‹ Les maîtres du paysageChapitre 48 sur 193 · REMBRANDT. LE MOULI.N A VENT · texte numérisé non relu

REMBRANDT. LE MOULI.N A VENT

(fragment d'une EAU-FORTE.)

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joug de l'Espagnol. Cependant la lutte dans les provinces du Midi n'avait été ni si vive, ni si opiniâtre que dans celles du Nord et tandis que les premières acceptaient, avec la paix, le régime de transaction auquel pendant longtemps elles devaient rester soumises, les autres, au contraire, ne se prêtaient à aucun accommodement et ne déposaient les armes qu'après avoir, au prix d'efforts et de souffrances héroïques, conquis leur entière indépendance.

Kn même temps que cette scission politique, s'opérait aussi le partage entre les deux écoles jusque-là réunies. Alors que, fidèle à ses anciennes traditions, l'école flamande trouvait à Anvers son principal centre d'activité et dans Rubens sa plus glorieuse incarnation, l'école hollandaise, de son côté, dans les conditions très particulières qui lui étaient faites, inaugurait un art nouveau et tout à fait original.

En dépit des différences assez tranchées qui caractérisent lune et l'autre de ces écoles voisines, il existe entre elles, est-il besoin de le dire? bien des liens et des affinités. Ni dans l'espace, ni dans le temps, les lignes de démarcation, par lesquelles la critique essaie d'établir ces sortes de délimitations, ne se présentent jamais avec une rigueur absolue. C'est ainsi qu'entre la Flandre catholique et la Hollande protestante, la ville d'Utrecht a tenu, dans l'histoire du paysage une place intermédiaire qu'expliquent à la fois sa situation géographique et les croyances religieuses auxquelles elle était restée attachée.

De bonne heure, la peinture y avait compté des maîtres habiles. Gossart de Maubcuge, dit Mabuse (v. 1470-1 341), après un séjour fait en Italie, étant entré au service de Philippe de Bourgogne, évèque d'Utrecht, avait eu pour élève dans cette ville Jan von Scorel. D'humeur aventureuse et nomade, Scorel avait voyagé à travers l'Europe et successivement séjourné à Strasbourg et à Nuremberg oij il visitait Albert Durer. De Venise, par Chypre et Candie, il gagnait la Terre- Sainte où, vers i5i9, il faisait quelques études d'après nature, à Jérusalem et sur les bords du Jourdain. 11 ne semble pas cependant que Scorel ait tiré parti de ces études exécutées en Orient, car les fonds des tableaux qu'il peignit au retour, notamment te Baptême du Christ du Musée de Harlem, sont assez insignifiants et ne témoignent pas d'une grande

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recherche de la couleur locale. Fixé à Utrecht et devenu chanoine de la Cathédrale, sans qu'il se crût obligé par cette situation à une vie bien exemplaire, Scorel avait, par sa grande réputation, attiré autour de lui de nombreux élèves dont le plus célèbre, le portraitiste Antonio Moro, devait, à son exemple, aller en Italie et parcourir le monde.

Utrecht, on le voit, était dès lors un centre artistique très important et, des premiers, les artistes qui y étaient nés ou qui s'y étaient fixés, cédaient au courant qui entraînait peu à peu vers l'Italie leurs confrères de tous les pays. C'est chez ces étrangers, qui affluaient à ce moment à Rome, que l'art italien dégénéré allait, après les Carrache et le Caravage, trouver des continuateurs et devenir un art cosmopolite dont, nous l'avons dit, l'Allemand Elsheimer, les frères Bril venus des Flandres, et après eux deux Français établis dans la Ville éternelle, Poussin et Claude Lorrain, furent les représentants les plus en vue. A Utrecht même, Abraham Bloemaert — bien qu'il n'y fût pas né et qu'il n'ait jamais vu l'Italie, — peut être considéré comme le chef de cette école des Hollandais italianisants qui, à raison de son importance historique, mérite de retenir un moment notre attention.

A leur tète, il convient de nommer Cornelis Poelenburgh qui, né à Utrecht en i586, y reçut les leçons de Bloemaert et partit ensuite pour Rome où il fit deux séjours consécutifs, le dernier en 1617. De retour dans sa ville natale, il y devint en 1664 doyen de la Gilde de Saint-Luc et, sauf une courte excursion en Angleterre, il demeura à Utrecht jusqu'à l'époque de sa mort (1667). Frappé par la beauté de la campagne romaine, Poelenburgh devait toute sa vie utiliser les études qu'il avait amassées en Italie. Ses croquis, généralement exécutés à la sanguine, nous montrent l'aisance et la sûreté de son crayon. Mais ses premiers tableaux, secs et d'une couleur brune assez dure, se ressentent de l'influence de son maître et aussi de celle d'Elsheimer, avec lequel il était en intimes relations. On y trouve ces oppositions de valeurs fortement accusées que le Caravage avait mises en vogue. Plus tard, au contraire, ses études, faites d'après nature, assouplirent sa manière, en même temps que la vue des chefs-d'œuvre de la Renaissance lui apprit à rechercher dans ses personnages une beauté de types et d'attitudes fort étrangère jusque-là aux préoccupations des artistes du Nord. Le rythme heureux des lignes, le moelleux de l'exécution, la douceur des

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colorations et de la lumière, tout dans ces ouvrages délicats est disposé pour le plaisir des \cux, et le charme éternel de la nature s'y mêle aux souvenirs riants de la poésie antique. Avec ses pastorales dont il a multiplié les variantes, Poelenburgh fondait un genre spécial, celui des Paysages arcadieiis, dont ses trop nombreux imitateurs ou élèves : Dirck van der Lisse, A. Cuylenborch, Frans Verwilt, Daniel Vertangen, les deux Bronchorst, Jan Olis, etc., devaient bientôt lasser le public, par la fadeur et l'insignifiante banalité de leurs pastiches.

A l'exemple de Poelenburgh, la plupart des peintres hollandais étaient de plus en plus attirés vers l'Italie, et tous ceux qui le pouvaient allaient grossir la colonie des étrangers qui affluaient à Rome. Ignorant le plus souvent l'italien, assez déroutés à leur arrivée dans un pays qu'ils ne connaissaient pas, ils éprouvaient le besoin d'y retrouver ceux de leurs compatriotes qui, déjà installés et au courant des ressources pittoresques de la contrée, étaient à même de leur servir de guides. Aussi, de bonne heure, entre Flamands et Hollandais émigrés, une association s'était formée qui, sous le nom de Bande académique (Bent), leur servait de centre de ralliement. Ils avaient un local affecté à leurs réunions où, suivant un cérémonial prescrit, les nouveaux venus, après avoir régalé leurs anciens, étaient admis et recevaient un surnom plaisant, — généralement emprunté à la mythologie ou motivé par leur conformation physique, — sous lequel ils étaient désormais désignés. Avec des analogies inévitables, puisqu'elles tenaient à leur commune origine et à leur éducation, les interprétations de la nature que nous ont données ces italianisants présentent entre elles des différences parfois assez marquées et la place qu'ils font dans leurs œuvres au paysage est aussi très variable.

Nés à Utrecht aux environs de 1610, et disciples de Bloemaert, les deux frères Both étaient partis ensemble pour l'Italie, où Andries, probablement l'ainé, mourait dans sa quarantième année, tandis que son frère, Jan, après être revenu dans sa ville natale, y demeurait jusqu'à sa mort (9 août i652). On n'a conservé que peu de peintures qui puissent avec certitude être attribuées à Andries. Les œuvres de Jan, le plus célèbre des deux frères, sont, au contraire, assez nombreuses. Il semble s'être inspiré à la fois de Claqde Lorrain et du Guaspre. D'ordinaire ce sont les contrées les plus riches en accidents qui l'attirent: il en repro-

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