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qu'Antonio ne s'était enfai de Gento qu'avec la complicité du gouverDemeot. La preuve, insinuaitil^ c'est que la mort de la petite princesse Mariscotti n'est qu'une invention ; de Paolis et Rinaldi sont encore en pleine liberté, et nous pourrions bien être tôt ou tard trahis par ce Ga^paroni, qui n'est ici peut-être qu'en vertu d'une mission secrète de nos ennemis.
Il ne faut pas s'étonner si, lorsque Gasparoni prit la route de Sonnino, un seul de ses camarades le suivit; c'était un jeune novice, Pasquale de Gerolami.
Antonio n'eut pas plus tôt franchi les murs do Sonnino, qu'il se dirigea vers la masure qu'habitait son oncle, un vieux berger. Il apprit alors, coup sur coup, les événements funestes qui avaient suivi sa fuite de Cento. Gomme s'il n'était pas la cau$e première de tous les malheurs qui étaient venus fondre sur sa famille, il jura de la venger, môme sur des innocents.
— Prends garde, lui dit le vieillard; si tu exécutes tes menaces, ta sœur, la femme de de Paolis, qui est à Rome avec ses quatre enfants, perdra du coup sa pension; ton frère sera repris et dôfinitivement condamné à mourir en prison. Grois-tu que le gouvernement soit éternellement dans l'obligation de subir les sottises faites par les Gasparoni? Toi et ton frère ne semblez-vous pas véritablement
TOUS être entendus pour vous relayer dans la malvivance; toi, la quittant quand il y est; lui, en sortant par Tamnistie, quand tu y rentres par la fuite?
Ces réflexions firent peu d'impression sur l'âme endurcie de Gasparoni, car le soir même il descendit avec Girolami vers les moulins de Terracine. Il arrêta et pilla toutes les voitures qui passèrent cette nuit-là sur la route. Puis, le matin venu, il s'empara d'un riche propriétaire, l'entraîna sur le monte Nero et le força d'écrire à sa famille pour qu'elle envoyât le délivrer moyennant une rançon de mille écus (8,400 fr.).
L'argent arriva, le prisonnier sortit, et les deux malfaiteurs se partagèrent le butin.
Gasparoni, qui n'ignorait pas le mauvais vouloir de Massaroni à son égard, résolut de lui faire pièce en frappant l'imagination de ses camarades de la façon la plus vive et la plus sûre, c'est-à-dire en déployant à leurs yeux un grand luxe d'habits et d'armement.
Il y avait deux ans que Girolami était dans la malvivance, sans avoir jamais touché une baïoque, la maladie de Massaroni ayant mis obstacle à toute expédition fructueuse.
Quand donc ses compagnons le virent revenir avec Antonio, tous deux brillamment vêtus, tenant en main une magnifique carabine et ayant en poche une bourse pleine d'or, ils restèrent bouche
béante et se repentirent de n'avoir point, eux aussi, accompagné Gasparoni. Depuis ce temps, son prestige augmenta sensiblement, et, s'il l'eût voulu, toute la bande Teùt proclame son chef; mais les brigands eux-mêmes peuvent avoir à Toccasion des délicatesses quelquefois inconnues de certaines gens qui se prétendent honnêtes. Briguer une place occupée, supplanter un camarade, semblait à Gasparoni une action honteuse; il ne voulut pas se la reprocher.
Révolution de 1820 à Naples. — Fuite des amnistiés. — Deux bandes se forment. — Enlèvement des séminaristes de Terracine. • — La mort vient sans qu'on y pense. — Horrible assassinat de deux jeunes séminaristes. — ûasparoni fait acte d'honnête homme. — • Cent mille francs de rançon. — Magari. — Un ancien soldat devenu chef de bande. — Les suites d'une infidélité. — Amour et brigandage. — Mezza pinla. -^ Le pèlerinage interrompu. — • Le baron della Rocca Guglieima.
La révolution de Naples éclata. Aussitôt un grand nombre de bandits amnistiés comprit que, dans le choc des partis politiques, les beaux jours du brigandage impuni allaient revenir, et ils se hâtèrent de retourner à la montagne. De ce nombre était Âdamo Lavretti, auquel la pension de neuf écus par mois, accrue des bénéfices que lui rappor-
tail à Orvieto son métier de forgeron, avait assuré une existence heureuse ; Anlonio Mastraluca, Francesco del Gregorqui figuraient parmi les amnistiés de Terracine, d'autres encore, suivirent l'exemple de Lavretti, et de dix qu'il était à la fin de 1820, le nombre des bandits fut bientôt de vingt-trois.
Vitlori, Minocci et Feudi quittèrent Massaroni pour se mettre sous la direction de Lodovico Magari.
La nécessité pour Massaroni de porter un grand coup était devenue impérieuse. Ses hommes manquaient de tout, et ils étaient tous prêts à suivre l'exemple des trois défectionnaires. Précisément la révolution de Naples le favorisait singulièrement en lui donnant Tespoir qu'occupées d'un ordre de faits bien supérieur, les autorités, les populations, la force armée laisseraient pour un temps de côlé la question du brigandage.
Il songea alors à mettre à profit les observations et les études qu'il avait faites sur le séminaire de Terracine, du temps qu'il parlementait pour la forme avec le père Locatelli.
Sa bande, partagée en trois corps, fut dirigée vers la montagne sur laquelle s'élevait le séminaire. Le premier fut posté sur le chemin qui conduisait à la ville, le second cerna la fabrique voisine, et le troisième, à la tôte duquel il s'était mis, fit irruption dans le séminaire. Choisir parmi les jeunes
ëtudians sept des mieux apparentés, s'en saisir et les emmener, ce fut l'affaire de quelques instans.
La bande, qui s'était réunie de nouveau, n'avait pas fait cent pas qu'elle aperçut trois hommes venant dans sa direction.
C'était le père recteur lui-môme qui avait été à Terracine, et qui avait pris, pour mieux garantir sa sûreté personnelle, l'escorte de deux gendarmes. Ceux-ci n'avaient pas jugé nécessaire de prendre leurs fusils, mais ils s'étaient munis d*une lanterne. Aussi les brig^ïnds, voyant nettement à qui ils avaient à faire, firent une décharge générale, à la suite de laquelle les deux gendarmes détalèrent au plus vite, en laissant le père recteur sur le carreau.
Le pauvre homme était mortellement blessé, et bien qu'il aperçût dans les rangs de ses assassins sept des jeunes gens qui lui avaient été confiés, il prit la main de Massaroni, la serra, et prononça quelques paroles de pardon.
C'était peut-être pousser la charité un peu loin ; d'autant plus que les coups de fusil avaient atteint également un des séminaristes que Massaroni dut abandonner aux soins d'un berger.
A la pointe du jour, chacun des six autres prisonniers fut invité à écrire à sa famille et à lui demander le payement d'une rançon de quatre mille écus (21,600 fr.).
Peu do familles étaient en état de trouver une
si grosse somme. Il fallut même attendre plusieurs jours pour réunir une somme à laquelle chaque famille contribua selon ses moyens et sans doute en entamant les ressources les plus précieuses.
Massaroni parut néanmoins satisfait du total de la somme, et il donna Tordre de mettre en liberté les six séminaristes.
S'il était une tradition presque inviolable dans le brigandage, c'était le respect de la vie des prisonniers qui payaient rançon. L'intérôl des bandits les obligeait ici à tenir la parole donnée, car si les familles n'eussent été certaines de voir revenir sains et saufs les êtres qu'elles rachetaient au prix de leur fortune, le brigandage pouvait perdre l'une des sources les plus abondantes de ses recettes.
Cependant, au moment où les jeunes gens se disposaient à retourner à Terracine, deux d'entre eux furent tirés à l'écart par Girolami et par Paul Rita, qui les égorgèrent comme pour satisfaire le seul besoin de faire couler le sang.
A la vue d'un si lâche et d'un si abominable forfait, quelques vétérans, au nombre desquels était Gasparoni, se récrièrent en accablant de reproches les deux assassins qui faisaient en ce moment horreur même aux meurtriers de profession. Mais Massaroni intervint, poussé peut-être par la jalousie que lui inspirait toujours Gasparoni.
— Celui qui a donné ordre de tuer ces jeunes
gens, dit-il, c'est moi,.. Les motifs de leur mort me sont connus, et cela suffit!
•^ Nonl répliqua Gasparopi, cela ne suffit pas. Nous devons connaître ces motifs, attendu que si tu avais des ennemis dans le séminaire de Terracine, toi seul devais aller t'en saisir. Ce n'est pas à nous à venger tes injures personnelles^
Massaroni ne répondit rien, mais se tournant vers les quatre séminaristes, qui avaient assisté à ce drame plus morts qae*vifs :
— Allez, dit-il, et dites à Terracine que c'est moi, Àlessandro Massaroni, qui ai tué vos deux camarades.
Bien que, dans notre triste humanité, il se soit rencontré des individus, en trop grand nombre, qui ont versé le sang par goût, avec passion même, Masi, le chroniqueur à qui l'on doit ces détails, a voulu Toir dans le meurtre des deux séminaristes autre chose qu'un hideux passe-temps.
Selon lui, l'un de ces jeunes gens était le fils de 'Papi, gouverneur de Prossedi au temps où le lieutenant Âvarrini avait fait périr la famille du brigand Viltori. Papi aurait pu empêcher cette exécution et ne se serait pas interposé . Or, Massaroni aurait vengé sur le fils de Papi la mort de la famille Vittori.
(lomme les bandits, toujours avides de meurtre,
se faisaient une fête d'opérer ces sortes de vengeances pour le compte les uns des autres, l'assassinat du jeune Papi peut être expliqué par cette atroce coutume. Mais aucun motif n'a jamais été donné de la mort de l'autre séminariste, d'Isa. Ce qui rend plus révoltante encore la barbarie de Massaroni« c'est que la famille d'Isa, aussi bien que celle de Papi, étaient les seules qui eussent envoyé intégralement la rançon de quatre mille écus qu'il avait exigée, les autres n'ayant pu acquitter que des sommes inférieures.
Masi n'a pu savoir le total de toutes les sommes encaissées par Massaroni dans eette horrible expédition. Il est permis de supposer qu elles s'élevèrent à une centaine de mille francs, les d'Isa et les Papi ayant contribué à eux seuls pour plus de 40,000 francs.
Chaque homme de la bandé eut pour sa part trois cents écus. Massaroni et les anciens se partagèrent le reste.
L'assassinat des deux pauvres étudiants du séminaire de Terracine eut un long et douloureux retentissement dans le pays. On verra plus tard, cependant, à quel point on l'avait mis en oubli, quand le sanguinaire Massaroni fut investi du commandement général de Monticello di Fondi, et autorisé comme tel à porter l'uniforme d'offitier supérieur de l'armée napolitaine.
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Magari n'avait pas non plus perdu son temps depuis qu'il était à la tête d'une bande.
Ancien soldat sous le roi Joaquim, Michèle Magari était un homme d'environ trente-cinq ans. Après la bataille de Macerata où il s'était trouvé, et qui décida des destinées de Murât, il revint à Fondi, son pays, et s'y fiança à une jeune tille, . paysanne comme il avait été paysan. •
Les anneaux avaient été échangés et la noce devait se faire au temps de la moisson, lorsque la jeune fille s'éprit d'un ouvrier d'Arpino et redemanda son anneau à Magari, en le priant de choisir une antre femme, comme elle avait fait choix d'un autre mari.
Magari cacha sa douleur et sa rage, mais il jura de tirer de son rival une vengeance éclatante.
Les deux amants avaient pris la douce habitude de faire tous les soirs une promenade sentimentale dans les sentiers ombreux des environs. Magari alla s'embusquer sur leur chemin, et dès qu'il les vit venir appuyés sur le bras l'un de l'autre, il se montra le poignard à la main.
C'était à l'amoureux qu'il en voulait, mais celuici était doué d'une agilité singulière; il s'élança par-dessus le mur d'un jardin et disparut comme par enchantement, laissant sa belle se tirer d'affaire si elle pouvait. Ses pleurs, sa beauté auraient attendri un tigre; mais Magari avait toute l'étoffe
d'un scélérat 4 Ne pouvant atteindre son rival, il courut après la jeune fille, qui fuyait éperdue vers la ville, et, l'ayant atteinte il lui enfonça son arme dans la poitrine.
Après cela il n'avait plus qu'à suivre sa véritable vocation. Il s'engagea d'abord dans la bande de Massaroni,^ puis s'en sépara pour se mcltre à la tête de quelques brigands du royaume de Naples.
On lui donna le surnom de Mezza-Pinta. Ces deux mots veulent dire très différemment demipinte et moyenne impulsion. La première significa* tion pouvait ^'appliquer à la sobriété que lui imposait sa sordide avarice; la seconde, à la prudence, qui lui faisait éviter tout engagement avec la force armée. Cette prudence était taxée de poltronnerie par quelques gradasses fanfarons; mais quand il le fallait absolument, Magari montrait plus de courage que les rodomonls.
Du reste, sanguinaire par système et par goût, Magari ne se contentait pas, quand un berger l'avait trahi, de le tuer, lui et ses proches parents; il s'en prenait à toute la famille, disant avec une cynique barbarie que ces gens-là devaient être détruits jusqu'à la septième génération.
En revanche, il était peu généreux avec ces mêmes bergers quand ils le servaient fidèlement; et tandis que les autres brigands n'épargnaient point l'or avec les manutengoules, il ne leur donnait
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jamais plus de vingt sous à la fois. Mais comme il punissait le refus de concours à l'égal de la trahison, il fallait avoir Tair d'être satisfait.
Vers l'époque à laquelle se passait l'affreux épisode du séminaire de Terracine, c'est-à-dire en janvier 1821, Magari étant avec une petite bande de sept hommes dans le bois de la Madona délia Civita, près dltri, aperçut dans la plaine un pèlerin qui se dirigeait vers la chapelle de cette madone. C'était le baron Felice de Rocca Guglielma qui venait faire ses dévotions à ce sanctuaire vénéré dans toute la contrée.
Magari était fort superstitieux, et il aurait cru le salut de son âme compromis à jamais s'il eût enlevé une chèvre ou mangé un mouton qui fût la propriété du monastère; mais, ma foi, les temps étaient durs, l'argent manquait, et on avait en perspective une nouvelle amnistie; ce fut assez; Magari n'hésita pointa troubler les saintes intentions du baron.
Au moment oii celui-ci allait franchir le seuil du lieu consacré, il fut entouré par la bande et emmené à une distance respectable de la gendarmerie.
La demande traditionnelle d'une très-forte rançon lui fut faite en termes menaçants.
Mais le baron délia Rocca était un homme de courage. Il rc^^^^rda en face Migari et chacun des brigands qu'il avait devant lui.
— Je ne puis, dit-il, disposer de la somme que vous réclamez. Cependant je suis en votre pouvoir, je suis seul, je suis sans armes, et je me vois obligé de racheter ma liberté. Je le ferai, mais comme je l'entendrai. Vous voilà sept. Chacun de vous aura trois cents écus. Gela vous va-t-il?
Le sang-froid impose toujours même aux natures les plus brutales. Le petit discours du baron eut un succès complet, d'autant plus qu'après tout il promettait de l'argent.
— Vous devez savoir, continua délia Rocca, que j'ai beaucoup de propriétés, mais nul argent comptant. Il faut que j'emprunte, et que j'emprunte en personne, car la femme que j'ai épousée par amour était la fille d'un simple chevrier, et elle ne possède rien en propre. Si elle a^lait chercher de l'argent, elle ne trouverait pas un sou. Donc, avec votre permission, je ferai venir mon fils, je vous le laisserai en otage, et vous recevrez ma rançon le lendemain de mon départ.
On alla chercher ce fils qui avait douze ans. A sa vue, le baron sentit s'évanouir une partie de sa fermeté; il fondit en larmes et l'embrassant tendrement :
— Mon cher enfant, lui dit-il, je t'ai donné la vie; mais tu4'acquittes aujourd'hui, car tu nae sauves l'esxistence a ton tour.
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^^^^' V ayant chaudement recommandé aux briganà8/\\ par^j^^
Le jour suivant, Magari reçut ponctuellement la rançon promise. Plus fidèle à la foi donnée que Massîironi, il remit Tenfant sain et sauf à l'émissaire du baron, el partagea la somme entre ses camarades.
Façons ordiDaires de reconqaérir Fainoar de ses sujets — Jeu de prÏDce. — Les mange-tuif. — Le prince Carascosi. — L<'8 brigands auxiliaires. — Massaroni, commandant de MonticeJlo-di-Fondi. — Une épaulette bien mal placée. — Un magistrat bandit. — Matilda Massaroni.«> Mariage des brigands.
— Courte et bonne. — Marco Tempesta. — Novices parias.
— L*épouse prévoyante. — Les Autrichiens à Monticello.
— Touchante reconnaissance d'un oflicier et d'un brigand. — On fraternise. — Le général en chef de l'armée autrichienne imitn le prince Carascosi et maintient les bandits dans tous leurs grades et privilèges.
Le roi Ferdinand s'étant sauvé en Sicile après la révolution 'de 1820, son fils Léopold se rendit près dé l'empereur d'Autriche, la providence des despotes italiens, pour solliciter l'envoi d'une armée capable de faire rentrer dans l'obéissance des sujets trop justement révoltés.
De son côté, François, le prince héréditaire, pour diriger à son gré le nouveau gouvernement, feignait
de s'unir au peuple- napolitain et affichait les principes les plus libéraux.
Mais bientôt les révolutionnaires s'aperçurent qu'ils avaient été joués, à la nouvelle que les Autrichiens venaient d'entrer dans TÉtat ecclésiastique et se dirigeaient vers le royaume deNaples.
Le peuple tout entier prit les armes alors, et occupa toutes les issues qui pouvaient donner passage à l'ennemi sur la frontière.
C'était presque un corps d'armée qui s'était réuni à San-Germano. Les soldats improvisés et sans discipline qui le composaient, tout fiers de posséder un assez grand nombre de canons, attendaient de pied ferme les mange-suif, — nom qu'ils donnaient aux Allemands, — et juraient de les exterminer.
Un autre corps était à Fondi sous les ordres du prince Garascosi. Ce général comprenait bien qu'il commandait à de pauvres gens qui savaient à peine tenir un fusil et qui, par conséquent, étaient incapables d'arrêter un instant une armée régulière.
Il lui vint alors la singulière et blâmable idée d'associer à la résistance les brigands qui infestaient les montagnes. Ceux là du moins, pensait-il, avaient le coup d'œil juste et le cœur à l'épreuve du danger.
Il fit mander leur principal chef, Alessandro Massaroni. Celui-ci fit savoir que si on envoyait
comme otages à la montagne, le contrôlear et le curé de Fondi, plus un officier de l'armée du prince, il se ferait un plaisir de se reudre à Tinvllatiônqui lui était faite.
Les otages furent accordés.
Alors, la population de Fondi vit venir en plein jour et armés les hoaimes qu'elle avait appris à redouter, M;<ssaroni, Magari, Gasparoni, et quelques autres choisis parmi les bandits de belle prestance.
Le général, entouré de son état-major et de la magistrature de Fondi, les attendait aux portes de la ville. Il proposa à Massaroni, comme chef des bannis de TÉtat romain, et à Magari, comme chef des bannis du royaume de Naples, de leur livrer, à eux et à leur compagnons, le château de Monticello pour demeure ordinaire. Ils auraient le droit de porter l'uniforme militaire et toucheraient chacun trois carlins de paye chaque jour (trente sous environ), à condition de harceler les Autrichiens comme Fra-Diavolo avait fait pour les Français; c'est-à-dire d'enlever leurs provisions, de couper leurs convois, de supprimer leurs courriers, d'inquiéter leur arrière-garde et de massacrer leurs petits détachements.
Les deux chefs de bande acceptèrent ToiTre qui leur était fnile. Ils s'empressèrent do prêter serment de fidélité, et reçurent, en échange de leur
promesse de concours, une carte de sûreté qui leur donnait toute liberté d'aller et venir dans le royaume, et leur laissait la complète jouissance du château de Monticello, situé entre Terracine et Fondi.
En vertu de cette carte de sûreté, tous les brigrnds existant dans les deux États frontières se réfugièrent dans la paisible résidence qui leur était faite, et Massaroni ayant été proclamé commandant suprême de la place et chef de cette étrange garnison, endossa incontinent l'uniforme rouge et se para de Tépauletle d'or.
Les plus gros bonnets du pays, tout en le méprisant in petto^ se firent un devoir d'accueillir ce singulier officier supérieur avec des témoignages affectés de considération. On l'invitait à dîner de toutes parts, et sa vanité daignait recevoir avec bonté les honneurs que lui valait la peur inspirée par sa troupe.
Il eut licence de ce choisir un adjudant qui devait résider à Fondi et serait chargé de toucher quotidiennement la paye des brigands auxiliaires et de l'envoyer à Monticello pour y être distribuée.
Cet emploi fut donné à un certain Antonio Mattei qui, avant de se livrer au banditisme, avait été substitut au tribunal de Vallecorse dans les Éta's du pape. Singulière époque où les brigands pouvaient se recruter jusque dans la magistrature!