UN STATUAIRE ALLEMAND, ÉLÈVE DE PAJOU
A Monsieur Quatremère de Quincy, Secrétaire perpétuel de V 'Académie des Beaux-Arts, à Paris.
Stouttgard, ce 12 mars 1824.
Monsieur,
Vous avez bien voulu m'informer que l'Académie des Beaux-Arts, à Paris, m'a fait l'honneur de me nommer l'un de ses correspondants. Permettez que je vous prie de lui exprimer ma grande reconnaissance pour cet égard qu'elle a eu pour un artiste étranger. Je me sens heureux que mon nom ait pu acquérir un tel suffrage parmi les membres d'une Académie, qui a eu tant d'influence sur l'état des Beaux-Arts en Europe, parmi des maîtres qui font la gloire de leur pays. Je m'en félicite d'autant plus que j'ai été moi-même élève d'un membre illustre de cette Académie, M. Pajou, auquel je dois une grande partie des connaissances que j'ai acquises, et même la direction que j'ai prise pour toute ma vie. « Etudiez les antiques et suivez la nature », c'étaient ses adieux lorsque j'allais partir pour Rome. Voilà, Monsieur, la trace que j'ai suivie et qui m'a fourni les moyens d'exécuter les travaux auxquels je dois l'honneur que votre Académie a daigné me faire, et dont je vous répète mes remerciements.
Agréez, Monsieur, l'assurance de la plus haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
DANNECKER
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Dannegker.
Jean-Henri de Dannecker, né à Stuttgard en 1758, devait mourir en 1841. Il fut élu correspondant de l'Académie des Beaux-Arts le 10 janvier 1824. L'honneur était mérité, car Dannecker, en ces temps lointains, s'était acquis, dès 1809, une réputation européenne avec son Ariane montée sur une panthère. L'œuvre est encore estimée. On en propage des reproductions. Mais ce qui nous plaît dans la lettre qui précède, c'est l'hommage rendu par Dannecker à Pajou, son maître, pendant un séjour qu'il fit en France, antérieurement à 1785. De moins sincères, de moins délicats n'auraient pas gardé envers l'honnête Pajou la gratitude dont s'honore Dannecker. Les relations du statuaire allemand avec l'Institut de France furent inopinément troublées en 1837. Le bruit de la mort du sculpteur allemand s'étant répandu, les Académiciens de Paris lui donnèrent pour successeur le sculpteur italien Finelli. Cette nomination parvint à la connaissance de Dannecker, toujours vivant. Il fallut reconnaître son droit, et Finelli, correspondant in partibus, ne devint possesseur de son titre qu'au décès de Rosaspina, en 1841. L'autographe de Dannecker a fait partie du cabinet Dubrunfaut.