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T. IX

242 LTVRE TROISIÈME.

été reconnaissant de ce sentiment si vif, si passionné, si vrai, qu'il désarmait les malignités du public et jusqu'aux souvenirs de l'opinion. Le monde n'ignorait

89Pt est désolant. A moins que la raison , le plus beau de Vapanage de rhomme, ne le cède à l'esprit, l'ambition, la vanité, quel est l'homme qui ne désire pas le bonheur et la liberté pour lui et les autres, à moins qu'il ne soit un forcené ? et je vois qu'il y en a trop. Mais des personne^ agissantes, assez franchement loyales pour concourir a rarrangemeut avantageux de tous, a oe gros de la nation dont la philosophie parle ainsi que le philosophe, qui par malheur ne connait ni n'a les moyens de lui faire éprouver ce charme du vrai bonheur qu'il n*est pas permis a tout le inonde de connaître ; ou sont^ils ces honunes ? Bien loin de nous. On ne les écoute pas, ou ils ne parlent pas, ou ils n'existent pas. Que de tristesse toutes ces idées procurent! L*amour sortant ou fuyant l'esclavage, n'est pas mon emblème, madame la comtesse, quoique ce soit celui de mon âge; il n'en est point, il est vrai, si la beauté et la honte d'accord, partagent un sentiment senti par un cœur digne de celui qu'il n*a pu toucher. Mais, par parenthèse, j'ai ouï dire du mal de ce tableau que l'on trouve froid, correct, mais peu piquant. Je Tai un peu pensé comme le critique ; mais les détails et le fini ainsi que le coloris, en sont beaux et donneront toujours du charme a ce tableau. Pas une dame ne prendra pour elle ces insultes que leur fait l'amour ou plutôt le peintre qui peut être froid ou son âge et ses travaux. Je pense qu'il y a eu fort peu de portraits, surtout de madame Lebrun, qui a présenté celui de madame la duchesse d'Orléans. Elle est faite pour être généralement aimée et estimée et peut paraitro en public en quelque temps que oe soit. Le salon est-il beau? Je crois que les campagnards n'auront pas ete le voir. D'ailleurs il ne vaut pas la peine depuis longtemps de Be déplacer. Je ne crois pas vous avoir dit que je mangeais du mauvais pain ; je le fais venir du Pont de Gé, et il est bon, pas très-bien fait, mais mieux qu'ici, ou on devrait le manger excellent a cause de la beauté et bonté du grain. Notre froment est un des plus beaux de la Franct>> sans vouloir néanmoins attaquer et celui de Brie et le bienfait aimable et charmant de vos amies du Pont. Elles vous aiment pour vous-même parce qu'elles vous connaissent bien, et qu'alors il est difiicile de vous refuser le tribut qu'arrache et beauté et bonté et douceur et cette parfaite egalUe d'humeur gui fait le charme d'une société habituelle. Aussi auraieni'elles voulu vous garder, aussi vous y voudraient-elles, et moi je voudrais également partager avec vous retraite el solitude, le tout bien tranquille. C'est ainsi que le trouble fait penser l'homme raisonnablOf qui a reconnu que le plus grand bien a foire est la choae la plus difiicile, ai plue tumuliueuse que rorage» qui ramené ai souvrat et ai promp-

point la passion de M. de Brissac, et s'inclinait devant elle. Il est même un curieux témoignage historique de la connaissance qu'en avait la coup : lors du projet de

temeut un beau jour. Je ne vois pM que nous avancions en besogne. Helas ! pourvu qu'elle soil faite terminée, je serai content. Je le serai beaucoup aussi, madame la comtesse, quand il me sera permis de vous offrir tous mes hommages, tout mon respect et tpus les sentiments que je vous ai toujours offerts avec joie et plaisir.

« Vos lettres sont presque toujours sept jours a arriver» U m'en par^ vient de Paris a deux jours de date; celles de Versailles éprouvent le même retard. Mille respectueux hommages a mademoiselle votre beUesœur. »

Le duc de Brissap, dans son testament, recommandait ainsi madame du Barry à sa fille, madame de Mortemart, sa légataire universelle :

te Je lui recommande ardemment une personne qui m*est bien ciiere et que les malheurs des temps peuvent mettre dans la plus grande détresse. Ma fille aura de moi un codicille qui lui indiquera ce que je lui ordonne a ce sujat. n

Ce codicille est ainsi conçu :

« Je donne et lègue a madame Du Barry, de Louveciennes, outre et pardessus ce que je lui dois, une rente viagère et annuelle de 24,000 livres, quitte et exempta de toute retenue, ou bien T usufruit et jouissance pendant sa vie de ma terre de la Rambaudiere et de la Graffiniere en Poitou, et des meubles qui en dépendent, ou bien encore une somme de 300,000 livres une fois payée en argent, le lout^ son choix, d'autant qu'après qu'elle aura opté pour l'un desdits trois legs, les deux autres seront pour non avenus. Je la prie d'accepter ce faible gage de mes sentiments et de ma rsconnaissance, dont je lui suis d'autant plus redevable que j'ai ete la cause involontaire de la perte de ses diamants, et que si jamais elle parvient a les retirer d'Angleterre, ceux qui resteront égarés, ou les frais des divers voyages que leur recherche aura rendus nece^aires, ainsi que ceux de la prime a payer, s'élèveront au niveau de la valeur effective de ce legs. Je prie ma fille de le lui faire accepter. La connaissance que j'ai de son cœur m'assure de l'exactitude qu'elle mettra à l'acquitter, quelles que soient les charges dont ma succession se trouvera grevée par mon testament et mon codicille, ma volonté étant qu'aucun de mes autres legs ne soient délivrés que celui-ci ne soit entièrement accompli.

« Ce 11 août 1792, « Sipié : Louis-Herculs^TimoleQtt da Gossr Bnissàc »

la fuite à Varennes, le neveu de M. de Choîseul voulant mettre M. de Brissac dans la confidence, Louis XVI s'y refusait en disant que M. de Brissac ne pourrait s'empêcher d*en faire part à madame du Barry (1).

Cette liaison presque publique de madame du Barry avec un serviteur dévoué à la royauté éveillait, dès les premiers jours de la révolution, les défiances, les soupçons et l'espionnage autour de Luciennes où M. de Brissac venait sans cesse, et vers lequel il poussait jour et nuit le galop de son cheval ou le galop du cheval de son aide de camp, Maussabré. L'impopularité croissante de M. de Brissac enveloppait lentement et sans bruit la maîtresse de Luciennes. Les révolutionnaires voyaient en elle la complice de l'aristocrate qui recrutait cette garde constitutionnelle du Roi avec laquelle Brissac espérait bien livrer la dernière bataille de lamonarchie. Lorsque, dans la séance du 29 mai 1 792, Brissac était décrété d'accusation devant la haute cour nationale d'Orléans, quand lé Roi et la Reine, réveillés par le décret au milieu de la nuit, lui envoyaient les moyens de fuir, Brissac, au lieu de fuir, ne songeait qu'à écrire une longue lettre à madame du Barry, que suivaient d'autres lettres écrites tous les jours des prisons d'Orléans, et apportées à Luciennes par Maussabré : lettres d'amour, où M. de Brissac donnait tout son cœur avant de mourir sous le couteau des tueurs ; cor-

(1) Lettre de M. le duc de Choiseul. Revue de Paris, 1 829, vol. IV.

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respondance contre -i^évolutionnaire, murmuraient les journaux, qui, dès le 2 septembre 4 792, annonçaient, par prévision ou par impatience, l'arrestation de madame du Barry, accusée d'avoir travaillé aux plans contrerévolutionnaires de Brissac, le nombre et la continuité des émissaires excluant, selon le rédacteur, toute idée d'ambassadeurs galants. Après le 10 août une bande de Marseillais découvrait Maussabré à Luciennes : il était arraché, sous les yeux de madame du Barry, de la cachette où elle le croyait sauvé; et bientôt le Courrier français annonçait que la tète de Brissac, massacré à

Versailles, avait été jetée dans le salon de Luciennes

Le fait, tout vraisemblable qu'il fût en ce temps, était faux, je le veux croire ; mais la menace roulait aux pieds de madame du Barry.

Ce sang dp Brissac, que la presse révolutionnaire lui jetait à la face, la marquait pour la mort. Et cependant la mort allait avoir tant à faire, que peut-être la maîtresse de Louis XV eût été oubliée parmi tant de victimes, sans un vol arrivé chez madame du Barry dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791, pendant un de ses séjours à l'hôtel Brissac. Ce vol fut la dénonciation de sa fortune; il enflamma le ressentiment des Révolutions de Paris contre le faste de l'ancienne courtisane et son mépris des droits de l'homme (1).

(1) Voici Tarticle des Révolutions de Paris, contre madame du Barry :

11 déchaîna Tattention sur tant de riohesses oubliées. Il amena ces quatre voyages de madame du Barry en Angleterre (1), où la malheureuse femme se laissa aller

« Depuis la Révolution, la dame Dubarry n'a cessé d'employer tout Tascendant (}ue lai donnent de grandes richesses, acquises, on sait comme , à faire régner la mésintelligence entre les habitants des envirqns de Lucienne et les Suisses de Courbevoie. Ses menées sourdes, concertées avec les principaut officiers, n'ont pas eu tout le succès désiré ; tout au contraire, on est prévenu si peu favorablement sur le compte de la maîtresse du Ichâteau de Lucienne, qu'on ne craint pas d'élever des doutes sur la réalité du vol de ses diamants. La féduction considérable dont les revenus de ladite dame sont menacés, lui a fait naitre l'idée, ditK)n, de se rendre intéressante en se donnant pour victime d'un événement fâcheux, et en se procurant un titre à l'indulgence de l'inexorable Assemblée nationale.

« Quoi qu'il en soit, sa conduite, dans la position où elle s'annonce, n'est guère ph)pre à la faire plaindre. Ladite dame donnait des appointements fort honnêtes à un soldat suisse» pour lui servir comme de ooUcierge à Lucienne. Le gardien actuel est un jeune homme de dix-huit ans, d'utte figuré aimable et très-honuête. A la liOuvelle de renlèvement de ses pierreries, la première démarche de la maîtresse du ohàteau, est de se transporter dans une voiture à quatre chevaux chez le commandant des Suisses, à Courbevoie; elle en obtient sans peine cinquante grenadiers qui viennent aussitôt, mais à regret, s'emparer de la personne du jeune Suisse, estimé généralement et chéri de tous ses camarades. Il est conduit dans les prisons de Ruel, ou les ordres sont en même temps donnés de le mettre aux fers dans le plus noir des cachots»

« Nous tenons tous ces faits de la bouche d'un Suisse de Courbevoie, jeune homme candide, ((ul tious apprend en même temps que toute la compagnie du détenu, quitte des devoirs de la discipline militaire, se propose de prendre à partie la dame Dubarry, et de lui demander raison en justice de la violence eSercée à sa sollicitation su^ la pefsonne d'un soldat tout au plus soupçonné. Le vol des diamansde Golconde ne justifierait pas cette atteinte portée aux droits de l'homme et du citoyen; et d'ailleurs est-il délit assez grave pour être mis aux fers sur le simple soupçon d'une femme fière encore d'avoir été un moment la première courtisane de l'empire?-»

(1) Dans son premier voyage, madame du Barry quittait Lucieunea le 16 îévrier 1791, et revenait le 4 mars 1791. Son départ pour son second voyage avait lieu le 4 avHi i1^{\ elle était de retour le il mai. Une lettre la faisait repartir le 23, deux jours après, et elle revenait le 25 août 1791. Swk quatrième voyage n'eut lieu que l'année suivantes elle partait le

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au\ miséricordes et aux sympathies de son cœur, aux* sacrifices, au dévouement, au courage des regrets. Mais, avant tout, il mit sur les murs cette affiche ; — Deuço mille . louis à gagner ; diamants et bijouœ perdus^ — cette affiche détaillée de tous les objets volés, qui éta lait imprudemment devant la misère, devant Tenvie, devant la révolution, la liste et la fascination de toua ces diamants, de tous ces saphirs, de toutes ces éme-« raudes, de toutes ces sardoines, de toutes ces pierres gravées, de ces fils de deux cents perles, de ces brillants de dix grains, vingt-cinq grains, cinquante grains, inventaire de Golconde qu'épelait aux coins des rues la cupidité des passants(l ). Et voilà bientôt déchaînées, avec les exagérations de la bêtise populaire, les délations des domestiques renvoyés de Luciennes et prenant, comme une autre livrée, l'opinion des clubs, les délations des domestiques restés à Luciennes et couvant tant de ri» chesses. Des ambitions rapaces, des convoitises furieuses et sourdes se lèvent de partout autour de cette maison, autour de cette terre qui sonne creux sous le sabot du patriote, et laisse deviner la fortune qu'elle porte dans

J4 octobre 1792 et restait jusqu'au l*'mars 1793. Ses voyages, ce dernier séjour, curent-ils un butpoUtlqafl? Madame du Èarry servit-elle un plan, un parti, des espérances? Sa légèreté ne permet guère d&M(fii^l^^- TfW. ses crimes contre la Révolution furent sans doute des prêts, des services d'argent, de généreuses charités, des actes de cette pitié qui avait changé si vite son cœur pour la Reine. On assure que, dans son dernier voyage^ Pitt chercha à la dissuader de retourner en France, lui prédisant le sort deRégulus. ' *''•'

(I) Voyez à VAppendice l'affiche des diamants et bijoux perdus de madame da Barry,

ses entrailles, cette mine de cafetières d*or, de sacs de doubles louis d'or, de porcelaines montées en or, de bracelets d'or antiques, de cuvettes et de pots à l'eau en cristal de roche, de tasses d'or aux anses de corail, de couteaux d'or ornés de diamants, et de statues, Bt de miniatures... La proie était trop belle pour ne pas tenter une république qui s'habituait à battre momiaie sur la placé de la Révolution.

Madame du Barry trouvait, au retour de son dernier voyage en Angleterre, les scellés mis à Luciennes; et elle était obligée, pour les faire lever, d'adresser la réclamation suivante aux administrateurs du district de Versailles :

« Citoyens administrateurs, « La citoyennede Vaubernier du Barry est très-étonnée qu'après toutes les promesses qu'elle vous a fournies des raisons qui l'ont forcée d'aller en Angleterre, vous l'ayeï traitée comme émigrée. — Avant son départ elle vous a communiqué la déclaration qu'elle avait faite à sa municipalité ; vous l'avez enregistrée dans vos bureaux ; vi)us savez que c'est le quatrième voyage qu'elle est obligée de faire, toujours pour le même motif. Elle espère que vous voudrez bien faire lever les scellés qui ont été apposés chez elle, contre toute justice, puisque la loi n'a jamais défendu de sortir du royaume à ceux que des affaires particulières et pressantes appellent en pays étranger. Toute la France est instruite du vol

qui lui a été fait la nuit du 10 au 11 janvier 1791 ; que ses voleurs ont été arrêtés à Londres, qu'elle y^ eu une procédure suivie, dont le dernier jugement n'a été rendu que le 28 février dernier, ainsi que l'atteste le certificat ci-joint (1).

« Louvecîennes, ce 27 mars 1793. »

Mais déjà, précédant l'État, les appétits particuliers débattaient les parts de la succession future. Salenave, ancien chef d'office de madame du Barry, Frémont, son ancien jardinier, avec lesquels Zamore se liait secrètement, travaillaient dans l'ombre, sondaient et tâtaient Luciennes, épiaient la du Barry, quand il s'abattait sur Luciennes un nommé Greive, qui allait être le meneur du complot et le chef de la bande. Ce Greive s'intitulait et signait : défenseur officieux des braves sans^ culottes de Louvecîennes^ ami de Franklin et de Marat^ factieux et anarchiste du premier ordre^ et désorganisa^ teur du despotisme dans les deux hémisphères depuis vingt ans. Appuyé sur un certain Blache, espion de la révolution, qui avait connu et surveillé madame du Barry en Angleterre sous le masque de professeur de français, Greive faisait rédiger par le club de Luciennes une adresse aux citoyens administrateurs. Cette adresse, pour la rédaction de laquelle Greive avait choisi le jour de la nouvelle de la prise de la Flèche par l'armée royaliste, signalait le département de Seine-et-Oise,

(1) Mémoires de la Société des sciences morales de Seine- et* Oise, voLV, 1859.

Mantes, Ruel, Belleville^ Meudon, Saint - Cloud , Suresnes, Bougival, Marly, comme remplis de scélérats et de scélérates tendant la main à Tinsurrection qui débordait dans le département d'Eure-et-Loir, après la défaite des républicains à Saumur. Elle montrait une chaîne d'aristocrates des deux sexes le long de la Seine prêts à unir, dans une conspiration royaliste, la Seine à la Loire« Dans cette adresse , datée du 26 juin 1793, « les bons citoyens de Luciennes, dans le but d'éveiller l'attention paternelle des administrateurs sur les périls de la patrie, et sur les grandes mesures à prendre, » leur demandaient la publication du décret rendu le 2 juin par la Convention « portant que les autorités^ dans toute l'étendue de la république, seront tenues de faire saisir et mettre en état d'arrestation toutes les personnes notoirement suspectes d'aristocratie et d'inci* visme. » La députation menée par Greive, Blache et Salenave, après avoir obtenu des administrateurs un texte en règle de la loi du 2 juin, convoquait aussitôt la Commune à l'effet de procéder à la formation d'une liste de personnes à arrêter ) et le nom de madame du Barry était mis le premier sur la liste. Madame du Barry, informée de ce qui se passait, avait dépêché Morin, son valet de chambre, avec Labondie, pour plaider sa cause auprès des membres des administrations supérieures. Graive, et à sa suite le maire et les municipaux entraînés, étaient déjà au château .et se disposaient à arrêter madame du Barry, quand arrivait

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le citoyen Boileau, membre du district. Boileau faisait assembler sur-le*champ la municipalité, la réprimandait pour avoir précipité Texécution d'une loi qui allait loi être envoyée avec des restrictions et des modifications, et réinstallait madame du Barry chez elle»

Greive ne se découragea pas. Il rédigea une autre adresse, la fit couvrir de signatures ; et le 3 juillet il emmenait le maire et les municipaux à la barre de la Convention pour y faire lecture de cette nouvelle adresse, datée du l""' juillet 1793, an 11 de la République. <ic Les braves sans «culottes de Luciennes, y disait Greive^ félicitaient la Gonveption des décrets sages, bienfaisants et populaires rendus depuis Timmortelle insurrection du 31 mai..* Ces d4crets avaient renouvelé le feu sacré prêt à s'éteindre soud les glaces du modérantisme. Les sans- culottes de Luciennes venaient de commencer leurs opérations par l'arrestation d'une femme qui avait su^ malgré des relations notoirement inciviques^ par ses richesses et ses caresses qu'elle avait apprises à la cour d'un tyran faible et crapuleux, échapper à la déclaration des droits de l'homme; d'une femme qui avait fait de son château le centre des projeta liberticides contre Paris, commencés par Brissac, continués par les aristocrates de toute couleur avec lesquels elle était en perpétuelle correspondance; d'une femme qui insultait par son luxe aux souffrances dès malheureuses dont les époux, les pères, les frères et les enfants versaient leur sang pour l'égalité dans nos

armées, » de la du Barry enfin, dont Tarrestation était indispensable « pour détruire les vestiges d'une fausse grandeur qui fascinait les yeux des bons et simples habitants des campagnes, et mettre en pratique les principes méconnus de l'égalité. » Les braves sansculottes finissaient par demander l'impression de leur adresse, « afin de donner le branle aux autres communes du département. » Son adresse lue, Greive, avec une perfidie habile, remerciait les citoyens représentants du décret rendu la veille, décret qui, en ordonnant l'envoi direct des décrets aux communes, était aux administrations supérieures les moyens de paralyser leurs mesures et mettait le peuple en communication plus directe avec ses représentants.

Le président de la Convention , Thuriot répondait : « La Convention nationale applaudit aux nouvelles preuves que vient de donner la commune de Louveciennes de son patriotisme reconnu dès le commencement de la révolution, et qu'elle manifeste en ce moment en mettant à exécution la loi du 2 juin à l'égard d'une femme trop longtemps célèbre pour le malheur de la France. Les faits que vous venez de dénoncer contre elle sont trop graves ; soyez sûrs, que s'ils sont prouvés, sa tête tombera sur Téchafaud... (1). »

Forts de l'approbation de la Convention, Greive et ses amis arrêtaient madame du Barry, et la condui-

(1) L'Égalité controuvée, ou Petite histoire de la protection, contenant les pièces relatives à Tarrestation de la du Barry.

saient à Versailles pour être incarcérée dans la maison d'arrêt du département. En vain Goujon, le procureur syndic, s'emportait contre eux, déclarait l'arrestation opérée contre le vœu des habitants de Luciennes, les faits allégués contre madame du Barry exagérés et dénués de preuves, se plaignait vivement du despotisme exercé par le club de Luciennes sur les communes environnantes, et finissait par des menaces et la déclaration qui les ferait trembler : le club et Greive tenaient bon. Cependant madame du Barry, instruite des faits allégués contre elle, faisait rédiger une contre-adresse, bientôt couverte des signatures de tous les habitants de Luciennes, ennemis du club. La pétition, présentée le 6 juillet, était adressée au Comité de sûreté générale, qui, après en avoir délibéré, faisait droit à la demande de madame du Barry, et la renvoyait devant le département qui arrêtait que madame du Barry serait remise en liberté : madame du Barry était encore une fois sauvée. Mais Greive n'était pas homme à lâcher sa victime; il écrivait et faisait imprimer un pamphlet, aujourd'hui bien rare: « V Égalité controuvéej ou histoire de la Protection, contenant les pièces relatives à l'arrestation de madame du Barry, pour servir d'exemple aux patriotes trop ardents qui veulent sauver la république, et aux modérés cpii s'entendent à merveille pour la perdre (A Paris, chez Galetti). » Le défenseur officieux des braves sans-culottes de Louveciennes, l'ami de Franklin et de Marat, le factieux et l'anar*

cliistede ppemier ordre, le désorganisateur du despo* tisme dans les deux hémisphères, disait dans ce pamphlet: «c Si les patriotes de Luciennes ont paru donner de Timportance à cette femme dans l'adresse qu'ils ont faite à la Convention nationale, cette trop grande célébrité n'est due qu'à l'intervention aussi singulière que peu convenable de certains administrateurs du district, à l'activité peu ordinaire av§c laquelle l'un d'eux a volé par devers madame la comtesse, afin de parer les coups qui menaçaient sa tète à demi sacrée. C'était pour faire rougir d'autres administrateurs qui seraient tentés de se mettre entre elle et l'exécution de la loi, qu'ils ont bien voulu soumettre à la nation entière un petit nombre de chefs faite pour prouver que les soup-^ çons d'aristocratie et d'incivisme tombans sur elle, sinon connus par malheur des administrateurs de"Versailles, sont du moins d'une assez grande notoriété dans les lieux qu'elle, habite. C'est pour tranquilliser les consciences difficiles des adorateurs des grands noms que les sans^cuiottes de Louveciennes veulent bien déclarer que dans la démarche qu'ils ont faite ils n'ont eu pour but que le salut de la patrie, et qu'en demandant le décret du 2 juin au département de Seine-et-Oise, loin de toute personnalité, ni d'en vou-^ loir en particulier à l'ancienne distributrice des grâces et faveurs de la cour, ils l'ont regardée du même œil que sa femme de chambre, avec la différence près de ses cinquante mille écus de rente, et qu'ils ont déployé

la même fermeté républicaine en exécutant la loi envers Gouy son concierge, Prétry son conseiller privé, Moria son entremetteur politique auprès des autorités consti* tuées, et le chirurgien Devray. » Suivait la reproduc* tion des Adresses à la Convention, de la réponse du président) une sorte d'historique du procès qu'il pour* suivait contre madame du Barry, empoisonné de notes mortelles, de dénonciations intimes, de propos rappor* tés, de parole? semblables à celles que Greive mettait dans la bouche de la princesse de Rohan Rochefort, repro* chant tout réeemmant à madame du Barry de faire trop bonne chère et de ne pas envoyer son superflu aui Vendéens. Madame du Barry eut bientôt connaissance du pamphlet. Elle s'étonna de Tintimité des rensdgne* ments qui ne pouvaient avoir été dmmés à Greive que par des gens de sa maison. Instinctivement^ et du premier mouvement, ses soupçons allèrent à Zamore, à ce nègre dont la révolution avait fait un homme, et dont la trahison allait faire un citoyen. Elle savait à quelles idées il appartenait ; elle se rappelait que, seul de ses domestiques, il n'avait point été airété lorsqu'elle avait été conduite à Verssdlles. C'était lui, ce Zamore, comblé de ses grâces, qui vendait à Greive les secrets de Lu* eiennes. Madame du Barry le chassait aussitôt; elle débarrassait sa maison d un espion ; elle croyait à jamais délivrer sa vue d'un ingrat : mais Zamore devait reparaître une dernière fois dans la vie de madame du Barry, au tribunal révolutionnaire !

Le club devenait plus menaçant pour le château, plus déclamateur et plus furieux contre madame du Barry ; madame du Barry écrivait au département pour 8^ plaindre des dénonciations qui ne lui laissaient point de repos, et implorait le secours de T administration supérieure. Le citoyen Lavalerie était envoyé à Luciennes, et il engageait madame du Barry à se retirer à Versailles sous les yeux et sous la protection immédiate du département. Madame du Barry lui avouait que toute sa fortune, consistant en numéraire, bijoux, argenterie, était cachée dans divers endroits de sa maison ; que les clubistes le savaient par Salenave, par Zamore, par sa femme de chambre, la veuve Potet, qui les renseignait sur tout son intérieur, et que son départ ouvrirait Luciennes à l'avidité de la bande, à la visite domiciliaire et aux fouilles de tous ces hommes, les uns officiers municipaux, les autres gardes nationaux.^ Toutefois, les jours suivants, madame du Barry changeait de résolution et se disposait à se rendre à Versailles ; mais, le lendemain de la visite de Lavalerie, le club de Luciennes se concertait et arrêtait qu'il serait envoyé une députation à Versailles pour y dénoncer d'avance madame du Barry auprès du comité révolutionnaire de la commune. En même temps Blache, en sa qualité d'agent du Comité de sûreté générale, devait la dénoncer de nouveau à Paris à ce Comité dont les membres venaient d'être renouvelés. La députation de Luciennes, arrivée à Versailles, convenait avec le

comité révolutionnaire de la ville, qu'il serait fait une pétition au Comité de sûreté générale afin d'en obtenir une extension de pouvoirs qui empêchât le département de s'immiscer dans l'arrestation de madame du Barry. Il était convenu en outre qu'on dénoncerait trois membres du département, au nombre desquels était Lavalerie, le protecteur avoué de madame du Barry.

Une nouvelle pétition est rédigée par Greive, signée par les membres du comité de Versailles et remise au Comité de sûreté générale qui autorise cette fois le comité de Versailles à user pour le bien public des pouvoirs qui lui sont confiés, et déclare que les autorités constituées seront responsables des obstacles qui pourraient être opposés à l'exécution desdits décrets. Aussitôt Greive parvient à se procurer un état des sommes payées pour le compte de madame du Barry par Beaujon et dressé par Montvallier, l'intendant de madame du Barry , état montant à six millions ; et armé de cette pièce, armé du décret du Comité de sûreté générale, il tourmente et travaille les membres du comité de Versailles jusqu'à ce qu'il ait obtenu l'ordre d'arrêter madame du Barry. Le 22 septembre, il se rend à Luciennes accompagné de deux gendarmes, du maire^ du juge de paix, de plusieurs officiers municipaux, exhibe son ordre à madame du Barry, fait poser les scellés par le juge de paix, et fait monter madame du Barry dans une voiture publique où se tenaient les gendarmes.

On a raconté que pendant le voyage Greive ayant trouvé, près de la machine de Marly, le cabriolet du chevalier d'Escourt, laissa les gendarmes dans la voiture et monta dans le cabriolet avec la femme dont il tenait enfin la mort dans ses mains. Que se passa-t-il ? Greive voulut-il vendre la vie à madame du Barry ? Lui proposa- 1- il un rachat? et quel était ce rachat?...

Madame du Barry avait été déposée provisoirement dans la maison d'arrêt de Sainte-Pélagie. Manquant de tout, elle était obligée d'emprunter deux cent cinquante livres au citoyen Montrouy, qui lui envoyait un lit dans sa prison Elle ne croyait pas à une condamnation à mort ; elle pensait que la révolution se contenterait d'une confiscation de ses biens , et elle était confirmée dans cette idée, dans cette espérance, par l'annonce singulière faite par plusieurs journaux « que madcme du Barry avait été mise en liberté^ et ses biens amfisqués au profit de la nation. »

Pendant ce temps, Salenave, ce domestique qu'elle avait chassé pour infidélités, était devenu membre du comité révolutionnaire de Versailles. Greive s'abouchait avec lui; et tous deux, unissant leurs efforts, entraînaient le comité révolutionnaire à prendre connaissance des scellés apposés à Luciennes par le juge de paix de Marly. Ils étaient autorisés à croiser lesdits scellés et ils faisaient nommer, comme gardiens, Fournier

MADAME DU BARRY. tm

père et Zamore, le patriote renvoyé de Luciennes pour son patriotisme, avec une garde de six patriotes. D'uû autre côté, les habitants attachés à madame du Barry et gardant le souvenir de ses bienfaits rédigeaient et signaient une seconde pétition pour obtenir la liberté de madame du Barry. Greive, inquiet de l'effet de la pétition, se rendait auprès de Héron, le membre du comité de sûreté générale auquel avait été remis le dossier de madame du Barry. 11 trouvait dans Héron un ancien ennemi des Vandenyver, les banquiers de madame du Barry, contre lesquels il s'était autrefois heurté dans une affaire de banque et qu'il avait dénoncés, en s'aidant de la plume et des rêves noirs de Marat, dans un libelle intitulé : Complot d'une banqueroute générale de la France^ de l'Espagne^ et par cmtre<oup • de la Hollande et de V Angleterre. La manie de ce misé-» rable fou de peur, de ce Héron, était de croire qu'il avait été continuellement poursuivi par ces banquiers hollandais: il se figurait avoir essuyé, au 10 août, cinq coups de feu de Vandenyver. Sous le coup de ces terreurs, sous l'impatience d'une vengeance. Héron précipitait l'acte d'accusation contrç les banquiers qui. devaient entraîner madame du Barry dans leur mort. L'argent reçu des Vandenyver , telle était la grande base de l'accusation soufflée par Héron à Fouquier-* Tinville contre madame du Barry dans un rapport qui amenait l'interrogatoire secret de la ci -devant favorite. Madame du Barry déclarait , dans cet interrogatoire,

qae les sommes dépensées par elle lui étaient fournies sur des ordres particuliers que Louis XV donnait pour chaque payement, et que Beaujon, qui en avait reçu Tordre de Bertin, était le seul qui lui avait fait des payements sur des bons signés d'elle. Elle ne se cachait pas d'avoir influencé et déterminé le Roi dans les nominations qu'il avait faites ; elle reconnaissait avoir sollicité des pensions et des gratifications pour ses protégés. Elle affirmait n'avoir eu d'autre rapport avec Louis XVI que le suivant : devant, à la mort de Louis XV, une somme de deux millions sept cent mille livres, elle avait fait au Roi la demande de payer sa dette; en 1782 elle avait sollicité pour que des contrats de rentes, à elle appartenant, lui fussent échangés ' contre des espèces jusqu'à concurrence d'un million ; ce qui, avec le produit d'une partie des bijoux, vaisselle et tableaux qu'elle avait vendus au Roi, lui avait permis de payer le plus grand nombre de ses créanciers et de réduire sa dette à 250,000 livres. Elle disait ne pouvoir évaluer sa fortune mobilière, mais estimer à près de 160,000 livres les diamants qu'oa lui avait volés en 1791, diamants qui n'étaient qu'une partie de ceux qu'elle possédait; et elle avouait posséder 90,000 livres de rentes viagères sur l'Hôtel-de-Ville qu'elle devait aux largesses de Louis XV. Le 7 frimaire Héron faisait interroger les coaccusés de madame du Barry, les Vandenyver, sur leur complicité dans le grand pro-

jet de banqueroute . des royaumes de France et d'Espagne.

Le jugement approchait. Madame du Barry était transférée de Sainte-Pélagie à la Conciergerie; et elle occupait à la Conciergerie la chambre de Marie-Antoinette, comme s'il eût été dans ses destins d'usurper jusque dans Tagonie la place et le lit d'une Reine !

Tout s'assombrissait autour de madame du Barry , et les bons soins de la femme Richard ne pouvaient la tirer de l'accablement de tant de sinistres nouvelles : c'était Lavalerie, dont Greive avait demandé la mise en accusation, qui se jetait dans la Seine au port de Marly ; c'était Luciennes, tombé à la garde des municipaux, tombé aux mains de Greive et de Zamore, sondé, fouillé, peu à peu déménagé ; c'était Greive qui venait de s'entendre avec Fouquier-Tinville pour dresser la liste des témoins.... (I).

Le 1 â frimaire l'acte d'accusation était lu et adopté à la chambre du Conseil. Les témoins recevaient assignation pour le 16 et le lendemain 1 7 ; et l'acte imprimé était distribué à la séance des Jacobins et envoyé aux sociétés affiliées.

Le 1 6 frimaire de l'an II de la République (6 décembre 1793), à neuf heures du matin, l'audience du tribunal criminel révolutionnaire était ouverte. (1) Mémoires historiques de Jeanne Gomart de Yaubernier, vol, lY,

Le tribunal se composait des citoyens René- François Dumas, vice-président faisant fonction de président ; de François-Joseph Denisot , d'Alexandre-Edme David, de Charles Bravet, juges ; d'Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public ; de Robert Wolf, greffier. Au banc des jurés siégeaient les citoyens Trinchard, Prieur, Billion, Mercier, Klispis, Meyer, Martin, Topino Le* brun, Lohier, Sambat, Vilatte, Payan.

Le tribunal et les jurés ayant pris place , on introduisait, libres et sans fers, les jiommés femme Dubarry et les Vandcnyver père et fils ; et aussi les citoyens Chauveau et Lafeutrie, hommes de loi, conseils et défenseurs officieux.

Le président demandait à madame du Barry, assise au fauteuil comme accusée principale, ses nom, âge, profession, lieu de naissance et demeure.

Madame du Barry répondait se nommer Jeanne Vaubernier, âgée de quarante deux ans, née à Vaucouleurs, vivant de ses revenus, demeurant'ordinairement à Lueiennes. A l'interpellation du président, qui lui demandait si elle n'était pas la femme du ci- devant comte Dubarry, elle répondait qu'elle était séparée de droit.

Vandenyver, ce vieillard de soixante-six ans, et ses deux fils donnaient ensuite leurs noms, leurs professions, leurs demeures.

Puis, après que le président eut recommandé l'attention aux accusés, le greffier donnait lecture de Tacte d'accusation. Fouquier-Tin ville y exposait que, par dé-

libération du Comité de sûreté générale et de surveillance de la Convention nationale du vingt-neuvième jour de brumaire dernier, Jeanne Vaubernier, femme Dubarry, Jean-Baptiste Vandenyver, Edme-Jean Vandeny ver et Antoine - Augustin Vandenyver avaient été traduits au tribunal révolutionnaire; que la nommée Vaubernier, femme Dubarry, avait été constituée prisonnière à Sainte-Pélagie, et que les nommés Vandenyver père et fils, banquiers, avaient été constitués prisonniers dans la maison d'arrêt de la Force ; que les pièces concernant ces accusés avaient été apportées à Taccusateur public le trentième jour de brumaire, et que les accusés avaient été interrogés les 2, 4 et 7 frimaire suivant par Tun des juges du tribunal.

Après cet exposé, il disait qu'examen fait des pièces, ce TAspasie du Sardanapale français » avait été, après la mémorable victoire du peuple français, l'instrument et la complice des émigrés, le soutien et l'asile des cidevant grands restés en France ; et il nommait Laroche, ci-devant grand vicaire d'Agen, condamné par le tri» • bunal révolutionnaire, comme ayant trouvé un refuge chez elle. 11 disait que, dans le désir d*être utile aux émigrés, elle avait simulé un vol de diamants dans la nuit du 10 au 11 janvier 1791 ; que ce prétendu vol avait été un prétexte et une comédie concertés avec Forth, agent anglais, pour se mettre en rapport avec tous les agents de la cotilre*révolution existant à Londres ; que, pendant ses quatre séjourê à Londres, elle

n'avait vécu qu'avec les émigrés, avec les lords hostiles à la Révolution, « avec l'infâme Pitt, cet ennemi implacable du genre humain, dont elle avait rapporté ^une médaille portant l'effigie du monstre. » 11 disait que ses trésors étaient ouverts aux ennemis de l'intérieur; qu'elle avait fait compter une somme de 200,000 livres en constitution de rentes à Rohan Chabot, possesseur de terres considérables en Vendée, « où s'est formé, remarquait Fouquier, le premier noyau de rebelles; » que, par l'entremise du chevalier d'Escourt, elle avait prêté une pareille somme de 200,000 livres à la Rochefoucauld, ancien évêque de Rouen ; qu'enfin ce même d'Escourt, le UQmmé Labondie, son neveu, et le ci-devant vicomte de Jumilhac, émigré, avaient reçu d'elle des sommes considérables. Il disait qu'elle avait provoqué des rassemblements dans son pavillon de Luciennes , « dont elle voulait faire un petit château fort, ce qui est suffisamment prouvé par les huit fusils que son bon ami le scélérat d'Angremont escroqua pour elle à la municipalité de Paris. » Il disait tous les trésors cachés par elle et prouvant sa foi dans la contre- révolution; il disait la collection rare d'écrits et de gravures contrerévolutionnaires trouvée chez elle; il disait le deuil porté publiquement par elle à Londres, lors de la mort du tyran; il disait sa perpétuelle correspondance avec les plus cruels ennemis de la République, les Crussol, les de Poix, Canonet, Galonné, d'Aiguillon, Beauveau, Chavigny , Mortemart , Brissac , Frondeville , Coigny ,

Brancas, de Nesle, la Vaupalière, Durfort, Maussabré, Breteuil, Boissaison, Narbonne.

Passant aux Vandenyver, Fouquier-Tinville les peignait comme les intermédiaires entre Témigration et la Dubarry. 11 les accusait d'avoir fait passer les diamants de la Dubarry en Hollande ; il les accusait de lui avoir fourni en Tespace de deux ans une lettre de crédit de 6,000 livres sterling, une autre de 2,000, une autre de 50,000, une autre illimitée ; de lui avoir fourni les 200,000 livres pour Rohan Chabot, les 200,000 livres pour la Rochefoucauld, et d'avoir fourni tous ces fonds en les sachant destinés à des émigrés et postérieurement à la loi contre les émigrés, qui devait leur faire regarder la Dubarry comme émigrée. 11 accusait encore les Vandenyver, « de tout temps ennemis de la France, » d'avoir été, en 1782, complices d'un complot entre le tyran et le roi d'Espagne pour opérer une banqueroute chez les deux nations, « engloutir la fortune publique et perpétuer l'esclavage des Français. » Puis, revenant à la Révolution, il terminait par les accuser d'avoir été au nombre des chevaliers du poignard, et d'avoir coopéré « au massacre du peuple. »

Après la lecture de l'acte d'accusation de Fouquier- Tinville, le premier témoin, Georges Greive, âgé de quarante-cinq ans, né à Newcastle en Angleterre, et se disant homme de lettres, prenait la parole, déclarait que la Dubarry s'était opposée au recrutement à Luciennes, rendait compte de tous les objets précieux cachés dé-

couverts à Lnciennesle jour de l'arrestation de Taccusée, déposait avoir trouvé dans ses papiers une lettre indiquant la signature rayée de Forth, qu'elle avait beaucoup vu dans son séjour à Paris; et il finissait sa déposition par Topinion générale de Luciennes, que le prétendu vol n'était qu'un moyen imaginé par la Dubarry pour entrer en relation avec le gouvernement anglais. Sur les demandes du président, madame du Barry avouait avoir reçu Forth et être retournée eh Angleterre, son procès fini, pour recouvrer ses bijoux et payer les frais. Le témoin reprenait alors que l'accusée en avait imposé à la Convention en disant que ces bijoux, soidisant volés, étaient le seul gage de ses créanciers, tandis qu'elle possédait 1 50,000 livres de rentes sur THôtel-de-Ville de Paris, 186 actions de la ville de Paris de 700 à 800 francs, de l'or, des diamants, une fortune que Ton pouvait évaluer à 10 ou 12 millions.

Xavier Audouin, adjoint au ministre de la guerre, rendait compte de l'arrestation de Maussabré à Luciennes après le 1 août.

Jean-Baptiste Blache, commissaire du Comité de sûreté générale de la Convention, déposait qu'il avait vu l'accusée avec Forth dès le lendemain de son arrivée en Angleterre; que l'accusée avait logé chez un Français nommé Grenier qui était l'homme du duc d'Orléans; qu'à son second voyage l'accusée avait vécu dans l'intimité de la femme Calonne ; qu'à son troisième voyage, où elle avait fait émigrer la jeune d'Aiguillon en la dé-

guisant en femme de chambre, elle avait pris logement dans la maison où logeaient Saint-Phar, frère putatif d'Orléans, la ci-devant princesse d'Henin, la ci-devant duchesse. de Mortemart, Bertrand de MoUeville, Breteuil. Il témoignait queTaccusée avait, au mois de janvier 1793, porté le deuil de Capet avec le plus grand faste anglais ; qu'elle avait assisté à tous les services célébrés dans les chapelles des puissances ennemies de la République ; qu'elle avait avoué entretenir des correspondances avec les émigrés en disant : « Ce ne sont que des terre-à-terre que nous nous écrivons, des liaisons d'amitié et rien de plus ; »> qu'elle avait sollicité l'élargissement de Labondie arrêté comme suspect; et qu'elle avait enfin toléré à Luciennes, dans les visites de Rohan Rochefort, les qualifications de princesse, comtesse, etc.

Madame du Barry interrogée ne niait pas son intervention en faveur de^ Labondie. A l'interpellation du président si elle n'avait point* reçu des mémoires lors de la formation de la garde constitutionnelle du Roi, et si elle n'avait pas influencé les ^lominations auprès de son ami Brissac, elle répondait qu'elle avait reçu quelques mémoires relatifs à cet objet,, mais qu'elle n'avait participé à aucune nomination.

Après Blache le tribunal entendait Bernard d'Escourt, âgé de soixante-huit ans, ancien capitaine de cavalerie, et déjà détenu à la Force. 11 déclarait que c'était lui qui avait servi de procureur fondé, lui qui avait été

chercher les 200,000 livres chez Vandenyver, lui qui les avait remis à Rohan Chabot. Après deux ou trois questions sur la nature des espèces et sur le lieu où la somme avait été payée, Fouquier-Tinville se levait et requérait : « Attendu que le sieur d'Escourt, dans sa déclaration, n'a cessé d'être manifestement en contradiction avec lui-même , desquelles contradictions il résulte qu'il est évident que les déclarations dudit Escourt sont fausses ; que ces tergiversations ont pour but de couvrir la complicité qui existe entre lui et les accusés et autres complices dans une correspondance criminelle, l'accusateur public requiert et ordonne que par le président il sera dressé procès-verbal des contradictions, dépositions, tergiversations et faussetés avancées par ledit témoin dans sa déclaration, et que ledit Escourt sera mis en arrêt pour être conduit en la maison de la Conciergerie au lieu de celle de la Force, à l'effet d'être poursuivi comme prévenu de faux et de complicité dans une correspond§,nce criminelle et contre-révo* lutionnaire. »

L'arrêt rendu conformément au réquisitoire de Fouquier, et la tête de d'Escourt promise au bourreau qui ne l'attendra, guère ^ Dumas interrogeait Vandenyver. La réponse et la défense de Vandenyver étaient que, le gouvernement français ayant accordé un passe-port à madame du Barry, il avait dû se croire parfaitement en droit de ne point la regarder comme une émigrée, et de lui fournir les fonds qu'elle demandait. Alors entraient

d'autres témoins. Ceux-ci, — car il fallait que toutes les bassesses et jusqu'aux bassesses de Tantichambre fussent raccolées par la Terreur et servissent la guillotine, — ceux-ci étaient des domestiques chassés pour vol et pour patriotisme, passés de Toffice au comité de surveillance de Tendroit, se vengeant de la reconnaissance par la délation, et apportant au procès des rancunes si viles que seule la Justice de la Révolution pouvait les ramasser sans se salir !

C'était Salenave, qui nommait les aristocrates reçus par la Dubarry à Luciennes, se plaignait d'avoir été mal vu en sa qualité de patriote par les autres domestiques du château, et affirmait avoir été renvoyé pour ses opinions.

L'accusée répondait qu'elle avait effectivement mis le témoin à la porte, non point pour ses opinions, mais pour les porcelaines qui disparaissaient journellement de chez elle.

Après le témoin Salenave venait le témoin Zamore, a âgé de trente, et un ans, né au Bengale dans l'Inde, et actuellement employé au comité de .salut public de Versailles. »

Après avoir déclaré qu'il avait été chez madame du Barry depuis l'âge de dix ans, il témoignait que, voyant sa maîtresse maltraitée par les journaux patriotes, il lui avait conseillé de faire le sacrifice d'une partie de sa fortune pour conserver l'autre ; mais que l'accusée , loin de prendre en considération ces sages avis, avait

continué à recevoir des aristocrates et à applaudir aux échecs des armées de la République; que, malgré de nouvelles observations de sa part, l'accusée avait persisté dans cette conduite ; que même, à la nouvelle que lui témoin fréquentait Tillustre Greive, Tancien ami de Franklin et de Marat, et qu'il avait des liaisons avec les patriotes Blacbe, Salenave et un grand nombre d'autres, l'accusée s'était perniis de lui dire qu'elle ne lui donnait que trois jours pour sortir de sa maison.

« 11 est faux que je recevais chez moi des aristocrates, » répondait madame du Barry, et elle ajoutait avec le courage du mépris : « Quant aux avis que le témoin prétend m'avoir donnés, je n'en avais point à recevoir de lui : à l'égard de son expulsion, elle a eu lieu rapport aux fréquentations des personnes qu'il vient de vous nommer. »

Jean Thénot, ancien domestique de l'accusée, transformé par la République en instituteur à Luciennes, déposait avoir entendu dire à l'accusée, à propos du meurtre de Foulon et de Berthier, « que le peuple était un tas de misérables et de scélérats. »

Henriette Picard, femme de chambre de madame du Barry depuis vingt-trois ans, trahissant sans remords un si long service, déposait des relations de sa maîtresse avec les émigrés à Londres.

Enfin le neuvième témoin , Marie Labille , femme Potet, tapissière à Luciennes, témoignait que, lors de

l'arrestation de Brissac, Tâccusée avait passé la nuit à brûler des papiers.

Le 17 frimaire le même tribunal, les mêmes juges, les mêmes jurés entraient en séance. Les mêmes accu* ses étaient introduits et Ton entendait des témoins, qui semblaient les témoins de la veille. On entendait Devray, le chirurgien de Luciennes ; on entendait Fournier déclarant avoir reconnu, parmi les objets trouvés à Luciennes, plusieurs objets annoncés comme volés en 179 1 ; on entendait cette seconde femme de chambre de madame du Barry, jalouse de l'ingratitude de la première, Marie-Josèpbe Lamault, qui faisait la même déposition que la femme Potet.

L'audition des témoins était suivie d'un interrogatoire de Vandeny ver père sur les lettres de crédit données à madame du Barry et sur le mandat de 200,000 livres sur la caisse d'escompte.

Les défenseurs osaient faire leur devoir et plaidaient contre Sanson. Dumas prononçait un résumé où il faisait « de la courtisane du prédécesseur de Louis XVI » l'instrument de Pitt, la complice de la guerre extérieure, du soulèvement du Calvados, de l'insurrection de ta Vendée, des troubles du Midi... Après quoi il posait les questions aux jurés. Les accusés se retiraient.

La mort de madame du Barry coûtait à la conscience de la Terreur un quart-d'heure de plus que la mort de Marie-Antoinette. Au bout de cinq quarts d'heure

les jurés rentraient, les accusés étaient ramenés, et entendaient :

« Le tribunal, d'après la déclaration du juré de jugement, faite à haute voix, portant : qu'il est constant qu'il a été pratiqué des machinations et entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État et leurs agents, pour les engager à commettre des hostilités, leur indiquer et favoriser les moyens de les entreprendre et diriger contre la France, notamment en faisant à l'étranger, sous des prétextes préparés, divers voyages pour concerter ses plans hostiles avec ses ennemis, en leur fournissant, à eux ou à leurs agents, des secours en argent;

« Que Jeanne Vaubernier, femme Dubarry, demeurant à Luciennes, ci-devant courtisane, est convaincue d'être l'un des auteurs ou complices de ces machinations et intelligences ;

a Que Jean -Baptiste Vandeny ver, banquier hollandais, domicilié à Paris, Edme-Jean-Baptiste Vandenyver, banquier à Paris, et Antoine*Augustin Vandenyver, banquier à Paris, sont convaincus d'être les complices de ces machinations et intelligences.

« Ouï l'accusateur public en ses conclusions sur l'application de la loi :

o Condamne ladite Jeanne Vaubernier, femme Dubarry, lesdits Jean-Baptiste Vandenyver, Edme-Jean- Baptiste Vandenyver et Antoine-Augustin Vandenyveir, à la peine de mort, conformément à l'article premier

de la première section du titre premier de la deuxième partie du code pénal...

a Déclare les biens desdits femme Dubarry, Jean- Baptiste, Edme-Jean-Baptiste et Antoine-Augustin Vandenyver, acquis au profit de la république, conformément à Tarticle II du titre II de la loi du 1 mars 1 793. . •

« Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public, le présent jugement sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la Révolution de cette ville, imprimé et affiché dans toute la République (1). »

A cette lecture de mort, terrassée, accablée par la stupeur et Thorreur, madame du Barry perdit soudainement le sang-froid et le reste de dignité qu'elle avait montrés dans ses réponses. Quand elle vit que tout était fini, qu'on allait l'emmener, et' que les témoins entendus se frottaient les mains et jouissaient sans pudeur de son agonie, elle fut prise d'une telle faiblesse que les gendarmes furent obligés de la soutenir sous les bras, et que le public eut peur qu'elle n'eût point la force de mourir toute vivante 1 Le trouble, l'effroi, l'épouvante, l'anéantissement, la prostration, la lâcheté

(1) Procès-verbal de la séance du tribunal criminel révolutionnaire éta* bli par la loi du 10 mars 1793 et en vertu de la loi du 5 avril de la même année, séant à Paris, au Palais de justice, du 16 et du 17 frimaire de Tan II de la République française. Archives impériales. — Pièces justificatives du procès de madame du Barry, publiées par M. de Favrolle dans son quatrième volume des Mémoires historiques de la comtesse du Barry, — Le Procès de madame du Barry ne figure pas dans le Bulletin du tribunal révolutionnaire de Clément, la lacune entre la troisième et la quatrième partie allant du 8 frimaire au 1«>^ germinal de l'an ii.

fî4 LIVRE TROISIÈME.

detant la mort, et devant cette mort, furent si grands chez cette femme qui toute sa vie n'avait pensé ^'à vivre, qu'en un moment elle oublia tout, amitié, fôconnaisfeance, dettes de cœurs, engagements sacrés, le se* ci^et 6t le dévouement de ceul qui s'étaient compromis pour elle. Espéfatit sauver sa viô en vendant k vie des autres, croyant acheter sâ grâce, un sursis au moins, en livraut ce qui lui reste de cachettes et de trésors, lé lendemain de sôU jugement, le matin de sa mort, la voici , toute pâle d'une nuit de terreur, tremblante et suppliante entre les deul guichets de la Conciergerie, jetant au bourreau qui vient, à l'heure qui presse, à la guillotine qui approche, la dénonciation précipitée et haletante de tout ce qu'elle a enfoui, dérobé, soustrait àU iflair de la république, aux cupidités de la patrie de l'an II ! Au juge Denisot, à Claude Roger, substitut de l'accusateur public, elle fait le détail des objets précieux enterrés dans le jardin de Luciennes, enterrés danfl les bosquets, cachés dans la resserre des instruments de jardinage, cachés dans l'escalier de la garde-robe^ cachés dans les corridors, dans la cave, dans le jardiU de son, valet de chambre, ce fidèle Morin, qui payera de sa tète la déclaration de sa maîtresse, cachés chez la femme Déliant, cachés chez le citoyen Montrouy. Sous le coup de l'épouvante, elle se rappelle, elle retrouve tout, pièce à pièce, louis à louis, jusqu'à une assiette, jusqu'à une cuiller, car c'est sa vie qu'elle croit retrouver. Dans son zèle, dans ses angoisses,

craignant que tout ce trésor ne suffise pas encore à payer sa grâce, elle s'engage à écrire à Londres, si c'est le bon plaisir du tribunal, à recouvrer tous les articles du vol de 1791 déposés chez Norlon, Monselet et Ram« son... Malheureuse 1 elle oubliait que la Révolution de* vait hériter d'elle !

C'était le temps où le courage ressemblait aux vie* times et n'avait plus de sexe. Condamnées comme des hommes, les femmes mouraient comme des hommes. On les eut dit jalouses du droit de mourir^ Celles-ci montaient à l'échafaud comme au sacrifice, celles-là comme à une tribune. Les unes paraissaient marcher à la postérité, les autres aller à une patrie. Chacune était digne de toutes. Les bourgeoises mouraient en romains^ les grandes dames mouraient en grands sei«gneurs, les mnes mouraient en roi... Mais toutes avaient le cœur et la force d'une idée, d'un principe^ d'une foi, d'un devoir, d'un droit, d'une passion, d'une illusion, de quelque chose enfin qui soutient l'âme et porte l'agonie. Madame du Barry n'avait rien de cela pour l'aider à mourir ; et s'il est dans son histoire un scandale qu'on doive lui pardonner, c'est le scandale d'une mort qui attendrit la Terreur*

En montant sur la charrette, la pauvre femme devint pale comme une morte. La foule, une foule immense^ attendait la courtisane du ci-devant tyran. Les chevaux

se mirent à marcher lentement. Le peuple se pressait pour regarder passer cette prodigieuse fortune. Celle qu'on regardait ne voyait rien, n'entendait rien : c'étaient des soupirs brisés, des sanglots, des étouffements. Ses compagnons de route, qui devaient être ses compagnons d'arrivée, les Vandenyver la soutenaient vainement de paroles, et tâchaient de l'affermir; le conventionnel Noël cherchait à lui donner son courage : elle ne leur répondait que par des regards éteints et des mouvements de lèvres sans paroles, quand tout à coup, auprès du Palais-Royal, à la barrière des Sergents, levant les yeux, elle aperçut le balcon d'une maison de modes où les ouvrières s'étaient rangées pour voir une dernière fois au passage celle qui avait été madame du Barry : cette maison, c'était la maison où elle avait été ouvrière en modes... Peut-être alors, dans un de ces éclairs de l'agonie, dans une de ces lucidités de la dernière heure qui précipitent le solivenir et les images de toute une vie, elle revit tout son passé, sa jeunesse, puis Versailles, puis Luciennes... Rêve d'une seconde, dont elle sortit en poussant des cris !

Cependant la foule s'étonnait : elle était habituée à si bien voir mourir que cette femme lui semblait pour la première fois une femme qu'on allait tuer. Il y avait dans les groupes cette première émotion qui est dans un peuple comme l'ébranlement de la pitié. L'officier fai- . sait fouetter les chevaux de la charrette et brusquait le spectacle.. • La charrette arrivait à Téchafaud à

quatre heures trente minutes de relevée (1). Madame du Barry descendit la première ; on l'entendit sur l'escalier de l'échafaud, éperdue, désespérée, folle d'angoisse et de terreur, se débattre, supplier, demander grâce, crier : <c A moi! à moi! » comme une femme assassinée psu* des voleurs '

(1) Procès-verbal d^exécution de mort du 18 frimaire (dimanche 8 décembre 1793). Archives impériales.

Nous donnons ici une suite de mémoires de madame du Barry qui nous semblent ne point intéresser seulement la biographie de la favorite, l'histoire de ses goûts et de son luxe, mais avoir droit encore à leur place et à leur intérêt dans les archives de Tart français du dix-huitième siècle. Les mémoires de Roettiers, de Jje Comte^ d'AUegrain, etc., dont nous ne donnpns que les articles les plus curieux, n'ont point été publié9 jusqu'ici. Ils font partie de quatre volumes de Comptes de madame du Barry possédés par la Bibliothèque impériale. Les deuiL derniers mémoire3, celui de Pajou et celui de Drouais, ont été déjà publiés dans les Mélanges des Bibliophiles (1857) par M. le baron Pichon, et font partie de sa riche collection de livres et de manuscrits.

Fournitures faites à madame la comtesse du Barypar Roettiers père et fils orfèvres ordinaires du Boy :

Le 23 septembre 1769.

Deux petits chandeliers de toilette perlés. . 236 liv. 18 s.

Le 20 janvier 1770.

Fourni en vaisselle perlée et chantournée :

10 douzaines d'assiettes, 8 plats ovals, Plus 12 flambeaux avec leurs bassinets. . . • 30,174 liv.

Le 8 janvier 17T1.

Fourni 4 flambeaux à girandoles très riches et sur modèles nouveaux représentant les quatre Éléments enrichis de testes de béliers à guirlandes de lauriers 11,837 liv.

Le4mayl771.

Fourni un pot au lait d*or orné de son chiffre entouré de guirlandes de fleurs sur le pourtour de toute la caffetière, bec ^rné de canneaux d^orhements et de canneaux creux dans lesquels sont des montants de feuilles de rayrthe ; le couvercle à gaudrons saillants est terminé à baguettes ornées de feuilles de persil qui les entrelassent j sur le dessus est un groupe de roses ; la charnière est aussy très ornée, ainsy que Tanse qui porte le manche et le bouton.

Façon au plus fini et porté au plus haut degré pour le poly 2,687 liv.

Lel3aouti77i.

Fourni deux pots à oille, plateaux *et cuillers des deux services, plateaux et fourchettes au plus riche étant ornés d'enfants tenant des guirlandes ; les quatre couvercles surmontés de quatre sujets différents. Les armes de relief en bas relief, les pieds ornés de tètes de béliers, de trophées de fleurs et carquois, le tout fini avec le plus grand soin. . 24,000 liv.

Façon de toute la vaisselle plate en modèles nouveaux, ornée de feuilles de lauriers et à agraphes dans tous les contours, à 24 livres le marc, étant cizelée et finie avec le plus grand soin 20,259 liv.

Du 4 mars 1773.

Avoir payé un compagnon, orphèvre pendant trois mois, qui sont décembre, janvier et février 1773, qui travailloit tous les jours jusqu'à minuit et deux heures du matin, pourquoy conter quatre mois et demi des journées à 5 livres. . . 675 liv.

Du 5 mars 1773.

2 cuillers à sucre d'or très riches, ornées d'Amours tenant des guirlandes de roses, de chutes de guirlandes de lauriers, rozettes et une guirlande de feuilles de vigne, le tout exécuté avec le plus grand soing, ainsi que le poly. . . . . 2,054 liv.

Du 1« juillet 1773.

Un moutardier, son plateau double fond et cuillère en or, orné de bas relief et les armes aussy en relief. 5,184 liv.

Pu 4 avril 1774

Pour la pomme de canne du coureur de madame du Barry , . . . 546liv. 9 s.

Du 23 septembre 1769 au 20 janvier 1770, le premier mémoire de Roettiers père et fils monte à 34,795 liv.

Le second, du 30 novembre 4770 au 13 août

1771, monte à 156,ûâ8

Le troisième, du 7 septembre 1771 au 29 mai

1772, monte à 55,657

Le quatrième, du 12 juin 1772 au 3 novembre

1773, monte à. . 93,606

Mémoire de» amnce$ faites par le sieur Àllegrainy sculpteur du RoVf pour V établissement de la statue de Diane commandée par madame la comtesse du Barry y et des à-CQmptes q%Hl çt. reçusy

savoir ; c

Pour les préparations du modelle 150 liv.

Pour les modelles de femmes 1,300

Pour les frais du moule 500

Pour les modelles de femmes qui ont servi à réparer un plâtre de ladite figure pour la faire voir

à madame la comtesse 300

Pour le transport du bloc de marbre du port Saint- Nicolas à la porte Saint-Martin, Tavoir fait mettre en chantier et l'avoir fait ébaucher 5,000

ToTAh 7,250 liv.

Noia, Le sieur Allegrain observe qu'il a été occupé un an entier, sans distraçtip», à faire 1§ mpdelle ^a t$rr^, qu'il a passé trois n^oi» h réptirer la figurç en plâtre pour être ^n état d'être vue par madame la comtesinç et das per^Qime^ qui «ont venues de sa part. Le sieur Allegrain w peut mettra go k cet ouvrage que lorsqu'il sera assuré d# la part de madame la comtesse qu'il luy sera payé sur le pied de dix-huit mille livres en y comprenant le» sept mille deux cent cinquante livres dV vances qu^il a faites» et le$ deux mille livres de grati&catiçn convenues suivant ee qui lui a été assuré par le sieur le Dpux, architecte de madame la comtesse*

Et sur ces dix-huit mille livres, Je sieur Allegrain reconnoit avoir reçu de madame la comtesse la somme de quatre mille livres en deuît payemens,

État des ouvrage^ de sculpture faits pour mad^m^ h comtesse du Parry par Le Comte, 9eulptmr ordinaire du Moi, d'après ses ordres, diriges par M. Le Doux, architecte du Roi, com^ menées en 1771 :

Une figure de quatre pieds et demi de proportion en marbre, pour servir de torchère dans la salle à manger du pavillon de Lucienne, tant pour te modèle que pour l'avoir fait mou* 1er, couler des plâtres et l'ayoir exécutée eu marbre, dix mille livres 10,0Q01iv.

Pour un petit modèle de girandole composé de deux figures de femmes, de dix-huit pouces de proportion, portant des branches de fleurs pour recevoir les bougies, tant pour le modèle que pour en avoir réparé des talcs, huit cents livres. 800

Pour son hôtel à Versailles. Le fronton de dessus

AreporUr. , . • lO.t^liy,

Report. . . . 10,800 liv.

la porte d'entrée composé de ses armes, support, accessoires, et deux figures allégoriques de six pieds de proportion, exécuté sur place en pierre de Tonnerre, tant pour le modèle, moulage, exécution, voyages, etc., sept mille quatre cents livres 7,400

Idem. Dans les angles deux centaures de neuf •pieds de haut; bas-relief exécuté en pierre de Conflans, tant pour les modèles et exécution, voyages, etc., deux mille six cents livres. . . 2,600

Idem. Pour la niche de Tabreuvoir, une figure de sept pieds de proportion devant être exécutée en plomb, ainsi convenu, d'après l'esquisse représentant Hercule qui combat l'Hydre, destiné à servir de fontaine pour remplir et renouveler l'eau de l'abreuvoir. Lejnodèle et le creux faits prêts à fondre pour cet objet, fini et mis en place. Quatre mille huit cents livres. . . . 4,800

Total 25,600 liv.

Indiquons à la suite de ce mémoire de Le Comte une quittance de 960 livres publiée par*M. Paul Mantz dans \e^ Archives de Vart français ^ 1852, pour le basrelief faisant le fronton du pavillon de Louveciennes ; un Bacanal d'enfants de vingt-deux pieds de long sur quatre de haut, moulé et jeté en talc.

Compte de Ledoux, architecte :

Pavillon de Louvecienne dont j'ai fait les dessins, conduit les ouvriers, réglé les mémoires et fait les voyages.

Pour les bronzes de M. Goutier, dont j'ai fait les dessins en grand, conduit les modèles et l'exécution; les mémoires réglés par M. Roettiers.

Relevé des différents articles qui composent son mémoire :

La salle à manger 1,794 liv.

Le vestibule 698

Le salon quarré 19,706

Le salon ovale 31^272

Le salon en cul de four 6,660

Antichambre et garderobe 1,109

Les piédestaux, un chapiteau, le tout non réglé,

estimé à 20,000

Total. . . . 81,2391iv.

Etai général des mémoires et demandes des différents marchands ^ ouvriers et fournisseurs de madame la comtesse du Barry,

* Monot, sculpteur 8,000 lîv.

Feuillet et Métivier, sculpteurs pour ouvrages à

Luciennes 37,676

Rostenne, musicien de la chapelle 1,512

Vien, peintre 16,000

Vernet, peintre, pour reste d'un tableau. . . . 4,000.

Caffieri, sculpteur, pour ses déboursés. . . . 3,000

Guichard, sculpteur 6,409

Musson, peintre 6,120

Duvivier, entrepreneur de la manufacture de la

Savonnerie 9,087

Pajou, sculpteur 18,902

La Vallée, peintre en êquipageâi . . . * . i0,960iîv. Doileau, marchand de tabieaut, pourcommissioiis

et déboursés « > 651

Forty, peintre â88

Greuze^ peintre* • • « i • . . « « * 3^800

Mémoire de reliure faites pour madame la comtesse du Barry par Vente, relieur à Paris.

Du 31 mars 1774*

Relié six volumes in-4° en maroquin rouge, filets et bof diiros en or, aux armes de madame la comtesse, lesquels volumes contiennent les portraits et un extrait de la vie des hommes célèbres en tous genres, à d5 liv. le volume. . . . 901iv.

État de quatre pièces de tapisseries^ sujets des amours des Dieux, d'après les tableaux de MM. Vanloo, Boucher, Pierre et Vien, à faire en haut lisse en la manufacture des Gobelins pour madame la comtesse du Barry, d'après les mesurer doiinées par M. le Doux, architecte, lesquelles pièces seront exécutées par les sieurs Gozette et Audran (du 1*' novembre 177^).

Càrle Vanloo : Neptune et Amimonney t aunes H bâtons

8 dîxiètnes.

Pierre : VEnlevement d'Europe.

Boucher : Vénus et Vulcain.

Vien : Plulon et Proserpinè.

Total. .

3,5341. dis. Sd.

Id.

Id.

13,856 liv.

MADAME DU BAHRY. 281

Du 20 may 1774.

Mémoire de trois pièces de lapisserieâ faiteâ pâf lé feleur Cozette, entrepreneur de là manufacture royale des Gobelins, à 488 livres 5 è. Tauile carrée l*une dans TauliHBj à cause de la pièce de Vénus qui est ei^trêmeitienl chargée de figures et ouvrages difficiles, ce qui en rend le déboursé pour rouvrier et les étoffes de soyes par la variété des tons fort chers;. pour les trois dites pièces, la somme de. . 42,496 liv.

Par ordre de madame la comtesse) dotiné aux ouvriers qui travaillent sur lesdites pièces. * 72 liv.

le sîeur Cozette a Thonneur de représenter que, pour de pareilles pièces, feu madame de Pompadour luy donna, en 1752, pour récompense et honoraires par chacune pièce 50 louis, ce qui fait pour les tit>iâ« .... 3,600 liv.

Le 10 juin 1775*

Vénus et Vulmin, -^ Girard, ouvrier lapissier, 87 semaines à 24 liv.; 3 ouvriers en plus^ 9 liv»

Pluton et Proserpine. — Ostende, 50 semaines à 18 livres ; 2 ouvriers à 12 liv.

Enlèvement d'Europe. — Roby, 33 semaines avec deux jeunes ouvriers sous luy; 36 livres pour les trois; puis 48 semaines à deux.

Donné pour boire aux ouvriers là dernière foîâ que madame du Barry est venue aux Gobelins 7^ liv.

Total. . . . 16,779 liv.

Mémoire des ouvrages de sculpture statuaire que le sieur Pajou, professeur de l'Académie royale et pensionnaire de Sa Majesté a fait pour madame la comtesse du Barry pendant le cours des années 1770, 1771, 1772, 1773 et le commencement de cette présente année 1774.

Article 1.

Le portrait en terre de madame la comtesse de grandeur naturelle fait à Versailles vers les faistes de Pâques de Tannée 1770 et exposé au salon du Louvre, le 25 août de la môme année (ce buste est chez moi et je suis prait à le livrer); pour ce 1,200 liv.

Article 2.

Un autre buste de madame la comtesse, de la moitier plus petit que le précédent, ordonné pour aitre exécuté en porcelaine à la manufacture de Sèvres, lequel a été fourni et exécuté pour le 1«' de Tannée 1771 ; pour ce 600

Article 3.

Un autre buste de madame, de môme proportion, ordonné et fourni à la manufacture de Sèvres, ajustée et coiffée difterament que le précédent, et qui est exécuté en porcelaine; pour ce . . 600

A reporter. . . . 2,400 liv.

Report. . . • 2,400 liv.

Article 4.

Un autre buste de madame qu'elle me demanda aitre coiffée dans le goût de la begneuse de Falconet , lequel , après avoir été fait et m'avoir employer de mon temps, aubligé à plusieurs voyages à Versailles et dans les autres maisons royales n'a 'pas eu l'avantage de plaire et a été suprimé, pour ce 600

Article 5.

Un autre buste de madame à grandeur naturrel differand des autres par l'attitude et l'ajustement, lequel est exécuté en marbre blanc de la môme grandeur par les ordres de madame la comtesse et a été exposé au salon du Louvre, le 25 août de Tannée 1773, et livré à madame la comtesse étant à Versailles (payé), pour ce y compris la matiaire et le pied qui est de marbre de couleur brèche d'Alep 6,000

Article 6.

Un médaillon du portrait de madame, lequel a été fait pour le pavillon de Louvecienne et pelacé au-dessus d'une porte, pour ce 96

Article 7.

Une figure en marbre blanc de quatre pieds deux pouces dé proportion représentant une jeuiie fille

A repàrter. . . . 9,096 liv.

Report. . . . 9,096 lîv.

tenant une corne d'abondance, laquel etoit destinée à porter des luiÂiaires et décorer une salle du pavillon de Louvecienne (la salle a manger). Elle vient d*y aitre transporté deux jours avant la maladie du feu roi. Le prix de cette figure est de la some de ... . 10,000

Si madame trouve ce prix trop cher, je demande de reprandre ma figure pafce que je crois que ma demande est juste. Je ne serai point embarassé de trouver des acheteurs à ce prix.

Payé le 17 juillet.

Article 8.

Un buste en plâtre {i) répare avec soin et fourni à une manufacture de porcelaine établît dans le Faubourg du Temple pour aitre exécuté de la même matiaire de la grandeur naturelle, lequel a été fait et présenté a madame la comtesse qui Ta reçu et dont elle a fait présant à mademoiselle du Barry, pour ce ..... . 96

Total 49,192 liv.

(1) One noie de M. Pichon nous apprend que ce buslé ftit celm exèctit^ et livré en novembre 1773, par le sieur Loiré, entrepreneur de la manufacture de porcelaine allemande, établie rue Fbntai&e-au-Roi, dont les produits sont marqués de deux flècbes. Il osa demander 12,000 livres pour l'exécution en porcelaine de ce buste. Madame du Barry écrivit sur son mémoire: 31, vie M^nti^^iitt (son intendant) s'informera avec l'homme de la manufaoture allemande : il n'a fourni qu'un buste-; on les vend à Sevrés six louis et il demande 12,000 livres,. Péi' aee&Mltodement madame du Éarry donnera dix louis ^

Mémoire dés ouvrages de peinture commandés par madame la comtesse du Barry à Drouais^ peintre du Roy, premier peintre de Monsieur, etd son épouse, à commencer en décembre 1768.

Premièrement^ en 1768. Le portrait de madame la comtesse du Barry en Flore sur un oval toille de vingt sans mains envoyé à Toulouse. . . 1,^00 lîv.

1769. Le second portrait de madame la comtesse en habit de chasse sur un oval toîUe de vingt

sans mains envoyé en Angleterre . . • . 1,200 Une copie du portrait de madame la comtesse en Flore, sur un oval toille de vingt sans mains,

envoyé en Angleterre 360

Un tableau d'un petit garçon tenant une pomme . 720

1770. Du dimanche 24 juin livré à madame la comtesse quatre dessus de portes pour Pancien pavillon de Louvecienne, Tun représentant les Grâces, Tautre TAmour qui embrase TUnivers, l'autre Vénus et l'Amour, et Tautre la Nuit. Ces quatre dessus de portes peints par Fragonard peintre du Roy. Ils ont été achetés par madame la comtesse au sieur Drouais, à qui ils appartenoîent •» . . . 1,200

Selon Tordre de madame la comtesse avoir fait remettre sur toille, trois des dessus de portes ci-dessus, les avoir r'agrandis fait reprendre et accorder les aggrandissages argent déboursé . 420

Le troisième portrait, représentant madame la

A reporter é » ♦ . 5,1001iv.

Report. . • . 5,100 liv.

comtesse dans sa première jeunesse sur un oval,

toille de vingt avec les mains i,200

Une copie du portrait de madame la comtesse dont la tête a été faite deux fois en différents temps et de deux manières différentes^ et dont l'habillement en Flore avec les mains a été entièrement fait d'après nature pour M. Baugeon 1,200

Du vendredi 31 août livré deux dessus de porte pour l'ancien pavillon de Louvecienne, l'un représente le portrait de mademoiselle Betzi (1), l'autre un enfant tenant un nid d'oiseaux . . 2,400

Du samedy 8 septembre livre le portrait de Mirza. 300

Du dimanche 9 décembre livré le portrait de mademoiselle Luxembourg^ couronnant Mirza. 720

1771. Du 1«' janvier livré à madame la comtesse

son portrait en miniature de forme ovale . . 600

Du samedy 2 février, livré à madame la comtesse, lé portrait de mademoiselle Belzi, jouant avec

un chat 720

Du lundy 7 octobre livré à madame la comtesse,

une copie en miniature du Roy forme ovale . 288

Une copie du portrait de madame la comtesse pour le roy de Suède. L'habillement de ce portrait en robe de cour a été entièrement fait d'après nature, sur un oval, toille de vingt. . 672

1772. Du 1«' août livré à madame la comtesse, quatre dessus de portes pour le pavillon neuf

A reporter. . . . 13,200 liv.

(1) Portrait présumé d'une fille de madame Quantigny.

Report. . . . 13,200 liv.

de Louveciennes; l'un représente mademoiselle Betzi jouant du triangle, l'autre un petit garçon s'enfuyant avec des raisins, Tautre mademoiselle Laroque présentant des roses,. et Tautre un petit garçon jouant du tambour de basque. 2,880 Lors des premiers ouvrages faits pour madame la comtesse^ Ton avait promis au sieur Drouais de lui fournir les voitures nécessaires aux différons voyages et transports exigés; mais les difficultés momentanées ont déterminé madame la comtesse à prescrire' au sieur Drouais de prendre à ses frais les voitures qui lui seroient nécessaires et d'en tenir notte pour en être remboursé. Selon l'état exact qu'il en a fait depuis le 13 décembre 1768 jusqu'au 24 septembre 1772, ces frais se montent à . ; . 1,758

Le quatrième portrait de madame la comtesse en pieds, représentant une Muse sur toile de six pieds et demie de haut sur quatre pieds cinq pouces de large.

Lauieur prie que Von ail en considération que ce tableau a d^ abord été entièrement fini dans un caractère d*habitlement accepté par madame la comtesse dam toutes les gradations de la première ébauche au fini total, et que l'auteur pour satisfaire au désir de madame la comtesse qui a voulu que l'habillement fut totalement changé y a substitué celui qui y est présentement^ ce qui Va forcé à un dmble employ de temps et à des peines infinies 15,000

A reporter. . . . 32,838 liv.

Report. . . . 32,838 liv.

1773 Le cinquiôme portrait de madame la comtesse en Flore sur toille de vingt avec les mains , 1,J00

Une copie du portrait de madame la comtesse, en Flore, retouché d'après nature pour M, le nia» réchal de Soubise. .

11 est à noter que madame la comtesse a fixé toutes les copies qui seroient faites d'après ce tableau et retouchés d'après nature a 600 livres chacune 600

Pour la bordure dudit tableau argent déboursé. . 60

1774. Une copie du portrait de madame la comtesse en Flore, retouche d'après nature pour M. le

duc d'Aiguillon 600

Pour la bordure dudit tableau argent déboursé . 120 Du mardy 8 février, livré à madame la comtesse une copie en miniature du portrait de M. le duo d'Aiguillon commandée par madame la comtesse pour faire présent à madame la duchesse d'Aiguillon . , . 588

Le portrait de madame la vicomtesse du Barry sur un oval avec les mains commandé par madame

la comtesse 730

Pour la bordure dudit tableau argent déboursé . 60

Une copie du portrait de madame la comtesse en Flore retouché d'iiprès nature pour mademoi*

selle du Barry 600

Po'ur la bordure dudit tableau argent déboursé . 60

Une copie du portrait de madame la comtesse en Flore, retouchée, d'après nature pour M. le prince des Deux-Ponts 600

A reporter. . . . 37,746 liv.

Report. . . . 37,746 liv.

Pour la bordure dudit tableau argent déboursé . 60

Une copie du portrait de madame la comtesse en Flore, retouchée d'après nature pour madame de

Montrapt fMontiable)' 600

Pour la bordure dudit tableau argent déboursé . 60

Une copie du portrait en pieds de mftdame la comtesse représentant une Muse, sur toile de six pieds et demie de haut sur quatre pieds » cinq pouces de large, le prix de cette copie qui a été foite pour le langrave de Hesse-Gessel, a été fixé par madame la comtesse à . • . . 1,000 Pour les frais de voyage et transports faits depuis le 27 septembre 1772 jusqu'à ce jour selon TÉtat exact des déboursés qui en a été fait se montentà ............... BM

Total .... 40,360 liv,

Sur quoi il y a eu reçu à compte :

Le 2 juin 1770 6,000 lîv.

Dans le courant de juillet 1774 . . 3^000

Le 17 septembre ' 3,000

Et le 10 mars 1774 3,000

Total des à comptes reçus, . . . 15,000 liv.

hauteur ne serait pas fâché que Von observât que dans remploy du temps ^uil a fallu pour les séances^ il a bien perdu à attendre la valeur de quatre bons mois de son temps et que madame la comtesse^ appercevant le très-grand dérange^ ment que cela lui causait^ lui avoit promis de Pen dedom^* mager,

Madame du Barry écmit sur un double de ce mémoire que possède M. Pichon :

A retrancher pour voyage non à payer. 1,758 liv. Plus SQi pour même objet. ... 894

Total. . . . 2,652 liv.

Je dois si-devant pour le compte

si-dessus 33,268 liv.

Total. . . . 30,616 liv.

Je dois à Drois 30,6161iv.

// a reçu à conte 15,000

Il lui reste dû 15,616

Réduire cette somme à 15,000

Lui payer 5,000 contant m'obliger de paier les 10,000 res^ tant à la fin de rannée prochaine. Drois sera contant de cette arrangement. Le portrait de Zamor se fera en buste et Drois remetera tous mes tableaux à Louvesienne.

La comtesse Du Barry.

Joigaons à ces mémoires des fournisseurs de madame du Barry et des artistes employés par elle, Taffiche de ses diamants et bijoux perdus d'après l'exemplaire conservé aux Archives impériales dans son dossier, et

qui renseigne mieux que toute autre chose sur ses richesses en pierres précieuses :

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