‹ Les maîtres peints par eux-mêmesChapitre 43 sur 116 · LES DÉBUTS D'UN SCULPTEUR · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS D'UN SCULPTEUR

Jean-Baptiste-Joseph De Bay appartient-il sans conteste à la Belgique, son pays natal? La France n'a-t-elle aucun droit sur ce maître, chef d'une famille d'artistes qui sont nés en France? Lui-même, De Bay père, n'a-t-il pas rempli des fonctions officielles au musée du Louvre? N'était-il pas chargé de la restauration des Antiques? Ce nom de « père » qui le distingue de ses fils donne à sa mémoire un caractère vénérable. Il nous apparaît comme une sorte de patriarche dans l'École. Ajoutez à cela que le vaillant homme n'a jamais connu la lassitude. Il est mort debout, sur son. escabeau de sculpteur, l'ébauchoir à la main : j'en prends à témoin son groupe de Faustulus, dont le bronze était exposé par lui au Salon de 1863, pendant la durée duquel mourut De Bay. Nous gardons avec soin dans notre cabinet l'esquisse originale de ce groupe. Le modèle est au musée d'Angers, où il est entré par les soins intelligents de Jules Dauban , que son tact d'artiste ne trompe jamais. Et sur le socle de ce modèle est écrit, en caractères fortement creusés :

DE BAY FACIEBAT MDCCCLXIII AETAT1S LXXXIV

A la bonne heure ! Voilà une verte et fertile vieillesse. La sève n'est pas tarie chez le noble artiste. Son œuvre est aussi ingénieuse, aussi spontanée, aussi jeune que si le statuaire avait quarante ans de moins. Voici précisément une seconde œuvre datée de 1822, — De Bay avait alors quarante-trois ans — c'est une page écrite, mais non sans relief.

A M. de Nast, secrétaire de la Société royale des Beaux- Arts et de Littérature à Gand.

Paris, le 21 mars 1822.

Monsieur,

J'ai reçu par M. Indrickx votre honorable lettre dans laquelle vous me parlez du bas-relief que vous me faites l'honneur de graver dans votre recueil, et sur lequel vous me demandez quelques explications.

Ce bas-relief représente la mort de Mme Ternaux- Rousseau, entourée de ses quatre enfants et de sa mère. Il est placé dans l'église d'Auteuil, près Paris *.

Maintenant, je vais vous donner quelques détails sur moi, qui, comme vous allez voir, ne sont pas très importants.

Je suis né à Malines, le 16 octobre 1779. J'ai appris chez un nommé Van Buscum à faire des rés-de-cœur et des perles, des yeux et des bouches, enfin à dessiner une tête. J'avais treize ans lorsque ce Van Buscum partit de Malines pour aller demeurer à Alost. Me voilà donc livré à moi-même. Je connaissais un cousin peintre, plus, homme d'esprit2. Il me prit en amitié. J'avais vu modeler. Je fis venir de la terre. Je commençai à copier une petite figure de Minerve que je fis voir à quelques-uns de mes amis, qui ne la trouvèrent pas trop mauvaise et qui m'encouragèrent à continuer. Me voilà donc à faire des figures, non pas grecques ni romaines, mais de petits Savoyards qui font danser la marmotte.

1. De Bay avait exposé cet ouvrage au Salon de 1819, sous le titre Tombeau de Caroline- Blanche Rousseau, épouse de E.-N.-L. Ternaux (Notre-Dame d'Auteuil).

Page 1