‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 108 sur 116 · L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC · texte numérisé non relu

L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC

statue, pourtant bien digne de remarque, d'une étude scrupuleuse, mais dont la tête, assez étrange, ne fut pas comprise de la majorité des spectateurs, et qui a fait déprécier l'œuvre tout entière.

Cette déception rejeta l'artiste dans le chagrin sombre qui l'avait atteint autrefois. Chaque jour, il s'attristait davantage. Bonnes paroles des camarades, gronderies affectueuses, raisonnements, rien ne pouvait surmonter son abattement. Sous l'empire d'une idée fixe, il y ramenait tout, les choses les plus insignifiantes, les plus opposées.

— Je suis un misérable, on me montre au doigt, disait-il.

Le rencontrant un jour dans la rue, je l'ai parfaitement entendu répéter à haute voix :

— On a dit de moi : c'est un criminel !

Le 23 juillet 1885, à six heures du matin, on vint me chercher en toute hâte. Schœnewerk avait sauté par la fenêtre. Il s'était cassé les deux jambes et fait une lésion grave à la colonne vertébrale. Je cours chez lui. Le pauvre ami parut touché de ma douleur et de mes témoignages de sympathie. Il me serra les mains et dit :

— Pardon ! pardon ! On ne doit pas se tuer quand on a de bons amis comme toi ! Ah ! j'ai perdu la tête. . . pardon, pardon !

A neuf heures il était mort. Il avait soixante-cinq ans.

Depuis que mon plus vieil ami a cessé de vivre, j'ai senti, plus vivement que jamais, toute la place qu'il tenait dans mon existence. Un demi-siècle de vie commune crée des liens bien puissants entre deux

hommes qui suivent la même voie, qui, après avoir partagé longtemps le même atelier, ont toujours vécu assez près l'un de l'autre pour se voir plusieurs fois par jour. Je considérais donc comme un devoir, ainsi que je l'ai dit en commençant, de consacrer quelques pages à la mémoire de Schœnewerk. Dans ce rapide exposé, je n'ai parlé que de ses productions principales. Il en est qui, fort remarquables d'ailleurs, n'ont pas même été signalées ici. Telles sont, par exemple : la Rêverie , bronze; le Petit Frondeur (1880), bronze, qui décore le square du Temple; la Leçon de flûte (1877), à l'Hôtel de Ville d'Argentan ; Galatée, au fronton de la façade méridionale du Louvre; l'Instruction publique, groupe, et la Science, statue, à l'Hôtel de Ville de Paris ; Deux Anges, dans l'église de Saint-Augustin; Saint Thomas d'Aquin, à la Sor-

k°nne- Adolphe Eude,

Statuaire,

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