ROLAND
Dernièrement, Vanguel * a partagé la tête d'expression avec un pintre. Massa2 doit profiter d'un surcy pour concourir au grand prix; s'il ne gagne pas au moins le segond, il sera sûrement obligé de partir.
Nous avons vu à la fin du Salon deux charmantes statues de M. Canova, la Danse et la Musique3. Ces deux ouvrages sont remplie de grâce. Si vous voyez M. Canova, ditte lui beaucoup de choses aimable de ma part.
M. Vincent et Pajou s'intéresse bien à votre Papa; il ni a pas longtemps qu'il mont dit qu'il n'y avoit encore rien de nouveau à son sujet. Vous avez auprès de vous de bon camarades. Cortot en est un que je connois le plus particulièrement, et que j'aime. Je pence que sa frecantation doit vous plaire. Il est doux et sincère. Je mintéresse beaucoup à son sort, et lui fait beaucoup d'amitiez. Madame Roland vous remercie de votre bon souvenir, ainsi que M. et
1. Van Geel (Louis), deuxième grand prix de Home en 1811. Le lauréat du concours avait été Pierre-Jean David.
2. Massa (Toussaint), troisième grand prix de Rome en 1812, ex œquo avec Pradier ; deuxième grand prix en 1815.
3. Ces deux œuvres de Canova ne furent pas exposées du même coup au Salon de 1812. Le livret en fait foi. Une seule statue est inscrite sous le nom du a Chevalier Canova à Rome ». Elle portait le numéro 1025, et l'auteur du livret la désigne ainsi : « Une Muse. — Statue en marbre, commandée par M. de Sommariva. » Cette muse porte un nom dans l'œuvre de Canova ; elle s'appelle « Terpsichore ». L'artiste l'exécuta deux fois, avec variantes. Une lyre est son attribut ; de là, le titre que lui donne Roland. Il y voit une allégorie de la Musique. Quant à la Danse, c'est l'une des trois statues de danseuses, exécutées par Canova, nous dit Quatremère de Quincy « pour charmer les déplaisirs que lui causoit la triste situation de Rome à l'époque de l'enlèvement du pape par Bonaparte ». ( Canova et ses ouvrages, gr. in-8, 1834, p. 160-162.)
Mme Lucas 1 ; ils vous assurent tous de leur amitiez.
Adieu, mon cher David, aimé moi comme je vous aime. Je serois toujours à vous pour la vie.
Roland.
S'il vous manque quelque chose, mandé le moi. Je suis toujours prés à vous être utile.
Nous avons publié l'attachante biographie de Roland, écrite en 1846 par David (David d'Angers, etc., t. II, p. 216-245). Cette étude valut à son auteur la médaille d'or mise au concours par la Société royale des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille. Mais, en l'écrivant, David n'avait pas cédé à l'ambition vulgaire de se révéler homme de lettres. Il s'acquittait d'un devoir. Roland, qui, au cours d'une carrière honorable et glorieuse à son heure, en 1802, n'avait formé que quatre élèves, Gaillouette, Van Geel, Massa et David, fut pour eux plus qu'un maître. C'est avec une sollicitude paternelle qu'il écrit à David. Or, ce qu'il dit de Van Geel et de Massa, au cours de sa lettre, montre l'affection qu'il leur gardait. Du style épistolaire de Roland, de son orthographe, de sa ponctuation, nous n'avons rien à dire. David a pris pour épigraphe de son étude sur son maître ces deux vers d'André Chénier :
Il est si doux, si beau de s'être fait soi-même,
De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu'on aime !
Cette maxime s'applique très justement à Roland. A n'en point douter, quelques leçons de grammaire lui ont manqué. Mais le bon sens, l'élévation de la pensée, le goût, le cœur suppléent amplement, chez lui, aux lacunes de l'éducation littéraire. L'autographe de Roland est entre nos mains.
1. La fille unique de Roland avait épomsé M. Lucas de Montigny, devenu conseiller de préfecture du département de la Seine.