‹ Les maîtres du paysageChapitre 51 sur 193 · JAN VAN GO YEN · texte numérisé non relu

JAN VAN GO YEN

N. BKRCHKM. — LK GUE.

(Collection de M. J.-P. Heseltine.)

été considérable, celle de van de Velde surtout, puisqu'il contribua au développement de van Goyen, son élève, et par suite à la création de l'école hollandaise de paysage. Né à Lejde, le i3 janvier ibgG, Jan van Goyen n'était guère plus jeune que van de Velde et avant de recevoir ses leçons, il avait fréquenté plusieurs autres ateliers, notamment celui d'Isaac van Swanenburch, le père du maître de Rembrandt, et celui de C. van Schilperoort, un peintre peu connu aujourd'hui, mais qui jouissait alors de la réputation d'un homme de goût et d'un lettré. Il faut croire que les enseignements qui lui avaient été donnés jusque-là ne satisfaisaient guère le jeune artiste, car, non content des cinq maîtres qu'il avait eus, il fut encore pendant un an le disciple de van de Velde. Il rencontrait cette fois la direction qui lui convenait pour achever son éducation artistique.

Par sa manière de comprendre le paj'sage, par sa facture même, singulièrement plus large que celle de P. Bril et de J. Brueghel, van Goyen se distingue tout à fait de ses prédécesseurs. Avec lui, les derniers liens qui rattachaient encore l'école hollandaise à l'école flamande allaient être rompus. Les données les plus modestes sont celles qu'il recherche de préférence. Bien loin de prétendre embellir la

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nature, il s'applique à en accuser le vrai caractère, sans s'écarter jamais de la réalité. Le ciel et l'eau lui suffisent pour exprimer la poésie propre à son pays, celle de l'espace et des jeux de la lumière qui en modifient à chaque instant les aspects. Au-dessous de ces grands ciels où se meut la troupe mobile des nuages, l'eau des fieuves ou des canaux les réfléchit sourdement et leur fait écho. Appuyées ainsi à la bordure du cadre, les valeurs les plus fortes vont en s'atténuant de part et d'autre vers le centre de la toile dont la partie mojx'nne reste claire et dégagée. C'est donc là que les yeux sont naturellement conduits, qu'ils sont comme invités à se reposer. Pour indiquer ces immenses étendues, il n'est pas besoin de colorations bien vives : elles attireraient inutilement le regard. En restreignant de parti pris leur éclat, l'artiste atteindra plus sûrement son but. Mais sur cet effacement voulu des colorations, quelques tons à peine plus accusés — un bleu pâle dilué dans le ciel, une voile jaunâtre penchée sur le flot, ou quelque tache d'un rouge mitigé fournie par les vêtements des personnages — vibrent et prennent une signification inattendue. A part ces accents très discrètement ménagés, l'ensemble est presque monochrome. C'est par la justesse extrême des valeurs que la composition s'établit, se tient de loin, et le tableau, irréprochablement construit dans ses lignes, nous montre, dans la diversité de ses plans, des dégradations d'une délicatesse merveilleuse.

Comme van de Velde d'ailleurs, van Goyen connaît à fond toutes les parties de son art. Sans recourir jamais au pinceau d'autrui, il sait animer ses paysages, y mettre tout ce qui peut leur donner de l'intérêt : des barques, des monuments, des personnages et des animaux. Aussi a-t-il peint des marchés, des foires, des fêtes de village avec des foules assemblées, pleines de vie et de mouvement.

Aisée et libre, la pratique de van doyen semble d'une simplicité élémentaire. Par places, le panneau à peine couvert d'un léger frottis, laisse voir encore le trait noir de l'esquisse; mais dans cette facture expéditive, aucune incertitude, aucun repentir. Tous les coups ont porté avec une précision et une sûreté extrêmes, et la touche par sa vivacité et sa crànerie spirituelles rappelle la désinvolture de Hais. On comprend qu'avec cette facilité de travail, van Goyen ait beaucoup produit et que les musées de Hollande et d'Allemagne possèdent de nombreux tableaux de lui.

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