Septoria tritici
Rob, in Desmazières. L''S plantes cnjptog. de France.
Exsiccata. Desmazières. Les plantes crypt. de France, fasc. XIV, n. 669.
Cette espèce, sip^nalée d'abord par Roberge, fut décrite et publiée par Desmazières.
Le Septoria tritici se développe sur les deux faces de la feuille du Froment, mais principalement à la face inférieure; les mêmes conceptacles fructifères se montrent quelquefoisde deux côtés. Il forme de petites taches d'abord jaunâtres, puis rousses et enfin blanchâtres parla destruction du parenchyme. Ces taches sont linéaires souvent continentes : elles portent de très petits pycnides noirs nichés sous l'épiderme qu'ils soulèvent et remplis de sporidies qui s'échappent de l'ostiole. Ces sporidies sont linéaires, hyalines, courbées ou flexueuses, cloisonnées, presque aussi longue : 60 à 65 y., mais bien plus grosses : 3 u. 5 à 5 a que celles de l'espèce précédente.
Le Septoria, tritici fut trouvé sur le blé en France, en Italie et en Angleterre.
Les effets du parasitisme sous ces formes incomplètes que nous venons d'examiner n'ont inspiré que rarement des inquiétudes, sans jamais causer de dommages sérieux. Néanmoins, leur mvcélium vivant dans l'intérieur des tissus amènerait des désordres graves, avec lesquels on aurait beaucoup à compter, si le milieu extérieur devenait
favorable au développement intense du champignon . Quant aux moyens de défense contre ces maladies, nous renvoyons à ce qu'il a été dit à propos des Sphfcriacêes .
Un assez grand nombre de maladies, dont les causes ne sont pas encore éclaircies et dont les effets sont quelquefois fâcheux, pourraient prendre leur place sous ce titre. Leur nature, plus ou moins parasitaire, s'écarterait de notre plan. Nous nous limiterons à quelques mots relatifs à une aflection qui menace l'existence du riz en Italie et que les Lombards désignent sous le nom de :
BRUSONE.
La maladie que les habitants de la Lombardie désignent sous le nom de Brusone, connue même au siècle dernier sous le nom de Bruseggio, n'attira l'attention que depuis 1827, 1828 et 1829, années de grands ravages. Le Brusone, appelé aussi Carolo et Bianchella, est une de ces maladies pour laquelle les conjectures, les hypothèses et les théories les plus diverses ont été émises. Parmi les auteurs qui ont traité cette affection nous rappellerons MM. Re, Pollini, De CandoUe, Sandri, Del Pozzo, Garovaglio, Cantoni, etc.
BRUSONE. 2S7
L'époque pendant laquelle le mal apparaît avec plus de fréquence, est celle comprise entre fin juillet et commencement de septembre. Il se manifeste d'abord sur les feuilles et les gaines sous forme de taches jaunes qui passent vite au roup^e-prde, et s'entremêlent bientôt avec des taches de couleurs diverses. Cette altération des feuilles est suivie de celle, plus g-rave, des nœuds, qui commence ordinairement par celui situé le plus près de la surface de l'eau. L'invasion peut progresser de bas en haut jusqu'cà attaquer tous les nœuds de la partie aérienne. Ceux-ci paraissent alors étranglés et lacérés, et présentent une coloration brûlée et noirâtre à laquelle le nom de Brasone (brûlé) fait allusion . Mais l'altération ne se limite pas à ces organes, les racines aussi, dans beaucoup de cas, sont plus ou moins désorganisées, et la partie de la plante submergée dans l'eau manifeste des changements identiques à la partie aérienne. Les épis n'en ont pas moins à souffrir : les épillets se détachent du rachis au moindre choc et coulent facilement bien avant la maturité ; leurs glumes présentent une surface jaune, brune ou noirâtre fréquemment tachetée d'une couleur de rouille. Le fruit est confiné dans une espèce de sac membraneux où manquent l'embryon et l'albumen et est souvent rempli d'une matière fongine ^. Lorsque le mal s'attache de préférence aux gaines au lieu des chaumes,
1. L. Macchiati. Brusone, Carolo o Bianchella del Riso. (Bolletino délia R. Stazione Agraria cli Modena, vol. IX, 1890.)
ses effets paraissent un peu moins graves : une partie de l'épi, généralement celle située en haut, peut échapper à rinvasion du mal et parvenir à sa maturité.
Dans bien des cas cependant, le Brusone, apparaissant à peine quelque temps avant la moisson, se propage d'épi en épi avec une rapidité telle que la récolte est anéantie en deux ou trois jours ^
Plusieurs études ont été consacrées à Tétiologie de cette maladie, sans contribuer à nous laisser entrevoir sa nature. Les conditions météorologiques sont pour ce cas encore mises en cause. D'après la théorie dite des météorologistes la maladie se manifesterait toutes les fois que des changements brusques de la température atmosphérique, il résulterait une perte d'équilibre entre la température de l'air et celle du sol. Ce dernier devenant plus chaud que l'air, des perturbations notables se produiraient au sein de la plante. Ces considérations, vraies en principe, ne constituent pas toujours des conditions indispensables. Combien de fois, en effet, ne voit-on pas le Brusone se manifester indépendamment de toute condition météorologique sur des terrains riches en matières organiques ? Qui pourrait dire, d'autre part, que ces changements de tempé-
1. 0. Bordiga e Silvestrini. Del Riso e délia sua coltivazione . Novara, 1880.
2. G. Cantoni. Trattato teorico-pratico di Agricoltura. Milano, 1868.
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rature, au lieu de produire le mal, en favorisent la vraie cause, qui jusqu'aujourd'hui nous échappe?
Une autre théorie, que je dirai chimique, attribue le mal à l'excès de matières végétales et spécialement de riiumus ^. Ainsi, selon cette hypothèse, l'humus en se décomposant absorberait l'oxygène de l'eau, si nécessaire à la vie des racines, et, en s'emparant de l'oxygène des ^ulfates du terrain (sulfate de potasse, de soude, de chaux ^tc.) les réduirait en sulfures. Ces sulfures à leur tour, se trouvant en présence des acides de l'humus, dégageraient de l'acide sulfhydrique qui contribuerait à hâter la mort des racines déjà privées d'oxygène. Cette hypothèse tombe aussi devant le fait que la maladie se développe avec la même intensité et quelquefois avec plus d'intensité sur les terrains les moins riches en matières organiques que sur les autres, et qu'àcôtédesvariétés qui paraissent sensiblesà un excèsd'humus, ily en a d'autres qui n'en ressentent pas le moindre effet.
Enfin on n'a pas manqué de faire intervenir le parasitisme. Le célèbre cryptogamiste Garovaglio - observa sur les
1. Malinverni. // BIso vercellese ail' esposizione di Vienna. Torino, 1872.
2. Del Brusone del Riso. (Archivio trien. del Laboratorio di Botan. crittogamica presso la R. Univ. di Pavia, V, 1. Milano) 1874). Voici la diagnose de la forme ascosporée : Perithèces épars, globuleux, sous-épidermiques, très petits : 70 à 80 u.. ; asques allongés en massue octosporés sans paraphyses, longs de 47 à 50 [jl. et larges de 8 |jt.. ; sporidies presque distiques, fusiformes, sub-hyalines, unicloisonnées, mesurant 14 à 15 de long sur 4 à 4,2 de large.
LovERDO. Les maladies cryptogamiques. 19
chaumes atteints du Brusone la présence constante d'un petit champignon, qu'il dénomma Pleospora [Sphserella, Sacc.) oryzae, et l'accusa d'être l'auteur de la maladie. Selon lui le Pleospora se trouverait toujours dans le rachis et les feuilles des plantes attaquées sous forme de taches un peu relevées sous l'épiderme, irrégulièrement rondes^ noires au centre, perdant leur couleur à leur circonférence, et formées par l'agg-lomération de périthèces, de pycnides ou de spermogonies ^. Les botanistes aujourd'hui ne partag-ent pas, et pour cause, cette opinion. Outre que la maladie ne paraît pas se reproduire par l'inoculation artificielle ou naturelle de ce champig^non, sa présence même est loin d'être constante sur les chaumes brusonés. Nos observations personnelles et celles antérieures de M. le D^ Cavara portées sur un grand nombre de pieds desséchés par cette maladie nous ont montré la présence du Pleospora Sphaerella oryzae de beaucoup moins fréquente que celle dune autre espèce : Sphaerella Malinverniana, Les tentatives que nous avons faites pour provoquer l'apparition du brusone par l'inoculation des spores de cette dernière espèce se sont montrées toujours infructueuses. A côté du Pleospora d'autres espèces fongines, telles que le Sclerotiuni oryzae Catt. (mycélium stérile produisant de petits sclérotes) le Sporofrichiim maydis Gar., le Erichotheciuni domesticum/ Link. etc., ont été considérées comme coopérant à la production du mal. Il en est cependant de celles-ci comme du Pleospora ; on peut objecter l'incons-
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tance de leur apparition et leur absence complète pendant les premières périodes du mal. On pourrait demander pourquoi, à côté des rizières atteintes de hrasone, il yen a d'autres parfaitement saines? Pourquoi dans celles-ci quelques épis malades se trouvent toujours ? Pourquoi enfin dans les années peu chaudes on voit le mal dévaster une seule rizière selon la direction de quelques bandes et respecter le reste ? Les germes qui peuvent répandre la maladie sur tous les points de la campagne, et le vent qui se charge de les transporter, ne font jamais défaut.
Ainsi, sans nier que ces végétations microscopiques accélèrent la décomposition des plantes malades, on n*a aucune raison de les considérer comme étant la vraie cause de cette atfection.
Il est à remarquer que de différentes variétés du riz, celles étrangères ou rustiques (Var. Japonaise, Bertone, Francne, etc.) offrent une certaine résistance à cette maladie ; tandis que, par contre, la var. Nostrale, une de plus anciennement cultivées au nord d'Italie, se montre tellement sujette à la maladie qu'elle provoque de plus en plus l'abandon de sa culture.
Parmi les années qui ont favorisé outre mesure le développement de cette maladie dans ces derniers temps, nous rappellerons les années 1875 et 1888, pendant lesquelles sur plusieurs points de la Lombardie et des autres
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contrées rizicoles de la haute Italie, le Brusone réduisit fortement la récolte du riz.
On ne saurait s'attendre à un remède efficace contre une maladie dont la cause n'est pas encore connue. La sélection cependant, pour le semis des pieds qui au moment de la récolte paraissaient les plus résistants, paraît avoir donné dans quelques cas des résultats satisfaisants.
Laboratoire cryptogami que de l'Université de Pavie, 1891.