Taiue. De l' Intelligence, t. I, liv. II, chap. ii
2. « Observation sur un cas de perte de mémoire » r iM. Kœmpfen dans les Mémoires de l’Académie de médecine, IS, tome IV, p. 489. Je dois l’indication de cette curieuse obseililion à M. le D*' Riti, médecin à l’asile de Charentou.
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i^ncope. Revenu à lui, il remonta à cheval « pour issiper un reste d’étourdissement » et il continua sa ■çon d’équilation pendant trois quarts d’heure avec une rande régularité. Cependant de temps en temps, il isait à l’écuyer : « Je sors d’un rêve. Que m’est-il donc arrivé? » On le reconduisit à son domicile Habitant la même maison que le malade, je fus mandé jssitôt. 11 était debout, me reconnut, me salua comme l’ordinaire et me dit : « Je sors comme d’un rêve. Que m’est-il donc arrivé? » — Parole libre. Réponses stes à toutes les questions. Il ne se plaint que de consion dans la tête.
« Malgré mes demandes, celles de son écuyer et de :ii domestique, il ne se rappelle ni sa blessure de ivant-veille, ni son voyage à Versailles de la veille, i sa sortie du matin, ni les ordres qu’il a donnés avant I sortir, ni sa chute, ni ce qui a suivi. Il reconnaît |rfaitement tout le monde, appelle chacun par son im, sait qu’il est officier, qu’il est de semaine, etc.
« Je n’ai pas laissé passer une heure sans observer ce rilade. Chaque fois que je revenais à lui, il croyait njours me voir pour la première fois. Il ne se rappe aucune des prescriptions médicales qu’il vient de ivre (bain de pieds, frictions, etc.). En un mot, rien 'iXisle pour lui que l'action du moment.
< Six heures après l’accident, le pouls commença à i relever et le malade commença à retenir la réponse ni faite tant de fois ; Vous êtes tombé de cheval.
I Huit heures après l’accident, le pouls gagne encore > malade se souvient de m’avoir vu une fois.
Deux heures et demie plus tard, le pouls est normal.
- malade n’oublie plus rien de ce qu’on lui dit. Il se '■ pelle parfaitement sa blessure au pied. Il commence HiBOT. — Mémoire 6
aussi à se rappeler qu’il a été la veille à Versailles, n is d’une manière si incertaine qu’il avoue que si on lui flîrmait bien positivement le contraire, il serait disf sé à le croire. Cependant, le retour de la mémoire s’oirant toujours de plus en plus, il acquiert dans la so 5e la conviction intime d’avoir été à Versailles. Mais est là que s’arrête pour ce jour le progrès du souve r. 11 se couche sans pouvoir se rappeler ce qu’il a fa à Versailles, comment il est revenu à Paris, ni comirat il a reçu la lettre de son père.
« Le 2 décembre, après une nuit d’un sommeil taquille, il se rappelle dès son réveil successivemenoe qu’il a fait à Versailles, comment il en est reveniet qu’il a trouvé la lettre de son père sur la chemiie, Mais tout ce qu’il a fait vu ou entendu le 1®' déceirre avant sa chute, il l’ignore encore aujourd’hui, c’kà-dire qu’il n’en a pas la connaissance par lui-mêe, mais seulement par des témoins.
« Cette perte de la mémoire a été, comme disentes mathématiciens, en raison inverse du temps qui ist écoulé entre les actions et la chute, et le retour d^la mémoire a été dans un ordre déterminé du plus in au plus proche. »
Cette observation, faite sans esprit de système pain, homme qui paraît très surpris de ce qu’il const,e, n’est-elle pas probante à souhait? A la vérité, rae s’agit ici que d’une amnésie temporaire et limie; mais on voit que, même dans ces étroites limites la, loi se vérifie. Je regrette, malgré un grand norijre de recherches et d’interrogations, de ne pouvoir nu.re plus de faits de ce genre sous les yeux du lecteui Si l’attention se porte de ce côté, j’espère qu’on eplécouvrira d’autres.
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En définitive, notre loi, tirée des faits, vérifiée par a contre-épreuve, peut être tenue pour vraie jusqu’à )reuve du contraire. On peut même la corroborer par ['autres considérations.
Cette loi si générale quelle soit par rapport à ta ménoire, n’est qu’un cas particulier. d'une loi encore plus ;énérale, — d’une, loi biologique. C’est un fait bien ;onnu, dans le domaine de la vie, que les structures ormées les dernières sont les premières à dégénérer, l’est, dit un physiologiste, l’analogue de ce qui se passe lans les grandes crises commerciales. Les vieilles maions résistent à l’orage; les nouvelles maisons, moins olides, croulent de tous côtés. Enfin, dans l’ordre iologique, la dissolution se fait dans l’ordre inverse de évolution: elle va du complexe au simple. Hughlings ackson le premier a montré en détail que les fonçons supérieures, complexes, spéciales, volontaires du fstème nerveux disparaissent les premières; que les mctions inférieures, simples, générales, automatiques isparaisent les dernières. Nous avons constaté ces deux lits dans la dissolution de la mémoire : le nouveau érit avant l’ancien, le complexe avant le simple. La li que nous avons formulée n’est donc autre chose ne l’expression psychologique d’une loi de la vie, et pathologie nous montre à son tour dans la mémoire 1 fait biologique.
L’élude des amnésies périodiques a fait entrer le jour ins notre sujet. En nous montrant comment la méoire se défait et se refait, elle nous fait comprendre qu’elle est. Elle nous a révélé une loi qui nous peret pour le présent de nous orienter au milieu des imbreuses variétés morbides et qui nous permettra ug tard de les embrasser dans une vue d’ensemble.
Sans essayer un résumé prématuré, rappelons ce qu a été vu plus haut : d’abord et dans tous les cas, aboi lion dessouvenirs récents; danslesamnésiespériodiques suspension de tou tes les formes delà mémoire, sauf celle qui sont semi-organisées et organiques; dans lesamn^ sies totales et temporaires, abolition complète, sauf de; formes organiques; dans un cas (Macnish) , abolitio complète, y compris les formes organiques. Nous ver rons, dans le prochain chapitre, que les désordres/jnr tiels de la mémoire sont régis par cette même loi d régression et surtout le groupe le plus imiDortant : lej amnésies du langage.
La loi de régression étant admise, il resterait à dé , terminer comment elle agit. Je serai bref sur ce point n’ayant à proposer que des hypothèses.
Il serait puéril de supposer que les souvenirs se dé f posent dans le cerveau, sous forme de couches, pa ordre d’ancienneté, à la manière des stratification géologiques, et que la maladie, descendant de la surfac i aux couches profondes, agit comme un expérimenta « teur qui enlève tranche par tranche le cerveau d’u ( animal. Pour expliquer la marche du processus mor | bide, il nous faut recourir à l’hypothèse qui a été fait ■ plus haut sur les bases physiques de la mémoire. Je 1 rappellerai en quelques mots.
II est extrêmement vraisemblable que les souvenu : occupent le même siège anatomique que les impres t sions primitives et qu’ils exigent l’activité des même i éléments nerveux (cellules et fibres). Ceux-ci peuver occuper des positions très diverses, depuis l’écorce d cerveau jusqu’à la moelle. La conservation et la re production dépendent : 1® d’une certaine modifica tion des cellules, 2" de la formation dégroupés plus o'
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moins complexes que nous avons appelés des associations dynamiques. Telles sont pour nous les bases ohysiques de la mémoire.
Les acquisitions primitives, celles qui datent de l’en- ’ance, sont les plus simples : formation des mouvenenls secondaires automatiques, éducation de nos sens. Slles dépendent principalement du bulbe et des cen- ,res inférieurs du cerveau ; et on sait qu’à cette époque le la vie, l’écorce cérébrale est imparfaitement déveoppée. Indépendamment de leur simplicité, elles ont .outes les raisons possibles d’être les plus stables. J’abord, les impressions sont reçues par des éléments âerges. La nutrition est très active; mais ce renouvelement moléculaire incessant ne sert qu’à fixer les imiressions; les molécules nouvelles remplaçant exactenent les anciennes, la disposition acquise des éléments lerveux finit par équivaloir à une disposition innée. )e plus, les associations dynamiques, formées entre es éléments, parviennent à l’état de fusion complète, ,;râce à des répétitions sans nombre. Il est donc inéviable que ces premières acquisitions soient mieux conervées et plus facilement reproduites qu’aucune autre, .:u’elles constituent la forme la plus solide de la lémoire.
Tant que l’individu adulte reste à l’état sain, les npressions et les associations nouvelles, quoique d’un rdre beaucoup plus complexe que celles de l’enfance, nt encore de grandes chances de stabilité. Les causes ui viennent d’être énumérées agissent toujours, quoiue avec moins de force.
Mais si, par l’eflet de l’âge ou de la maladie, les conitions changent; si les actions vitales, notamment la utrition, diminuent; si les pertes sont en excès; alors
les impressions deviennent instables et les associations fragiles. Prenons un exemple. Un homme en est à cette période d’amnésie progressive où l’oubli des faits récents est très rapide. Il entend un récit; il voit un paysage ou un spectacle. L’événement psychique se réduit en dernière analyse à une somme d’impressions auditives ou optiques formant certains groupes très complexes. Dans ce nouveau récit ou ce nouveau spec tacle, il n’y a d’ordinaire qu’une seule chose nouvelle: le groupement, l’association. Les sons, les formes, les couleurs qui en sont la matière ont été déjà éprouvés et remémorés bien des fois dans le cours de la vie. Mais par suite de l’état morbide de l’encéphale, ce coiU' plexus nouveau ne parvient pas à se fixer : les élé' ments qui le composent font partie d’autres associations ou groupes beaucoup plus stables, formés pendan la période de santé, souvent répétés. t!.ntre le corn plexus nouveau qui tend faiblement à s’établir et lei complexus anciens qui sont fortement établis, la lutti est très inégale. Il y a donc toutes les chances possiblen pour que les anciennes combinaisons soient suscitée plus tard, même au lieu et place de la nouvelle.
Ces indications suffisent. Remarquons d’ailleurs qui cette hypothèse sur la cause de l’amnésie progressif est d’importance secondaire. Qu'on l’accepte ou non cela ne change rien à la valeur de notre loi.
Il y a peu à dire des amnésies congénitales^' pai lerai pour ne rien omettre. Elles se rencontrent che les idiots, les imbéciles et un à de^ré plus faible che
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;:rétins. La plupart d’entre eux sont affligés d’une déé générale de la mémoire. Variable selon les indiis, elle peut tomber si bas chez quelques-uns qu’elle ;1 impossibles l’acquisition et la conservation de ces dtudestrès simples qui constituent la routine jour- ;ère de la vie.
ais, si l’afTaiblissement général de la mémoire est ,;ègle, on l’encontre dans la pratique de fréquentes iîptions. Parmi ces infirmes, il y en a qui, dans un :iaine limité, ont une mémoire très remarquable, n a observé que, chez beaucoup d’idiots et d’imbé- 1;, les sens sont atteints inégalement : ainsi l’ouïe ît avoir une finesse et une précision supérieures, lis que les autres sens sont obtus. L’arrêt de dévepement n’est pas uniforme sur tous les points. Il (t donc pas étonnant que l’affaiblissement général !a mémoire coïncide chez le même homme avec olution et même rhjypertraphic d’une mémoire liçulière. Ainsi certains idiots, réfractaires à toute le impression, ont un goût très vif pour la musique euvent retenir un air qu’ils n’ont entendu qu’une tî fois. D’autres (le cas est plus rare) ont la mé- (•'•e des formes, des couleurs et montrent une cerb aptitude pour le dessin . On rencontre plus Éuemment la mémoire des chiffres, des dates, des ) s propres, des mots en général. « Un imbécile se .]ielait le jour de chaque enterrement fait dans une ijiisse, depuis trente-cinq ans. Il pouvait répéter ' une invariable exactitude le nom et l’âge des ! dés, ainsi que les gens qui conduisaient le deuil. En ! irs de ce registre mortuaire, il n’avait pas une idée, pouvait répondre à la moindre question et n’était i même capable de se nourrir. » — Certains idiots,
qui ne peuvent faire les calculs les plus éléinentais, répètent sans broncher toute la table de multiplicat i. D’autres récitent par cœur des pages qu’on leur a v prises et ne réussissent pas à connaître les lettreslc l’alphabet. Drobisch rapporte le fait suivant, dont a été témoin : Un garçon de quatorze ans presque iat avait eu beaucoup de peine à apprendre à lire II avait, néanmoins, une facilité merveilleuse pourret'ir l’ordre dans lequel les mots et les lettres se sui;daient. Si on lui donnait deux ou trois minutes pir parcourir une page imprimée dans une langue qu’iie connaissait pas ou traitant de questions qu’il igirait, il était en état d’épeler de mémoire, les mots ai s’y trouvaient, absolument comme si le livre c,il resté ouvert devant lui t . L’existence de ces émoires partielles est un fait si commun qu’on i a tiré parti pour l’éducation des idiots et des imbécile
Il faut noter encore que certains idiots atteintsle manie ou de quelque autre maladie aiguë recouvint une mémoire temporaire. Ainsi « un idiot atteint clla rage raconta un fait assez compliqué dont il avaitté témoin longtemps auparavant et qui semblait n’a ir fait aucune impression sur lui ® ».
1. Drobisch, Empirische Psychologie, p. 93. Winslow, cité, p. 3iil. Falret, art. Amnésie, dans le Dictionn. encyclop les sciences méd. Le Df Herzen me communique le fait d’un R se d’Arkangel) actuellement âgé de 27 ans atteint d’imbécillité la suite d’excès. Il n’a conservé des brillantes facultés de son olescence qu’une mémoire extraordinaire, pouvant faire insu* tanément les opérations les plus difficiles d’aritlimétiquel d’algèbre et répéter mot pour mot de longues poésies, aprè es avoir lues ou entendues une seule fois.
2. Voir sur ce sujet l’ouvrage de Ircland, On Idiocy and /re* ciliLy. London, 1877.