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a4, BOln-ETARD DES ITALIENS, 24
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QUELQUES MOTS SUR LE HEROS DE CETTE HISTOIRE ET SUR PLUSIEURS GÉ LE BRES« BRIGANDS Ç[Vl l'oNT PRÉCÉDÉ DANS LA CARRIERE.
Antonio Gasparoni est le plus fameax entre les nombreux chefs de bandits dont peuvent se glorifier les États romains. II dépasse de beaucoup dans la mémoire du peuple tous ses prédécesseurs, y compris même l'illustre Fra Diavolo. En outre, remarquable avantage qu'il a sur ceux-ci, il est vivant. A son grand regret, sans doute, il ne peut plus exercer, mais à Givita-Caslellana, dans le bagne où le gouvernement pontifical lui accorde Thospitalité, il a le plaisir de recevoir la visite de beaucoup de curieux, et même de quelques admirateurs.
Nous aurions biep voulu compter parmi les pre- ' miers lorsque, nous rendant de Rome à Pérouse, nous passâmes par Civila-Gàstellana; mais nous
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pas dans les environs de Naples, à cette époque, moins de quarante mille bandits!
Lors de leur première restauration, le roi et la reine durent récompenser ces honnêtes soutiens de la bonne cause; après avoir fait tomber les têtes d'une foule de personnes distinguées par la naissance, le savoir, le mérite et la vertu, on couronna les actes de ce joyeux avènement en comblant de faveurs les assassins, les voleurs de grande roule, les échappés des bagnes et des prisons.
Cesare, Tex-domestique, fut nommé général.
Fra Diavolo, Memmone, Pronio, Sciarpa furent faits colonels et barons. Tous reçurent en outre la décoration de Tordre de Constantinien, des pensions et des terres.
Ceci se passait avant la bataille de Marengo.
Le lendemain de cette bataille mémorable, Ferdinand ne dut la conservation de ses trônes qu'à la générosité de Bonaparte. C'était la deuxième fois qu'il était ainsi épargné. Incorrigible, il se mit do nouveau, à deux reprises, en hostilité avec celui qui seul le soutenait encore de sa main puissante. Ce fut pour ces motifs que Napoléon lança de Schœnbrunn, ou l'avait conduit la campagne de 1805, une proclamation dont voici la conclusion :
€ Soldats, disait Napoléon, la maison de Naples > a cessé de régner; son existence est incompatible
» avec le repos de l'Europe et avec l'honneur (^ ma » couronne... »
Au mois de mars 1806, Joseph monta sur le trône de Naples, Ferdinand et Caroline se réfugièrenlen Sicile, et le brigandage refleurit déplus belle; mais, cette fois dans les Calabres, que les souverains déchus avaient traversées en quittant le royaume.
Le général Régnier y fut envoyé et en eut bientôt raison. Masséna, qui était entré à Naples avec 40,000 hommes, lui en avait donné 12,000 avec lesquels il occupa les Calabres en quinze jours. € Si, à cette époque, dit un contemporain S il eût été possible de disposer de 10 à 12,000 hommes, on eût pu facilement s'emparer de la Sicile. >
Malheureusement, Régnier ne les avait point, plus malheureusement encore, il commit la faute de livrer sans nécessité et très-légèremeut, le combat de Sainte-Euphémie, où il n'avait à opposer à 8,000 Anglais, soutenus par le feu de plusieurs bâtiments légers et pourvus d'une formidable artillerie, qu'un petit corps de 4,500 soldats, n^ayant qu'une seule batterie d'artillerie légère. Ce funeste combat, où nous perdîmes 1,500 hommes, fut le signal de l'insurrection dans les Calabres.
!• Séjour d^un officier en CoUabre, par M. de Rivarol, 1820.
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Mtsséna, le redoutable et le redouté, vint rétablir les choses. On désarma les villes et les villages, les bandes se réfugièrent au plus haut des montagnes. Puis, Masséna parti, elles redescendirent dans les villes et dans les villages. Les moyens de les détruire étant insuffisants, elles s'accrurent tellementqu'en 1809, au commencement du règne de Murât, elles comptaient treize cents hommes, dont quatre cents à cheval : ils se livraient avec impunité au vol, au pillage et au meurtre.
Un historien napolitain, le général Colletta, constate que ces désordres et d'autres tout aussi graves se commettaient au noai du duc d'Âscoli, du prince de Canosa, du marquis de la Schiava et des principaux seigneurs et courtisans qui avaient suivi les Bourbons en Sicile; t car, ajoule-t-il, selon les opinions et les paroles de cette cour, le brigandage, étant considéré comme un moyen légitime et comme une manifestation du vœu et de la fidélité du peuple, n'inspirait aucune répugnance aux bourbonniens même les plus consciencieux.
Mais le gouvernement du roi Joacbim, qui jugeait le brigandage par ses œuvres, ses vols, ses assassinats, ses dévastations, qui n'y trouvait rien de sacré, de noble, de grand, fut tellement irrité 'de cet état de choses, qu^il décréta la confiscation des biens des complices du brigandage au profit des victimes. En outre, chaque citoyen avait désormais le droit d'ar-
rêter \e^ fuorgiudicati. Ils étaient jugés par des commissions militaires. Les promoteurs et les soutiens du brigandage encouraient également la peine de mort.
Ces dispositions, dont la rigueur fut surpassée dans la suite par le gouvernement papal lui-môme, trouvaient un instrument inflexible dans le général Manhès.
Manhès avait été chargé de pacifier les Âbruzzes. Peu de mois lui avaient suffi pour s'acquitter de cette lâche difficile, à la satisfaction des habitants de ces provinces.
Il devait donc être tout naturellement désigné pour apporter une répression exemplaire aux actes de brigandage qui se continuaient dans les Galabres.
Cette mission a été jugée diversement. Nous n'avons point à l'apprécier. Constatons qu'en deux mois, du commencement de novembre à la fin de l'année 1810, des trois mille l)rigands qui étaient inscrits sur les listes il 'n'en existait plus un seul. Tous avaient péri dans les combats ou dans les exécutions.
Le général Gollelta, qui était à cette époque intendant de la province de Monteleone, a raconté plusieurs des actes de la terrible dictature de Manhès. Mais Gollelta, qui ne cache pas assez l'antipathie qu'il a contre celui-ci, nous paraît avoir un peu
chargé les couleurs, déjà assez sombres par ellesmêmes, de son tableau.
Collelta, c'est visible, n'aime guère plus les Français que Manhès lui-même, et en même temps qu'il fait des héros des brigands calabrais, en même temps qu'il montre souvent une pitié singulière pour ces assassins, il accepte de la tradition populaire les légendes les plus vulgaires et les plus invraisemblables. En voici une, pour l'exemple.
t Parafant!, > raconte Golletta, t était âgé de quarante et quelques années; son esprit était audacieux, son caractère féroce, sa taille et sa force gigantesques. Très-jeune encore, étant condamné à mort pour meurtre, il commit des vols et de nouveaux assassinats, par suite de la nécessité de défendre sa vie; mais, dans les bouleversements de 1806, il rentra en grâce auprès des Bourbons, en embrassant leur cause, et, durant quatre ans, il fit la guerre de brigands, presque toujours heureusement. Pendant les poursuites du général Manhès, on le traqua de toutes parts, on lui coupa la retraite en Sicile, et il fut investi dans le bois de Nicastro. Une partie de sa bande mourut les armes à la
main; d'autres plus faibles se rendirent à l'ennemi. Le chef n'était plus suivi que de cinq brigands et d'une femme qui partageait son sort. Étant tombés dans de nouvelles embuscades dans le même bois, quatre périrent, le cinquième fut pris, et lui-môme s'enfuit avec sa femme; mais une troupe nombreuse les poursuit, sa compagne tombe à ses côtés; Parafanti est seul et résiste encore. Un coup de feu vient lui briser la jambe, et il se sent blessé pour la première fois dans le cours aventureux de sa vie de brigand. Il ne tombe pas; mais, ne pouvant plus se tenir sur pied, il combat appuyé contre un arbre. . La haute et triste réputation de son courage tient éloignés les assaillants; mais enfin, Tun d'eux se couvrant adroitement par l'épais branchage des arbres de la forêt, parvient inaperçu jusqu'à lui et lui porte un coup dans la poitrine. Parafanti tombe sur le dos et laisse en même temps tomber ses armes. Son adversaire, le croyant mort, s'avance, et, avide de butin, se penche sur lui pour le fouiller. Mais le chef de brigands n'élait pas encore mort, et ses bras robustes étaient intacts; il saisit son ennemi, l'attire vers lui, l'entoure de son bras gauche, saisit de sa main droite un poignard' et le lui enfonce dans les reins, à rencontre de sa propre poitrine. Ainsi périrent en même temps ces deux ennemis dans un affreux embrassement. •
Certes, voilà du drame, et du plus haut goût.
Mais il n'est guère de pays où Ton n'ait brodé une légende sur ce thème. Pietro Masi, lui-même, l'exact et vèritique Pietro Masi, n'a pas craint d'attribuer le même haut fait à un -autre brigand nommé Guiliano, qui florissait longtemps après Parafante
Quelle indulgence méritaient ces hommes couverts de crimes et toujours prêts à verser le sang? Faut-il reproduire l'épouvantable histoire de Bisarro ? C'est Rivarol, alors officier au régimenji d'Issembourg, qui nous l'apprend,
« Le Bisarro, » dit-il t longtemps la terreur du bois deSolano, rendit souvent périlleux le passage de Seminara à Scylla. Pendant la persécution de Manhès, la difficulté de cacher une troupe nombreuse et de pourvoir à des besoins multipliée le forçp de disséminer sa suite.
I Accompagné de sa femme, il fut bientôt réduit à vivre des racines et de l'herbe des bois qui lui servaient d'asile. Dans ces moments de détresse, sa femme accoucha d'un fils. Il est des instants, » remarque tranquillement Rivarol, % où les besoins et l'amour de la vie font taire les plus chères affections. Bisarro, craignant que les cris de cette créature révélassent sa retraite, lui brisa sans pitié ja tète contre un arbre, ^a mère dissimula sa douleur, de crainte d'un pareil sort; mais, profilant du .moment où leBiî?arro, étourdi par un peu de vin
qu'il s'était procuré, cédait à un sommeil profond, elle saisit avec adresse ses armes, et lui fracassa le crâne, avant qu1l pût se mettre en défense. Une récompense était attachée à la tôle de ce brigand. Sa femme alla aussitôt déclarer son crime et en solliciter le prix, f
Du reste, ce qui est surabondamment constaté, c'est que, alors comme aujourd'hui, le brigandage recevait ses ressources et ses excitations du dehors. C'est de Sicile que Ferdinand, que Caroline, que Tamiral Sidney-Smith, dirigeaient cette agitation dont, nous nous plaisons à le croire, ils n'avaient pas prévu toutes les horribles conséquences. Pour l'entretenir, ils jetaient l'or à pleines mains, et lançaient sur les malheureuses Galabres tout ce qu'ils pouvaient ramasser de galériens, t La maison de Bourbon, » s'écrie Golletta avec indignation, t suivait alors une politique infernale. » Le prince de Canosa était à la tôte de tous les chefs de brigands. Retranché dans l'île de Ponza, iJ en fit le centre de cet abominable système, mettant en liberté les forçats qui y étaient détenus. Une fois débarquée, cette écume du droit divin trouva toujours un asile fiûr et des secours dans la multitude do monastères qui couvrent le pays.
Une grande partie du clergé cependant était opposée au retour des Bourbons, et ne cachait ni gon horreur ni son mépris pour le système de
dévastation adopté par leurs partisans. Ceux-ci mirent inutilement le siège devant la petite ville de Picerno, défendue par d'héroïques habitants, que des prédicateurs dans les églises et même jusque sur les places publiques encourageaient à la résistance. Les balles manquant, les prêtres en fondirent avec les tuyaux de l'orgue. Rebutés par une défense si opiiiiâtre, les bourbonniens se retirèrent après avoir éprouvé de grandes pertes. Le clergé, sur lequel ils croyaientpouvoir compter, leur ayant fait éprouver mainte déconvenue semblable, ils s'en vengèrent un jour en égorgeant le libéral évêque de Potenza, Francesco Serrao.
Mais, comme nous l'avons dit, les brigands trouvèrent dans les moines et dans les religieuses des complices plus dévoués que parmi les prêtres. Les portes du couvent de llncoronata s'ouvrirent en J806 devant le sanguinaire Fra Diavolo. Ce couvent fut supprimé. Était-ce une punition suffisante ?
On peut objecter que les couvents, dévoués à la dynastie déchue, croyaient de leur devoir d'accueillir un officier supérieur de l'armée de la fidélité. Or, Fra Diavolo (Michèle Pezza) n'avait-il pas été fait colonel par le roi Ferdinand? Sans doute si Fra Diavolo avait commandé des troupes régulières, s'il avait exercé dans une seule rencontre les fonctions du grade qui lui avait été conféré, à la
tête d'un corps quelconque, on aurait pu se tromper sur sa qualité réelle. Mais un assassin de profession qui commande une troupe de galériens n3 peut être considéré comme possédant un grade quelconque, et le couvent de Tlncoronata ne dut pas se faire illusion un seul instant sur la qualité de Thôle étrange qu'il recevait.
La dernière expédition de Fra Diavolo lui fut fatale.Il avait été mis enSicileà la tête de trois cenls forçats, et il était débarqué à Sperlonga. Ses habitudes de pillage et de meurtre eurent bientôt signalé son retour. Traqué de tous côtÔ3, abandonné des scélérats qui décidément ne trouvaient plus la partie aussi belle qu'autrefois, resté seul et blessé, il se déguisa pour aller acheter au village de Baronisi les simples qu'il lui fallait pour se guérir. Sa présence éveilla quelques soupçons; on l'arrêta, et des lettres de Sidney-Smith et de Caroline firent reconnaître en lui le fameux Fra Diavolo. Dans ces lettres, ses illustres correspondants lui donnaient sans vergogne le titre de colonel de l'armée de Sicile.
Un certain Père Segnori s'est cru en position de décrire, dans un ouvrage ex-professo^ tous les tourments variés que doivent éprouver les damnés en enfer. La peinture qu'il en a faite glace d'épouvante, et cependant Pietro Masi déclare que la
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plume du révérend père serait à peine assez colorée pour retracer les souffrances de toute espèce auxquelles est soumis le misérable qui a embrassé la carrière du brigandage. Car, il ne faut pas s'y tromper, dans quelques parties de l'Italie c'était jadis une carrière, et les habitants de certaines localités n'en voulaient réellement pas avoir d'autre.
Dormir toujours habillé, sur la dure, en toute saison, et ne marcher que la nuit, tels étaient les moindres inconvéniens de cette profession.
Impossible de jamais allumer du feu. Dans le jour la fumée, et la lumière la nuit signalaient bientôt la retraite de la bande.
Souvent soumis au supplice de Tantale, ils endurent tous les tourments de la soif, à deux pas d'une fontaine que leurs yeux voient, dont leur oreille entend le murmure, mais que le voisinage d'une maison ou l'approche d'un être vivant qui pourrait les trahir leur rend redoutable à l'égal d'un piège.
Pour ceux qui ont déjà commis un crime, et c'est le plus grand nombre parmi les brigands, les tortures morales égalent les souffrances physiques; non pas que le brigand redoute la nâort pure et simple : il la donne ou la reçoit avec la même in-souciance. Mais sa femme, ses enfants, ses parents emprisonnés, ses biens confisqués, sa tête séparée
du tronc et placée au bout d'une pique pour Teffroi de ceux qui seraient tentés de l'imiter, voilà ce qui trouble continuellement ses rêves. Il se voit malade, blessé, privé de tout secours, et bientôt surpris par ses ennemis, en butte aux insultes et aux outrages de la population. Il feint la joie et la 'g;iietô, mais qu'un pâtre libre chante dans la vallée, et le voilà devenu triste et pensif, t Qu'il est heureux, celuilà ! > murmure-t-il en poussant un soupirde regret vers le foyer perdu, vers le repos qu'il ne doit plus retrouver.
Nous l'avons déjà dit, le brigandage, j'entends le brigandage fortement organisé, prit naissance en 1799. A cette époque, les gouvernements de ritalie méridionale, en proie à des préoccupations bien graves, ne purent songer tout d'abord à faire disparaître ce fléau naissant. L'impunité grossit les rangs des bandes nouvelles, et tous ceux qui s'y présentaient étaient bien reçus. Mais bientôt, à défaut de forces suffisantes qui pussent détruire les brigands, il fallut les combattre à Taide de dispositions regreltablemcnt barbares. C'est ainsi que h' grâce fut promise à tout bandit qui se présenterait avec la tête d'un de ses compagnons.
Les chefs se sentirent perdus s'ils ne trouvaient un remède à la terrible position qui leur était faîte. En conséquence, nul novice ne fut accepté désormais s'il ne prouvait qu'il eût commis quelque grave
aUenlatqui le metlait hors la loi. Il ne devait pas être âgé de plus de trente ans, parce que, passé cet âge, il eût été trop porté vers des réflexions qui pouvaient devenir dangereuses. Il ne fallait pas qu'il eût de parents employés dans la police, ni qu'il eût été-lui-même gendarme ou archer, ni qu'il eût reçu trop d'éducation.
Le candidat n'était admis que si le résultat des informations était t favorable. » Avant de lui donner des armes,, le chef lui mettait sous les yeux tous les malheurs qu'il allait attirer sur lui et sur ses parents; puis, s'il persistait à demeurer, il recevait un fusil, un poignard et une giberne, le prix de ces armes devant lui être retenu sur sa première part de butin.
Les munitions venaient de Rome ou d'autres pays avec lesquels le chef entretenait des rapports secrets. En cas d'urgence, les propriétaires et fermiers des environs étaient requis de procurer de la poudre et du plomb, sous pleine de voir tuer leurs troupeaux.
Dè^ que sonne TAngelus, on descend la montagne dans le plus profond silence, et le fusil sur l'épaule. Toujours attentif, le chef marche en avant. A la moindre alerte, il met un genou en terre et il arme son fusil ; chacun en fait autant.
Les mêmes précautions sont employées à l'ap-
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proche des hôtelleries et des maisons de campagne habitées.
Sur les grandes routes qu'il faut traverser, pour plus de précaution, un brigand formant arrière-garde, traîne un large rameau d'arbre sur la poussière et efface les moindres vestiges de pas.
Pendant le jour, une sentinelle veille sur la troupe, qui dort le fusil entre les jambes. Le silence est encore ici de rigueur. Si quelque berger est conduit près du refuge des brigands par le hasard, il est retenu prisonnier jusqu'au soir. Si une pauvre femme y vient faire du bois, malheur à elle! Sa mort même répondra de son silence. Mais si elle est reconnue pour appartenir à c quelqu'un des amis » alors elle est respectée, dit Masi « à l'égale d'une princesse de Perse dans le camp d'Alexandre. »
Les brigands ont un vocabulaire à eux, plein d'euphémismes et d'atténuations. Voler, piller, extorquer, c'est pour eux butiner ioui simplement.
Il y a trois manières de butiner.
La première consiste à ordonner aux propriétaires de déposer de l'argent dans un endroit désigné, sous peine de voir égorger leurs troupeaux. Cette manière n'est pas à la portée de tout le monde ; mais elle a l'avantage de se pouvoir pratiquer en toute saison.
La seconde est de s'emparer des propriétaires eux-mêmes, de les conduire dans la montagne, et
d'enjoindre à lenrs parents de leur sauver la vie moyennant une rançon déterminée.
La troisième manière^ la manière classique^ est d'arrêter les voilures et lès chaises de poste sur le grand chemin, de piller les bagages et d'emmener les promeneurs ou les voyageurs dans la montagne. Là on leur fait, écrire à leurs parents comme ci-
Le brigand a toujours besoin d'argent, non pas tant pour lui, qui n'en pourrait jouir tranquillement, que pour ceux qu'il doit récompenser d'avoir exposé leur vie pour le servir. L'argent réussit mieux pour cela que les moyens de rigueur. lia une telle vertu que, poussés d'un beau zèle et de leur propre mouvement, les employés où les domestiques des propriétaires livrent souvent leurs maîtres aux bandits.
Plus scélérats mille fois, en effet, que les brigands eux-mêmes, des domestiques; l'occasion se présentant, vont au-clevant d'un chef de bande, lui font connaître le jour où celui qui les nourrit se rendra à tel endroit et ne craignent pas même de conseiller le meurtre après le vol, pour anéantir ainsi tout indice de complicité de leur part.
Redoutant toujours quelque embûche^ le chef n'accueille pas les propositions de cette nature sans objecter d'abord qu'il a affaire ailleurs ousans opposer une fin de non recevoir quelconque; il ne se
rend que lorsqu'il a nettement reconnu qu'il a en face de lui un coquin de bonne foi.
La rançon est d'abord partagée par HU)iMé au profit du dénonciateur. Le chef réunit ensuite les vétérans autour lui. On fait le lot des novices qui n'ont pas encore payé leur équipement, et l'on s'arrange de telle façon que la somme qui leur revient ne dépasse point le chiffre de leur dette. Les novices qui ne doivent rien reçoivent une part arbitrairement fixée par le conseil des anciens, et ceux-ci s'adjugent le reste, sans qu'il soit permis aux novices de s'informer de la quotité échue à chacun. Où Taristocratie et le privilège yont-ils se nicher !
Du reste, le chef a et doit avoir beaucoup plus d'argent que les autres, car ce sont chaque jour pour lui de nouvelles dépenses; soit pour récompenser les services rendusà la bande par les paysans, soit pour acheter des vivres, des vêtements et mille autre choses nécessaires à la vie commune.
Malgré les rudes épreuves auxquelles elle soumet ceux qui s'y livrent, la malvivance^ — c'est un autres euphémisme^ employé par les brigands pour désigner le brigandage, — engendre peu de maladies; sans doute à cause de l'exercice qu'on y fait, de l'air frais et pur qu'on y respire, et de la simplickô avec laquelle la table y est toujours servie. Masi constate que, dans l'espace de vingt-cinq ans.
trois brigands seulement, à sa connaissance, moururent de mort naturelle. La colique emporta Louis d'Angelis; la fièvre emporta Louis Palombi, et les rhumatismes ravirent à la lumière un troisième dont le monde devra toujours regretter de ne pas savoir le nom.
Quand la fièvre s'empare d'un bandit, on lui administre héroïquement un remède quelcoi\que; s'il n'est pas remis sur pied, on le mène dans un endroit écarté et de difficile accès, et il yreste sous la garde de trois camarades pourvus de toutes les provisions nécessaires. On peut s'imaginer le genre de cure auquel de pareils infirmiers soumettent le pauvre malade, couché par terre et tout habillé.
Du temps de Gasparoni, la loi s'appesantissait lourdement sur les bandits. Leur tête était mise à prix : 500 écus romains pour le fretin, 1,000 écus pour les vétérans et 2,S00 pour le chef, telles étaient les primes promises à ceux qui les livreraient morts ou vifs *. On fit même monter à 3,0O0 écus (16,200 francs) les tétps de deux assassins illustres, de Césaris et Massaroni.
Aussi le manutengulo dont la discrétion avait été éprouvée devenait-il {précieux à la bande. Il y avait parmi eux des voituriers, des armuriers, des tailleurs, des cordonniers, des orfèvres; ceux-là