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PREMIÈRES ŒUVRES DE RUISDAEL

J. VAN GOVEN. — LA RIVIERK.

Musée de Dresde. (Phot. Hanfstaengl.)

fermeté de la touche y est surprenante, et l'artiste, sévère pour luimême, poursuit avec une volonté patiente l'étude de ces végétations microscopiques. Il se familiarise ainsi peu à peu avec tous les éléments du paysage, s'exerce à exprimer leur diversité, en maintenant toujours l'unité de l'ensemble.

Parmi ces tableaux de sa jeunesse, la Dune de la Pinacothèque de Munich est un des plus remarquables, et l'on n'imagine guère qu'une donnée aussi modeste . — un chemin sablonneux serpentant à travers des terrains vagues et des broussailles — puisse être rendue aussi attachante. L'analogie du site avec celui de notre célèbre Buisson du Louvre m'avait frappé tout d'abord, quand je vis pour la première fois cette Dune; en réalité les deux tableaux, non seulement ont été inspirés par la même contrée, mais leurs deux motifs sont identiques et pris, en se retournant, à quelques pas de distance.

C'est par des études aussi exactes que Ruisdael arrivait à comprendre et à exprimer le véritable caractère du paysage hollandais. Mais ce pays où il était né, et dont il nous a laissé de si fidèles images, le maître

l'a-t-il jamais quitté? Il est avéré, du moins, qu'il n'a pas cédé au mouvement de migration qui entraînait au delà des monts la plupart de ses confrères. Rien dans son œuvre ne justifie rhj^pothèse, qui eut cours autrefois, d'un voya'ge en Italie fait par lui, en compagnie de son ami Berchem. C'est vers les pays du Nord qu'il se sentait attiré, et ils lui ont fourni les motifs d'un grand nombre de ses tableaux. La similitude de ces motifs avec ceux qu'a souvent traités Everdingen, a sans doute accrédité la croyance que celui-ci aurait été, sinon le maitre, du moins l'inspirateur de Ruisdael. Nous devons donc examiner brièvement les opinions diverses énoncées à cet égard.

Allart van l"]vcrdingen, né à Alkmar en 1621, avait reçu à Utrecht les leçons de Roelandt Savery, puis était venu à Harlem chercher celles de P. Molyn. Après s'être marié dans cette ville, le 24 février 1645, il y avait été, dans la même année, admis à la Gilde de Saint-Luc. Il est donc difficile de supposer que Jacob Ruisdael, à peine moins âgé que lui, pouvant d'ailleurs profiter des enseignements de son oncle, et peutêtre même de son père, ait été son élève. Tout au plus a-t-il subi son influence, car bien que le talent d'Everdingen soit assez inégal, celui-ci fut, à SCS heures, un paysagiste d'un rare mérite. Ainsi qu'on est trop disposé à le croire, il ne s'est pas borné à la seule représentation de la nature norvégienne : c'est un chercheur, et l'on peut voir de lui. dans la collection de M. Six, à Amsterdam, un excellent l^ffel d'Hiver, avec un canal glacé, des roseaux jaunis et des arbres dépouillés, couverts de givre, qui s'enlèvent sur un ciel gris. L'impression de la Tempête dans le Zuyde>"ée, du Musée Condé à Chantilly, — qui offre d'ailleurs une grande analogie avec la belle Marine de la collection Dutuit, et avec deux autres Tempêtes appartenant au Musée de l'Ermitage et au Stœdel's Institut de Francfort — est peut-être encore plus saisissante. Le tableau de Chantilly nous parait un des chefs-d'œuvre du maitre et la poésie de cette mer houleuse qui, par un jour d'hiver, déferle avec rage contre les pieux d'une estacade couverte de neige, atteint une puissance d'expression tout à fait pathétique.

Quant aux paysages que la Norvège a inspirés à Everdingen, on saccorde généralement à placer entre 1640 et 1645 le séjour que l'artiste aurait fait dans ce pays, car, après cette époque, nous savons qu'il vint s'établir à Harlem, où l'on peut suivre sa trace au moins jusqu'en i65i.

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