Phycomycètes
Les Fhi/coDiijcètes doivent leur nom (Champignons-Algues) à l'anabgio que présentent un certain nombre d'entre eux avec un autre groupe di> Cryptogames, les Algues. Beaucoup sont, comme ces dernières, aquatiques, soit pendant toute la durée, soit pendant une période de leur existence.
Les Phycomycètes possèdent, pour la plupart, deux modes de reproduction.
L'un par spores produites à l'intérieur d'organes spéciaux ou sporanges] fréquemment ces spores sont munies de cils et se meuvent dans l'eau; elles portent alors le nom de zoospores.
A côté de ce mode de reproduction asexué, s'en trouve souvent un autre dans lequel intervient l'union do deux éléments de sexe différent : une fécondation.
Ou appelle œuf ou oospore, le fruit résultant de cette fécondation.
Ordinairement les oospores sont entourées d'une membrane épaisse, et capable de résister à une longue période de repos et de dessiccation; on les appelle aussi, grâce à ce fait, spores durables.
Les spores asexuées sont, au contraii'e, très sensibles aux mauvaise» conditions du milieu et servent uniquement à la propagation directe du champignon.
Les Phycomycètes sont extrêmement nombreux et représentent les types; physiologiques les plus variés, depuis les saprophytes purs (Moisissures, Mucorinées) jusqu'aux parasites les plus absolus {Peronosfora).
Ils renferm3;it, notamment, les familles suivantes :
Saprole'gniees : champignons aquatiques se nourrissant de cadavres d'insectes, de poissons, etc.;
Entomophthorées : parasites d'insectes ;
Mucorinées : pour la plupart saprophytes ; des moisissures trèscommunes {Mncor) font partie do ce groupe ;
Pâ-onosporéts '• ce dernier groupe seul nous intôres^'e; il compte toute.-, espèces parasites, parmi lesquelles se trouvent les enuomis les plii&redoutables de nos plantes cultivées.
IHAI.ADIE I>E I.A POMME I>E TERRE.
Phytophtliora infcsfans (Mont.) Do Bary.
De toutes les affections cryptogamiques de nos plantes cultivées, la. " maladie , de la Pomme de terre est, sans contredit, la plus redoutable, celle qui occasionne à l'agriculture do nos régions les pertes les plus considérables.
Son apparition, sa propagation, ont eu des conséquences économiquesextrêmement graves, surtout pour les populations, encore trop nombreuses aujourd'hui, qui font de la Pomme de terre la base de leur alimentation.-
C'est à l'Amérique que nous sommes redevables de ce fléau, comme de tant d'autres maladies (Phylloxéra, Oidmm de la Vigne).
Le Phytoplithora sévit depuis un temps immémorial dans la patrie de la Pomme de terre où la maladie qu'il produit est connue sous le nom de Casaqin.
De l'Amérique du Sud, la terrible affection se propagea aux États-Unis^ où elle apparut, pour la première fois, en 18i3, et au Canada, l'annéesuivante.
Dès 1843, feu le professeur Morren observait, sur ditïérents points dela Belgique, une maladie de la Pomme de terre qu'il appela " gangrène humide ,, et qui n'est probablement autre que le Phytoplithora.
Mais ce n'est qu'en 1845, que la maladie prit en Europe une extension considérable. Du mois de juillet au mois d'octobre de cette année, ellefut signalée successivement en France, en Belgique, en Hollande, danstoute l'Allemagne, le Danemark, la Russie et l'Angleterre.
Pendant les premières années, après son apparition, la maladie fut extrêmement préjudiciable, compromettant la récolte en grande partie,, ou la frappant même d'une destruction complète.
Les Flandres belges furent particulièrement éprouvées.
Mais nulle part, la maladie n'eut des conséquences aussi désastreusesqu'en Irlande, où elle détermina une affreuse famine. Une épidémietyphoïde vint encore ajouter ses ravages à ceux de cette dernière' et décimer la population, qui dut cheicher dans l'émigration le moyea d'échapper à ces maux.
:M.\I,.\IMK.S DKS l'I.ANTKS CULTIVEES
Depuis lors, la maladie a hcureusoiuoiit perdu iiutableinent do son îicuité, et ses ravages se sont limités aux années pluvieuses, extrômeniont favorables, comme nous allons le voir, h son extension.
Dès l'apparition de la maladie de la Pomme de terre, on avait observé» sur les plantes attaquées, une sorte de moisissure que des recherclies ultérieures ont fait connaître en détail, dans son mode de vie et de reproduction.
Au début, on n'était pas d'accord pour reconnaître, dans le champignon, la cause déterminante de la maladie, que d'aucuns attribuaient à une dégénérescence de la Pomme de terre due à une culture prolongée ou à <les conditions défavorables de milieu : dans ce cas, la végétation cryptogamique observée était lo résultat et non la cause de l'état maladif.
Mais des essais d'inoculation ne laissent plus de doute à cet égard et •démontrent la spécificité absolue du Fh>jtophi}tnr:i infestons:
Développement de la maladie.
La maladie apparaît en juillet, plus rarement en août, sous l'aspect de taches jaunes sur les feuilles qui se montrent, en ces points, couvertes, en dessous, d'un duvet blanchâtre, lin et peu visible, constitué par les fructifications du champignon. Ces taches deviennent brunes puis noires, s'étendent et finissent par se confondre de telle sorte que les feuilles entièrement noires meurent et se dessèchent rapidement. Les pétioles et enfin les tiges subissent le môme sort; ces dernières pourrissent et tombent sur le sol.
La maladie se propage avec une extrême rapidité, lorsque les conditions sont favorables. C'est pendant les journées chaudes et orageuses des canicules, que le champignon poursuit avec rapidité sa marche envahissante.
Les plantations les plus florissantes peuvent être dévastées en quelques jours; elles exhalent alors une odeur particulière, bien connue, qui devient bientôt pénétrante et fétide.
Une coupe faite à travers une feuille attaquée, montre des filaments répandus dans le parenchyme foliaire, particulièrement vers la face inférieure, s'insinuant entre les cellules et y enfonçant des suçoirs renflés <flg. 21, B).
Ce mycélium émet, à travers les stomates, des tubes droits portant <iuelques branches latérales sur lesquelles s'insèrent des corps ovoïdes
Figr. 20.
Feuille de Pomme de terre atteinte par le flii/tophtliora.
qui sont des sporanges dont les spores ne sont pas encore différenciées
(fig. 21, A).
L'ensemble de ces productions forme à la face inférieure des feuillesun léger duvet blanc.
Les sporanges sont très caducs; emportés par le vent, par les pluies,
ils tombent sur des organes sains dont ils peuvent provoquer l'infection
par deux procédés bien différents :
1° En germant directement et donnant un filament qui pénètre à
travers l'épiderme de l'hôte et s'y établit en parasite.
2" Le plus fréquemment en divisant leur contenu en un certain nombre de petites masses, ordinairement 10, qui deviennent libres, s'entourent d'une membrane, se garnissent chacune de deux cils et constituent ce qu'on appelle une zoosporc (tlg. 21, C).
Ces zoospores nagent quelque temps dans l'eau qui couvre les feuilles en temps humide, puis
se fixent et germent.
Si le temps est sec, au contraire, les sporanges, très délicats se dessèchent avant d'avoir pu germer.
La contamination des tubercules s'opère d'une façon analogue.
Délavés par les pluies, les sporanges pénètrent dans le sol et arrivent au contact des tubercules. La pénétration du parasite dans ces derniers n'est toutefois pas aussi facile que dans les feuilles.
Si le sol est sec, bien aéré, peu compacte, le champignon se borne à former, à la surface, des marbrures jaunâtres. Le temps est-il humide, au contraire, et le sol gorgé d'eau? le développement du parasite est excité par ces conditions favorables ; il enfonce, dans la pulpe du tubercule, ses filaments raycéliens qui s'y multiplient en se nourrissant de l'amidon et des substances azotées.
Souvent une putréfaction due h des bactéries vient s'ajouter aux
Kig. 21.
Phyiophlhùfa de la Pomme de terre.
A. Filaments sortant des stomates et portant des sporanges («).
B. Mycélium s'insinuant entres les cellules du parenchyme foliaire et y enfouvant des suçoirs («).
C. Différenciation du contenu d'un sporange en zoospores; 0. sporange mûr;
h. émission de zoospores; c. zoospores avec cils.
•46 MALAHIES 1>KS IM.ANTKS (LT/nVÉES
ravages du champignon ot provoque ce qu'on a appelé la poittriture Il it m ide.
Parfois cepeiulant, la désoigaiiisatlon ne va pas aus'si loin et le champignon se localise, l'orme, dans la masse charnue, des chancres durs qui ne s'étendent plus.
Ces pommes de terre chancreusos ne peuvent plus être consommées, car les parties atteintes résistent h la cuisson, restent dures, coriaces •et anu'^res.
On voit que l'action nuisible du FJiytophthora de la Pomme do terre «'exerce de deux manières : 1° en détruisant les feuilles et entravant, par ce fait, l'ciaboratiori des produits de réserve et l'accroisseraeut des lubercules; 2° en infectant ces derniers et en les détruisant plus ou moins complètement.
C'est par les tubercules malades que s'opère, le plus souvent, la transmission de la maladie d'une année à l'autre.
Accumulés en tas pour passer l'hiver, ils s'infectent mutuellement et transportés comme semences dans les champs, l'année suivante, ils deviennent de véritables foyers d'où la maladie s'étend rapidement.
Il parait, on effet, prouvé que le mycélium du champignon peut, lor.squc les conditions sont favorables, passer dans les jeunes pousses, dans les feuilles et y produire des spores, de la façon indiquée plus haut.
L'hivernage et la conservation du champignon se font donc dans les tubercules. Le Fliijtopldhom ne produit pas de spores durables.
Influence de la variété.
On sait, depuis fort longtemps, que les différentes variétés de pommes de terre sont loin d'être également sujettes à la maladie.
En général, les variétés blanches sont plus facilement infectées, gr^ce à leur peau mince et délicate, tandis que les rouges, à épiderrae épais, sont plus résistantes.
Les variétés hâtives, qui mûrissent avant l'époque où la maladie fait habituellement son apparition, restent le plus souvent indemnes, si ce n'est dans les années exceptionnellement pluvieuses.
Les variétés anciennes, perpétuées depuis de longues années, uniquement par voie de bouturage (sans production de fleuis et de graines, exclusivement par tubercule.s), subissent une dégénérescence qui diminue leur résistance à la maladie. Aussi recommande-t-on de recourir plus souvent au semis pour multiplier la Pomme de terre. On a, d'autre part, de cette façon la chance de gagner des variétés nouvelles.
Il faut malheureusement, par ce procédé, deux et même trois ans pour obtenir des tubercules ayant les dimensions normales.
CHAMPKiNONS 47
Traitement de la maladie de la Pomme de terre.
La eoniiaissan;-e du cycle dïvo'.ution du parasite nous fournit d'excol- Icntes indications pour on combattre l'extension.
1° Triage rigoureux des tubercules de serais.
C'est, comme nous l'avons vu, par les tubercules malades que se fait la conservation de la maladie ; aussi convient-il de n'employer à la plantation qiu3 des pommes do terre rigoureusement saines.
Rationnollemont le triage doit s'effectuer avant la mise en tas car les labercules malades peuvent très bien contaminer les sains avec lesquels ils sont en contact.
Pour être sûr de n'employer, pour la plantation, que des tubercules rigoureusement dépourvus du mycélium parasitaire, Jensen propose de les <>xposer, pendant 3 à 4 heures, dans une étuvo à une température de 40°, qui suffirait à le détruire sûrement sans nuire à la vitalité de la Pomme de terre.
£o Destruction des fanes. — Effeuillage.
Il est d'usage, dans beaucoup de régions, de détruire par le feu les^ fanes de la Pomme de terre après la récolte.
Cette opération n'est d'aucun effet au point do vue de la lutte contre la maladie.
En effet elle a pour résultat de détruire des spores qui n'auraient pas résisté à Tliiver (comme il l'a été dit, le Ph. infestans ne produit pas de spores durables).
Pour avoir quelque efficacité elle doit être pratiquée avant la récolte, de manière que les tubercules ne soient pas exposés à être ensemencés de germes qui pourraient évoluer pendant la conservation en tas.
On a songé également à couper les fanes vertes beaucoup plus tôt, au moment de l'apparition des premiers symptômes de la maladie, h pratiquer ce qu'on appelle l'effeuillage.
L'infection dos tubercules ayant lieu par les sporanges enlevés aux parties aériennes par les pluies, on se disait qu'en coupant ces dernières on éviterait la contamination de la récolte.
Seulement en enlevant les feuilles on supprime en elles les organes qui élaborent les réserves, l'amidon, et l'on arrête la croissance des tubercules.
Aussi a-t-on renoncé à cette pratique.
3" Buttage Jensen.
Dans le but de soustraire les tubercules à l'infection, l'agronome Jensen a proposé de coucher latéralement les tiges de la Pomme de terre, de manière que les pluies n'apportent les spores qu'au delà de la partie >du sol occupée par les tubercules.
Il arrive à ce résultat par un fort buttage unilatéral.
Des essais nombreux ont montré que ce procédé, tout en diminuant
48 M M.Al'IKS HES plantes cn.TlVKKS
d'une faroii très notable la propurtiun do tuhorculos nialadcs, n'est pas Jirecommandcf.
La prati(|iio du buttaire n'onipôclio, en aucune faron, la destruction dos fouilles parle parasite. D'autre part, l'action directe du soleil sur le talus dégarni et la forte pente de colui-ci provoquent la dessiccation et la mort d'un certain nombre de tubercules. Ces deux causes réunissent leurs effets^ pour diminuor notablement la récolte.
i" Emploi do fongicides.
On voit que tous ces moyens indirects sont d'une efficacité trèsprublomatique ; seule, la destruction directedu champignon, sur les feuilles malades, donne de bons résultats.
On a assayé, dans ce but, des substances très diverses. Le sublimé corrosif, l'arséniate de potasse, à doses bien déterminées, tuent le parasite sans nuire trop à la Pomme de terre, mais leur emploi est coûteux, et leur toxicité non sans danger ; le plâtre, la chaux, le soufre sont sans action.
Les sels de fer sont peu énergiques tandis que les sels de cuivre donnent d'excellents résultats ; malheureusement, employés seuls, ils sont corrosifs et altèrent les parties tendres ; c'est pourquoi on les associe à la chaux, avec laquelle ils constituent les bouillies cupriques qui jouent actuellement un rôle si important dans la lutte contre les parasites cryptogamiques.
Bouillies cupriques- — Bouillie bordelaise.
De tous les agents préconisés contre la maladie de la Pomme de terre, les bouillies cupriques et, en particulier la bouiliie bordelaise, due au professeur Millardet de Bordeaux, constituent le remède de beaucoup le plus efficace.
L'emploi de la bouillie bordelaise a donné les résultats les plus encourageants et l'on ne saurait trop insister sur les profits que ferait réaliser l'application méthodique de ce traitement qui, malgré les efforts persévérants des agronomes officiels, n'est pas encore suffisamment connu et apprécié des cultivateurs.
Composition. — Préparation de la boicillie bordelaise. 'Voici comment il convient de préparer la bouillie bordelaise, d'après les instructions données aux agronomes de l'État par l'Inspecteur général de l'Agriculture.
( 100 litres d'eau.
Bouillie bordelaise \ 1,5 kilog. chaux grasse.
( 2 kilog. sulfate de cuivre.
Le sulfate de cuivre, préalableiueut concassé, est dissous dans 90 litres d'eau contenus dans un récipient en bois. La chaux vive, placée dans un panier, est plongée pendant • une ou deux minutes, dans l'eau pure, puis étendue sur une aire propre où elle se délite rapidement.
La chaux éteinte et soigneusement tamisée est ajoutée, petit à petit, à, 10 litres d'eau. Le lait de chaux ainsi obtenu est mélangé à la solution cuprique. Il se forme, après quelque temps, un dépôt bleu au fond du récipient et le liquide qui surnage doit être limpide et incolore. Si le liquide reste coloré, on ajoute à la masse un excès de lait de chaux, de manière à obtenir la transformation complète du sulfate de cuivre en hydrate d'oxyde de cuivre.
On a proposé diverses modifications à la préparation de la bouillie bordelaise, dans le but d'augmenter sa force d'adhérence au feuillage de la Pomme de terre.
La mixture suivante a été expérimentée, avec beaucoup de succès, par Petermann, h la Station agronomique de Gerabloux. Pour un hectare :
Eau 2.500 litres.
Mélasse 50 kilogrammes.
Chaux en pâte molle ... 100 kilogrammes.
Sulfate de cuivre 50 kilogrammes.
La chaux et la mélasse sont délayées d'abord avec les 4/5 de l'eau totale, mélange auquel on ajoute le sulfate de cuivre dissous, à part, dans le restant de l'eau.
La mélasse donne au composé une viscosité qui assure une adhérence aux feuilles plus intime et plus prolongée.
Mode d'application.
La bouillie bordelaise s'emploie, par aspersion, à l'aide d'appareils *;péciaux, appelés pulvérisateurs. Il existe actuellement déjà un grand nombre de ces instruments.
Ils doivent répondre aux deux conditions suivantes :
1° Pulvériser avec force le liquide en un brouillard fin ;
2° Être d'un transport commode et d'un maniement aisé.
Les pulvérisateurs consistent ordinairement en un récipient porté on hotte, contenant la bouillie cuprique, sur lequel est fixée une petite pompemue par un levier qu'actionne la maifl gauche de l'opérateur tandis que la droite dirige la lance d'aspersion.
11 en existe aussi, de grandes dimensions, montés sur roues et traînés, par un cheval.
Les pulvérisateurs pour pommes de terre ont la lance terminée par un ajutage qui partage le liquide d'aspersion en deux ou quatre jets, ce qui permet d'arroser, à la fois, quatre à six rangées de plantes. Cet ajutage
50 MAI.AI'IKS I.KS l'LANTKS CULTIVÉES
sova construit do telk' fuvon quo l'aspersion porte surtout sur la fac& inférieure dos fouilles.
La quantité de bouillie bordelaise h répandre par hectare varie, commenous allons le voir, d'aprôs le nombre d'applications, mais est, on général, de 20 à 25 hectolitres.
Époque à laquelle il convient iVopcrer le tvaiicment.
La réussite du traitement dépend, en grande partie, de l'époque tV laquelle il est effectué.
11 y a deux favons d'employer la bouillie bordelaise : avant l'apparition de la maladie ou prcventivement, ou bien immédiatement après ou cnr<itiremcnt.
Il résulte des recherches de plusieurs expérimentateurs que les composés cuivriques ont une action manifestement nuisible sur les jeunes pousses et feuilles de la Pomme de terre. L'application préventive entraine, do ce fait, une diminution parfois très sensible de la récolte en tubercules.
Le traitement curatif appliqué, dès la première apparition du mal, est très efficace et ne nuit nullement aux fouilles, alors adultes.
Malheureusement, dans la pratique, notamment lorsqu'il s'agit de cultures étendues, la constatation précise du début de la maladie est très difficile, sinon impossible, c'est pourquoi il convient d'opérer de la façon suivante :
LTn premier traitement, du 1" au 15 juillet, c'est-à-dire à l'époque où ia maladie apparaît communément ; on emploie, pour ce faire, le tiers ou la moitié de la quantité totale, soit 8 à lu hectolitres.
Si le temps est sec, la bouillie reste adhérente, la maladie ne prend pas d'extension et l'on peut se borner \h.
Survient-il, au contraire, de fortes pluies qui enlèvent la bouillie et favorisent le développement de la maladie ? on opère une seconde aspersion, deux à quatre semaines après la première, avec 10 à 12 hectolitres de bouillie par hectare.
La supériorité de ce mode de traitement, mi-préventif, mi-curatif, est nettement établie aujourd'hui.
Re'stilfats e'cotxomiques du traitement.
Le résultat économique du traitement est naturellement d'autant plus favorable que la maladie a sévi avec plus d'intensité dans les cultures non traitées.
Voici les chiffres moyens obtenus par Peterraann dans ses expériences précitées.
CHAMPIGNOX.S
Mode de traitement
Il --^
Bénéfice brut
Frais de truitemeut
Bénéfice net
Kilos
Francs
Fr.Tnos
Francs
Francs
par hert.
par hccA.
par hpct.
par hect.
par hect.
Témoin non traité
Traitement mi-préventif, mi-cura-
tif, à la bouillie bordelaise.
Même traitement à la bouillie addi-
tionnée de mélasse
On volt quel profit considérable résulte, par hectare, du traitement à la bouillie bordelaise. Ces chiffres se rapportent à l'année 1891, où la maladie n'a pas cependant sévi avec son maximum d'intensité. Dans les années très pluvieuses le solde en faveur des cultures traitées est encore l>lus considérable.
Sulfosteatite cuprique.
La sulfosteatite cuprique est une poudre extrêmement fine formée de talc et de sulfate do cuivre et dont l'emploi a donné de bons résultats dans le traitement de différentes affections cryptogamiques.
Millardet l'a utilisée avantageusement contre la maladie de la Pomme do terre. Il fait toutefois remarquer qu'elle a une action plus corrosivo sur les feuilles que la bouillie bordelaise notamment lorsque survient une pluie après l'application. Cette dernière s'effectue à l'aide de soufflets analogues à ceux que nous verrous employer pour la pratique du soufrage.
Action des sels cupriques sur la végétation.
L'action des composés cuivriques sur la végétation peut être envisagée sous plusieurs aspects différents :
1" Action directe sur les feuilles.
2° Action directe dans le sol, sur les ra^nnes.
3° Action indirecte sur les éléments du sol.
Les sels cuivriques, à la dose où ils sont employés pour combattre la maladie de la Pomme de terre, sont nuisibles aux jeunes feuilles, encore tendres, dont ils peuvent provoquer la brûlure et le dessèchement.
Sur les organes adultes, leur action est toute différente; non seulement ils ne nuisent plus mais, d'après plusieurs expérimentateurs, ils exerce- ^raient une excitation favorable à la végétation.
Les feuilles traitées seraient d'un vert plus intense, et plus épaisses,
62 MALADIES DKS TLAXTËS CULTIVÉES
la clilorophyllc s'y trouvant on plus prando quantité, d'où une augmentation notable de leur activité fonctionnelle.
On a remarqué, en effet, que des plantations non traitées fournissaient souvent une récolte inférieure à celle de cultures aspergées de composés cuivriques, bien «luo la maladie n'ait apparu ni dans l'une ni dans l'axitro.
On s'est demandé également ce qu'il résulterait de la pénétration dans le sol, à la suite du lavage parles pluies des fanes traitées, de quantités notables de composés cuivriques.
11 a été reconnu que la présence de sulfate de cuivre dans le sol provoque l'entraînement dans le sous-sol d'une certaine quantité de chaux, de magnésie et de potasse, tous éléments iitiles h la végétation ; elle provoquerait donc une diminution de fertilité de la couche arable superficielle.
Toutefois, ces inconvénients n'existeraient que pour les sols pauvres en chaux; dans les terres suffisamment pourvues de cet élément, on peut considérer l'action des sels de cuivre sur la fertihté comme nulle.
Quant à l'influence que pourraient avoir ces mêmes sels sur les racines des plantes cultivées, on sait que le sol retient avec énergie ces substances et ne les abandonne qu'en minime quantité aux organes absorbants des végétaux.
Les composés cuivriques n'ont donc aucune chance de passer dans l'organisme végétal en proportion telle que ce dernier puisse avoir à en souffrir.
Innocuité, pour l'homme, et les animaux, du produit des cultures traitées.
Les racines n'absorbant que des quantités insignifiantes de sels cuivrique.^j, il en résulte que ces derniers ne sauraient s'accumuler dans les tubercules.
Des pommes de terre cultivées dans un sol ayant reçu la quantité énorme d'un kilog. de sulfate de cuivre par mètre carré, ne renfermaient que 0.00207 pour cent de leur matière sèche en cuivre.
Les sels de ce dernier corps ne constituent d'ailleurs pas, pour l'homme et les animaux, des poisons bien actifs.
L'homme peut supporter sans inconvénient O.I gr. de cuivre par jour et les animaux consomment, sans en être incommodés, des fanes traitées aux composés cuivriques.
On voit donc qu'aucune objection sérieuse ne peut être faite à l'emploi de la bouillie bordelaise contre la maladie de la Pomme de terre^