COUVENT DE SAINT-DOMINIQUE
A PÂLMA DE MALLORGA.
Un compagnon de saint Dominique , Michel de Fabra, fnt le fondateur de l'ordre des frères prêcheurs à Mallorca. Il était originaire de la Vieille-Castille , et accompagnait Jacques V à la conquête de la grande Baléare, en 1229. Son instruction était grande et variée, sa dévotion remarquable ; ce qui lui donnait auprès du Conquistador, de ses nobles compagnons , et des soldats même, une puissante autorité. Il haranguait les troupes, célébrait le service divin , donnait la communion aux assistants et combattait les infidèles , comme le faisaient à cette époque les ecclésiastiques. Les Arabes disaient que la sainte Vierge et le père Michel seuls les avaient conquis. Les soldats aragonais-catcnlans priaient, dit-on , après Dieu et la sainte Vierge , le père Michel Fabra.
L'illustre dominicain avait reçu l'habit de son ordre à Toulouse des mains de son ami Dominique ; il fut en-
voyé par lui à Paris avec deux autres compagnons pour y remplir une mission importante. Ce fut lui qui établit à Palma le premier couvent des dominicains , au moyen d'une donation que lui fit le procureur du premier évêque de Mallorca , D. J. R. de Torella : ceci se passait en Tan 1231.
Une mosquée et quelques toises de terrain qui en dépendaient servirent à la première fondation. Les frères prêcheurs agrandirent plus tard la communauté, au moyen d*un commerce lucratif de toute espèce de marchandises, et des donations assez fréquentes qui leur étaient faites par les fidèles. Cependant le premier fondateur, frère de Michel de Fabra , était ailé mourir à Valence, qu'il avait aidé à conquérir.
Jaime Fabra fut l'architecte du couvent des dominicains. On ne dit pas que celui-ci fût de la famille du père Michel, son homonyme; on sait seulement qu'il donna ses plans vers 1296 , comme il traça plus tard ceux de la cathédrale de Barcelone (1317), et bien d'au^ très sur les terres des rois d'Aragon.
Le couvent et son ^lise ont dû éprouver bien des changements avec le temps , si l'on compare un instant, comme nous l'avons fait, les diverses parties des monum^ts ruinés par la mine. Ici reste à peine debout un riche portail , dont le style tient du quatorzième siècle ; mais plus loin, faisant partie du monument, ces arches brisées , ces lourdes clefs de voûte gisantes sur les décombres, TOUS annoncent que des architectes autres que Jaime Fabra , mais bien inférieurs à lui , ont passé par là.
Sur ces vastes ruines où il n'est resté debout que quelques palmiers séculaires , conservés à notre instante prière, nous avons pu déplorer, comme nous l'avonis
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feit snr celles des couvents de Sainte-Catherine el de Sainf-Fr^nçois de Barcelone, que la froide politique eût seule présidé à ces démolitions faites saqs discerne? ment.
En effet, Tart et Fhistoire n'ont rien perdu k Toir tomber les couvents de Saint-Jérôme à Palma , où le couvent de Saint-François qui bordait en la gênant la ^nuraUa de Mar à Barcelone; mais, au nom de rhistoire , au nom de l*art , pourquoi ne pas conserver, comme monuments, les couvents de SainterCatherino de Barcelone et celui de SaintrDominique de PaUua, dont les nefs abritaient les tombes des gens de bien , 4a$ sepuilurcts de fevsùnas de ée, comme le dit un petit cahier que nous avons eu entre les mains, et qui faisait partie des archives du couvent ? On y lisait, après les noms de N. Gotoner, grand maître de Malte, ceux des Dameto , des Muntaner, des Villalooga , dea La Romana, des Bonapart ! Ce livre, ainsi que toat ce qui était le couvent , appartient aujourd'hui à Tenm^ preneur des démolitions.
Cet homme , vrai type lâallorquin , dont le premier abord vous saisit, mais ensuite vous captive et vous rassure , voyant l'intérêt que nous prenions à ces raines, à ces souvenirs historiques, et d'ailleurs ^ comme tout homme du peuple , pardsan du grand Napoléon , s^empressa de nous indiquer la tombe armoriée des BonO' part y ses aïeux , car telle est la tradition mallorquina Elle nous a paru asses curieuse pour faire ^elques re<cherches à ce sujet; mais, occupé d'autres travaux, nous n'avons pu y donner le temps et l'attention nécessaires pour les compléter.
Nous avons retrouvé les armoiries des BefumÊatti qui sont :
Parti d'aiar, chargé de six étoiles d'or, à m pointes, deux, deux et deux; et de gueules, au lion d'or léopardé; au chef d'or, chargé d*uo aigle oaissant de sable ;
l"* Dans un nobiliaire , ou livre de blason , qui fait partie des richesses renfermées dans la bibliothèque de M. le oomte de (Uontenegro , nous avons pria un fac- Mimiie de oes armoiries ;
2"" A Qareelone , dans un autre nobiliaire espagnol , moios beau d'exécution , appartenant au savant archi-? viste de la couronne d'Aragon , et dans lequel on trouve* à la date du 15 juin 15/i9 , les preuves de noblesse de la famille des Fortuny, au nombre desquelles figure , parmi tes quatre quartiers, celui de l'fdeule materoeUe, qui était de la maison 4e Bonapart
Oans le registre : Iniwe : P^dro. lU , tome II des archives de la couronne d'Aragon , se trouvent mentionnéis à%\x% actes à la date de 1276, relatifs )k des mepur; bres de la famille Bonpar. Ce nom , d'origine proveucale ou languedocienne, en subissant, comme tant d'autres de la même époque, l'aliération mallqixiuine, serait devenu Btmmparu
£n Uil, ffuga Bonaparts oaiif de Mallorca, passa dans l'Ile de Corse en qualité de régent ou gouverneur pour le roi Martin d'Aragon; et c*est à lui qu'on ferait remonter l'origiue des Bonaparte, ou , cumme oq a dit plus tard, Bumtaparte; ainsi Bonapart est le nom roman, Bonaparte l'italien ancien , et Buo%\a' parte l'italien moderne. On sait que les mepobrea de la famille de Napdéon «gnaient indiiléi^emment Bonaparte ou Buonaparte,
Qui sait l'importance que ces légers iudices , découverts quelques ai^nées plus tôt , auraient pu acquérir, a% avaient servi à démontrer à Napoléon , qui tenait
tant à être Français , que sa famille était originaire de France?
Pour n'avoir plus la même valeur politique aujourd'hui 9 la découverte de M. Tastu n'en est pas moins intéressante , et si j'avais quelque voix au chapitre des fonds destinés aux lettres par le gouvernement français, je procurerais à ce bibliographe les moyens de la compléter.
11 importe assez peu aujourd'hui, j'en conviens, de s'assurer de l'origine française de Napoléon. Ce grand capitaine, qui , dans mes idées (j'en demande bien pardon à la mode), n'est pas un si grand prince, mais qui, de sa nature personnelle , était certes un grand homme, a bien su se faire adopter par la France , et la postérité ne lui demandera pas si ses ancêtres furent Florentins, Corses, Majorquinsou Languedociens; mais l'histoire sera toujours intéressée à lever le voile qui couvre cette race prédestinée , où Napoléon n'est certes pas un accident fortuit , un fait isolé. Je suis sûr qu'en cherchant bien , on trouverait dans les générations antérieures de cette famille des hommes ou des femmes dignes d'une telle descendance ; et ici les Uasons , ces inâgnes dont la loi d'égalité a fait justice , mais dont l'historien doit toujours tenir compte, comme de monuments très-significatifs , pourraient bien jeter quelque lumière sur la destinée guerrière ou ambitieuse des anciens Bonaparte.
£n effet , jamais écu fut-il plus fier et plus symbolique que celui de ces chevaliers majorquins? Ce lion dans l'attitude du combat, ce ciel parsemé d'étoiles
d*où cherche à se dégager Taigle prophétique, n'est-ce pas comme l'hiéroglyphe mystérieux d'une destinée peu commune ? Napoléon , qui aimait la poésie des étoiles avec une sorte de superstition , et qui donnait l'aigle pour blason à la France , avait-il donc connaissance de son écu majorquin, et, n'ayant pu remonter jusqu'à la source présumée des Bonpar provençaux , gardait-il le silence sur ses aïeux espagnols ? C'est le sort des grands hommes , après leur mort , de voir les nations se disputer leurs berceaux ou leurs tombes.
BONAPARÏ.
(Tiré d'un armoriai MS. contenant les blasons des principales familles de Mallorca, etc., etc. Le MS. appartenait à D. Juan Dameto, cronista de Mallorca, mort en 1033, et se œnserve dans la bibliothèqae du comte de Monténégro Le MS. estda seizième siècle.)
Mallorca, 20 septembre i837.
(M. Tastu.)
PBOVAS DE PEBA FORTUNY A 43 DE JUNY DE 4549.