‹ Les maîtres du paysageChapitre 31 sur 193 · DEBUTS DE LKCOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DEBUTS DE LKCOLE FRANÇAISE

restreintes, quelques-unes de ses compositions ont une telle ampleur, que, transportées sui^ de vastes toiles, elles deviendraient de véritables tableaux d'histoire. Mais, épanoui au milieu des tourmentes, le talent de l'artiste devait rester presque isolé. Aux longues et sanglantes guerres contre l'Anglais, allaient malheureusement succéder des troubles intérieurs, bientôt envenimés par les luttes religieuses. Dans les rares intervalles d'un calme relatif, les rois de France, Charles VIII, Louis XII et François I''', attirés vers l'Italie par l'attrait d'une civilisation alors plus raffinée, commandent ou achètent au delà des monts quelques-uns des chefs-d'œuvre qui sont aujourd'hui la parure du Louvre, et ils essaient d'attirer à leur cour les artistes étrangers qui décoreront leurs palais. A côté de la colonie italienne implantée à Fontainebleau avec le Rosso et le Primatice, une colonie de Flamands s'y établit, sans compter les visiteurs de passage, comme Paul Bril qui, durant le court séjour qu'il fait près de ses compatriotes, brosse rapidement, dans une chambre de l'appartement de la Reine, quelques petits paysages dans lesquels, avant d'avoir vu l'Italie où il se rend, il essaie d'exprimer l'idée qu'il s'en fait.

Ainsi tiraillés entre l'art emphatique et maniéré des Italiens de Fontainebleau et le natui^alisme un peu terre à terre des Flamands, ne trouvant autour d'eux ni les enseignements, ni les encouragements dont ils avaient besoin, nos peintres eux-mêmes regardaient de plus en plus vers l'Italie qui, toute dégénérée qu'elle fût, les attirait par son éclatant renom. Comme en Flandre, comme en Hollande, le mouvement d'émigration au delà des Alpes allait donc en s'accentuant, et successivement la plupart des artistes de quelque valeur, tels que Callot, Valentin, Vouet, Jacques Courtois et Sébastien Bourdon devaient céder à ce courant. Des portraitistes comme les Clouet et Corneille de Lyon, ou des dessinateurs comme Lagneau et Dumonstier trouvaient à grand'peine l'emploi de leur talent, et seuls les Lenain, formés à l'étude de la nature, fiiontraient une véritable originalité en représentant, tels qu'ils s'offraient à eux, les sujets les plus simples, des Joueurs de eartes, un Repas de pajsatis, une Procession^ un Maréchal dans sa forge., et ce Retour de la fenaison, où de pauvres gens de nos campagnes, hâves et besogneux, s'apprêtent à rentrer dans leur masure délabrée la maigre récolte qu'ils viennent de faucher.

Si intéressantes que soient pour nous ces tentatives, elles ont trop peu de cohésion pour constituer une école : c'est avec le nom de Poussin que commence à vrai dire l'histoire de la peinture française. Comme l'a dit, avec son goût délicat et sûr, un profond admirateur de Poussin, M. Ph. de Chennevières' : « Toutes les vertus de l'art particulier au génie de la France, la simplicité, la sobriété dans la force, la noblesse dans la grâce, la clarté dans la conception, et comme il le disait luimême : lejiif^cuietit partotil. ces vertus. Poussin les possédait dans leur plénitude et il les a poussées à leur plus haut, il les a comme incarnées en lui. » Quoique la plus grande et la meilleure partie de sa carrière se soit passée à Rome, le maitre est bien Français.

Né en pleine Normandie, à quelques lieues de la patrie de Corneille et quelques années avant notre grand poète, il nous appartient comme lui. moins encore par sa naissance que par le caractère de son mâle génie.

Sans être d'extraction bien relevée, la famille de Poussin ne manquait pas d'une certaine culture. Originaire dé Picardie, son père avait été au service du roi de Navarre, dans le régiment de Tavannes où l'un de ses oncles était capitaine, et il affichait des prétentions nobiliaires. Après avoir couru le monde, il s'était fixé au hameau de Villers, dépendant de la commune des Andelys. où il épousait Marie Delaisement, veuve d'un procureur de cette petite ville. C'est là qu'en 1394, celle-ci donnait le jour à un fils qui recevait le prénom de Nicolas. L'enfant avait reçu quelque instruction, à en juger par la fermeté de son écriture et la netteté de son style. Il se défendait cependant, plus tard, de pouvoir

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Livre d'heures d'Klicnne Chevalier. (Musée du Louvre.) (l*hol. Giraudon.)

I. Essai sur l'Histoire de la Peinture Française, i \"\. iii-M". i.Sn.(. jv ;■

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