossaert dit Jean de Mabuse (v. 1470-1541) donne le signal et qui se poursuit avec les vanOrle\", les Coxie, les Floris et bien d'autres encore, nous voyons disparaître peu à peu l'originalité du vieil art national. Au contact d'un art étranger, ii perd cette sincérité dans laquelle il avait jusque-là puisé sa force
et, malgré le talent de ceux qui s'y emploient, les essais de conciliation tentés entre des aspirations si opposées n'aboutissent qu'à des productiorts bâtardes également dépourvues de style et de naturel.
Un nom cependant mérite d'être retenu parmi ceux des peintres que nous venons de citer, celui de Bernard van Orley. Mais bien qu'à son retour d'Italie, son talent sesoitdéveloppé dans un sens assez personnel, ce n'est pas dans ses tableaux que nous devons chercher la meilleure preuve de son originalité comme paysagiste. Van Orley était un décorateur de premier ordre et à côté des cartonsdes belles verrières de Sainte- Ciudule, ceux de plusieurs séries de tapisseries, notamment celle des Chasses de Maximilieu, méritent d'être signalés, à raison de la largeur avec laquelle le paysage }• est traité. Cette suite des Dou\e mois, dont on peut voir quelques panneaux exposés dans les salles du Louvre, et qui représente des épisodes de chasses variées, nous offre une fidèle image de la campagne aux environs de Bruxelles, dans la forêt de Soignies, à Tervuercn. à Sept-Fontaines. avec les châteaux, les couvents et les étangs ou les cours d'eau qui les avoisinent. Les plantes et les arbustes, habilement groupés sur les premiers plans de ces compositions, témoignent d'une étude scrupuleuse de la Hore locale, qui a également fourni les motifs de l'ornementation des bordures.
Mais des figurations aussi vraies sont tout à fait exceptionnelles chez les Flamands de cette époque, et nous terminerions avec van Orley cette étude des débuts du paysage dans les Flandres, si nous n'avions à mentionner rapidement encore les œuvres de deux de ses contemporains qui — bien qu'ils se rattachent plus étroitement que lui aux traditions du passé — n'ont pas laissé d'exercer une influence assez considérable sur les artistes venus après eux. Nous voulons parler de Patinir et de Henri de Hles, que la critique a longtemps désignés comme les inventeurs du paysage, formant un genre à part et se suffisant à luimême.
Ils étaient tous deux nés presque à la même époque, vers 1480, et dans des lieux voisins, l'un à Dinant, l'autre à Bouvignes, près de Namur. Leurs vies sont peu connues, celle de Blés surtout, dont le nom même a été l'objet de nombreuses variantes. Sa seule signature irrécusable, Henriciis Blesius, nous est fournie par un tableau de la Pinacothèque de Munich, l Adoration des Mages, dans lequel le paysage, d'une couleur