BOISSY D'ANGLAS PRÉSIDANT LA CONVENTION
A Monsieur le Ministre de l'Intérieur.
Paris, le 27 février 1840.
Monsieur le Ministre,
J'ai été pensionnaire de l'Académie de France à Rome, et, depuis mon retour d'Italie, je n'ai reçu aucune commande de la protection de votre Ministère.
Vous avez ouvert un concours pour la décoration de la Salle des Séances de la Chambre des Députés, et j'ai obtenu l'exécution du tableau représentant Boissy d'Anglas présidant la Convention au 1er prairial. Le plus grand avantage du succès de ce concours était d'avoir un emplacement avantageux pour la réputation d'un artiste.
Par des considérations indépendantes de moi, on a changé la destination de cet ouvrage, et on l'a envoyé à la petite ville d'Annonay, où personne ne le verra plus, et où il est entièrement perdu pour ma réputation.
Au moment où vous allez commander des peintures pour le palais de la Chambre des Pairs, j'ose solliciter de votre bienveillance une belle place dans la salle des Séances de la Chambre des Pairs, qui puisse m'indemniser de celle que j'avais obtenue et dont j'ai été privé.
A.-J.-B. VINCHON
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mon profond respect.
J.-B. Vinchon.
Rue Bleue, n° 11.
La lettre qui précède éclaire la genèse d'une page d'histoire, peinte par Vinchon, exposée en 1835 et en 1855. L'œuvre, commandée en 1834 pour le Palais-Bourbon, à l'issue d'un concours, a été reléguée à la mairie d'Annonay. C'est en vain que l'artiste, trompé dans ses espérances, en appelle au ministre pour obtenir une compensation. Des peintures sont projetées pour le palais du Luxembourg. Vinchon demande à collaborer à cette décoration. Vaine supplique. Il ne parait pas qu'on se soit ému de son désir.
DAVID D'ANGERS