PIERRE GIRARD
rances qu'il donne pour l'avenir, il ne manquera pas de saisir l'occasion qui se présente, et de faire insérer une notice mensongère dans votre nouvel ouvrage. Ensuite, Monsieur, beaucoup de jeunes gens ont des tableaux au Musée de cette année, et il est probable que plus des trois quarts de ces jeunes artistes en resteront au point où ils en sont, eh bien ! qu'importe au public que M. tel ou tel ait fait un tableau à telle époque et qu'ensuite on n'entende plus parler de lui! Quant aux autres, la renommée prendra soin de faire connaître leurs noms, sans qu'il y ait besoin d'un catalogue consacré à cet usage. Excusez la liberté que je prends de vous importuner par d'aussi longues réflexions, mais, pour mon compte, à peine entré dans la carrière des arts, et n'ayant encore rien produit, je me trouverais dans une position gênante, si je voyais mon nom en parallèle avec celui d'un homme de mérite.
Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération, Girard,
Peintre.
Bibliothèque d'Angers. Manuscrits. N° 572. — Le paysagiste Pierre Girard, élève de Gros, né à Paris en 1806, obtint le second grand prix de Rome en 1833 sur le sujet Ulysse et Nausicaa. C'est précisément le thème qui fut imposé aux logistes de 1888, et l'on se souvient peut-être que le premier grand prix n'a pas été décerné. En 1833, Gabriel Prieur, lauréat du grand prix, était parti pour Rome. Mais revenons à Girard. Il n'avait que vingt et un ans lorsqu'il exposa pour la première fois; c'était, par conséquent, en 1827. Ses envois au Salon devaient se poursuivre jusqu'en 1872. La France, la Suisse, l'Italie l'ont tour à tour inspiré. Il a dit les grands sites, les
ruines, les herbages, usant indifféremment du pinceau, de la pierre noire ou de l'aquarelle. Cependant, la renommée du peintre n'a pas franchi de grands espaces. C'est sans doute qu'une certaine défaveur s'est attachée, on ne sait pourquoi, au paysage historique, et Girard était demeuré fidèle à ce genre ! Mais il nous est permis de penser que l'homme a voulu vivre modeste, retiré, silencieux, peu curieux du bruit qu'il pourrait faire. Ce qui nous autorise à parler ainsi, c'est la lettre qu'on vient de lire et qu'il écrivit à l'âge de vingt et un ans, au lendemain de son premier Salon. François Grille avait relevé le nom de Girard sur le livret du Salon ; François Grille méditait de composer un Dictionnaire des Artistes de l'École française. Il fit tenir à Girard un questionnaire engageant. Baste! de moins jeunes, de moins sages s'empressaient de remplir le cadre tracé par le biographe. Girard répondit à l'envoi de François Grille par la lettre qui précède. Elle est d'un homme.