‹ Les MajorcainsChapitre 5 sur 14 · IV · texte numérisé non relu

IV

Mais , puisque vous n'entendez rien à la peinture » me dira-t-on, (jue diable alliez-vous faire sur cette maudite galère ? — Je voudrais bien entretenir le lecteur le moins possible de moi et des miens ; cependant je serai forcé de dire souvent , en parlant de ce que j'ai vu à Majorque , moi et nov^; moi et nous, c'est la subjectivité fortuite sans laquelle V objectivité majorquine ne se fût point révélée sous de certains aspects, sérieusement utiles peut-être à révéler maintenant au lecteur. Je prie donc ce dernier de regarder ici ma personnalité comme une chose toute passive, comme une lunette d'approche à travers laquelle il pourra regarder ce qui se passe en ces pays lointains desquels on dit volontiers avec le proverbe : J'aime mieux croire que d'y aller voir. Je le supplie en outre d'être bien persuadé que je n'ai pas la prétention de l'intéresser aux accidents qui me concernent. J'ai un but quelque peu philosophique en les retraçant ici; et quand j'aurai formulé ma pensée à cet égard , on me rendra la justice de reconnaître qu'il n'y entre pas la moindre préoccupation de moi-même.

Je dirai donc sans façon à mon lecteur pourquoi j'allai dans cette galère, et le voici en deux mots : c'est qtfe j'avais envie de voyager. — Et , à mon tour, je ferai une question à mon lecteur : Lorsque vous voyagez, cher lecteur, pourquoi voyagez- vous ? — Je vous entends d'ici me répondre ce que je répondrais à votre place : Je voyage pour voyager. — Je sais bien que le voyage est un plaisir par lui-même; mais, enfin, qui

VOUS pousse à ce plaisir dispendieux , fatigant , périlleux parfois , et toujours semé de déceptions sans nombre ? — Le besoin de voyager. -^ Eh bien ! dites-moi donc ce que c'est que ce besoin-là , pourquoi nous en sommeil tous plus ou moins obsédés, et pourquoi hotis y cédons tôds, itiême apf&s avoir reconnu mainte et mainte fois que lui-mênie monte en croupe derrière nous pour ne nous point lâbher^ et ne se cotitenter de rien ?

Si vous Ile vôuleï pas hie rét)ondre, moi, j*aurai la fhinchise de le faire \ tdït'è place. C*ei5t que nouô hé sommes réellement bien titille part eh ce tendpd'-ci , et que de toutes les faces que prend Tidéal (OU -, 6i ce tnot vous enhuie^ le seUtibient tlu m'huai)^ le voyage est iihe des plus sduriantes et des plus trompeuses. Tout va mai dans le inonde officiel : beux qui le nient le sentent ^m^ prôfbudémetit et plus amèrement que ceux qui Tâffirmetat Cependant la divine espérance va toujoui^ soti tràih , poursuivant sofa œuvre dans Uos pauvres cœurs, et nous soùfflàUt toujours ce sentinient dû knieux« celte recherche de Tidéal.

L'ordre sôbial, n*ayftut pas même les sympathies de ceux qui le défendeUt ; ne satisfait aucun de nous , et ([Chacun va dé son côté dû il lui platt* Celui-ci se jettte dans i*art, cet autre dans la science, le plus graUd nombre s'étourdit comUie il peut. Tous ^ quand nous avons un peu de loisil- et d'argent, nous voyageons, ou plutôt nous fuybns ; car il ne s'agit pas tant de voyager quetle partir, eiltendez-vous? Quel est celui de nous qui n'a paë quelque douleur à distraire ou quelque joug à secouer? Aucun.

Quiconque n'est pas absorbé par le travail ou engourdi par la paresse est incapable , je le soutiens , de

rester long-temps à ta même place sans souffiir et sans désirer le changement 1^ quelqu*nn est heureut ( il faut être très-grand ou très-lâche pour cela aujoûr»* d*hui } , il s'imagine ajouter quelque chose à son bonheur en voyageant ; les amants , les nouveaux époiit partent pour la Suisse et Tltalie tout comme les oisifs et les hypocondriaques. En un mot , quiconque se sent vivre ou dépérir est possédé de la fièvre du juif errant, et s*en va chercher bien vite au loin quelque nid pour aimer ou cpielque gîte pour mourir^

 Dieu ne plaise que je déclame contre te mouvement des pq)tilatioiis ^ et que je me représenté daiis Tavenir les hommes attachés au pays , h la terre , à la maison , comme les polypes è Téponge ! mais Éi l'intelligence et la nioralité doivent progresser ^ihultanémeiit avec Tin*dustrié \, il me semblé que les chemins de fer ne sont pas destinés à promener d'un point du globe à l'autre des populations attaquées de spleen ou dévorées d'Une activité maladive.

Je veUx me figui*er l'espète humaine plus heureuse \ par conséquent plus calme et plus édairée i ayant deux vies : l'uHe , sédentaire , pour le bonheur domestique , les devoirs de la cité , les méditations studieuses , le recueiUement philosophique i l'autre « tictivis \, pour l'échange loyal qui remplacerait le honteux trafic que nous appelons le commerce, pour les inspirations de Tart , les recherches scientifiques et surtout la propagation des idées. Il nie semble , en un mot \ que le but nortnal des voyages est lé besoin de contact , de relation et d'échange sympathique avec les hommes, et qu'il ne devrait pas y avoir plaisir ià où il n'y aurait pas devoin Et il me semble qu'au contraire , la plupart d'eiitre Uous i aujourd'hui ^ voyagent en vue du ihfBtère, de Ti-

solement, et par une sorte d'cnnbrage que la société de nos semblables porte à nos impresâons personnelles , soit douces, soit pénibles.

Quant à moi , je me mis en route pour satisfaire un besoin de repos que j'éprouvais à cette époque-là particulièrement Gomme le temps manque pour toutes choses dans ce monde que nous nous sommes fait , je m'imaginai encore une fois qu'en cherchant bien , je trouverais quelque retraite silencieuse , isolée , où je n'aurais ni billets à écrire , ni journaux à parcourir, ni visites à recevoir; où je pourrais ne jamais quitter ma robe de chambre , où les jours auraient douze heures ; où je pourrais m'affranchir de tous les devoirs du savoir-vivre , me détacher du mouvement d'esprit qui nous travaille tous en France , et consacrer un ou deux ans à étudier un peu Thistoire et à apprendre ma langue far principes avec mes enfants.

Quel est celui de nous qui n'a pas fait ce rêve égoïste / ^ de planter là un beau matin ses affaires, ses habitudes , ses connaissances et jusqu'à ses amis , pour aller dans quelque île enchantée vivre sans soucis , sans tracasseries, sans obligations et surtout sans journaux ?

L'on peut dire sérieusement que le journalisme, cette première et cette dernière des choses, comme eût dit Ésope , a créé aux hommes une vie toute nouvelle , pleine de progrès , d'avantages et de soucis. Cette voix de l'humanité qui vient chaque matin à notre réveil nous raconter comment l'humanité a vécu la veille, proclamant tantôt de grandes vérités, tantôt d'effroyables mensonges , mais toujours marquant chacun des pas de l'être humain , et sonnant toutes les heures de la vie collective , n'est-ce pas quelque chose de bien grand , malgré toutes les taches et les misères qui s'y trouvent 7

Mais en même temps que cela est nécessaire à l'ensemble de nos pensées et de nos actions , n'est-ce pas Lien affreux et bien repoussant à voir dans le détail , lorsque la lutte est partout , et que des semaines , des mois s'écoulent dans l'injure et la menace , sans avoir éclairé une seule question , sans avoir marqué un progrès sensible ? £t dans cette attente qui paraît d'autant plus longue qu'on nous en signale toutes les phases minutieusement , ne nous prend-il pas souvent envie , à nous autres artistes qui n'avons point d'action au gouvernail , de nous endormir dans les flancs du navire, et de ne nous éveiller qu'au bout de quelques années pour saluer alors la terre nouvelle en vue de laquelle nous nous trouverons portés?

Oui , en vérité , si cela pouvait être, si nous pouvions nous abstenir de la vie collective, et nous isoler de tout contact avec la politique pendant quelque temps , nous serions frappés, en y rentrant, du progrès accompli hors de nos regards. Mais cela ne nous est pas donné ; et , quand nous fuyons le foyer d'action pour chercher l'oubli et le repos chez quelque peuple à la marche plus lente et à l'esprit moins ardent que nous, nous souffrons là des maux que nous n'avions pu prévoir, et nous nous repentons d'avoir quitté le présent pour le passé , les vivants pour les morts.

Voilà tout simplement quel sera le texte de mon ré« cît , et pourquoi je prends la peine de l'écrire , bien qu'il ne me soit point agréable de le faire, et que je me fesse promis , en commençant , de me garder le plus possible des impressions personnelles ; mais il me semble à présent que cette paresse serait une lâcheté , et je me rétracte.

Nous arrivâmes ft Palma au mois de novembre 1838, par une chaleur comparable à celle de notre mois dé juin. Nous avions quitté Paris quinze jours auparavant, par un temps ettrêmement froid ; ce nous fut un grand plaisir, après avoir senti les premières atteintes de Thiver , de laisser Tennemi derrière nous. A ce plaisir se joignit celui de parcourir une ville très-caractérisée, et qui possède plusieurs monuments de premier ordre comme beauté ou comme rareté.

Mais la difficulté de nous établir vint nous préoccuper bientôt , et nous vîmes que les Espâgiiols qui nous avaient recommandé Majorque comme le pays le plus hospitalier et le plus fécond en ressources s'étaient fait grandement illusion, ainsi que nous. Dans une contrée aussi voisine des grandes civilisations de TBurope, nous ne nous attendions guère à ne pas trouver uue seule auberge» Cette absence de pied-à-terre pour les voyageurs eût dû nous apprendre , en un seul fait , ce qu'était Majorque par rapport au reste du monde , et nous engager à retourner sur-le-champ à Barcelone , où du moins il y a une méchante auberge appelée emphatiquement Yhâtei des Quatre-Nations,

A Palma , il faut être recommandé et annoncé à vingt personnes des plus marquantes, et attendu depuis plusieurs mois , pour espérer de ne pas coucher en plein champ. Tout ce qu'il fut possible de faire pour nous , ce fut de nous assurer deux petites chambres garnies , ou plutôt dégarnies , dans une espèce de mauvais lieu , où les étrangers sont bien heureux de trouver chacun

un \\\ c|e 8(mgle ^veq iin matelasi douillet et rebondi comme uae ardoiae , upe chaise de paille , et , ea fait d'^mems , d« poivre et de l>il 2^ discrétion,

£q moins d*une heure, nous pûmes nous coiiyaincre que, si nous n*élions pas enchantés de celte réception , nous serions vus de inîiuvais oeil , con^me des impertinents et des brouillons , ou tout au niioins regardés en pitié connue des fous. Malheur ^ qui n'est pas oonteni de tout en Espagne I la plus légère grimace que youii feriez en trouvant de la vermine dans les lits et des BGorpioQs dans la soupe voiis attirerait le noépris le plus Profood et soulèverait l'indignation universelle contre vous. JVous nous gardâmea donc bien de pous plaindre « ^t peu à peu nous comprîmes à quoi ten?4ent ce man^ Que de ressources et ce manque apparent d'hospitalité. Outre le peu d*activité et d'énergie des M«yarquins, ^ guerre civile , qui bouleversait rjËspagne depuis si long-temps, avait intercepté, 1^ cette époque, tout mouvement entre la population de Tile et celle du continent, Majorque était devenue le refuge d'autant d'Espagnols qu'il y en pouvait tenir, et les indigènes, retranchés dans leurs foyers, se gardaient bien d'en sortir pour aller chercher des aventures et des coups dans la mèrepatrie.

 ces causes il faut joindre l'absence totale d'industrie et les douanes , qui frappent tous les objets nécessaires au bien-être * d'un impôt démesuré. Palma est arrangée

* Pour un piano que nous fîmes venir de France , on exigeait de nous 700 francs de droits d'enttrée; c'était presque la valeur de rinstrament. Nous voulûmes le renvoyer , cela n'est point permis ; le laisser dans le port jusqu'à nouvel ordre, cela est dé^ fendu ; le faire passer hors de la ville (nous étions à la campagne), afin ct*ëviter au mo ns les droits de la porte, qui &QXki distincts

pour un certain nombre d'habitants ; à mesure que la population augmente , on se serre un peu plus , et on ne bâtit guère. Dans ces habitations , rien ne se renou" veUe. Excepté peut-être chez deux ou trois familles , le mobilier n*a guère changé depuis deux cents ans. On ne connaît ni Tempire de la mode, ni le besoin du luxe, ni celui des aises de la vie. Il y a apathie d*une part , difficulté de Tautre; on reste ainsi. On a le strict nécessaire, mais on n'a rien de trop. Aussi toute Thospitalité se passe en paroles.

Il y a une phrase consacrée à Majorque, comme dans toute l'Espagne, pour se dispenser de rien prêter; elle consiste k tout offrir : La maison et tout et qu'etie contient est à votre disposition. Vous ne pouvez pas regarder un tableau, toucher une étoffe ^ soulever une chaise , sans qu'on vous dise avec une grâce parfaite : Es a ia disposicion de uste. Mais gardez-vous bien d'accepter, fût-ce une épingle, car ce serait une indiscrétion grossière.

Je commis une impertinence de ce genre dès mon arrivée à Palma , et je crois bien que je ne m'en relèverai jamais dans l'esprit du marquis de ***. J'avais été trèsrecommandé à ce jeune (ion palmesan , et je crus pouvoir accepter sa voiture pour faire une promenade. Elle m'était offerte d'une manière si aimable ! Mais le lendemain un billet de lui me fit bien sentir que j'avais maU'

des droits de douane, cela était contraire aux lois; le laisser dans la ville, afin d'éviter les droits de sortie, qui sont autres que les droits d'entrée, cela ne se pouvait pas; le jeter à la mer, c'est tout au plus si nous en avions le droit.

Après quinze jours de négociations, nous obtînmes qu'au lieu de sortir de la ville i)ar une certaine porte , il sortirait par une autre, et nous en fûmes quittes pour 400 francs environ.

que à toutes les convenances , et je me hâtai de renvoyer l'équipage sans m'en être servi

J'ai pourtant trouvé des exceptions à cette règle, mais c'est de la part de personnes qui avaient voyagé, et qui, sachant bien le monde , étaient véritablement de tous les pays. Si d'autres étaient portées à l'obligeance et à la franchise par la bonté de leur cœur , aucune (il est bien nécessaire de le dire pour constater la gêne que la douane et le manque d'industrie ont apportée dans ce pays si riche ), aucune n'eût pu nous céder un coin de sa maison sans s'imposer de tels embarras et de telles privations , que nous eussions été véritablement indiscrets de l'accepter.

Ces impossibilités de leur part , nous fûmes bien à même de les reconnaître lorsque nous cherchâmes à nous installer. Il était impossible de trouver dans toute la ville un seul appartement qui fût habitable.

Un appartement à Palma se compose de quatre murs absolument nus, sans portes ni fenêtres. Dans la plupart des maisons bourgeoises , on ne se sert pas de vitres; et lorsqu'on veut se procurer cette douceur, bien nécessaire en hiver , il faut faire faire les châssis. Chaque locataire , en se déplaçant ( et l'on ne se déplace guère) , emporte donc les fenêtres, les serrures et jusqu'aux gonds des portes. Son successeur est obligé de commencer par les remplacer , à moins qu'il n'ait le goût de vivre en plein vent, et c'est un goût fort répandu à Pahna.

Or, il faut au moins six mois pour faire faire nonseulement les portes et fenêtres, mais les lits, les tables, les chaises , tout enûn , si simple et si primitif que soit Tameublement. Il y a fort peu d'ouvriers ; ils ne vont pas vite, ils manquent d'outils et de matériaux. Il y a

38 XJxN H1Y£R

tei^ours quelque raison pour que le Majprquîn ne se presse pas. La vie est si longue! Il fa^t être Fr^inçais, c'est-à-dire eitravagantet forcené, pour vouloir qu'une chose soit faite tout de suite. « Et si vous avez attendu déjà six mois , pourquoi i)*attendriez-vous pas six mois de plus? Et si vous n*ôtes pas content du pays , pour-* quoi y restez-vous? Ayait-on besoin de vous ici? Oq s'en passait fort bien. Vous croyez donc que vous allex mettre tout sens dessus dessous ? Oh ! que non pas I Nous autres , voyez-vous , nous laissoAs dire , et nous faisons à notre guise. »

— Mais n'y a-t-il donc rien à louer? -^ Louer | qu*est-ce que cela? louer des meubles ? Est-ce qqUl y eq a de trop pour qu*on en loue? — Mais i) n'y en a imc pas à vendre ? — Vendre ? il faudrait qu'il y en eût de tout faits. Est-ce qu'on a du temps de reste pour &ire des meubles d'avance? Si vous en voulez, faites-en venir de France, puisqu'il y a de tout dans ce pays-là.

— Mais pour faire venir de France , il faut attendra six mois tout au moins, et payer les droits. Or donc, quand on fait la sottise de venir ici , la seule manière de la réparer, c'est de s*en aller ? — C'est ce que je vpus conseille, ou bien prenez patience, beaucoup de patience; mucha calma ^ c*est la sagesse piajorquine.

Nous allions mettre ce conseil à profit, lorsqu'on nous rendit, à bonne intention certainement, le mauvais service de nous trouver une maison de campagne ï louer.

C'était la villa d'un riche boui^eois qui pour un prii très-modéré , selon nous , mais assez élevé pour le pay^ (environ 100 fr. par mois), nous abandonna toute sop habitation. Elle était meublée comme toutes les maisons de plaisance du pays. Toujours les lits de sangle ou de

bois peint en vert , quelques-uns composés de deux tréteaux sur lesquels on pose deux planches et un mince matelas ; les chaises de paille ; les tables de bois brut ; les murailles nues bien blanchies à là chauk , et , par surcroît de luxe , des fenêtres vitrées datis presque toutes les chambres ; enfin ^ et) guise de tableatix , dans la pièce qu'on appelait le salon , quatre horribles devants de cheminée , comitie ceux qu'on voit datts nos plus misérables aubet-ges de village « et que le se5or Gomez , notre propriétaire , avait eu la naïveté de faire encadrer ftvec soin comnie des estampes précieuses , pour en décorer les lambris de son manoin Du reste , la maison était vaste , aérée (trop aérée) , bien distribuée , et dans une très-riante situation , au pied de montagnes aux flancs arrondis et fertiles , au fond d'une vallée plantureuse que terminaient les nlurailles jaunes de Palma , la niasse énorme de sa cathédrale , et la mer étincelante à l'horizbn.

Les premiers jours que iiôus passâmes ddns cette retraite fbrent assez bien remplis par la promenade et la douce flânerie à laquelle nous conviaient un climat délicieux , une nature charmante et tout à fait neuve pour nous. '

Je ti'ai jamais été bien loin de mon pays , quoique J aie passé une grande partie de ma vie sur les chemins. C'était donc la première fois que je voyais une végétation ^t des aspects de terrdln essentiellement différents de ceux que présentent nos latitudes tempérées. Lorsque je vis l'Italie , je débarquai sur les plages de la Toscane, 61 l'idée grandiose que je m'étais faite de ces contrées ^'empêcha d'en goûter la beauté pastorale et la grâce fiante. Aux bords de l'Arno, je me croyais 5ur les rives de l'Indre , et j'allai jusqu'à Venise sans m'étonner ni

m'éniouvoir de rien. Mais à Majorque il n*y avait pour moi aucune comparaison à faire avec des sites connus. Les hommes , les maisons , les plantes , et jusqu'aux moindres cailloux du chemin , avaient un caractère à part. Mes enfants en étaient si frappés , qu'ils faisaient collection de tout , et prétendaient remplir nos malles de ces beaux pavés de quartz et de marbres veinés de toutes couleurs , dont les talus à pierres sèches bordent tous les enclos. Aussi les paysans , en nous voyant ramasser jusqu'aux branches mortes , nous prenaient les uns pour des apothicaires , les autres nous regardaient comme de francs idiots.

L*iLE doit la grande variété de ses aspects au mouvement perpétuel que présente un sol labouré et tourmenté par des cataclysmes postérieurs à ceux du monde primitif. La partie que noils habitions alors , nommée Estabtiments, renfermait, dans un horizon de quelques lieues, des sites fort divers.

Autour de nous , toute la culture , inclinée sur des tertres fertiles, était disposée eu larges gradins irrégulièrement jetés autour de ces monticules. Cette culture en terrasse , adoptée dans toutes les parties de File que les pluies et les crues subites des ruisseaux menacent continuellement, est très-favorable aux arbres, et donne à la campagne Taspect d'un verger admirablement soigné.

A notre droite, les collines s'élevaient progressivement depuis le pâturage en pente douce jusqu'à la mon* tagne couverte de sapins. Au pied de ces montagnes

coule, en hiver et dans les orages de Tété, un torrent qui ne présentait encore à notre arrivée qu*un lit de cailloux en désordre. Mais les belles mousses qui couvraient ces pierres , les petits ponts verdis par Thuniidite , fendus par la violence des courants , et à demi cachés dans les branches pendantes des saules et des peupliers , Tentrelacement de ces beaux arbres sveltes et touffus qui se penchaient pour faire un berceau de verdure d'une rive à Tautre , un mince filet d*eau qui courait sans bruit parmi les joncs et les myrtes, et touîoars quelque groupe d'enfants , de femmes et de chèvres accroupis dans les encaissements mystérieux , fai-saient de ce site quelque chose d'admirable pour la peinture. Nous allions tous les jours nous promener dans le lit du torrent , et nous appelions ce coin de paysage iô Poussin , parce que cette nature libre , élégante et fière dans sa mélancolie, nous rappelait les sites que ce grand maître semble avoir chéris particulièrement

A quelques centaines de pas de notre ermitage , le torrent se divisait en plusieurs ramifications, et son cours semblait se perdre dans la plaine. Les oliviers et les caroubiers pressaient leurs rameaux au-dessus dé la terre labourée , et donnaient k cette région cultivée Tas* pect d'une forêt.

Sur les nombreux mamelons qui bordaient cette partie boisée s'élevaient des chaumières d'un grand style, quoique d'une dimension réellement lilliputienne. On ne se figure pas combien de granges , de hangars, d'étables, de cours et de jardins, un pages (paysan propriétaire) accumule dans un arpent de terrain , et quel goût inné préside à son insu à cette disposition capricieuse. •I^a maisonnette est ordinairement composée de deux étages avec un toit plat dont le rebord avancé ombrage

43 UN BIVëR

une galerie percée k jour , comme une rangée de créneaux que surmonterait un toit florentin. Ce couronnement symétrique dodne une apparence de splendeur et de force aux constructions les plus frêles et les plus pau* iFres, et les énormes grappes de maïs qui sèchent à Tair, suspendues entre chaque ouverture de la galerie « forment un lourd festod alterné de rouge et de jaune d'ambre , dont l'effet est incroyablement riche et coquet Autour de Cette maisonnette s*élève ordinairement une forte haie de cactus ou nopals i dont les ra(}uettes bixarres s'entrelacent en muraille et protègent contre les ▼ents du nord les frêles abris d'algues et de roseaux qui serrent à serrer les brelHS. Comtne ces paysan^ ne se Tolent jamais entre eux, ils n'ont pour fermer leurs pro^ priétés qu'une barrière de ce genre* Des massif^ d'amandiers et d'orangers entourent le jardin , où l'on né eultive guère d'auti-e légume que le piment et la pomme d'amour ; mais tout cela est d'une couleur magnifique» et souvent , pour couronner le joli tableau que forme cette habitation , un seul palmier déploie au milieu son gracieux parasol , ou se penche sur le côté avec grâce» comme une belle aigrette.

Cette région est une des plus florissantes de l'iie , et les motifs qu'en donne M. Grasset de . 8aint - Sauveur dans son Voyage aut lies Baléares confirment ce que j'ai dit précédemment de l'insuffisance de la culture en général à Majorque. I^s remarqués que ce fonctionnaire impérial faisait ^ en 1807» sur l'apathie et l'ignorance des pa^è$ majot'quins le conduisirent k en rechercher les causes. Jl en trouva deux principalesi

La première» c'est la grande quantité de couvents» qui absorbait une partie de la population déjà si reS' treitttei Cet incobvénient a disparu , grâce au décret

A MÂJonguE. 4â

énergique de M. Mendizabal , que les dévots de Major-^ que ne lai pardonneront jamais.

La seconde est l'esprit de domesticilé qui règne chez eui| et qui les parque par douzaines au service des riches et des nobles. Cet abus subsiste encore dans toute sa vi-^ gueur. Tout aristocrate majorquin a une suite nombreuse que son revenu suffit à peine k entretenir, cfiioiqu*elle ne lui procure aucun bien-être ; il est impossible d'être plus mal servi qu*on ne l*è8t par cette espèce de serviteurs honoraires. Quand on se demande à quoi un riche majofquin peut dépenser son revenu dans un pays où H n> a ni iuxe hi tentations d*aiicun genre « on ne se l'explique qu'en voyant sa maison pleine de sales fainéants des deux sexes , qui occupent une portion des bâtiments réservée à cet usage , et qui , dès qu'ils ont passé une année au service du maître , ont droit pour toute leur vie au logement, à l'habillement et fi la nourriture. Ceux qtli veulent se dispenser du service le peuvent en renonçant k quelques bénéfices; mais l'usage les autorise encore à venir chaque matin manger le chocolat avec leiirs anciens confrères ^ et à prendre part ^ conime Sancho chez Gamacbe , à toutes les bombances de la maison^

Au premier abord ^ ces mœurs semblent patriarcales, et on est tenté d'admirer le sehtiment républicain qui préside à ces rapports de maître à valet; mais on s'aperçoit bientôt que c'est un républicanisme à la manière de l'ancienne Rome ^ et que ces valets sont des clients enchaînés par la paresse ou la misère à la vanité de leurs patrons. C'est un luxe à Majorque d'avoir quinze domestiques pour un état de maison qui en comporterait deux tout au plus. Et quand on voit de vastes terrains en friche , l'industrie perdue , et toute idée de progrès

proscrite par Tineptie et la nonchalance , on ne sait lequel mépriser le plus, du maître qui encourage et perpétue ainsi rabaissement moral de ses semblables, ou de Tesdave qui préfère une oisiveté dégradante au travail qui lui ferait recouvrer une indépendance conforme à *a dignité humaine.

Il est arrivé cependant qu'à force de voir augmenter le budget de leurs dépenses et diminuer celui de leurs revenus, de riches propriétaires majorquins se sont décidés à remédier k Tincurie de leurs tenanciers et à la disette des travailleurs. Ils ont vendu une partie de leurs terres en viager à des paysans, et M. Grasset de Saint- Sauveur s*est assuré que , dans toutes les grandes propriétés où Ton avait essayé de ce moyen, la terre, frappée en apparence de stérilité, avait produit en telle abondance entre les mains d'hommes intéressés ^ son amélioration , qu'en peu d'années les parties contractantes s'étaient trouvées soulagées de part et d'autre.

Les prédictions de M. Grasset à cet égard se sont réalisées tout à fait, et aujourd'hui la région d'Establiments, entre autres, est devenue un vaste jardin; la population y a augmenté , de nombreuses habitatioûs se sont élevées sur les tertres , et les paysans y ont acquis une certaine aisance qui ne les a pas beaucoup éclairés encore, mais qui leur a donné plus d'aptitude au travail. Il faudra bien des années encore pour que le Majorquin soit actif et laborieux ; et s'il faut que , comme nous , il traverse la douloureuse phase de l'âpreté au gain individuel pour arriver à comprendre que ce n'est pas encore là le but de l'humanité , nous pouvons bien lui laisser sa guitare et son rosaire pour tuer le temps. Mais sans doute de meiUeures destinées que les nôtres sont réservées à ces peuples enfants que nous initierons quelque

jour à une civilisation véritable, sans leur reprocher tout ce que nous aurons fait pour eux. Ils ne sont pas assez grands pour braver les orages révolutionnaires que le sentiment de notre perfectibilité a soulevés sur nos têtes. Seuls, désavoués, raillés et combattus par le reste de la terre, nous avons fait des pas immenses, et le bruit de nos luttes gigantesques n*a pas éveillé de leur profond sommeil ces petites peuplades qui dorment à la portée de notre canon au sein de la Méditerranée. Un jour viendra où nous leur conférerons le baptême de la vraie liberté, et ils s'assiéront au banquet comme les ouvriers de la douzième heure. Trouvons le mot de notre destinée sociale , réalisons nos rêves sublimes ; et tandis que les nations environnantes entreront peu k peu dans notre église révolutionnaire , ces malheureux insulaires , que leur faiblesse livre sans cesse comme une proie aux nations marâti*es qui se les disputent , accourront à notre communion.

En attendant ce jour où , les premiers en Europe , nous proclamerons la loi de Tégalité pour tous les hommes et de rindépendance pour tous les peuples , la loi du plus fort à la guerre ou du plus rusé au jeu de la diplomatie gouverne le monde ; le droit des gens n*est qu'un mot , et le sort de toutes les populations isolées et restreintes ,

Comme le Transylvain, le Turc ou le Hongrois S

est d*être dévorées par le vainqueur. S'il en devait être toujours ainsi , je ne souhaiterais à Majorque ni l'Espagne , ni l'Angleterre , ni même la France pour tutrice,

* La Fontaine, fable des Volettrs et VAne,

46 UN HlVEh

et je m'intéresserais aussi peu à Tissue fbrtuite de son existence qu*à là civilisation étrange que nous portons en Afrique.

Nots étions depuis trois semaines à Ëstabliments lorsque les pluies commencèrent. Jusque-là nous ayidns eu un temps adorable; les citronniers et les myrtes étaient encore en fletirs , et ^ dans les premiers jours de déceiH'bre i je restai en plein air sur une terrasse jusqu'à cibq heures du matin ^ livré au bien-être d*une température délicieuse. On peut s*eii rapporter à moi< cat* je ne con^ nais personne au monde qui soit plus frileux , et ren-^ tboiisiasme de la belle nature n*est pas capable de mé rendre insensible au moindre froid. D'ailleurs , malgré ] le charme du paysage éclairé par la lune et le parfum des fleurs qui montait jusqu'à moi , ma veillée n'était pas fort émouvante. J'étais là, non comme eût fait un poète cherchant l'inspiration , mais comme un oisif qui ^ contemple et qui écoute. J'étais fort occupé , je m*en j souviens i à recueillir les bruits de la nuit et à m'en rendre compte.

Il est bien certain , et chacun le sait , que chaque pays a ses harmonies^ ses plaintes, ses cris ^ ses chuchotements mystérieux, et cette langue matérielle des choses ti'est pas un des moindres signes caractéristiques dotit le voyageur est frappé. Le clapotement mystérieux de l'eaû sur les froides parois des marbres, le pas pesant et mesuré des sbires sur le quai, le cri aigu et presque enfantin des mulots , qui se poursuivebt et se querellent

sur les dalles lirnooeuses, eufio tous les bruits furtifs et singuliers qui troublent faiblement le morne silence des nuits de Venise, ne ressemblent en rien au bruit mono* tone de la mer, au quien vive des sentinelles et au chant mélancolique des sereno^ de Barcelone. Le lac Majeur a des harmonies différentes de celles du lac de Genève. Le perpétuel craqueipent des pommes de pip dans les forêts de la Suisse ne ressemble en rieu poa plus aux craquements qui se font entendre si|r les gla^^ cjers.

A Majorque , le silepce est plus proloud que partout ailleurs. Les ânesses et les mules qui passent la uuit au pâturage riqterrompent parfois en secouant leurs clo-* chettes , dont le son est moins grave et plus ipélodique que celles des vaches suisses, Le boléro y résonne dans les lieux les plus déserts et dans les plus sombres nuits. Il n'est pas un paysan qui n*ait sa guitare et qui ne mar-^ che avec elle à toute heure. De ma terrasse, jVpteudais aussi la mer, mais si lointaine et si faible que la poésie étrangement; fantastique et saisissante des Djins me re-r venait en mémoire.

J'écoate, ^ Tout fuit.

On doute, La nuit , .

Tout passe; L'espace Efface Le brait.

Dans la ferme voisine , j'entendais le vagissement d*ua petit enfant, et j'entendais aussi la mère, qui, pour rendormir, lui chantait un joli air du pays, bien i^iono-^ tone , bien triste, bien arabe. Mais d'autres voix mojn§

poétiques vinrent me rappeler la partie grotesque de Majorque.

Les cochons s'éveillèrent et se plaignirent sur un mode que je ne saurais point définir. Alors le pages, père de famille , s'éveilla à la voix de ses porcs chéris , comme la mère s'était éveillée aux pleurs de son nourrisson. Je l'entendis mettre la tête k la fenêtre et gour« mander les hôtes de l'étable voisine d'une voix magistrale. Les cochons l'entendirent fort bien , car ils se turent. Puis le pages, pour se rendormir apparemment, se mit à réciter son rosaire d'une voix lugubre , qui , à mesure que le sommeil venait et se dissipait, s'éteignait ou se ranimait comme le murmure lointain des vagues. De temps en temps encore les cochons laissaient échapper un cri sauvage ; le pages élevait alors la voix sans interrompre sa prière , et les dociles animaux , calmés par un Ora pro notis ou un Ave Maria prononcé d'une certaine façon , se taisaient aussitôt. Quant à Tenfant , il écoutait sans doute , les yeux ouverts , livré à l'espèce de stupeur où les bruits incompris plongent cette pensée naissante de l'homme au berceau, qui fait un si mystérieux travail sur elle-même avant de se manifester.

Mais tout k coup, après des nuits si sereines, le déluge commença. Un matin , après que le vent nous eut bercés toute la nuit de ses longs gémissements , tandis que la pluie battait nos vitres, nous entendîmes, à notre réveil, le bruit du torrent qui commençait k se frayer une route parmi les pierres de son lit. Le lendemain , il parlait plus haut ; le surlendemain , il roulait les roches qui gênaient sa course. Toutes les fleurs des arbres étaient tombées, et la pluie ruisselait dans nos chambres mal closes.

Ou ne comprend pas le peu de précautions que pren- Dent les Majorquins contre ces fléaux du vent et de la pluie. Leur illusion ou leur fanfaronnade est si grande à cet égard , qu'ils nient absolument ces Inclémences accidentelles, mais sérieuses, de leur climat. Jusqu'à la fin des deux mois de déluge que nous eûmes à essuyer, ils nous soutinrent qu'il ne pleuvait jamais à Alajorque. Si nous avions mieux observé la position des pics de montagnes et la direction habituelle des vents , nous nous serions convaincus d'avance des souffrances inévitables qui nous attendaient

Mais une autre déception nous était réservée : c'est celle que j'ai indiquée plus haut, lorsque j'ai commencé à raconter mon voyage par la fin. Un d'entre nous tomba malade. D'une complexion fort délicate , étant sujet k une forte irritation du larynx , 11 ressentit bientôt les atteintes de F humidité. La Maison du Vent {Son-Vent en patois), c'est le nom de la villa que le scôor Gomez nous avait louée , devint inhabitable. Les murs en étaient si minces , que la chaux dont nos chambres étaient crépies se gonflait comme une épongo. Jamais, pour mon compte , je n'ai tant souffert du froid , quoiqu'il ne fît pas très-froid en réalité : mais pour nous, qui sommes babitiiés à nous chauffer en hiver, cette maison sans cheminée était sur nos épaules comme un manteau de glace, et je me sentais paralysé.

Nous ne pouvions nous habituer à l'odeur asphyxiante des braseros, et notre malade commença à souffrir et k tousser.

De ce moment nous devînmes un objet d'horreur et d'épouvante pour la population. Nous fûmes atteints et convaincus de phthisie pulmonaire , ce qui équivaut à la peste dans les préjugés contagionistes de la médecine

espagnole. Du liche médeciQ , qqi , poqr la modique rétribution de â5 francs, daigna venirnoas faire uoe visite , déclara pourtant que ce n*était rien , et n*ordonn9 rien. Nous Taviona surnoouné Maivapùeo , à cause de aa prescription unique*

Un autre médecin vint obligeamment à notre secours; mais la phaitnacie de Palma était dans un tel dénûment que nous ne pûmes nous procurer que des drogues détestables. D'ailleurs, la maladie devait ôU'e aggravée [Uir des causes qu'aucune science et aucun dévouemeat ne pouvaient combattre efficacement.

Un matin , que nous étions livrés à des craintes sérieuses siir la durée de ces pluies et de ces soufiraDees qui étaient liées les unes aux autres, nous reçûmes uoe lettre du farouche Gomez , qui nous déclarait , dans le style espagnol, que nous trônions une personne , b" quelle tenait une maladie qui portait la contagion dans ses foyers » et menaçait par anticipation les jours de sa famille ; en vertu de quoi il nous priait de déguerpir de son palais dans le plus bref délai possible.

Ce n'était pas un grand regret pour nous , car nous ne pouvions plus rester là sans crainte d'être noyés dans nos chambres ; mais notre malade n'était pas en état d'être transporté sans danger, surtout avec |es moyens de transport qu'on a à Itlajorque , et le teipps qu'il faisait* Et puis la difficulté était de savoir oC^ nous msm) car le bruit de notre phthisie s'était répandu instantanément , et nous ue devions plus espérer de trouver un gîte pulle part, fût-ce à prix d'or, fût-ce pour une nuit. Nous savions bien que les personnes obligeantes qui nop çn feraient l'ogre i)'étaiçi^ pas elle^^oâmes à

l'abri du préjugé , et que d'ailleurs nous attirerions sur elles , en les approchant , la réprobation qui pesait sur noup. Sans rh<)st)italité du consul de Frabce , qui fit des miracles pour nous recueillir tous sous son toit, nous étions menacés de camper dans quelque caverne comme des Bohémiens véritables.

Un autre miracle se fit, et nous trouvâmes un asile pour rbiver. Il y avait à la dhartreuse de Yaldemosa un Espagnol réfugié qui s*éCait caché là pour je ne sais quel motif politique. En allatit visiter la chartreuse» ttôus avioni élé frappés de là distinction de ses manières , de la beauté tâêlancolique de sa femme » et de l'ameublement rustique et pourtant comfortable de ledi^ cellule* La poêlée âe cette ehartreuse m'aVdit tourné la téte^ Il 9^ trouva que le couple mystérieux voulut ({uitter précipitamment le pays$ et qu'il fut aussi charmé de nous cédei* son mobilier et sa cellule qlie noiis. l'étions d'eil (aire racquisiiion. Pour la modique somme de mille francs, nous eûmes donc un ménage complet , mais tel que nous eussions pu nous le procurer en France pour <^Qt écus i tant les objets de première nécessité sont rares, coûteui^ et difficiles à rassembler à Majorque.

Gomme nous passâmes alors quatre jours à Palma« quoique J'y aie peu quitté cette fois la cheminée que le consul avait le bonheur de posséder (le déluge conti- Doant toujours )i je ferai ici une lacune à mon récit pour décrire un peu la capitale de Majorque. M. LaurcDs, qui vint l'explorer et en dessiner les plus beaux aspects l'année suivante « sera le cicérone que je présenterai maintenant au lecteur, comme plus compétent que moi sur l'archéologie.

Page 1