DÉPART DE SAINT LOUIS POUR LA PREMIÈRE CROISADE CONVERSION DE CLOVIS
A Son Excellence M. le Ministre de l 'Intérieur.
De Paris, le 9 juin 1816.
Monseigneur,
J'ai reçu la lettre par laquelle Votre Excellence m'annonce que je suis chargé de l'exécution de l'un des tableaux qui doivent décorer l'église de la Madelaine. Je suis vivement flatté de l'honneur que je reçois, et je ne négligerai rien pour répondre dignement à cette marque précieuse de votre confiance.
Votre Excellence veut bien me consulter sur le choix du sujet, et me prévient que la destination de mon tableau est d'être placé dans le cintre de la chapelle sous l'invocation de saint Louis. En partant de cette donnée, j'ai dû chercher le sujet dans la vie même de cet auguste Monarque; après quelques méditations sur les traits les plus mémorables qui la caractérisent, je ne vois rien de plus grand, de plus religieux et de plus pittoresque que le moment de son départ pour la première Croisade ; il me semble qu'un grand prince, chéri et révéré de ses sujets, entouré de tous les prestiges du Trône, n'a pu faire
à la religion de plus grand sacrifice que celui de s'arracher à la France, dont il fait le bonheur, pour aller combattre dans une Terre étrangère les ennemis de son Dieu et de son pays : l'instant de sacrifice marqué par le contraste de tant de sentiments et d'émotions, également pathétiques, offre peut-être l'une des plus belles scènes qui puissent frapper l'imagination de l'homme dans le Temple de la Divinité.
Si l'indication de la chapelle Saint-Louis n'était pas obligatoire pour le choix du sujet, je proposerais à Votre Excellence la scène de la Conversion de Clovis, au moment où ce fondateur de la monarchie revient des champs de Tolbiac, au milieu de ses enfants victorieux, accompagné des chefs des vieux Gaulois qui partagent la gloire de leur nouveau prince, et célèbrent sa conversion à la face du Ciel, et sous les auspices du vénérable Remi, son digne interprète.
Telles sont les premières idées dont je crois devoir faire hommage à Votre Excellence, et sur lesquelles je la prie d'éclairer mon jugement. Guidé par ses lumières, je me sentirai plus en mesure de commencer le travail qu'elle veut bien me confier.
Sur la question de savoir s'il est plus convenable de peindre le demi-cercle en son entier, ou de couper /arc en trois parties, je prendrai la liberté d'observer que le développement du sujet important qu'il s'agit de représenter, remplira facilement l'étendue du demi-cercle, et la grandeur de l'édifice semble aussi indiquer l'emploi de tout l'espace réservé pour la composition du peintre.
Je vous prie, Monseigneur, d'accueillir en bien-