‹ Les maladies cryptogamiques des plantes cultivesChapitre 15 sur 57 · II. Parasites et Saprophytes · texte numérisé non relu

II. Parasites et Saprophytes

Qui n'a pas été péniblement impressionné par la gravité et la soudaineté des dégilts que cause la terrible maladie de la Pomme de terre? Unu végétation luxuriante présageait une récolte abondante; et voilà que, tout-à-coup, une odeur fétide, spéciale, imprègne l'atmosphère; les feuilles se décolorent, brunissent et se déforment; la plantation offre un aspect désolé; les espérances du cultivateur s'évanouissent : c'est que le Fhyfophthora infestnns, ce redoutable ennemi de la Pomme de terre, est à l'œuvre. Partout il a implanté ses petites touffes blanches dans le tissu des feuilles, de la tige, qu'elles marquent de taches successivement jaunes, brunes et noirâtres. L'envahissement est bientôt général et la plante, privée de ses organes aériens, succombe, épuisée : le nourrisson a tué sa nourrice !

Le cadavre, d'autre part, devient aussitôt la proie de cryptogames, de champignons microscopiques, moisissures, bactéries, etc., qui, secondés par les agents physiques, ne tardent pas à en dissocier les éléments et à les rendre à la matière inerte.

On le voit, sous le rapport de la nutrition, Pomme de terre et champignons ont des aptitudes bien différentes; c'est ainsi qu'une nécessité absolue d'existence force ces derniers à vivre aux dépens d'une auti-e plante, morte ou vive.

Si l'on veut bien comprendre ces rapports des champignons avec leurs hôtes et les échanges qui s'établissent entre-eux, il est nécessaire.

tout d'abord, de rappeler, en quelques mots, les principes foadamentaux de la nutrition des plantes.

Tout végétal, pour accomplir son cycle normal d'évolution depuis la germination de la graine jusqu'à la floraison et la fructification, doit trouver, dans le milieu où il vit, un nombre déterminé de substances, de corps simples, dont le concours est indispensable à l'édiflcatiou de la matière vivante.

Ces corps sont au nombre de dix, à savoir : le carbone, l'hydrogène, l'oxygène, l'azote, le soufre, le phosphore, la potasse, la magnésie, la cliaux et le fer.

Prenons pour exemple un plant de Pomme de terre; comment et sous quelle forme trouvera-t-il ces divers éléments?

L'oxygène sera pris à l'air, dont ce gaz constitue environ un cinquième, l'hydrogène, en majeure partie, à l'eau; l'azote, le soufre, le phosphore et les quatre bases minérales, le seront sous forme de sels, qui existent eu petite quantité dans le sol.

Quant au carbone il le puisera dans l'atmosphère, à l'état d'acide carbonique, grâce à la présence dans ses tissus de la matière colorante caractéristique des plantes vertes : la chlorophylle.

C'est sous l'influence de cette substance, qu'en présence de la lumière, le carbone de l'acide carbonique se trouve réduit et fixé dans l'organisme végétal.

Aussi, tous les êtres privés de chlorophylle sont-ils incapables de puiser l'élément carboné dans l'atmosphère.

Tel est le cas des cryptogames inférieurs, de nos champignons de tout à l'heure, le Phytophthora et les moisissures. Ceux-ci doivent se nourrir d'un carbone déjà réduit, combiné à l'hydrogène, à l'oxygène et parfois à l'azote, pour former ce qu'on a appelé les matières organiques, parce qu'elles caractérisent les êtres vivants, organisés.

Où les végétaux non verts trouvent-ils des matières organiques qui leur livrent le carbone dont ils ont besoin? Il ne peuvent les puiser que chez des êtres vivants ou dans les cadavres, les résidus d'organismes morts.

Dans le premier cas, on les a appelés parasites dans le second, saprophytes.

Le Phytophthora, qui vit aux dépens de la Pomme de terre, en suce les principes nutritifs au point d'en déterminer rapidement la mort, constitue un exemple frappant de parnsitisme.

Les moisissures, qui ont continué sur le cadavre l'œuvre de destruction commencée par le parasite, et qui peuvent, d'ailleurs, se développer sur les substances organiques végétales et animales les plus diverses, réalisent dos types de la nutrition saprophy tique.

Le premier a tué la plante vivante, les seconds se repaissent de son cadavre.

Mais il n'existe cependant pas, entre ces deux modes de nutrition,

do barrièro iiifraïu-liissiible, et Ion reiicoiitro, connue nous allons le voir, dos ^tros dont le modo de vie est intermédiaire.

Il faut envisager le parasitisme comnu' un moyen de nutrition difficile i\ exercer et qui exi{?e, do la part de lorganisme qui s'y livre, des moyens do lutte spéciaux.

1a' saprophyte n'éprouve aucune difficulté à se repaître de cadavres dépourvus de toute résistance vitale. Le parasite, au contraire, doit entamer avec son iiôte une lutte corps à corps, dans laquelle la victoire reste au mieux armé.

Aussi, existe-t-il un grand nombre d'êtres strictement saprophytes, absolument incapables de s'établir en parasites.

A côté de ceux-ci, il en est qui, dans certaines conditions favorables, peuvent s'attaquer à des ôti'es vivants : on les a appelé parasites facultatifs.

Toutes les causes qui renforcent la vitalité, la virulence de ces derniers, toutes celles au contraire, qui diminuent la force de résistance de l'hôte, favorisent l'établissement du régime parasitaire.

Ces parasites d'occasion constituent pour les plantes cultivées dos ennemis souvent redoutables, et toujours difficiles à atteindre. Pouvant végéter en saprophytes sur les matières organiques du sol, ils s'y perpétuent après l'enlèvement des l'écoltes atteintes, jusqu'à ce que s'offre à eux une nouvelle culture qu'ils envahissent.

Enfin il existe des organismes tellement adaptés à la vie parasitaire que tout autre mode de nutrition leur est impossible à exercer : c'est ce qu'on a appelé des parasites absolus. {Phi/tophthora de la Pomme de terre.)

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