Procédé de Politzer
Le ballon de caoutchouc (1) (fig. 17) est ce qui convient le mieux pour exécuter cette manœuvre. On fait glisser un tube en caoutchouc long d’environ 3 centimètres sur l’ajutage, puis on introduit ce dernier ainsi armé dans l’angle postérieur d’une des narines. Avec le pouce et l’index de la main gauche on applique les ailes du nez de chaque côté sur le tube; puis, le malade ayant pris auparavant dans la bouche une gorgée d’eau, au moment où, au commandement de « avalez » ou de « une, deux, trois », il l’avale, on presse vivement et avec force le ballon de caoutchouc tenu sur les côtés entre la paume de la main droite et les doigts. Saisir le moment précis où le malade exécute le mouvement de déglutition est affaire d’exercice (2). Pour évi-
(1) Pratiquer l’insufflation avec la bouche, ainsi qu’on le faisait souvent autrefois, paraîtrait répugnant à plus d’un malade.
(2) 11 y a là en effet un synchronisme difficile à obtenir parfois. On l’obtiendra plus sûrement si, comme le recommande M. Lœwenberg, fixant les yeux sur la région du cou, on comprime le ballon au moment où le larynx exécute un mouvement ascensionnel. Ascension du pharynx, occlusion des fosses nasales sont en effet deux phénomènes simultanés, correspondant au second temps de la déglutition, au moment où le bol alimentaire franchit le pharynx. (Note du traducteur.)
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1er que la sécrétion ne soit aspirée dans l’ajutage et dans le ballon, on ne laisse celui-ci revenir sur lui-même que lorsque l’ajutage a été enlevé du nez. Afin d’éviter les contages possibles, on remet à chaque malade un petit tube de caoutchouc qui ne sert qu’à lui. Politzer a recommandé autrefois un autre ajutage en caoutchouc durci, uni au ballon par un tube de caoutchouc
Fig. 17. Fig. 19.
(fig. 19) ; mais avec cet ajutage, il arrive souvent aux débutants que le tube de caoutchouc se coude au moment où ils pressent le ballon, et alors il y a obstacle à la sortie de l’air.
Chez les enfants, comme on se heurte souvent à une résistance de leur part lorsqu’on veut introduire l’ajutage dans le nez, il est bon d’employer un ballon muni d’un embout conique, en forme d’olive (fig. 18) qui remplit complètement l’orifice de la narine et l’obture : on fixe cet embout directement sur le ballon ou on l’y relie par un tube en caoutchouc. Lorsqu’on pratique
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l’insufflation, on n’a besoin que de presser l’autre narine avec le doigt.
La pression produite dans la fosse nasale peut s’élever jusqu’à une demi-atmosphère. Elle dépend de la rapidité et de la force avec lesquelles on comprime le ballon, de la capacité générale des fosses nasales et du pharynx supérieur, et de la force de résistance du voile du palais.
Lorsqu’il n’existe que des troubles fonctionnels légers, et dans les affections aiguës de la caisse, le procédé de Politzer ne doit jamais être exécuté qu’avec une pression faible, tandis que dans les autres affections, surtout dans les affections chroniques, il faut employer une pression forte. Si, avec ce procédé, on ne parvient pas à pousser de l’air dans l’oreille moyenne, ou si l’air n’y pénètre qu’en petite quantité, il faut recourir au cathétérisme. L’air étant toujours, avec le procédé de Politzer, poussé simultanément dans les deux caisses, il ne faut employer ce procédé qu’avec les plus grandes précautions et une pression médiocre dans le cas où il n’y a qu’une oreille malade. En outre, on peut protéger l’oreille saine en engageant le malade à enfoncer de ce côté le doigt dans le conduit auditif.
Lorsque l’insufflation a été faite trop tôt ou trop tard, il arrive assez souvent, surtout chez les enfants, qu’elle est suivie d’une douleur dans la région stomacale, douleur causée par l’arrivée de l’air dans l’estomac, qui se trouve par cela brusquement dilaté. J’ai coutume, dans ces cas, de faire avaler une gorgée d’eau : après quoi, l’air contenu dans l’estomac en est chassé dans un renvoi et la douleur disparaît.
Chez les enfants, le procédé de Politzer réussit souvent, même sans mouvement de déglutition : les muscles du voile du palais se contractent d’eux-mêmes par le fait de l’insufflation. L’insufflation peut encore être faite pendant que l’enfant crie.
Lucæ (1) et Gruber (2) ont conseillé, pour obtenir le relèvement du voile qui amène l’occlusion du pharynx supérieur, de remplacer le mouvement de déglutition par l’émission de voyelles ou de sons en K (hick). D’après les mensurations manométriques que j’ai faites de la force de résistance du voile du palais, cette dernière est souvent si faible pendant l’émission des voyelles, qu’on ne peut amener dans les fosses nasales une pression suffi-
(1) Virchow’s Archiu, t. LX1V, 1875.
(2) Monatsschrift filr Ohrenheilkuncle, etc., 1875.
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santé. Cette force de résistance est plus considérable pendant l’émission de K ou de hick. Quoi qu’il en soit, le procédé primitif de Politzer doit être préféré à ses modifications comme plus efficace. Disons cependant qu’il y a des cas dans lesquels l’insufflation échoue pendant le mouvement de déglutition, et réussit au contraire pendant la phonation. Je fais prononcer des mots comme Kakadu (cacatoès), KafTeküche (cuisine de café), Gukuk (coucou) (1).
Le procédé de Politzer a sur le cathétérisme le grand avantage de supprimer les désagréments liés à l’introduction du cathéter, inconvénients qui parfois, surtout chez les enfants, rendent impossible son emploi. En outre, souvent avec ce procédé, on peut pousser dans la caisse une plus grande masse d’air, un courant d’air plus puissant qu’on ne le ferait avec le cathéter.