VII. — Sulfate de cuivre
Le sulfate de cuivre, appelé aussi vitriol bleu ou couperose bleue, est un sel métallique (Cu SO*) qui cristallise en parallélipipèdes obliques contenant 5 et quelquefois 7 équiv. d'eau et présentant un aspect vitreux et une belle coloration bleue. Comme tous les autres sulfates du groupe magnésien, le sulfate de cuivre a une grande tendance à former des sels doubles avec les sulfates alcalins et à se combiner et cristalliser avec eux en toute proportion ; de telle façon que sa possession en cristaux n'est pas une garantie de sa pureté absolue. Le sulfate de cuivre, en perdant son eau de cristallisation à la température de 200°, constitue une poudre blanche.
Il est composé de :
Bioxvde de cuivre 31,83
Acide sulfurique 32,08
Eau 36,09
Il est soluble dans l'eau : 100 parties de celle-ci en dissolvent 36.9 à la température de 10° G, et 203.30 à la température de l'ébullition. Cette dissolution rougit le tournesol ; elle a une saveur stjptique et astringente.
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Le sulfate de cuivre se trouve abondamment dans le commerce : il provient généralement du grillage des pyrites cuivreuses au contact de Tair. Son action cryptogamicide est incontestable ; les traitements contre le mildiou la démontrent suffisamment.
Pour le sulfatage des semences, ce sel n'était presque pas employé avant Prévost, qui, frappé parle fait que nous avons raconté plus haut, finit par démontrer scientifiquement sa valeur.
Benedict Prévost plaça des germes de la carie dans des verres de montre dont les uns contenaient de Teau pure, les autres, différentes solutions de sulfate de cuivre, et il a pu constater le manque de germination dans celles-ci, même lorsque le sulfate de cuivre y était en proportions infinitésimales (280/1000 du poids de Teau) ; par contre, elle se produisait toujours chez la plupart des spores baignées par l'eau pure.
Ces résultats, qui furent toujours invariablement les mêmes, amenèrent Fauteur à penser à l'application pratique de ce remède : un are fut ensemencé, en parcelles, avec du blé diversement sulfaté ; au moment de la récolte, la parcelle témoin ofîrait une forte proportion d'épis cariés ; une autre parcelle, dont les semences furent traitées avec une solution de 0,3 du sulfate pour 1000 donna 30 épis malades sur 3,000, et enfin d'autres semences traitées avec une solution de 0,9 pour 1,000 donnèrent à peine 9 épis cariés sur 3,600.
Toutes ces expériences ont été reprises depuis, et avec le même succès. A côté de celles-ci, une petite expérience a échappé : B. Prévost rapporte avoir nourri un poulet pendant 6 jours au blé sulfaté, sans rien noter d'anormal dans sa santé.
Cette modeste expérience, considérée comme elle le méritait alors, pourrait faire éviter un tas de préjugés et de conjectures inexactes, comme celle de voir dans le sulfate de cuivre le poison le plus redoutable du règne minéral et dispenserait aussi Girardin et Mathieu de Dombasle de tâcher de bannir son emploi de toutes les fermes.
Aujourd'hui que presque tous les viticulteurs manient pendant plusieurs semaines, à partir du moment de l'apparition du mildew, des liqueurs cupriques, que des expériences scientifiques, se rapportant aux animaux ou à l'homme, celle du D"" Galippe entre autres, ont démontré la grande exagération de ces vieilles assertions, aucune crainte n'est permise, et le sulfate de cuivre peut être impunément employé au sulfatage des semences.
Passons maintenant au titre de la solution et au mode d'emploi.
Benoit Prévost a le premier établi une formule pour les traitements de la carie. Il proposa de plonger tout simplement les semences pendant une demi-heure dans un liquide contenant 650 gr. de sulfate de cuivre par hectolitre d'eau, puis de laisser sécher sur une aire. Ce procédé assez expéditif mérite d'entrer dans la pratique courante.
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Plus tard, M. Kûhn se fixa, après plusieurs années d'expérience, sur le procédé consistant à laisser tremper les g-rains, pendant 12 à 14 heures, dans une solution contenant un demi p. 0/0 de sulfate de cuivre.
La pratique de ce sulfatage est assez simple. Il suffît, en effet, de dissoudre dans un cuvier un demi-kilogramme de sulfate de cuivre dans de Teau chaude, et détendre ensuite d'eau froide pour compléter Thectolitre, de plonger les grains de façon à ce qu'ils laissent au-dessus d'eux une couche de quelques centimètres de liquide, et d'agiter à plusieurs reprises en écartant tout ce qui flotte ; au bout de douze heures, ou même de seize heures, si les grains sont très charbonneux, on les étend et on les retourne plusieurs fois ; on peut ainsi les ressuyer suffisamment pour les semer à la main après quelques heures et à la machine après 24 heures.
Les avantages de ce procédé sont incontestables. Nous avons eu déjà l'occasion de noter que les grains cariés s'écrasent pendant le battage et répandent les spores sur la bonne semence. Le sulfate de cuivre doit les pénétrer pour que son action soit certaine, mais l'air, adhérant avec une grande ténacité aux grains et l'onctuosité des spores s'opposent tout d'abord à son contact intime, qui est parfaitement obtenu par la macération prolongée, selon le procédé de Kûhn. D'un autre côté, les grains cariés, qui ne font jamais défaut dans les semences, étant plus lég'ers que les autres^ montent à la surface du liquide et peuvent être écartés. Avec
ce procédé, on peut donc être à peu près sûr de ne reporter aux champs, en aucune façon, les seminules delà carie.
Malheureusement, à côté de ces avanta^^es, il y a aussi deux inconvénients à enregistrer, critiqués comme il suit par Mathieu de Dombasle [Annales de Roville) :
« Ce procédé est beaucoup plus difficile et plus embarrassant dans la pratique que ne le croient communément les personnes qui le décrivent ; et les principaux inconvénients résultent ici, d'abord d'y employer des cuviers « d'une grande capacité et ensuite de la difficulté de con- « server le grain qui a été soumis à cette opération, lors- (( qu'il arrive qu'on ne peut pas le semer immédiatement, « soit à cause du mauvais temps, soit par suite de toute « autre circonstance. En effet, le grain qui a été plongé (( pendant 24 heures dans l'eau se trouve tellement détrempé « et gonflé qu'il s'échaufferait et se gâterait promptement « si on le mettait en tas : — ces réflexions sont aussi applicables au trempage de 12 à 16 heures — en sorte (( qu'on ne peut le conserver qu'en le plaçant en couches « très minces sur un plancher et en Ty remuant très fré- « quemment, ce qui exige de vastes espaces et des manu- « tentions fort embarrassantes. »
Mais ce n'est pas tout.
Un autre reproche qu'on adresse à ce remède c'est de tuer un bon nombre de semences ou d'empêcher quelquefois l'épanouissement de la tigelle et de ralentir la germination, Cette action nuisible du sulfate de cuivre est plus sensible
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encore si le grain a été battu à la machine, qui brise un certain nombre de grains et laisse par suite à nu l'albumen, très sensible à l'action de ce sel.
La chaux remédie, en partie, à ces inconvénients, ainsi qu'aux inconvénients analogues provoqués par l'emploi de l'acide sulfurique ; en déterminant la formation immédiate du sulfate de chaux et de l'hydrate d'oxyde de cuivre (CuO- H^O) presque insoluble dans l'eau. C'est ainsi que Dreisch, Wolf et Kiihn lui-même, conseillent de saupoudrer de chaux les semences qui ont séjourné pendant longtemps dans le sulfate de cuivre.
Malgré tous les défauts de ce procédé, il ne faut pas hésiter à l'employer toutes les fois qu'on le peut, en ayant soin d'augmenter d'un tiers la quantité de semence. M. Wolf le croit applicable dans des fermes n'ayant pas plus de 10 hectares où l'on cultive des céréales. Il recommande de commencer l'opération, telle que nous l'avons décrite ci-dessus, à 4 ou 5 heures du matin pour pouvoir saupoudrer les grains le soir, les agiter pendant la nuit et les semer le lendemain de bonne heure.
Le sulfatage a généralement lieu dans les fermes par aspersion. Il constitue le moyen le plus usité, mais aussi le moins à conseiller. On place le grain dans un cuvier, on y projette la solution du sulfate, on brasse pendant quelque temps et l'on sème le jour suivant. On voit tout de suite l'infériorité de ce procédé. Les grains cariés non écrasés, qui, nous l'avons dit, accompagnent toujours la bonne
semence, ne sont pas séparés d'elle. Le sulfate, que ces graines peuvent recevoir par l'aspersion, n'est jamais en quantité suffisante pour pénétrer jusqu'aux spores du centre et ces amas de petits germes, sous leur abri trompeur, sont ainsi reportés dans les champs pour continuer impunément leur œuvre.
Outre les grains remplis de carie, on a aussi cà compter avec les germes isolés de différentes Ustilaginées, qui adhèrent aux crains sains.
La semence n'étant pas également mouillée, ces derniers globules échappent en partie à l'action du sulfate et, portés intacts dans les champs, ils exercent leurs ravages.
Les inconvénients de ce procédé nous paraissent trop évidents pour que nous y insistions. Nous dirons seulement que quelques constructeurs, pour rendre l'aspersion des grains plus régulière, ont imaginé des appareils, parmi lesquels nous signalerons celui représenté en coupe verticale dans le schéma p. 140. Il figurait, lors de l'Exposition universelle de 1889, dans le grand palais de l'Espagne.
Il est formé d'une trémie A qui verse le grain dans un canal horizontal B, en même temps qu'un réservoir G placé à côté, laisse écouler par un robinet D le liquide antiseptique. Dans le canal se meut une vis d'Archimède EE en bois qui mélange les grains et les entraîne à l'extrémité H de la machine. Le fond du canal sous la trémie et sous le réservoir, en JK, est plein et formé d'une planche ; plus loin, de K à H, il est constitué par une tôle perforée. Les
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grains vitriolés sortent en H et tombent dans un coffre ; une manivelle M commande la vis EE par une roue dentée et un pignon P.
D'autre part, M. Davaine exposait dans le palais algérien un appareil semblable, mais en métal et mieux construit, sous le nom de Vitrioleur-chaulear de céréales et de semences^ dit J. Lavenne.
FiG. 10. — Coupe verticale schématique de l'appareil pour chauler ou
vitrioler le blé.
Ces appareils ne sont pas appelés, croyons-nous, à jouer un grand rôle dans la pratique agricole. Leur but ne consiste, en effet, qu'à modifier un mauvais procédé : celui par aspersion ; et la petite amélioration qu'ils y apportent, en mouillant plus uniformément le grain, ne correspond pas assez à l'augmentation de frais exigée par leur emploi.
Enfin un dernier procédé consiste dans le simple trempage de la semence, pendant quelques minutes, dans une
solution de 1 kilof^r. de sulfate de cuivre pour 100 litres d'eau. Ce moyen de sulfater est commode et expéditif, par conséquent recommandable pour la grande culture. Nous pensons cependant qu'on pourrait le modifier de manière à laisser tremper le grain plus long-temps, dans une solution moins concentrée, à réunir, en d'autres termes, l'efficacité de l'immersion aux avantages du trempage en procédant de la façon suivante :
On prépare une solution d'un demi pour 0/0 de sulfate de cuivre dans un large cuvier qu'on remplit aux deux tiers. On verse la semence dans une corbeille large et peu profonde, qu'on trempe dans la solution du sulfate et qu'on assujettit, avec du fil de cuivre, par exemple, aux bords du cuvier. On agite de temps en temps la semence pour faciliter la montée des grains malades et le mouillage des grains sains. Après deux ou trois quarts d'heure de trempage, on retire la corbeille, on la secoue un peu pour légoutter et on dépose son contenu sur une aire propre jusqu'à dessèchement. On continue jusqu'à épuisement du liquide, avec de nouvelles quantités de blé sec.
Si la quantité de semence à vitrioler était considérable, on pourrait augmenter le nombre des cuviers en calculant qu'un hectolitre du liquide peut servir pour 6 à 7 hectol. de grains, et en comptant qu'un homme seul peut conduire deux cuviers à la fois.
Ce procédé nous paraît rationnel et efficace. Il nécessite peu de main-d'œuvre et ne demande pas un grand empla-
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cernent ; il permet d'éliminer la bonne semence qui monte par agitation à la surface et il donne au liquide le temps de pénétrer également la semence saine.
Par ce traitement aussi, mieux que par les autres, l'action du sulfate de cuivre peut accuser sa double forme. Il résulte, en effet, des travaux de \l. Brefeld, dont nous avons déjà donné un aperçu, que l'immersion dans le sulfate de cuivre tue d'abord les germes parasites adhérents aux grains de semence ; mais, la semence étant déposée dans un sol infesté de sporidies, le sulfate de cuivre qui a été absorbé par l'enveloppe du grain peut détruire les sporidies dans un certain ravon autour de lui.
Le sulfate de cuivre agirait donc avant et après l'ensemencement ; aucun des autres ingrédients ne paraît capable de pouvoir remplir ces deux rôles à la fois.