‹ Les Maladies de l'oreille et leur traitement, par le Dr Arthur Hartmann,... Ouvrage traduit sur la 4e édition (1889) et annoté par le Dr PotiquetChapitre 19 sur 57 · Le cathétérisme · texte numérisé non relu

Le cathétérisme

L’orifice pharyngien de la trompe d’Eustache se trouve sur la paroi latérale du pharynx, à la hauteur du cornet inférieur, à un centimètre au-dessus du plancher de la fosse nasale; il est distant de 7 centimètres et demi en moyenne de la partie postérieure de l’orifice antérieur de la narine, de 1 centimètre et demi à 2 centimètres de la paroi postérieure du pharynx, de 2 centimètres à 2 centimètres et demi de la cloison nasale (voy. fig. 20). Cet orifice est bordé en avant, en haut et en arrière par le cartilage tubaire recourbé en crochet, cartilage dont surtout la lame postéro-interne fait, sous le nom de bourrelet tubaire, une saillie prononcée vers le plan médian. L’axe de la trompe d’Eustache fait avec l’horizon un angle de 40°.

Les sondes qu’on emploie (fig. 21) sont soit en métal, — en argent, ce qui vaut mieux, — soit en caoutchouc durei. Ces dernières ne sont pas attaquées par les substances médicamenteuses, et sont moins désagréables aux malades. Mais elles doivent être faites en caoutchouc bien durci, afin de ne pas perdre leur forme par le nettoyage dans l’eau bouillante. La longueur de la sonde est de 14 à 15 centimètres, dont 2 centimètres à 2 centimètres et demi pour le bec dont le coude

(1) La syllabe houck est, suivant M. Gruber, celle dont l’émission amène le mieux l’occlusion du pharynx supérieur. C’est celle que nous faisons prononcer aux malades, en leur recommandant d’insister sur le k final. (Note du traducteur .)

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forme un cingle de 1-45° 5 son épaisseur est de 2 à 3 millimètres., 11 faut avoir des sondes de plusieurs calibres ; on se sert d’un calibre différent suivant la largeur des fosses nasales. La longueur du bec doit également varier suivant les dimensions du pharynx nasal. Le cathéter, à l’extrémité opposée au bec, s’élargit en entonnoir pour recevoir l’ajutage du ballon de caoutchouc. Cette extrémité du cathéter porte sur le côté un anneau, qui permet de reconnaître la direction prise par le bec introduit dans l’ori-

Avant d’introduire le cathéter, on débarrasse le nez des sécrétions qui peuvent y exister, soit en faisant moucher le malade, soit par un lavage des fosses nasales.

Le cathétérisme s’exécute en trois temps. Dans un premier temps, le cathéter est poussé jusque dans le pharynx nasal ; dans un second temps, l’extrémité du bec est portée dans l'orifice de la tpompe et le cathéter fixé dans cette position. Dans le troisième, ôn pratique l’insufflation avec le ballon de caoutchouc ou l’appareil à compression.

T m, embouchure de la trompe. — T w, bourrelet de la trompe. — W f, pli du bourrelet. — H f, pli du crochet. — Rp, fossette de Rosenmiilier: — 1, cornet inférieur. — II, cornet moyen. — III, cornet supérieur. — G, voûte palatine. — g, voile du palais. — HR, paroi postérieure du pharynx. — K h, sinus sphénoïdal.

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Premier temps. — Le médecin pose sur le bout du nez du malade le pouce de la main gauche, les autres doigts de la

môme main sur le dos du nez et le front, et avec le pouce il relève lelobule. Le cathéter est tenu de la main droite comme une plume à écrire, entre le pouce et l’index, le bec dirigé en bas. Le bec est ensuite introduit de bas en haut dans l’ouverture antérieure du nez, de telle sorte que son extrémité repose sur le plancher nasal ; l’extrémité postérieure du cathéter est ensuite relevée et poussée horizontalement avec lenteur et précaution, jusqu’à ce que l’extrémité du bec touche la paroi postérieure du pharynx. Le bec éprouve-t-il dans sa progression un arrêt au niveau du voile, on surmonte cet obstacle en abaissant légèrement l’extrémité postérieure du cathéter, ou encore on amène le relâchement du voile en engageant le malade à aspirer l’air par le nez ou à exécuter un mouvement de déglutition.

Les déviations de la cloison sont l’obstacle qu’on rencontre le plus fréquemment lorsqu’on introduit le cathéter. Elles siègent en général sur la portion inférieure de la cloison, et rétrécissent plus ou moins, suivant les cas, l’espace qui existe entre le cornet inférieur et la cloison. Sur la figure ci-dessous (fîg. 22), qui représente une coupe transversale passant par la partie antérieure des fosses nasales, existe, à gauche une de ces déformations de la cloison. Le plus souvent on surmonte l’obstacle en poussant l’extrémité du bec en bas et en dehors, dans le sens de la flèche. Le bec du cathéter, lorsqu’il a franchi ce défilé, peut être replacé perpendiculaire au plancher et poussé plus loin. Pendant ce dernier mouvement, le corps du cathéter glisse en général sur l’endroit rétréci et descend dans le méat inférieur ; d’autres fois, cette des-

Fig. 21.

cente n’a lieu que lorsque le bec se trouve dans le pharynx nasal, et qu’on essaye de lui imprimer un mouvement de rotation.

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Si, par ce procédé, on ne parvient pas à porter le, bec du cathéter au delà de l’endroit rétréci, au lieu de le replacer perpendiculaire au plancher, on tourne son extrémité encore davantage en dehors. Lorsque le bec est court et le méat inférieur large, le bec glisse par sa convexité sur la saillie de la cloison, descend dans le méat inférieur, où il prend une position

Fig. 22.

S, cloison des fosses nasales. — VA-, sa déformation. — 1, méat inférieur. — II, méat moyen. — B, plancher des fosses nasales. — A f, bord alvéolaire. — HA, extrémité antérieure de l’antre dHighmore. — SA, sinus frontal. — S-, cellules ethmoidales. — AA, cavité orbitaire.

horizontale. La saillie franchie, on replace le bec perpendiculaire au plancher, ou encore, et cela vaut mieux, on pousse le cathéter maintenu dans la position horizontale jusque dans la portion postérieure de la fosse nasale, et, lorsque le bec est arrivé en arrière de l’extrémité postérieure du cornet inférieur, on le tourne en haut. Puis on fait décrire à l'extrémité du bec

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ainsi dirigée en haut un arc de cercle de 180° qui le ramène en bas. 11 est recommandé d’employer dans ces cas des cathéters minces à bec court. L’introduction du cathéter est, en cas d’obstacle, rendue beaucoup plus facile lorsqu’auparavant on a eu soin d’examiner la fosse nasale, pour s’assurer de visu de la configuration de l’obstacle (1).

Si le corps delà sonde reste dans le méat moyen, le second temps du cathétérisme, c’est-à-dire la rotation du bec de la sonde dans le pharynx nasal et l’engagement de son extrémité dans l’orifice de la trompe, offrent de grandes difficultés ou échouent complètement.

Si l’une des fosses nasales ne peut livrer passage à la sonde, on introduira par l’autre fosse nasale un cathéter pourvu d’un long bec, qu’on cherchera à porter par cette voie dans l’orifice tubaire du côté opposé.

Deuxième temps. — L’extrémité du bec étant poussée jusqu’à la paroi postérieure du pharynx, maintenez le cathéter entre le pouce et l’index de la main gauche afin de le diriger commodément; après quoi l’extrémité du bec est introduite dans l’orifice de la trompe, suivant l’un des trois procédés que voici :

1. On ramène vers soi le bec du cathéter en imprimant à son extrémité un mouvement de rotation en dehors de un huitième de cercle, de sorte que cette extrémité vienne au contact de la paroi externe du pharynx. A 1 centimètre, 1 centimètre et demi de la paroi postérieure du pharynx, on sent le bourrelet cartilagineux de la trompe; ce bourrelet franchi, on fait décrire encore au cathéter un mouvement de rotation de un quart de cercle (méthode de Politzer).

2. On ramène vers soi le bec dont on laisse l’extrémité dirigée en bas. On éprouve bientôt une résistance, c’est celle qu’oppose le voile du palais. Tournez alors l’extrémité du bec en dehors et en haut, et vous êtes dans l’orifice de la trompe (méthode de Kramer).

3. Le .troisième procédé, que je trouve décrit pour la première

(1) Si, môme après cette exploration, le bec de la sonde tâtonne encore aux alentours du défilé sans parvenir à s’y engager, n’y mettez pas d’acharnement, ni surtout d'amour-propre; retirez la sonde et, le front armé du réflecteur, dirigez-la sous le contrôle de la vue. Le spéculum d’une seule pièce, à fente latérale, de M. Lœweuberg, est dans ce cas fort utile, parce qu’il se laisse très aisément enlever de la cavité nasale, une fois que la sonde a franchi l’obstacle. {Note du. traducteur.)

de l’oreille. 4

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fois il ans le Traité de Frank (p. 101), consiste à diriger le bec du cathéter du côté opposé à l'orifice tubaire qu’on se propose de sonder, et à le ramener vers soi jusqu’à ce que sa concavité soit arrêtée par la cloison nasale. Faites décrire ensuite au bec de la sonde un arc de cercle de 180° et son extrémité s’engage dans l'orifice tubaire.

De ces trois procédés, le plus fréquemment employé est le premier; beaucoup de médecins cependant usent du second. Le plus ou moins de facilité qu’on éprouve à introduire le bec du cathéter par l’un ou l’autre de ces deux procédés est affaire d’exercice. A-t-on échoué avec tous deux, souvent on réussit en recourant au troisième (1).

L’introduction du bec de la sonde dans l’orifice tubaire échoue : a, si la sonde ne reste pas eh contact avec le plancher des fosses nasales; le bec se relève, et son extrémité va de cette façon se placer au-dessus de l’orifice tubaire; b , la sonde n’est pas suffisamment ramenée en arrière, et son extrémité s’enfonce dans la fossette de Rosenmüller; c, la sonde est trop ramenée en arriére et son extrémité s’engage dans la fosse nasale et est étreinte par le cornet inférieur; d, si le voile du palais se contracte convulsivement, il faut attendre qu’il se relâche. On amènera ce relâchement, soit en faisant parler le malade, soit en lui disant de respirer par le nez.

C’est l’auscultation pratiquée pendant l’insufflation qui permet le mieux de reconnaître si la sonde est correctement placée. On admettra encore que l’extrémité du cathéter occupe bien la situation qui convient, si on éprouve une résistance en cherchant à le ramener vers soi, en tâchant de le repousser ou de tourner son extrémité en haut.

Le cathéter une fois .porté dans l’orifice tubaire par un des trois procédés indiqués, on applique le médius, l’annulaire et le petit doigt de la main gauche sur le dos du nez et le front du malade et on saisit solidement le cathéter entre le pouce et l’index, juste devant l’orifice des narines.

(1) Dès qu’on aura la ruain un peu exercée, on fera bien d’user d’un quatrième procédé, dit de Triquet, d’une exécution plus difficile, mais moins pénible pour le malade que ceux qui viennent d’être décrits. Ce procédé consiste à glisser le bec du cathéter maintenu sur le plancher de la fosse nasale, et dirigé en bas et en dehors, jusqu’à l’extrémité postérieure du cornet inférieur. Cette extrémité franchie, le bec tourné en dehors et en haut s’engage dans l’embouchure de la trompe. {Note du traducteur.)

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Troisième temps. —Yient maintenant l’insufflation d’air par la sonde ainsi fixée dans l’orifice tubaire. On emploie pour cela le ballon de caoutchouc muni d’un ajutage conique ou mieux arrondi, s’adaptant à l’extrémité externe du cathéter. Le ballon est saisi sur les côtés avec la main droite, adapté au cathéter suivant l’axe de ce dernier et vidé par une pression rapide. Il faut avoir soin, au moment où on exerce la pression, de n’imprimer autant que possible aucun mouvement à l’ajutage, car ces mouvements, transmis au cathéter, sont douloureux pour le malade. Le ballon vidé, on le retire en le maintenant pressé afin d’éviter l’aspiration de mucus dans le cathéter; on le laisse revenir sur lui-même pour le remplir d’air, on l’adapte de nouveau à la sonde et on le vide. On pratique ainsi en général plusieurs insufflations successives. Si le cathéter est bien fixé, et si on ne lui.communique aucun mouvement inutile en vidant le ballon, les insufflations sont pour le malade absolument indolores. On fait en sorte de ne pas presser le bec de la sonde contre la paroi postérieure de la trompe, au moment de l’insufflation.

Ce qui vaut le mieux pour désinfecter à fond le cathéter est l’eau bouillante et une solution d’acide phénique à 5 p. 100. Truckenbrod a fait construire un appareil au moyen duquel on peut pousser par le cathéter des vapeurs d’eau bouillante. Un malade chez lequel le cathétérisme doit être répété assez souvent, doit autant que possible posséder une sondé à lui. Cela est particulièrement nécessaire chez les syphilitiques (1).

Au lieu du simple ballon de caoutchouc, on peut employer un double ballon (Lucæ), avec lequel on produit un courant d’air continu, mais notablement plus faible. — Lincke se servait d’un soufflet; je me suis servi moi-même d’un gros ballon de caoutchouc sur lequel je pressais avec le pied. — Heidenreich et plus tard Erhard obtenaient un courant d’air dont la force pouvait être graduée à volonté au moyen de cylindres plongeant dans l’eau sur lesquels on posait des poids. — Politzer et deTrœltsch ont fait construire des pompes à compression spéciales dans le but d’obtenir une pression plus forte. — Les anciens auristes ont cherché à aspirer l’air hors de la caisse au moyen

(1) Burow (Monatsschrift für Ohrenheilkunde, n° 5, 1885) a publié dans ces derniers temps l’observation de six malades chez lesquels la syphilis fut inoculée par le même médecin au moyen du cathéter. — Suivant Kœbner et Burow, les cas où l’infection syphilitique a lieu par le pharynx se caractérisent particulièrement par une fièvre vive, par l’apparition rapide d’un exanthème intense et surtout par le gonflement très accusé, et qui saute aux yeux, des ganglions cervicaux.

du cathéter. — Pomeroy et Kessel ont recommande d’exécuter le cathétérisme par la bouche au moyen de cathéters d’une construction particulière. — Avec les méthodes de traitement actuellement en usage, il n’est plus nécessaire de fixer la sonde introduite dans la trompe à l’aide de pinces, telles que celles imaginées par Kramer, Bonnafont et Delstanehe.

A l’état normal, une pression extrêmement faible suffit pour faire passer de l’air dans la caisse à travers la sonde; mais, lorsqu’il y a gonflement de la muqueuse de la trompe d’Eustache, il peut être nécessaire d’employer une forte pression pour que l’air y pénètre. Dans bien des cas, on n’y parvient qu’en faisant exécuter au malade un mouvement de déglutition au moment de l’insufflation : l’entrée de l’air dans la caisse est ainsi favorisée.

Si le cathéter vient à blesser la muqueuse, et qu’ensuite l’air insufflé se fraye un passage dans l’épaisseur de cette dernière et se répande dans la région avoisinante, il peut en résulter des accidents fâcheux, mettant même la vie en danger. Le plus souvent, c’est à la suite de l’introduction de bougies dans la trompe d’Eustache que cela survient. L’emphysème ainsi produit s’étend à la paroi latérale du pharynx, au voile du palais, à la luette et peut descendre jusqu’au vestibule du larynx; parfois il gagne la partie externe du cou et peut s’étendre jusqu’au thorax. Les symptômes de l’emphysème sont : une sensation de corps étranger dans le cou, de la douleur, de la difficulté à avaler et, dans les cas très prononcés, des signes de suffocation. Dans le pharynx, les soulèvements de la muqueuse se montrent sous l’aspect de bulles transparentes d’un blanc jaunâtre. Sur le cou, en dehors, l’emphysème est facile à constater par la palpation. L’emphysème se dissipe de lui-même en quelques jours; on emploiera contre les douleurs des gargarismes avec de l’eau glacée. Si l’on estime qu’il serait bon d’obtenir la disparition rapide de l’emphysème, on pratiquera des incisions. Le malade doit éviter de se moucher.

Citons encore, comme accidents fâcheux pouvant succéder au cathétérisme, les syncopes qui se produisent parfois. Hinton a observé chez un homme, d’ailleurs en bonne santé, des vertiges, de la perte de connaissance et des convulsions épileptiformes. On trouve dans la littérature médicale deux cas de mort (1) à

(1) La mort semble avoir été causée par l’emphysème sous-muqueux du

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]a suite du cathétérisme, survenus tous deux pendant l’emploi de la pompe à compression. On m’a communiqué de vive voix un troisième cas entouré de quelque obscurité, survenu dans une ville de Silésie.

Utilisation de la douche d'air pour le diagnostic et le traitement.

L’air, en pénétrant dans la caisse, produit des bruits. Ces bruits, on les perçoit et on s’en rend compte à l’aide d’un tube d’auscultation, au moment où on exécute le cathétérisme ou le procédé de Politzer, et c’est là, au point de vue du diagnostic, l’utilité principale de la douche d’air. Le tube d’auscultation ou otoscope (Toynbee) consiste en un tube de caoutchouc long d’environ 80 centimètres, dont une extrémité est introduite dans l’oreille du malade et l'autre dans celle du médecin. Celle de ces extrémités destinée au malade est munie d’ordinaire d’un embout troué, dont la forme olivaire répond à celle de l’ouverture du conduit auditif; l’autre, celle destinée au médecin en est dépourvue.

Lorsque la trompe d’Eustache est normale, on entend, au moment de l’insufflation, un bruit dit bruit de choc, produit par le passage de l’air dans la caisse et son impulsion sur les parois de la caisse et la membrane du tympan. Ce bruit varie d'intensité suivant la puissance de la colonne d’air, la largeur de la trompe d’Eustache, et le calibre du cathéter employé. Le bruit se continue plus ou moins aigu et se prolonge en bruit de souffle jusqu’à la fin de l’insufflation. On a la sensation d’une colonne d’air sec, entrant pleine et large dans la caisse.

A l’état pathologique, lorsque le passage de l’air dans la trompe est rendu difficile par les altérations dont celle-ci est le siège, et qu’il ne peut pénétrer dans la caisse qu’une faible colonne d’air, ce n’est pas un bruit de choc qu’on perçoit, mais un bruit de souffle, faible et de courte durée, qui parfois s’accompagne d’un son strident et sifflant à tonalité aiguë. Ce bruit peut, à l’ocasion, présenter des interruptions : il se produit

vestibule du larynx. — Les expériences faites par Baginski sur des animaux fournissent une autre explication. Baginski a pu déterminer la mort chez ces animaux au moyen d’injections faites dans le conduit auditif sous une forte pression : dans ces cas, il y eut déchirure de la membrane du tympan et de la fenêtre ronde et pénétration du liquide dans la cavité crânienne par l’aqueduc du limaçon.

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pendant l'insufflation un moment de silence; alors l’air ne passe pas.

S’il y a des sécrétions, on obtient un bruit de râle , râle finement crépitant ou râle h grosses bulles. Ce bruit peut être produit par des sécrétions occupant la trompe d’Eustache que l'insufflation chasse dans la caisse; il peut encore être dû à des bulles que l’air insufflé forme au sein de l’épanchement qui occupe l’oreille moyenne. Le caractère des râles varie suivant la quantité et la consistance du liquide épanché.

La membrane est-elle perforée, l’air insufflé dans la caisse passe dans le tube d’auscultation, et par suite le médecin éprouve une sensation comme si on lui soufflait directement dans l’oreille : le bruit d’auscultation prend ainsi un caractère particulier, c’est le bruit de perforation. Si la trompe et la caisse sont libres de toute sécrétion, ce bruit a un caractère de plénitude et de force qui, suivant la largeur de la trompe et celle de la perforation, est un bruit de souffle ou un bruit de sifflet. S’il y a des sécrétions, il se produit des râles bruyants, facilement perçus, même sans otoscope.

Tous ces bruits d’auscultation peuvent être perçus, non seulement lorsqu’on emploie le cathéter, mais aussi avec le procédé de Polilzer, et également dans l’expérience de Yalsalva, si l’air passe. Cependant, c’est avec le cathéter, qui donne une colonne d’air plus puissante et d’une durée plus longue, que les bruits d’auscultation s’expriment avec le plus de netteté et qu’on peut le mieux en déterminer le caractère.

On entend aussi des bruits à l’auscultation, l’air ne passant pas dans la caisse, lorsque l’air reflue de la trompe vers le pharynx nasal le long du cathéter, ou lorsque le bec de la sonde occupe, non l’orifice de la trompe, mais la fossette de Rosenmüller. Cependant ces bruits sont beaucoup plus faibles et ils sont plus lointains que ceux produits par l’entrée de l’air dans la caisse qui, eux, ont l’air d’éclater tout près de l’oreille du médecin.

Si, avec la sonde, l’air passe librement dans l’oreille moyenne en n’employant qu’une pression très faible, et si, avec le procédé de Politzer au contraire, il faut, pour faire pénétrer l’air dans la caisse, user d’une pression assez forte, on peut en conclure que la stricture siège au niveau de l’orifice tubaire.

En second lieu, la douche d’air peut, au point de vue du diagnostic et du pronostic, servir à juger de la nature et du

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caractère des états pathologiques qui frappent l’appareil de transmission. Une affection tubaire, un processus adhésif ontils entraîné une anomalie de position et de tension de la membrane et des osselets, la pression qu’exerce la douche d’air de dedans en dehors sur la membrane pourra ramener celle-ci, et avec elle les osselets, à la position normale : en replaçant la membrane dans sa situation primitive, on supprime la tension exagérée que subit l’appareil de transmission lorsqu’il y a enfoncement de la membrane. L’audition redevient-elle tout à fait normale après la douche d’air, la surdité dans ce cas était due à des causes purement mécaniques, à une insuffisance fonctionnelle de la trompe d’Eustache. N’obtient-on avec la douche d’air qu’une amélioration, la surdité peut alors reconnaître pour cause un épanchement dans la caisse, l’existence d’un tissu de formation nouvelle autour des organes qui servent à 1a. transmission des sons, ou le gonflement de la muqueuse qui les recouvre. Plus l’amélioration qu’on obtient est grande, plus les obstacles à l’audition seront légers et faciles à écarter. Le changement apporté par la douche d’air est-il médiocre ou nul, le pronostic est encore favorable, si l’examen fait d’ailleurs reconnaître qu’il existe des sécrétions dans la caisse; cet examen permet-il de les mettre hors de cause, on doit porter un pronostic défavorable. I^a durée de l’amélioration survenue dans l’audition après la douche d’air importe aussi pour le pronostic ; celui-ci est d’autant plus défavorable que la surdité se reproduit plus vite après l’amélioration obtenue.

Au point de vue du traitement, la douche d’air agit surtout en remédiant aux anomalies de position et de tension de l’appareil de transmission. En outre, avec les insufflations d’air, avec le procédé de Politzer surtout, on peut chasser hors de la caisse le liquide qui y est épanché ; pour cela, on fait incliner la tête du sujet en avant et en bas du côté opposé à l’oreille malade : le liquide vient ainsi s’amasser prè^de .l’orifice de la trompe d’Eustache. La membrane est-elle perforée, la douche d’air chasse le liquide dans le conduit auditif externe, d’où on l’enlève au moyen d’injections. La douche d’air souvent renouvelée favorise, en outre, la régression des gonflements hyperémiques et le tarissement de la sécrétion.

Le cathéter ne sert pas seulement à pratiquer des insufflations d’air dans la caisse, on peut encore avec lui diriger dans l’oreille

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moyenne des vapeurs de nature variée et y injecter des liquides.

Les vapeurs étaient autrefois fort employées, la vapeur d'eau en particulier. On projetait à travers la sonde dans l’oreille moyenne la vapeur émise par de l’eau bouillante contenue dans un flacon ; maintenant encore, on use de ce mode de traitement avec succès dans bien des cas. Les vapeurs de chlorhydrate d’ammoniaque, d'un usagé si fréquent autrefois, ne sont plus employées actuellement. Yeut-on insuffler dans la caisse des vapeurs d’iodure d’éthyle, de menthol, de chloroforme, d’éther ou de térébenthine, on peut se servir pour cela de la capsule à insufflation. Cette dernière consiste en une ampoule de verre (voy. la figure ci-contre), munie de deux ajutages dont l’un s’adapte au ballon de caoutchouc et l’autre à la sonde.

Le premier de ces ajutages porte une cheville de métal qui fait saillie dans l’ampoule de verre. On enroule autour de cette cheville de l’ouate à pansement, qu’on trempe ensuite dans le liquide qui doit être volatilisé. Cette capsule peut s’adapter à tous les ballons.

Pour porter des liquides médicamenteux au contact de la muqueuse de la caisse, on injecte à travers le cathéter placé comme il faut quelques gouttes du liquide soit à l’aide d’une seringue de Pravaz munie d’un ajutage conique assez long, soit au moyen d’un simple Fig. 23. compte-gouttes; puis, avec une insuffla¬

tion, on projette le liquide dans la caisse. Pour porter le liquide directement dans l’oreille moyenne, on peut se servir du petit cathéter tympanique.

Si l’on veut faire passer dans la caisse une assez grande quantité de liquide, ce qui paraît désirable surtout lorsqu’il s’y trouve des sécrétions amassées, la membrane étant perforée, il faut introduire aussi profondément que possible dans la trompe

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un cathéter pourvu d’un bec aussi long et aussi gros que possible, et pratiquer ensuite l’injection avec une seringue assez forte.

Ph. H. Wolf (1) a le premier recommandé de pousser à travers le cathéter un mince tube flexible (petit cathéter tympanique) dans la portion osseuse de la trompe jusque dans la caisse. Il se servait pour cela d’un tube d’argent, auquel Frank substitua un tube de plomb, plus flexible, et plus tard Weber-Liel un tube fabriqué avec un tissu souple comme celui des bougies. On injecte le liquide dans ce petit tube comme dans la sonde ordinaire.

On peut faire passer un liquide dans la caisse sans cathéter, par le procédé de Politzer, en remplissant le ballon de caoutchouc d’eau au lieu de le remplir d’air, et en le vidant au moment où le malade exécute un mouvement de déglutition (Sæmann). On arrive au même résultat d’une autre façon, en versant d’abord le liquide dans les fosses nasales et en exécutant ensuite le procédé de Politzer. Le liquide passant dans les deux cas dans l’une et l’autre caisse, on ne peut employer ce procédé que lors d’affection bilatérale.

Dans les cas où on ne parvient pas à remédier à une obstruction tubaire soit au moyen d’injections dans la trompe, soit en agissant sur la muqueuse du pharynx supérieur, on peut recourir à l’introduction de bougies. Les bougies qu’on emploie ont une épaisseur de 2/3, de 3/3 ou de 4/3 de millimètre. Kramer a recommandé autrefois pour leur confection la corde à boyau ; plus tard on se servit de baleines; actuellement on emploie des bougies élastiques préparées avec de la cire, dites bougies anglaises, ou des bougies en celluloïde. Les bougies en laminaire, préconisées autrefois par Schwartze, ne sont pas restées dans la pratique, car il est arrivé plus d’une fois qu’elles se sont rompues dans la trompe. Il faut songer, lorsqu’on introduit la bougie, que la longueur de la trompe est en moyenne de 36 millimètres; mais cette longueur est soumise à des variations importantes. La portion membraneuse de la trompe en représente les 2/3, la portion osseuse forme l’autre tiers. La bougie se trouvera donc dans la portion osseuse, si son extrémité est distante du coude que forme le bec de la sonde de plus de 24 millimètres. On peut marquer d’un signe cette même distance sur le bout extérieur de la bougie.

(1) Voy. Franck, Handbuch der praktischen Ohrenheilkunde, p. 102.

Pour cautériser la muqueuse de la trompe, les auristes d’autrefois se servaient déjà de stylets en métal, sur lesquels ils faisaient fondre du nitrate d’argent, et qu’ils portaient dans la trompe toujours à travers la sonde. — Saissy le premier a recommandé un instrument pour élargir les trompes par la méthode sanglante.

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