Forbes Winelow, ouv. cité, p
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ela autrefois. » A partir de ce moment, il recouvra raidement ses facultés.
Je me contente, pour le moment, de mettre ces faits DUS les yeux du lecteur. Les remarques qu’ils suggèent trouveront mieux leur place ailleurs. Je termierai par un cas peu connu qui forme la transition aturelle vers le groupe des amnésies intermittentes, [ous allons voir en efl'et se former peu à peu une mé- ^oire provisoire, qui disparaîtra brusquement devant i mémoire primitive.
Une jeune femme, robuste, d’une bonne santé, tomba ar accident dans une rivière et fut presque noyée. Elle Bsta six heures insensible , puis reprit connaissance, ix jours plus tard, elle tomba dans une stupeur comlète qui dura quatre heures. Quand elle rouvrit les pux, elle ne reconnaissait plus personne; elle était rivée de l’ouïe, de la parole, du goût et de l’odorat, ne lui restait que la vue et le toucher, qui était d’une lisibilité extrême. Ignorante de toute chose, incapable ;ir elle-même do remuer, elle ^^p.mhhiit à mi .nuIavaJ
i’ivé de cerveau. Elle avait bon appétit ; mais il fal- OaTriourrir , et elle mangeait tout indill'éreminent, lalant d’une manière purement automatique. — L’autmatisme était si bien la seule forme d’activité dont elle élit capable que, pendant des jours, sa seule occupa- In fut d’effiler, d’éplucher ou de couper en morceaux ïiiniment petits tout ce qui lui tombait sous la main : d; fleurs, du papier, des vêtements, un chapeau de P lie, etc., puis de disposer toutes ces bribes en dessins g'ssiers. — Plus tard, on lui donna tout ce qu’il fal- )( pour faire des raccommodages : après quelques Ions préparatoires, elle prit son aiguille et travailla ahs incessamment du matin au soir, ne faisant au-
Cime distinction entre le dimanche et les autres jon et ne pouvant même en saisir la différence. Elle ^ gardait aucun souvenir d’un jour à l’autre et chaqfe malin recommençait une besogne nouvelle. Gepidant, comme l’enfant, elle commençait à enregist;r quelques idées et à acquérir quelque expérience. Oni mit alors à un travail d’une nature plus élevée, à fap de la tapisserie. Elle paraissait prendre un grand plair cà regarder les patrons avec leurs fleurs et leur h-: monie de couleurs ; mais, chaque jour, elle commençât un nouveau travail, oubliant celui de la veille, à raos qu’on ne le lui présentât.
Les idées, dérivées de son ancienne expérience, .i i paraissent s’êlre éveillées les premières, étaient li si, à deux sujets qui avaient fait sur elle une forte i->! pression : sa chute dans la rivière et une affaire d’amcv Quand on lui montrait un paysage où il y avait la' rivière ou la vue d’une mer agitée, elle était piei d’une grande excitation, suivie d’une attaque de ri-'l dité spasmodique avec insensibilité. Le sentiment e frayeur que lui causait l’eau , surtout en mouvemeU était si grande qu’elle tremblait lien qu’à en voir veiif d’un vase dans un autre. Enfin on remarqua que, le;* qu’elle se lavait les mains, elle les mettait simplemil dans l’eau, sans les remuer. a
Dès la première période de sa maladie, la visite dnj jeune homme auquel elle était attachée lui causait nf plaisir évident, alors même qu’elle était insensibl^f tout le reste. Il venait régulièrement tous les soirs ■fie attendait régulièrement son arrivée. A une épo iej où elle ne se rappelait pas d’une heure à l’autriiiî! qu’elle avait fait , elle attendait anxieusement quilé, porte s’ouvrît à l’heure accoutumée, et, s’il ne veiii
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I, elle était de mauvaise humeur toute la soirée, iqu’on l’emmenait à la campagne , elle devenait î.e, irritable et était souvent prise d’attaques. Si, au raire, le jeune homme restait près d’elle, l’améliopn physique, le retour des facultés intellectuelles e la mémoire étaient visibles.
3 retour, en effet, se faisait peu à peu. Un jour que nère avait un grand chagrin , elle s’écria subite- (t, après quelque hésitation : Qu’y a-t-il? A partir de ^noment, elle commença à articuler quelques pals, mais sans appeler jamais les personnes ni les ,;es par leur vrai nom. Le pronom « ceci » était son tie favori ; elle l’appliquait indistinctement à tout it, animé ou inanimé. Les premiers objets qu’elle ippelés par leur vrai nom sont des fleurs sauvages ,11e aimait beaucoup dans son enfance : et à ce moelle n’avait pas encore le plus léger souvenir des (oits ni des personnes familières à son enfance.
(La manière dont elle recouvra sa mémoire est ex- I ement remarquable. La santé et la force parais- !;it complètement revenues, son vocabulaire s’éteni sa capacité mentale augmentait, lorsqu’elle ap ique son amant courtisait une autre femme. Cette 5 excita sa jalousie, qui, dans une certaine occasion, tii intense qu’elle tomba dans un état d’insensibilité ilpar la durée et l’intensité, ressemblait à sa pre- ^3 attaque. Et cependant ce fut son retour à la li. Son insensibilité passée, le voile de l’oubli se cjira, et, comme si elle se réveillait d’un long som- !. de douze mois.. elle se retrouva entourée de son
!i-père, de sa grand’mère, de leurs vieux amis la vieille maison de Soreham. Elle s’éveilla en ;ssion de ses facultés naturelles et de ses connais-
sances antérieures, mais sans le moindre souver(]i>' ce qui s’était passé pendant l’intervalle d'une aiée, depuis sa première attaque jusqu’à ce moment c iv. tour. Elle parlait, mais n’entendait pas : elle taii. encore sourde; mais, pouvant lire et écrire ccrnio autrefois, elle n’était plus privée de communicjon avec ses semblables. A partir de ce moment, ses ro* grès furent rapides, quoiqu’elle soit restée sirde quelque temps encore. Elle comprenait aux mive^i ments des lèvres ce que disait sa mère (mais sa èr« seulement), et elles conversaient ensemble rapideenj et facilement. Elle n’avait aucune idée du change enl' qui s’était produit chez son amant pendant son ét de- A seconde conscience ». Une explication péniblM nécessaire. Elle la supporta bien. Depuis, elle a.,mj jglètement recouvré sa santé physique et intiec-! tuelle *. » I
Nous verrons plus tard, après avoir parcouru )uij l’ensemble des faits, quelles conclusions généralesut) le mécanisme de la mémoire ressortent de sa pa o-' logie. Pour le moment, nous nous bornerons à csk ques remarques que suggèrent les cas précédents, a
Il faut d’abord observer que, quoiqu’ils soient la*' fondus par les médecins sous le titre commun d'n> nésies totales, ils appartiennent en réalité, aupoirde vue psychologique, à deux types morbides différd#
Le premier type (représenté par les cas de Vilb,^ Laycock, Mortimer Grenville, etc., etc.) est de bucoup le plus fréquent. Si nous n’en avons donné qin; petit nombre d’exemples, c’est pour ne pas fatigud^
1. Dunn, in the Lanott, 1845, oovember 16-29, ap. Carpe ir, p. 460 et suiv.
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3Cteur par une répétition monotone et sans profit. Ce ui le caractérise psychologiquement, c’est que l’amésic ne porte que sur les formes les moins automatiques t les moins organisées de la mémoire. Dans les cas qui ppartiennent à ce groupe morbide, on ne voit clispalître ni les habitudes, ni l’aptitude à un métier mauel, à coudre, à broder, ni la faculté de lire, d’écrire, e parler sa langue ou d’autres langues : en un mot,
i mémoire sous sa forme organisée ou semi-organisée ;ste indemne. La destruction pathologique est limitée jx formes les plus élevées et les plus instables de la émoire, à celles qui ont un caractère personnel e' li, accompagnées de conscience et de localisation ins le temps, constituent ce que nous avons appelé, iins le précédent chapitre, la mémoire psychique pro- [•ement dite. — De plus, on doit remaïquer aussi que i.mnésie porte sur les faits les plus récents; que, parlât du présent, elle s’étend en arrière sur une période
t durée variable *. Au premier abord, ce fait peut irprendre, parce que rien ne paraît plus vif et plus (’t que nos souvenirs récents. En réalité , ce résultat
logique, la stabilité d’un souvenir étant en raison ;-ecte de son degré d’organisation. Je n’insiste pas i’ ce point, qui sera longuement examiné ailleurs.
La raison physiologique des amnésies de ce groupe ipeut donner lieu qu’à des hypothèses, et il est pronie qu’elle varie suivant les cas. D’abord (observa-
ii de Laycock en particulier), la faculté d’enregistrer
Je dois cepeodant menlionner im fait rapporté par Brown toard, d’après lequel un malade à la suite d’une attaque l'Oplexie aurait perdu la mémoire de cinq années de sa vie.
!( cinq ans, qui comprenaient l’époque de son mariage, finisint juste six mois avant la date de son attaque. °
ItiuoT. — Mémoire.
les expériences nouvelles est suspendue temporal i- : muit : à mesure qu’ils paraissent, les états de crscience disparaissent sans laisser de trace. Mais is | souvenirs précédemment enregistrés pendant des - j mailles, des mois, des années, que deviennent- ils ? s ■ ont duré, ils ont été conservés et rappelés; ils sei- 1 blaient une acquisition stable, et cependant, à lijî place, il ne reste qu’un vide. Le malade ne le corne , que par artifice et indirectement, à l’aide du térrignage d’autrui et de ses réflexions personnelles li'i rattachent tant bien que mal son présent à ce qui li . reste de son passé. Les observations ne dirent pas q il i comble jamais ce vide par une réminiscence diieô. ^ On peut dès lors faire également deux suppositior O ou bien que l’enregistrement des états antérieurs it effacé; ou bien que, la conservation des états anrieurs persistant, leur aptitude à être ravivés par 'Si associations avec le présent est anéantie. Nous somrsi hors d’état de décider pertinemment entre les docj hypothèses.
Le deuxième type morbide, peu fréquent, est repie senté par les cas de Sharpey et de Winslow (l’obs -i vation de Dunn forme une transition vers le groie’ des amnésies intermittentes). Ici, le travail de destr;-j tion est complet; la mémoire sous toutes ses formes organisée, semi-organisée, consciente — est abol;t c’est l’amnésie complète. Nous avons vu que les a-» leurs qui l’ont décrite comparent le malade à un enfltj et son esprit à une table rase. Cependant ces expr(-i sions ne doivent pas être prises au sens rigoureux. L cas de rééducation que nous avons relatés montrit^ que, si toute l’expérience antérieure est anéantie,! I reste cependant dans le cerveau quelques aptitucs'É
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: latentes. L’extrême rapidité de la nouvelle éducation,
1 surtout dans les derniers temps, ne s’expliquerait pas 1 sans cela. Les faits portent invinciblement à croire que ; ce retour, qui paraît l’œuvre de l’art, est surtout l’œuvre de la nature. La mémoire revient parce qu’aux I éléments nerveux atrophiés succèdent avec le temps d’autres éléments qui ont les mêmes propriétés pri- ' mitives et acquises que ceux qu’ils remplacent. Ceci démontrerait encore la relation qui existe entre la j mémoire et la nutrition.
[ Enfin, car toutes les observations d’amnésie ne se laissent pas réduire à une seule formule, dans les cas f où la perte et le retour de la mémoire sont brusques, il ' est difficile de ne pas voir l’analogue de ces phéno-
1 mènes d’arrêt de fonction ou d’ « inhibition » que la physiologie étudie actuellement avec ardeur et dont
ion sait si peu de chose.
Nous n’indiquons ces conclusions qu’en passant. 11 serait prématuré de nous y arrêter maintenant. Continuons notre revue des faits, en étudiant les amnésies périodiques.
L’étude des [^mnésies à /orme périodiqué est bien plus propre à mettre en lumière la nature du moi et
Eles conditions d’existence de la personne consciente qu’à nous montrer le mécanisme de la mémoire sous un aspect nouveau. Elle constitue un chapitre intérestsant d’un travail qui n’a jamais été fait sous sa forme ^complète et auquel on pourrait donner pour titre : Des maladies et des aberrations de la personnalité. Il nous
sera très difficile de ne pas glisser à chaque instan dans ce sujet. J’essaj^crai de n’en dire que ce qui es indispensable pour la clarté de l’exposition. *
Je serai sobre de faits : ils sont assez connus. L’étud des cas appelés « de double conscience » est fort à 1 mode. L’observation si détaillée et si instructive d D'’ Azam, en particulier, a fait comprendre au publi mieux que toute définition en quoi consiste l’amnési périodique. Je me bornerai donc à passer en revue le r cas principaux, en allant de la forme la plus parfait d’amnésie périodique aux formes qui n’en sont guôr < que l’ébauche.
I. Le cas le plus net, le plus franc, le plus comple d’amnésie périodique est celui qui a été rapporté pa ■d Macnisli dans sa Philos'ophy ofsleep et qui depuis a ét il souvent cité. « Une jeune dame américaine, au bou H d’un sommeil prolongé, perdit le souvenir de tout c (J| qu’elle avait appris. Sa mémoire était devenue un' ■ table rase. 11 fallut tout lui rapprendre. Elle fut obli J gée d’acquérir de nouveau l’habitude d’épeler, de lire d’écrire, de calculer, de connaître les objets et les per i sonnes qui l’entouraient. Quelques mois après, elle fu il reprise d’un profond sommeil, et, quand elle s’éveilla J elle se retrouva telle qu’elle avait été avant son preinie •! sommeil, ayant toutes ses connaissances et tous le; .i souvenirs de sa jeunesse, par contre ayant complète: ' ment oublié ce qui s’était passé entre ses deux accès Pendant quatre années et au delà, elle a passé périodi ^uement d’un état à l’autre, toujours à la suite d’uri
long et profond sommeil . Elle a aussi peu con ■
acience de son double personnage que deux personne: ;
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distinctes en ont de leurs natures respectives. Par exemple, dans l’ancien état, elle possède toutes ses connaissances primitives. Dans le nouvel état, elle a seulement celles qu’elle a pu acquérir depuis sa maladie. Dans l’ancien état, elle a une belle écriture. Dans le nouveau, elle n’a qu’une pauvre écriture maladroite, ayant eu trop peu de temps pour s’exercer. Si des personnes lui sont présentées dans un des deux états, cela ne suffit pas; elle doit, pour les conurîlre d’une manière suffisante, les voir dans les deux états. Il en est de même des autres choses *. »
En laissant de côté, pour le moment, ce qui concerne l’alternance des deux personnalités, il faut re* marquer qu’il s’est formé ici deux mémoires complètes et absolument indépendantes l’une de l’autre. Ce n’est pas seulement la mémoire des faits personnels, la mémoire pleinement consciente qui est coupée en deux parties qui ne se mêlent jamais et s’ignorent réciproquement : c’est même cette mémoire semi-organique, semi-consciente qui permet de parler, de lire et d’écrire. L''observation ne nous apprend pas si cette scission de la mémoire s’est étendue même aux formes purement organiques, aux habitudes; si la malade a été obligée, par exemple, de rapprendre à se servir de ses mains pour les besognes les plus vulgaires (manger, s’habiller, etc.). Même en supposant que ce groupe d’acquisitions soit resté intact, la séparation en deux groupes tranchés et indépendants est encore aussi complète qu’un observateur difficile peut le souhaier.
l.Macnish, dans Taine. De V Intelligence, t. I, p. 165, et dans ilombe, System of Vhrenology , p. 173.
Le D’' Azam a relaté un fait qui se rapproche du précédent, quoique beaucoup moins net. La mémoire normale disparaît et reparaît périodiquement. Dans l’intervalle, il ne se forme pas une mémoire nouvelle; mais le malade conserve quelques faibles débris de l’ancienne. C’est du moins ce que l’on peut inférer d’une observation dont les détails psychologiques ne sont pas toujours précis *. Il s’agit d’un adolescent qui, à la suite d'accidents hystériques ou choréiques, perd complètement la mémoire du passé, a oublié tout ce qu’on lui a enseigné, ne sait plus lire, ni écrire, ni compter, et ne reconnaît plus les personnes qui l’entourent, sauf son père, sa mère et la religieuse qui le soigne. On voit cependant que, tant que dure cette amnésie (et elle dure d’ordinaire un mois), le jeune homme peut monter à cheval, conduire une voiture, vivre de la vie ordinaire et dire très régulièrement ses prières au moment convenable. La mémoire revient < en général brusquement. Autant qu’on en peut juger, q ce qui se produit ici, c'est une suspension périodique I de la mémoire sous ses formes instables et demi-sta- i blés ou, si l’on préfère, conscientes et demi-conscientes t (la conscience étant en général en raison inverse de la i stabilité). Mais tout ce qui est mémoire organisée, ij routine, n’est pas entamé : les dernières assises de la i mémoire tiennent bon. Je ne veux d’ailleurs pas in- | sister sur une observation qui est trop écourtée pour ,i l’interprétation psychologique.
1. Bevue scientifique, 2i décembre 1877. Il est dit par exemple «j que, pendant un de ses accès, le malade « peut causer avec in | telligence et vivacité, sans avoir cependant recouvré la mémoire » (??).
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
II, Une deuxième forme, moins complète et plus fréuente de l’amnésie périodique est celle dont le D^Azain ous a donné une description si intéressante dans le îs de Félida X... et dont le Dufay a rencontré analogue chez l’une de ses malades. Ges cas sont si Dnnus et les documents originaux sont si faciles à conjlter qu’il suffira de les résumer en quelques mots. Une femme, hystérique, est atteinte depuis 185G d’un ngulier mal qui la fait vivre d’une double vie, passer Iternativement par deux états que M. Azam désigne DUS les noms de « condition première » et « condition Dconde ». Si nous prenons cette femme dans son état ormal ou condition première, elle est sérieuse, grave, éservée, laborieuse. Subitement, elle paraît prise de ommeil, elle perd la conscience, et, quand elle revient elle, nous la trouvons en condition seconde. Dans ce ouvel état, son caractère a changé : elle est devenue aie, turbulente, imaginative, coquette. « Elle se souient parfaitement de tout ce qui s’est passé pendant ;s autres états semblables qui ont précédé pendant T, vie novmale. » Puis, après une période plus ou moins Dngue, elle est de nouveau prise de torpeur. Quand lie en sort, elle se retrouve dans sa condition première. Mais, dans cet état, elle a oublié tout ce qui 'est passé dans sa condition seconde; elle ne se souient que des périodes normales antérieures. Ajoutons ue, à mesure que la malade avance en âge, les périodes 'état normal (condition première) deviennent de plus n plus courtes et rares et que la transition d’un état l’autre qui durait autrefois dix minutes se fait mainenant avec une rapidité insaisissable.
Tels sont les traits essentiels de cette observation, n vue de notre étude spéciale, elle peut se résumer
80 lES MALADIliS DE LA MÉMOIRE \ '
en quelques mots. La malade passe alternativeme, par deux états: dans l’un, elle a toute sa mémoire; da: i l’autre, elle n’a qu’une mémoire partielle, formée » ^ tous les états de même nature qui se soudent ei| ^ tre eux. i
Le cas de la malade de Blois rapporté par . ( D' Dufay est analogue. Pendant la période qui correi i pond à la « condition seconde » de Félida, la malac h « se rappelle les plus petits faits, qu’ils aient eu lieu ' •1. l’état normal ou pendant l’état de somnambulisme. , « 11 y a aussi le même changement du caractère, et,pei dant sa période de mémoire complète, la malade que f lifie son état normal « d’état bête » <
Il importe de remarquer que, dans cette forme d 1 l’amnésie périodique, il y a une partie de la mémoir l qui n’est jamais atteinte, qui subsiste dans un éta • comme dans l’autre. « Dans ces deux états, dit 1' I D'‘ Azam, la malade sait parfaitement lire, écrire ^ compter, tailler, coudre. » Il n’y a pas ici, commi : dans le cas de Macnish, une scission complète. Le formes demi-conscientes de la mémoire coopèrent éga^ ' lement aux deux formes de la vie mentale.
III. Pour terminer notre exposé des divers modes (Faran.ésie périodique, mentionnons certains cas qu n’en donnent que l’ébauche : ils se rencontrent ^^5 J le somnambulisme naturel ou provoqué. Générale- 1 ment, les somnambules, leur accès passé, n’ont aucun 3 souvenir de ce qu’ils ont dit ou fait ; mais chaque crise >
1. Pour les détails, voir Azam. Revue scientifique, IBIQ, 20 mai, < !G septembre; 1877, 10 novembre; 1879,8 mars; et Dufay, ibid.,
15 juillet 1876.
LES AMNÉSIES GÉNÉnALES
ramène le souvenir des crises précédentes. Il y a des exceptions à cette loi ; mais elles sont rares. On a souvent cité, d’après Macario, l’histoire de cette fdle qui lut violée pendant un accès et n’en avait aucune connaissance au réveil, mais qui, dans l’accès suivant, révéla le fait à sa mère. Le D’’ Mesnet a été témoin d’une tentative de suicide poursuivie avec beaucoup de hicidité par une malade pendant deux accès consécutifs Une jeune servante, pendant trois mois, croyait tous les soirs être un évêque, parlait et agissait en conséquence (Combe), et Hamilton nous parle d’un pauvre apprenti qui, dès qu’il s’endormait, se croyait père de famille , riche , sénateur, reprenait chaque nuit son histoire très régulièrement, la racontait tout haut, très distinctement et reniait son état d'apprenti, quand on l’interpellait à cet égard. 11 est inutile de multiplier des exemples qui se trouvent partout et dont la conclusion évidente, c’est qu’à côté de la mémoire normale il se forme pendant les accès une mémoire partielle, temporaire et parasite.
En résumant les caractères généraux des amnésies périodiques tels q'ue ces faits nous les montrent, nous .pouvons d’abord la constitution de deux mémoires.
, Dans les cas complets (Macnish), les deux mémoires 'ioTTr^exclusivès l’une de l’autre; quand l’une paraît, ’autre disparaît. Chacune se suffit; chacune réclame oour ainsi dire son matériel complet. Cette mémoire irganisée, qui permet de parler, de lire, d’écrire, n’est oas un fonds commun aux deux états. 1) se forme pour îhacun une mémoire distincte des mots, des signes graphiques, des mouvements pour les tracer.
î 1. Archives générales de médecine, 1860, t. XV, p. 147.
Dans les cas incomplets (Azam, Dufay, somnambulisme), avec la mémoire normale alterne une mémoire partielle. La première embrasse la totalité des états de conscience; la seconde, un groupe restreint d’états qui par un triage naturel se séparent des autres et forment dans la vie de l’individu une suite de tronçons qui se rejoignent. Mais elles gardent un fonds commun constitué par les formes les moins stables, les moins conscientes de la mémoire qui entrent indifféremment dans les deux groupes.
Le résultat de cette scission de la mémoire, c’est que l’individu s’apparaît à lui-même — ou du moins ’ aux autres — comme ayant une double vie. Illusion naturelle, le moi consistant (ou paraissant consister) dans la possibilité d'associer aux états présents des i états qui sont reconnus, c’est-à-dire localisés dans le passé, suivant un mécanisme que nous avons essayé de décrire précédemment. Il y a ici deux centres distincts « d’association et d’attraction. Chacun attire un groupe 4 d’états et reste sans influence sur les autres. *
Il est évident que cette formation de deux mémoires o dont chacune exclut l’autre en totalité ou en partie fl ne peut pas être un fait primitif; c’est le symptôme 1 d’un processus morbide; c’est l’expression psychique < d’un désordre qui reste à déterminer. Ceci nous con- i duit, à notre grand regret, à traiter en passant une grosse question : celle des conditions de la person- < nalité.
Laissons d’abord de côté l’idée d’un moi conçu i comme une entité distincte des états de concience. i C’est une hypothèse inutile et contradictoire; c’est ! une explication digne d’une psychologie à l’état d’en* i fance, qui prend pour simple ce qui paraît simple, qui ■
LES AMNÉSIES GÉNÉUALES
invente an lieu d’expliquer. Je me rattache à l’opinion des contemporains qui voient dans la personne consciente un composé, une résultante d’états très complexes.
Le moi, tel qu’il s’apparaît à lui-même, consiste en une somme d’états de conscience. Il y en a un principal autour duquel se groupent des états secondaires qui tendent à le supplanter et qui sont eux-mêmes poussés par d’autres états à' peine conscients. L’état qui tient le premier rôle, après une lutte plus ou moins longue, fléchit, est remplacé par un autre au- • tour duquel un groupement analogue se constitue. Le mécanisme de la conscience est comparable, sans métaphore, à celui de la vision. Dans celle-ci, il y a un point visuel qui seul donne une perception nette et précise : autour de lui, il y a un champ visuel qui décroît en netteté et en précision à mesure qu’il s’éloigne du centre et se rapproche de la circonférence. Notre moi de chaque moment, ee présent perpétuellement renouvelé, est en grande partie alimenté par la mémoire, c’est-à-dire qu’à l’état présent s’associent d’autres états qui, rejetés et localisés dans le passé, constituent notre personne telle qu’elle s'apparaît à chaque instant. En un mot, le moi peut être considéré de deux manières : ou bien sous sa forme actuelle, et alors il est la somme des états de conscience actuels, ou bien dans sa continuité avec son passé, et alors il est formé par la mémoire suivant un mécanisme que
nous avons décrit plus hrut .
11 semblerait, à ce compte, que l’identité du moi repose tout entière sur la mémoire. Ce serait, par une réaction mal entendue contre les entités, ne voir qu’une partie de ce qui est. Sous ce Composé instable
I tt
LIîS MALADIES DE LA MÉMOIRE
qui se fait, se défait et se refait à chaque instant, il y a quelque chose qui demeure : c’est cette conscience obscure qui est le résultat de toutes les actions vitales,; qui constitue la perception de notre propre corps ell qu’on a désignée d’un seul mot :1a cénesthésie. Le sen-' timent que nous en avons est si vague qu’il est difficile d’en parler d’une manière précise. C’est une manière d’être qui, se répétant perpétuellement, n’est pas plus sentie qu’une habitude. Mais, si elle n’est sentie ni en elle-même ni dans ces variations lentes qui constituent l’état normal, elle a des variations brusques ou simplement rapides qui changent la personnalité. Tous les aliénistes professent que la période d’incubation, des. maladies mentales se traduit non par des troubles, intellectuels, mais par des changements dans le carac- j ^ t'ere qui n’est que l’aspect psychique de la cénesthésie. On voit de même une lésion organique souvent ignorée transformer la cénesthésie, substituer au sentiment ordinaire de l’existence un état de tristessvs, d’angoisse, d’anxiété (sans cause, dit le malade); parfois un état de joie, de plénitude, d’exubérance, de ’ parfait bonheur : expression trompeuse d’une grave désorganisation et dont le plus frappant exemple se rencontre dans ce qu’on a appelé l’euphorie des mourants. Tous ces changements ont une cause physiolo- ' gique, ils en représentent le retentissement dans la conscience, et quant à dire que, si ces variations sont senties , l’état normal ne l’est pas , autant vaudrait soutenir que la vie régulière n’est pas une manière de vivre, parce qu’elle est monotone. Ce sentiment de la vie, qui, parce qu’il se répète perpétuellement, reste au-dessous de la conscience, est la base véritable de la personnalité. Il l’est, parce que, toujours présent, tou-
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
[Urs agissant, sans repos ni trêve, il ne connaît ni le mmeil ni la défaillance, et qu’il dure autant que la I}, dont il n’est qu’une forme. C’est lui qui sert de pport à ce moi conscient que la mémoire constitue; ■st lui qui rend les associations possibles et les mainnt.
L’unité du moi n’est donc pas celle d’un point malématique, mais celle d’une machine très compliiée. C’est un consensus d’actions vitales, coordonnées ibord par le système nerveux, le coordinateur par cellence, puis par la conscience, dont la forme natule est l’unité. Il est en efl'et dans la nature des états ychiques de ne pouvoir coexister qu’en très petit inbre, groupés autour d’un principal qui seul repréite la conscience dans sa plénitude.
Supposons maintenant qu’on puisse d’un seul coup langer notre corps et en mettre un autre à sa place ’ uelette, vaisseaux, viscères, muscles, peau, tout est laf, sauf ie système nerveux, qui reste le même avec itson passé enregistré en lui. Il n’est pas douteux !ce cas que l’afflux de sensations vitales insolites ne ndiiise le plus grand désordre. Entre l’ancienne céidhésie gravée dans le système nerveux et la noude agissant avec l’intensité de tout ce qui est actuel sriouveau, il y aurait une contradiction inconciliable. ! te hypothèse se réalise en une certaine mesure dans b cas morbides. Des troubles organiques obscurs, P. anesthésie totale modifient parfois la cénesthésie, i point que le sujet croit être en pierre, en beurre, i; cire, en bois, avoir changé de sexe ou être mort. l dehors des cas morbides, qu’on remarque ce qui oroduit à la puberté : « Avec l’entrée en activité de idaines parties du corps qui jusque-là étaient restées
dans un calme complet et avec la révolution totale l i se produit dans l’organisme à cette époque de la \ , de grandes masses de sensations nouvelles, de p(. chants nouveaux, d’idées vagues ou distinctes, et d’ipulsions nouvelles passent en un espace de temps retivement court à l’état de conscience. Elles pénètnt peu à peu le cercle des idées anciennes et ârriven i faire partie intégrante du moi. Celui-ci devient pari même tout autre ; il se renouvelle, et le sentiment 3 soi-même subit une métamorphose radicale. Jusq^'i ce que l’assimilation soit complète, cette pénétrât! 1 et cette dissociation du moi primitif ne peuvent gui 3 s’accomplir sans qu’il se passe de grands mouveme s dans notre conscience et sans qu’elle subisse' un ébrilement tumultueux *. » — On peut dire que toutes s fois que les changements de la cénesthésie , au 1 1 d’être insensibles, ou temporaires, sont rapides et pmanents, un désaccord éclate entre les deux éléme s qui constituent notre personnalité à l’état normal :b sentiment de notre corps et la mémoire consciente, i le nouvel état tient bon, il devient le centre auquele rattachent les associations nouvelles; il se forme ai i un nouveau complexus, un nouveau moi. L’antajnisme entre ces deux centres d’attraction — l’ancii, qui est en voie de dissolution; le nouveau, qui est 1 voie de progression — produit suivant les circonstans des résultats divers. Tantôt l’ancien moi dispari, après avoir enrichi le nouveau de ses dépouilles, c’eà-dire d’une partie des associations qui le conituaient. Tantôt les deux mot alternent sans parvenir
1. Griesiuger, Traité des maladies mentales, p. 55 et si. Tout ce passage est excellent comme analyse.
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
! supplanter. Tantôt l’ancien moi n’existe plus que ins la mémoire ; mais, n’étant rattaché à aucune f.àîsthésie, il apparaît au nouveau moi comme v.a ranger
La digression qui précède avait pour but d’appuyer ir des raisons ce qui avait été simplement affirmé : 'amnésie périodique n'est qu’un phénomène secon- ■lire ; elle a sa cause dans un désordre vital, — le senment de l’existence qui n’est à proprement parler le le sentiment de l’unité de notre corps passant par îux phases alternantes. Tel est le fait primitif qui itraîne la formation de deux centres d’association et ir conséquent de deux mémoires.
Pour aller plus loin, d’autres questions se posent auxlelles on ne peut malheureusement pas répondre :
1“ Quelle est la cause physiologique de ces variations pides et régulières de la cénesthésie ? On n’a émis :rce point que des hypothèses (état du système vasilaire, action inhibitoire, etc.).
:2® Quelle est la raison qui rattache à chaque forme I la cénesthésie certaines formes d’association à l’exiision des autres? On n’en sait rien On peut affirmer luleraent que, dans les amnésies périodiques, la conicvation reste intacte, c’est-à-dire que les modificatins cellulaires et les associations dynamiques subsis-
. C’est ainsi que j'explique un cas de Leuret [Fragments jich. sur la folie, p. 2771 souvent cité. Une aliénée qui ne se {signait que par « la personne de moi-mêuie >> avait conservé laiémoire très exacte de sa vie jusqu’au commencement de E folie ; mais elle rapportait cette pério Je de sa vie à une autre, l l’ancien moi, la mémoire seule avait persisté. 11 y aurait tiucoup à dire sur ces désordres de la personnalité, mais cela Etirait de notre sujet.
LES MALADIES DE LA Ml'lMOIDB
lent : la facuUé de réviviscence seule est atteinte, ; nssnciations ont deux points de départ : un étaA éveille quelques groupes, mais est incapable d evei^r les autres ; un état B fait le contraire ; certains grou^s entrent également dans les deux complexus (caslei scission incomplète). :
En somme, deux états physiologiques qui parlir‘ alternance déterminent deux cénesthésies qui dérminent deux Cfori^s') d’association et par suite dix'i mémoires. c^ty^ |
Pour compléter nos remarques, il est bon d’ajoiir quelques mots sur cette liaison naturelle qui s’étatj^ malgré des interruptions quelquefois longues , er'e' les périodes de même nature, particulièrement er’s'i les divers accès de somnambulisme. Ce fait intéressai à plusieurs titres ne doit être examiné ici qu’au pciU de vue du retour périodique et régulier des souvenirs. Si bizarre qu’il paraisse d’abord, il est Icp que et s’accorde parfaitement avec notre concept ni du moi. Car, si le nmLjilo&P-à--el»aque-4B&taj^ quia soinme des -états -de conscien&e actuels et des acti ii vitales dans lesquelles la conscience a ses racines, ilî| clair que, toutes les fois que ce complexus physicji' gique et psychique se reconstituera, le moi se retri ü vera le même et les mêmes associations seront éveilk'jl^ Dans chaque accès, il se produit un état physiologid particulier ; les sens sont en grande partie fermés excitations extérieures ; par suite, beaucoup d’assoc tions ne peuvent plus être suscitées. Il y a simplifii-f tion de la vie mentale, réduction à une conditab presque mécanique. Il est clair d’ailleurs que ces él^' se ressemblent beaucoup entre eux, en raison de Irf
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simplicité même, et qu’ils diffèrent totalement de I
LA LOI DE RÉGRESSION
veille. Dès lors, il est naturel que les mêmes condiins entraînent les mêmes effets , que les mêmes élé- ;nts donnent lieu aux mêmes combinaisons, que les unes associations soient éveillées à l’exclusion des très. Elles trouvent dans l’état pathologique leurs nditions d’existence, qui dans l’état normal ne se icontrent pas ou sont en lutte avec beaucoup d'au-
Dans l’état de santé et de veille, en effet, les phéno- ?nes de conscience sont trop variés, trop nombreux, ur que la même combinaison ait des chances de se îi’oduire plusieurs fois. Cela arrive cependant dans dains cas bizarres, par suite de causes inconnues. Jn clergyman, dit le D‘' Reynolds, en apparence très ■n portant, célébrait le service un dimanche; il oisit les hymnes, les leçons, prononça une prière .emporanée. Le dimanche suivant, il procéda exac- Inent de la même manière, choisit les mêmes hymnes, i mêmes leçons, récita la même prière, prit le même |te et prononça le même sermon. En descendant de (chaire, il n’avait aucun souvenir d’avoir fait, le di- [nche précédent, ce qu’il venait de répéter enlière- (nt. 11 en fut fort efl'rayé et redouta longtemps une tladie cérébrale qui ne survint pas » On a vu Ijresse produire le même retour du souvenir, comme |s le cas très connu de ce commissionnaire irlandais
i, ayant perdu un paquet pendant qu'il était ivre, ûvra de nouveau et se rappela où il l’avait laissé.
I omme nous l’avons dit en commençant, les amnér périodiques, si curieuses qu’elles soient, en apbnnent plus long sur la nature du moi que sur celle
l* Reynolds ap. Carpeiiter, p. M,
de la mémoire. Elles renferment cependant unepd d’enseignement : nous y reviendrons dans le paragiphe qui va suivre.
— 'lïT/
ÆeS-amnési^ progressive^ sont celles qui, par i travail de ^îssoTution lent et continu, conduisenli l’abolition complète de la mémoire. Cette définition .t applicable à la plupart des cas. C’est par exceptiîi seulement que l’évolution morbide n’aboutit pas à t|e extinction totale. La marche de la maladie est ts simple ; peu frappante, comme tout ce qui se prodt par actions lentes ; très intructive, parce que, en nos montrant comment la mémoire se désorganise, ej nous apprend comment elle est organisée.
Nous n’avons pas à rapporter ici de cas particulie, rares, exceptionnels. Il y a un type morbide à peu pu constant qu’il suffit de décrire.
La première cause de la maladie est une lésion i cerveau à marc'Ké envahissante ^hémorrhagie ciibrale^ apoplexie, ramollissement, paralysie généra, atrojihTé^des vieillards, etc., etc.). Pendant la pério; initiale, il n’existe que des désordres partiels. Le naïade est sujet à de fréquents oublis qui portent tejours sur les faits récents. SU interrompt une besogr, elle est oubliée. Les événements de la veille, de l’avaiveille, un ordre reçu, une résolution prise, tout eela(; aussitôt effacé. Cette amnésie partielle est un synatôme banal de la paralysie générale à son début. L; asiles d’aliénés sont pleins de malades de cette cat gorie qui, le lendemain de leur entrée, affirment qu’’
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sont depuis un an, cinq ans, dix ans ; qui n ont l’un souvenir vague d’avoir quitlé leur maison et ,ir famille ; qui ne peuvent désigner le jour de la naine ni le nom du mois. Mais le souvenir de ce qui lété fait et acquis avant la maladie reste encore ide et tenace. Tout le monde sait aussi que, chez I vieillards, l’affaiblissement très marqué de la mé- :)ire est relatif aux faits récents, jà se bornent, ou à peu près, les données de la psyblogie courante. Elle semble admettre, au moins iplicitement, que la dissolution de la mémoire ne suit ;:une loi. Nous allons donner la preuve du contraire. (Pour découvrir cette loi, il faut étudier psychologi- [ement lajmuvche de la démmice'. Dès que la période 1 prodromes, dont on vient de parler, est dépassée, il ( produit un affaiblissement général et graduel de «des les facultés, qui finit par réduire l’individu à une I toute végétative. Les médecins ont distingué, suint leurs causes, diverses espèces de démence (sénile, (’alytique, épileptique, etc.). Ces distinctions sont ur nous sans intérêt. Le travail de dissolution men- Jî reste au fond le même, quelles qu’en soient les lises, et c’est la seule chose qui nous importe. Or la pstion qui se pose est celle-ci : Dans cette dissoluii, la perte de la mémoire suit-elle un ordre? jes nombreux aliénistes qui ont laissé des descripiis de la démence ne se sont pas arrêtés à cette [istion, sans portée pour eux. Leur témoignage n’en fa que plus de valeur, si nous pouvons découvrir üz eux une réponse : et elle s’y trouve. Quand on
' Nous prenons ici le mot démence au sens médical et non some synonyme de folie eu général.
interroge les meilleures autorités (Griesinger, Bs- x larger, Falret, Foville,etc., etc.), on découvre que rajï nésie, après avoir été limitée d’abord aux faits récer||K s’étend aux idées, puis aux sentiments et aux affectus i et finalement aux actes. Nous avons là toutes les d(nées d’une loi. Pour la dégager, il suffit d’examii^, successivement ces divers groupes. f il
1° Il est d’observation si vulgaire que l’affaiblis - , ment de la mémoire porte d’abord sur les"fàïts'réCED|7' qu’on ne remarque pas combien cela est choquant pcir ; le sens commun. 11 serait naturel de croire à prit . que les faits les plus récents, les plus voisins du pi- , sent sont les plus stables , les plus nets ; et c’est ce (i ^ arrive à l’état normal. Mais, au début de la démen* 'î il se produit une lésion anatomique grave : un cq“' mencement de dégénérescence des cellules nerveusî I Ces éléments en voie d’atrophie ne peuvent plus i server les impressions nouvelles. En termes pis i précis, ni une modification nouvelle dans les cellul* \ ni la formation de nouvelles associations dynamiqis î, n’est possible ou au moins durable. Les conditics'if anatomiques de la stabilité et de la réviviscence ma' s. quent. Si le fait est totalement neuf, il ne s’inscrit ps :i. dans les centres nerveux ou est aussitôt effacé '. SI i n’est qu’une répétition d’expériences antérieures ; encore vivaces, le malade rejette le fait dans le pass: ! les circonstances concomitantes du fait actuel s'effacer bien vite et ne permettent plus de le localiser à |i i place. Mais les modifications fixées dans les élémer? '
1. Dans un cas de démence sénile, un malade, pendant qi^ torze mois, n’a jamais reconnu son médecin, qui venait le siter tous les jours (Felmann, Archiv. fur Psychiatrie, 1864]. F .
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jrveux depuis de longues années et devenues orgaiques , les associations dynamiques et les groupes associalions cent fois et mille fois répétées persistent icore ; elles ont une plus grande force de résistance )ntre la destruction. Ainsi s’explique ce paradoxe de mémoire : Le nouveau meurt avant l’ancien.
2“ Bientôt ce fonds ancien sur lequel le malade peut icore vivre s’entame à son tour. Les acquisitions intel- 'ctuelles se perdent peu à peu (connaissances scienti- ■|ues, artistiques, professionnelles, langues étranges, etc.). Les souvenirs personnels s’effacent endesindant vers le passé. Ceux de l’enfance disparaissent js^erniers. Même à une époque avancée, des avenres, des chants du premier âge reviennent. Souvent, déments ont oublié une grande partie de leur j'opre langue. Quelques expressions reviennent par jcident ; mais d’ordinaire ils répètent d’une manière Ihtomatique les mots qui leur sont restés (Griesinger, liillarger). Celte dissolution intellectuelle a pour (Use anatomique une atrophie qui envahit peu à peu Icorce du cerveau, puis la substance blanche, produiint une dégénérescence graisseuse et athéromateuse «s cellules, des tubes et des capillaires de la substance irveuse.
3“ Les meilleurs observateurs ont remarqué « que Il facultés affectives s’éteignent bien plus lentement (eles facultés intellectuelles ». Il peut sembler surlenant d’abord que des états aussi vagues que les fitiments soient plus stables que les idées et les états i ellectuels en général. La réflexion montre que les sitiments sont ce qu’il y a en nous de plus profond, ( plus intime, de plus tenace. Tandis que notre intel- 1 ence est acquise et comme extérieure à nous, nos
sentiments sont innés. Considères dans leur soue, indépendamment des formes raffinées et complets qu’ils peuvent prendre, ils sont l’expression imméd le et permanente de notre organisation. Nos viscères, )8 muscles, nos os, tout, jusqu’aux éléments les plusitimes de notre corps, contribuent pour leur part àcs former. Ç^s^sentiments, c’est nous-mêmes ; l’amn^ie demos sentiments , c’ést l’oubli de nous-mêmes. Illst donc logique qu’elle se produise à une époque oila désorganisation est déjà si grande que la personne té j commence à tomber par morceaux.
4" Les acquisitions qui résistent en dernier lieu sat celles qui sont presque entièrement organiques ;ja routine journalière, les habitudes contractées de Ionie date. Beaucoup peuvent encore se lever, s'habilr, prendre leurs repas régulièrement, se coucher, s’ocener à. des travaux manuels, jouer aux cartes et à d’au es jeux, quelquefois même avec une aptitude reirrquable, alors qu’ils n’ont plus ni jugement, ni voie é, ni affections. Cette activité automatique, qui ne appose qu’un minimum de mémoire consciente, appartnt à cette forme inférieure de la mémoire pour laqule les ganglions cérébraux, le bulbe et la moelle suffîsi.t.
La destruction progressive de la mémoire suit dïc une marche logique, une loi. Elle descend progresse- i ment de l'instable au stable. Elle commence paressouvenirs récents qui, mal fixés dans les éléments rrveux, rarement répétés et par conséquent faiblemat associés avec les autres , représentent l’organisalm à son degré le plus faible. Elle finit par cette ménure sensorielle, instinctive, qui, fixée dans l’organisie, devenue une partie de lui-même ou plutêt lui-mêie, représente l’oro-anisation à son degré le plus fort, 'u
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rme initial au terme final, la marche de l’amnésie, glée par la nature des choses, suit la ligne de la oindre résistance, c’est-à-dire de la moindre orgasation. La pathologie confirme ainsi pleinement ce le nous avons dit précédemment de la mémoire : C’est un processus d’organisation à degrés variables iiiinpris entre deux limites extrêmes : l’état nouveau, ;nregistrement organique. »
Celle loi, que .j’appellerai/ loi de régression) ou de rérsion, me paraît ressortir des faits, s'imp'^er comme le vérité objective. Cependant, pour dissiper tous les }utes et prévenir toutes les objections, j’ai pensé qu’il rait bon de vérifier cette loi par une contre-épreuve. Si la mémoire, lorsqu’elle se défait, suit la marche variable qui vient d’être indiquée, elle doitsuivre une : arche inverse lorsqu’elle se refait: les formes qui disaraissent les dernières doivent reparaître les premières, jusqu’elles sont les plus stables, et la restauration doit ! faire en remontant.
Il est bien difficile de trouver des cas probants, abord il faut que la mémoire revienne d’elle-même, is cas de rééducation prouvent peu. De plus, il est rare le les amnésies progressives soient suivies de guéri- ,n. Enfin, l’attention n’ayant jamais été portée sur point, les documents font défaut. Les médecins pré- :cupés d’autres symptômes se contentent de noter le la mémoire « revient peu à peu ».
Dans son Essai cité plus haut , Louyer-Villermay )serve « que, quand la mémoire se rétablit, elle suit ins sa réhabilitation un ordre inverse de celui qu’on •serve dans son abolition : les faits, les adjectifs, les bstantifs, les noms propres. » 11 y a peu à tirer de tte remarque assez confuse. Voici qui est plus clair.
! « Dernièrement, on a vu en Russie un célèbre asti-
nome oublier tour à tour les événements de la vei^, puis ceux de l’année, puis ceux des dernières anms et ainsi de suite la lacune gagnant toujours, tant qu’ei n il ne lui restait plus que le souvenir des événemds de son enfance. On le croyait perdu. Mais, par un a It soudain et un retour imprévu, la lacune se combla^n sens inverse, les événements de la jeunesse redevenjl visibles, puis ceux de l’âge mûr, puis les plus réceis, puis ceux de la veille. La mémoire était restaurée tit j entière quand il mourut*. »
L’observation qui suit est encore plus précise, lie a été notée heure par heure. J’en transcris la pis grande partie j
« Je dois faire mention d’abord de quelques défis bien insignifiants en eux-mêmes, mais qu’il est néoisaire de connaître, parce qu’ils se lient à un phénomi e remarquable. Dans les derniers jours de novembre, n officier de mon régiment fut blessé au pied game par le frottement d’une botte. Le 30 novembre, il la à Versailles pour y avoir un entretien avec son frèrell dîna dans cette ville, revint le même soir à Paris, t, en rentrant dans son logement, il trouva une lettre e son père sur la cheminée.
« Maintenant voici le fait lui-même. Le 1“*' décemt:, cet officier était au manège et son cheval s’étant abati, il tomba sur la partie droite du corps, surtout suie pariétal droit. Cette commotion fut suivie d’une lég e