L.-A. EUDE, J.-G. THOMAS, ETC
gravée sur la tombe sont les suivantes : Rêverie, — Au bord d'un ruisseau, — L'Aurore, — Myrtho, — Jeune fille à la fontaine, — Hésitation, — L'Europe, — Au matin, — Lulli, — Un prisonnier dangereux. — En cette journée commémorative, la parole avait été réservée à Jules- Gabriel Thomas, statuaire, membre de l'Institut. Faisons connaître le texte du discours qu'il a prononcé devant la tombe de Schœnewerk. Cette page honore l'artiste décédé. On y trouvera le témoignage des sympathies que s'était acquises, par la sûreté de ses relations, l'auteur de tant d'œuvres charmantes. Et n'est-il pas touchant de voir un halluciné, hanté par la manie du délaissement et de la persécution, justement comblé, au delà de son tombeau, des marques de l'amitié persistante de ceux qui l'ont le mieux connu parmi ses pairs?
Messieurs,
Il y a un an, un des éminents, des vaillants artistes de notre époque, Alexandre Schœnewerk, était enlevé prématurément à sa famille et à notre affection. Nous le déposions avec une douloureuse émotion dans la tombe où il doit reposer pour toujours. Ses parents, ses amis l'entouraient, dans un religieux silence ; chacun était pénétré de la perte qu'il faisait, du vide que sa mort laissait dans les arts.
Depuis, sa famille a élevé sur cette tombe un monument pour honorer sa mémoire. C'est ce monument, auquel plusieurs de ses amis ont consacré leur talent, que nous inaugurons aujourd'hui.
Remercions la famille, remercions ces amis dévoués, M. Eude d'abord, le plus intime d'entre eux, le confident de tous les instants, qui a conçu, aidé des avis de M. Alphonse Richardière, le plan et le dessin du monument; remercions M. Pécou, l'auteur
du médaillon qui nous rend si parfaitement les traits de notre éminent et regretté ami. Que ceux qui passeront devant cette image arrêtent, un instant, leur pensée sur la vie de l'homme qui dort sous cette pierre ; ils y trouveront un grand exemple de ce que peuvent les qualités naturelles développées par l'étude et le travail.
Alexandre Schœnewerk naquit à Paris en 1820. Son père, pour lequel il a conservé toute sa vie une grande tendresse filiale, était chargé d'une nombreuse famille, qu'il avait beaucoup de peine à élever, et, après avoir donné à ses enfants la première instruction, il se voyait dans l'obligation de leur faire choisir de bonne heure « un état ». Ainsi s'expliquent les commencements difficiles de Schœnewerk. Tout jeune, il avait montré de grandes dispositions pour les arts, et c'est en travaillant pour vivre, à l'âge où tant d'autres sont encore aidés par leurs parents, qu'il a fait les fortes études qui lui ont ouvert la carrière. Il est bien le fils de ses œuvres !
Élève de Triqueti, et, plus tard, de David d'Angers, il fut un de ceux qui firent le plus d'honneur à cette école qui a produit des hommes si remarquables. Sa qualité de fils d'étranger l'empêchant de prétendre au prix de Rome ( il ne fut naturalisé que plus tard), les expositions seules pouvaient lui ouvrir la route, et il avait hâte de s'y montrer. La première fois que son nom y figura, c'est en 1844, il n'avait alors que vingtquatre ans. Son envoi était un groupe : la Fille de Jephté et ses compagnes, œuvre de jeune homme sans doute, mais qui lui mérita des éloges, et, l'année suivante, il exposa un groupe de Sainte Elisabeth de