‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 42 sur 116 · TROIS OUVRAGES DU MAITRE NON EXPOSÉS · texte numérisé non relu

TROIS OUVRAGES DU MAITRE NON EXPOSÉS

A Monsieur La folie.

Paris, le 16 juin 1819.

Monsieur,

J'ay pensé qu'il était convenable de joindre à la note de mes ouvrages, que vous avez, les trois que je vous envoyé et qui n'ont pu être exposés. Un basrelief représentant Diane et ses nymphes aux forges de Vulcain, demandant des armes pour la chasse. Il est placé au Musée Royal, salle du Candélabre. La statue de la Force : elle est placée dans la cour du palais des Députés. La statue du général Roussel destinée autrefois pour la décoration du pont de Louis XVI, vous la connaissez. Je pense, Monsieur, que vous voudrez bien avoir la bonté de joindre ces ouvrages aux autres; je les ai faits pour le Gouvernement et ils ne sont pas exposés au Salon. C'était impossible.

Je vous prie, Monsieur, d'agréer l'assurance de mon respect. Votre serviteur,

Espercieux.

Renseigné sur l'œuvre, Lafolie veut l'être sur l'homme. Il écrit de nouveau, et le statuaire de lui répondre :

ESPERGIEUX

Ce 26 septembre 1819.

Monsieur,

Vous me demandez de qui je suis élève? J'ay commencé par être élève de l'Académie de Marseille, ma patrie, et j'ay eu les douze professeurs pour maîtres et un sculpteur, artiste fort inconnu. Arrivé à Paris, j'ay modellé quelque temps chez M. Bridan, et je suivis l'Académie. J'ay reçu les conseils de MM. Foucou, Berruer, Julien, Roland et de tous ceux que j'ay pu consulter, mais l'artiste qui m'a donné le plus de leçons, et les meilleures, c'est M. David, peintre. Ainsi, lorsque j'ay mis dans un livret du Salon que j'étais « élève de ceux qui m'ont donné de bons avis », j'ay dit la vérité.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mon respect.

Votre serviteur,

Espercieux.

Bibliothèque d'Angers. Manuscrits. N° 572. — Un Dictionnaire des Artistes, préparé par Lafolie, étant demeuré inédit, il n'est pas sans intérêt de mettre au jour cette lettre qu'il tenait d'Espercieux. Le statuaire, ami de David d'Angers, qui a laissé sur lui plusieurs pages écrites *, sollicité par Lafolie de le renseigner sur ses ouvrages, remplit le bulletin que lui avait adressé l'écrivain. Puis il compléta la liste de ses ouvrages par des notes biographiques.

Espercieux dit-il vrai? La mention dont il se fait honneur est-elle autre chose qu'une bravade d'artiste? L'administration du Salon aurait-elle accepté la note singulière dont parle le statuaire? Ouvrez le livret de 1798, à la page

L Voy. David d'Angers, sa vie, son œuvre, ses écrits, etc., t. II, p. 175 à 189. Manuscrit daté de l'exil, 1852.

73 de la réimpression Guiftrey, et lisez : « Espercieux (Jean-Joseph), né à Marseille, élève de ceux qui m'ont donné de bons avis, rue Pot-de-Fer, faubourg Germain. » Quant aux hommes dont « il a reçu de bons avis », deux seulement étaient connus par l'étude de David d'Angers : Bridan et Louis David. Nous savons maintenant que Foucou, Berruer, Julien, Roland ont été les maîtres d'un jour du sculpteur Espercieux.

J.-B.-J. DE BAY PÈRE

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