L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC
que tout le public parisien a remarquée, applaudie, qui fut placée au Luxembourg, et qui valut à Schœnewerk la croix de la Légion d'honneur.
Je crois que là commence la période la plus heureuse de la vie de mon vieil ami. D'une nature amoureuse de la gloire et des louanges méritées, il sentait toute la joie de la victoire. Son atelier réunissait souvent des hommes célèbres, à divers titres, et il en faisait les honneurs avec un plaisir qu'il ne cherchait pas à dissimuler.
Le succès n'arrêtait pas son ardeur au travail. La Jeune fille à la fontaine fut suivie de Y Hésitation (1876), qu'on peut voir chez un de nos plus brillants académiciens. Schœnewerk fit de la sorte la connaissance de ce charmant écrivain qui l'attira dans sa maison, — un monde où l'on ne s'ennuie pas, — car chacun y a de l'esprit, à l'imitation de l'amphitryon.
Vers le même temps, le statuaire fut mis en relations avec Victor Hugo, pour lequel il a toujours professé l'admiration la plus vive. Il sut voir sous les traits fatigués du vieillard le masque poétique et surhumain du penseur. Il fit son buste <( héroïque » selon la vieille expression, plutôt qu'il ne fit son portrait. C'est ainsi que Victor Hugo se gravera dans la mémoire des siècles.
— Il doit être content, disait à l'artiste un académicien illustre, car vous l'avez modelé, non tel qu'il est, mais tel qu'il se figure être !
— Pour un homme pareil, répondait Schœnewerk, la vérité est là plus que dans une imitation absolue de la nature. Vous pouvez trouver dans la rue des individus ayant l'aspect de Victor Hugo, lui seul a sa
physionomie, physionomie conventionnelle peut-être, mais créée et adoptée par ses admirateurs.
C'est en 1878, à l'Exposition universelle, qu'il recueillit son plus grand et son plus légitime succès, avec sa statue de femme intitulée : Au matin. Pour nous, c'est l'œuvre la plus complète qui soit sortie de ses mains. L'éloge fut unanime, et le jury « international » trouva qu'une médaille de première classe était nécessaire pour récompenser l'artiste français. Il est, en effet, difficile de mettre dans un accord plus parfait la vérité de la nature et l'élévation de la forme, deux choses indispensables, selon nous, à la perfection de la statuaire. Ce marbre est sans contredit hors ligne. Nous sommes persuadé qu'il restera l'une des productions les plus remarquables de notre génération artistique.
Depuis longtemps, Schœnewerk portait ses soins sur un groupe très gracieux ( une jeune fille et l'Amour ) qu'il nommait : Un prisonnier dangereux. On y retrouve toutes les qualités éminentes, et si pleines de charme, de ce statuaire de la femme, disons mieux, de la jeune fille. Cette œuvre était heureusement terminée à la mort de l'artiste. Elle vaudra, je l'espère, des applaudissements posthumes à mon cher et malheureux ami. Peut-être eût-il bien fait d'exposer, en 1885, ce sujet si conforme à ses aptitudes, plutôt que la statue de Salomé dont nous avons dit un mot.
Il travaillait depuis longtemps à cette dernière œuvre, et l'ayant achevée à l'époque du Salon, il compta sur un succès. Ses espérances furent trompées. Le public s'est montré froid envers une