‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 35 sur 116 · PRUD'HON · texte numérisé non relu

PRUD'HON

SAINT LOUIS PORTANT LA COURONNE D'ÉPINES SAINT FRANÇOIS DE SALES PRÊCHANT DEVANT HENRI IV

A So?i Excellence Monsieur le Ministre de l'Intérieur.

Paris, le 7 juin 1816.

Monseigneur,

Je me trouve honoré, autant que flatté, du choix que Votre Excellence a bien voulu faire de moi pour l'exécution d'une des peintures qui doivent décorer l'église de la Madeleine.

Pour parvenir autant que possible à ce que l'intention de Votre Excellence soit remplie dans tous ses points, j'ai fait choix pour la place qui m'est assignée, au-dessus du monument de la reine Marie- Antoinette, de la cérémonie de la Couronne d'épines, où saint Louis, accompagné de la reine Rlanche, des princes, ses frères, de plusieurs prélats et de toute sa cour, alla au-devant de cette précieuse relique jusqu'à Ville-Neuve-PArchevêque. Dans la translation, il se fit un devoir de la porter lui-même en entrant dans la ville de Sens, et ne voulut partager cet honneur qu'avec Robert, comte d'Artois, son frère; un clergé nombreux les précédait ; toute la suite du Roi marchait comme lui, nu-pieds et en silence; on se rendit ainsi à la cathédrale, où l'on montra à la multitude cet inestimable trésor.

Ce sujet me paraît présenter une cérémonie religieuse, imposante, remplie de sentiments pieux et de souvenirs douloureux, dont le rapprochement avec ce qu'a souffert l'auguste épouse de Louis XVI me semble devoir produire une impression profonde.

Je soumets également à Votre Excellence un second sujet qui, quoiqu'il n'ait pas, comme le premier, la même identité avec le monument placé au-dessous, sourit néanmoins à la pensée, parce qu'on y verrait Henri IV, le modèle, comme le meilleur des Rois.

Ce tableau représenterait Saint François de Sales prêchant en présence de ce monarque, et de toute sa cour en 1602.

Je pense aussi, Monseigneur, qu'il faut laisser en entier le champ de l'arc des tableaux qui, divisé en trois parties, ferait perdre à la peinture quelque chose de ce caractère imposant, nécessaire à l'effet qu'elle doit produire.

J'ose vous prier, Monseigneur, d'agréer l'expression de toute ma reconnaissance, ainsi que celle des sentiments respectueux avec lesquels je suis.

De Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur, Prud'hon,

Peintre,

Chevalier de la Légion d'honneur.

Le peintre indique deux sujets, mais il est aisé de voir qu'il préfère le premier. Les raisons qu'il donne de cette préférence sont tirées d'une pensée de poète. A défaut de la signature de Prud'hon, les lignes auxquelles nous faisons allusion permettraient de lui attribuer cette lettre. Son âme tendre et triste se trahit dans un sentiment de mélancolie que d'autres n'éprouvent pas à la manière

prud'hon

de Prud'hon. Nous avons inutilement consulté les travaux de Frédéric Villot et de Charles Clément pour retrouver la trace d'une étude quelconque se rattachant à ces compositions projetées. De même, dans ses lettres si nombreuses à ses amis, lettres au cours desquelles il s'entretient souvent de ses travaux, nous n'avons découvert aucune mention des tableaux que le peintre s'était proposé d'exécuter pour l'église de la Madeleine.

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