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p. BRIL. TOUIK KT L ANIJK.
Ntusée de DresJe. (l*hot. Hanfstaon^I.)
A'Iassaox' des Innocents (Musée de Vienne), auquel le ciel assombri d'un jour de neige ajoute ses tristesses, et dans cette Parabole des Apeiifrles dont le Musée de Naples possède une peinture à la détrempe et le Louvi-e une excellente répétition à l'huile, deux véritables chefs-d'ituvre. Le coin paisible, théâtre de ce derjiier épisode, a été rendu par l'artiste avec autant de vérité que de poésie. Le vert franc des prairies, la légèreté et la profondeur du ciel argentin, l'aspect modeste du village et de sa petite église, la colline basse qui ferme l'horizon et le ruisseau où viennent aboutir les pas incertains des aveugles, tout cela a été vu et exprimé par Brueghel en dehors de toutes les conventions reçues, avec une originalité de conception, une justesse de dessin, une force et une délicatesse de coloris telles que l'on comprend l'admiration de Rubens, assurément bon connaisseur, qui faisait graver pour les répandre, et l'echei-chait avec passion pour lui-même les meilleures œuvres du maitre.
Estimé pour son caractère et très apprécié pour son talent, Brueghel avait vu, avec une production incessante et qui embrassait tous les genres, croître son aisance et sa célébrité. Sa femme lui avait donné
deux fils qui, comme lui, iuient peintres, et une fille qui devait épouser David Teniers. L'année même où naissait le second de ces fils marque, en quelque sorte, le point culminant de sa carrière, car c'est à cette date de i5()8 qu'il signait les Aveugles de Naples et le tableau des Paysans dansant autour d'un Gibet., qu'il considérait lui-même comme un de ses meilleurs ouvrages. Mais il n'avait plus longtemps à jouir du bonheur qu'il s'était si légitimement créé par son travail. Un an après, en pleine maturité, il mourait âgé d'environ. 44 ans. Avec lui disparaissait une des figures les plus originales de l'art Hamand. Au moment où cet art semblait près de s'égarer à la suite des italianisants, Brueghcl remettait en honneur ses meilleures traditions. Sans doute, c'est un maître violent et un peu âpre: mais sa force tranche sur les subtilités ou les fadeurs de la plupart de ses contemporains, et l'on chercherait en vain parmi eux une si vivante fécondité, une pareille richesse d'imagination. Parfois son exécution peut paraître rude et trop appuyée; elle est. en revanche, remarquable par sa décision, sa fermeté et sa largeur. 11 a aimé dans la peinture les contrastes auxquels il se plaisait dans le choix même de ses sujets : des bruns et des noirs intenses s'y opposent àdes blancs purs, et il ne craint jamais d'accentuer l'éclat de ses rouges, de ses jaunes et de ses verts. Mais en laissant à ces colorations toute leur plénitude, il compose avec elles des harmonies d'une hardiesse singulière, comme celles de ces étoffes ou de ces faïences qui séduisent les campagnards par la vivacité même de leurs nuances. Brueghel n'est pas un raffiné : il est resté de son village et il a conservé à la ville son air de robuste santé. Avec sa gaieté épanouie et ses malices épicces, avec sa verve plantureuse et débordante, il montre ce que vaut un art qui, fût-ce au prix de quelque grossièreté, a su garder intactes sa puissance et sa verdeur. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'ainé des fils du maitre, Pierre II, qui, ainsi que l'indique son surnom de Brueghel d'Enfer, s'attacha de préférence à peindre des apparitions fantastiques et des diableries. Quant à Jean, le second, l'élégance de sa mise et de ses allures l'avait fait appeler Brueghel de Velours, désignation que justifieraient aussi, d'ailleurs, le moelleux et le fini minutieux de sa facture. A peine ùgé d'un an, il avait été, à la mort de son père, recueilli par sa grand'mère qui, artiste elle-même, lui apprit à peindre à l'aquarelle, et le talent de son pctit-fils conserva toujours le pli de cette première éducation. Après