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LES AMNÉSIES PARTIELLES
et impuissant; en termes psychologiques, il reste en dehors du mécanisme de l’association. Le fait cité par Carpenter suggère cette explication. La solidarité intime qui existe entre les diverses parties de l’encéphale et par suite entre les divers états psychiques persiste en général. Seuls ces groupes, avec la somme de souvenirs qu’ils représentent, sont en quelque sorte immohilisés, inaccessibles à l’action des autres groupes, incapables pendant un temps de rentrer dans la conscience. Cet état ne peut résulter que de conditions physiologiques qui nous échappent.
Nous avons réservé pour une étude particulière une forme d’amnésie partielle : celle des signes, mot que lious employons dans son sens le plus large, c’est-àdire comme comprenant tous les moyens dont l’homme dispose pour exprimer ses sentiments et ses idées. Nous avons là un sujet bien délimité, riche en faits à la fois semblables et différents, puisqu’ils ont un caractère psychologique commun, ce sont des signes, et que cependant ils diffèrent quant à leur nature : signes vocaux, écriture, gestes, dessin, musique. Ils sont facilement et fréquemment observables, bien localisés et par leur variété se prêtent à la comparaison et à l’analyse. Nous verrons de plus que cette classe d’amnésies partielles vérifie d’une manière très remarquable la loi de dissolution de la mémoire que nous avons exposée dans le précédent chapitre sous sa forme la plus générale.
Avant tout, il faut éviter un malentendu. Le lecteur
pourrait croire que nous allons étudier l’ajphasie. Il n’en est rien. Dans la plupart des cas, l’aphasie sup- | pose bien un désordre de la mémoire, mais avec quelque chose en plus : or ce sont les désordres de la mémoire qui seuls nous intéressent. Les travaux qui se poursuivent depuis une quarantaine d’années sur les maladies du langage ont montré que par ce terme unique d’aphasie, on désigne des cas très dissemblables. C’est que l’aphasie étant non une maladie, mais un symptôme, varie suivant les conditions morbides qui la produisent. Ainsi certains aphasiques sont privés de tout mode d’expression ; d’autres peuvent parler et non écrire, ou inversement écrire mais sans parler : la perte des gestes est bien plus rare. Parfois j le malade conserve un vocabulaire assez étendu de signes vocaux et graphiques, mais il parle et écrit à contre-sens (cas de paraphasie et de paragraphie). Parfois il ne comprend plus le sens des mots, écrits ou parlés, quoique l’ouïe et la vue soient intactes (cas de surdité et de cécité verbales). L’aphasie est tantôt permanente , tantôt transitoire. Souvent elle est accompagnée d’hémiplégie. Cette hémiplégie, qui frappe presque toujours le côté droit, est, par elle-même et indépendamment de toute amnésie, un obstacle pour écrire *. Ces cas principaux présentent des variétés qui diffèrent' elles-mêmes suivant les individus. On entrevoit la complexité de la question. Heureusement, nous n’avons pas à la traiter ici. Notre tâche^ qui est déjà bien embrouillée , consiste à rechercher parmi ces désordres du langage et de la faculté expressive en i général ce qui paraît imputable à la mémoire seule.
1. Les gauchers aphasiques ont toujours l’hémiplégie àgauche.
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1 est clair que nous n’avons pas à nous occuper des où l’aphasie résulte de l’idiotie, de la démence, de lerte de la mémoire en général; pas davantage des où la transmission seule est entravée : ainsi des ons de la substance blanche^ aux environs de la troine circonvolution frontale gauche, peuvent entrala faculté expressive, la substance grise étant ine *. Mais cette double élimination n’allège guère la iculté, l’aphasie se produisant le plus souvent dans tout autres conditions. Examinons-la donc sous son e le plus commun.
e (îrois inutile de donner ici des exemples que le eur peut trouver partout D’ordinaire, l’aphasie ute brusquement. Le malade ne peut parler; s’il lye d’écrire, même impuissance ; tout au plustraceà grand’peine quelques mots inintelligibles. Sa sionomie reste intelligente. Il tâche de se faire I prendre par gestes. Il n’y a d’ailleurs aucune para- 0 des muscles servant à articuler les mots ; la langue leut librement. Tels sont les traits les plus génét:, ceux du moins qui nous intéressent, le s’est-il passé dans l’état psychique du malade, ,n ce qui concerne sa mémoire, qu’a-t-il perdu? Il lit d’un peu de réflexion pour voir que l’amnésie
1 /oir des cas de ce genre dans Kussniaul : Die Stôningen de)' » he, p. 99 .
2 ja littérature de l’aphasie est si abondante que la seule Bération des titres d’ouvrages ou de mémoires remplirait 11: urs pages de ce livre. Au point de vue psychologique, on V surtout consulter : Trousseau, Clinique médicale, t. 11; ili , art. Aphasie dans le Diction, encycl. des sciences médic., O t, Archives géné>’ales de médecine, 1872 ; Kussmuul. Die Slün.i der Sprache (très important); H. Jackson, 0>i the ufjéem)f the Speech, dans Di'ain, années 1878, 1879, 1880, etc., etc.
des signes est d’une nature toute particulière, l e n’est pas comparable à l’oubli des couleurs, des sc5, d’une langue étrangère, d’une période de la vie. lie s’étend à toute l’activité de l’esprit; en ce sens, ellejt générale; et cependant elle est partielle, puisqude malade a conservé ses idées, ses souvenirs et juge 'imême sa situation.
Selon nous, l’amnésie des signes est surtout le maladie de la mémoire motrice; c’est là ce quiui donne son caractère propre, ce qui fait qu’elle s’cce sous un aspect nouveau. Mais que faut-il donc itendre par « mémoire motrice », expression quiiu premier abord peut surprendre ? C’est une questio si peu étudiée par les psychologues qu’il est difficile (in parler clairement en passant et qu’il est impossibMe la traiter ici tout au long.
J’ai essayé ailleurs *, quoique d’une manière si(imaire et insuffisante, de faire ressortir l’importfce psychologique des mouvements et de montrer ue tout état de conscience implique à un certain d(ré des éléments moteurs. Pour m’en tenir à ce qui ihis concerne actuellement, je ferai remarquer que ;rsonne ne fait de difficulté pour admettre que les ir-i. ceptions, les idées, les actes intellectuels en généra ne sont fixés en nous, ne font partie de la mémoire l’à la condition qu’il y ait dans l’encéphale certainfré«i sidus, qui consisteraient selon nousen modificationsles éléments nerveux et en associations dynamiques etre ces éléments. C’est à cette condition seule qu’ils mt conservés et ravivés. Mais il est nécessaire qu’il enoit
1. Voir la Revue philosophique, octobre 1879; voir aua lU excellent chapitre de Maudsley, Physiologie de Vesprit, |i
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iB même pour les mouvements. Ceux qui nous occu- ,3nt, qui se produisent dans la parole articulée, l’écriire, le dessin, la musique, les gestes, ne peuvent être inservés et reproduits qu’à condition qu’il y ait des isidus moteurs, c’est-à-dire suivant l’hypothèse, tant } fois exposée, des modiflcations dans les éléments îrveux et des associations dynamiques entre ces éléents. Au reste, quelque opinion qu’on professe, il t clair que, s’il ne restait rien d’un mot prononcé ou rit pour la première fois, il serait impossible d’ap- ■endre à parler ou à écrire.
L’existence des résidus moteurs admise, nous poums comprendre la nature de l’amnésie des signes. Notre activité intellectuelle consiste, comme on le lit, en une série d’états de conscience associés suint certains rapports. Chacun des termes de cette irie paraît simple à la conscience ; il ne l’est pas en lalité. Quand nous parlons ou quand nous pensons l’ec un peu de netteté, tous les termes de la série forlent des couples, composés de l’idée et de son exprespn. A l’état normal, la fusion entre ces deux élé- '■ents est si complète qu’ils ne font qu’un , mais la ;aladie prouve qu’ils peuvent être dissociés. Bien jus, l’expression « couple » n’est pas suffisante. Elle i3st exacte que pour la partie du genre humain qui i sait pas écrire. Si je pense à une maison, outre la iprésentation mentale qui est l’état de conscience ]oprement dit, outre le signe vocal qui traduit cette iée et ne semble faire qu’un avec elle, il existe un dment graphique presque aussi intimement fondu lec l’idée et qui même devient prédominant, lorsque ;cris. Ce n’est tout ; autour du signe vocal maison I groupent par une association moins intime les
signes vocaux d’autres langues que je connais {domi koiise, Haus, casa, etc.). Autour du signe graphiq maison se groupent les signes graphiques de c mêmes langues. On voit donc que, dans un espi| adulte, chaque état de conscience clair n’est pas uij unité simple, mais une unité complexe, un group La représentation mentale, la pensée n’en est à propi , ment parler que le noyau ; autour d’elle se groupe des signes plus ou moins nombreux qui la déterminer
Si ceci est bien compris, le mécanisme de l’amnés des signes devient plus clair. C’est un état pathologiq y dans lequel, Ihdée restant intacte ou à peu près, ui * partie ou la totalité des signes qui la traduisent e , oubliée temporairement ou pour toujours. Cette prop sition générale a besoin d’être complétée par une étui plus détaillée.
1° Est-il vrai que, chez les aphasiques, l’idée su siste, son expression verbale et graphique ayant di paru ?
Je ferai remarquer que je n’ai pas à examiner ici l’on peut penser sans signes. La question posée e : toute différente. L’aphasique a eu longtemps l’usa: des signes : l’idée disparaît-elle chez lui avec la posi' i bilité de la traduire? Les faits répondent négativemer. Bien qu’on soit d’accord pour reconnaître que l’aphasi surtout quand elle est de longue durée et grave, s’a compagne toujours d’un certain affaiblissement i l’esprit, il n’est pas douteux que l’activité menta persiste même quand elle n’a plus que les gestes po se traduire. Les exemples abondent ; je n’en citer que quelques-uns.
Certains malades privés seulement d’une partie i leur vocabulaire, mais incapables de trouver le m ’
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pre, le remplacent par une périphrase ou une des- )tion. Pour ciseau, ils disent « ce qui sert à couper » ir fenêtre, « ce par où l’on voit clair». Ils désignent homme par l’endroit où il habite, par ses titres, fonctions, par les inventions qu’il a faites, par les es qu’il a écrits h
lans des cas plus graves, nous voyons des ma- 3S jouer aux cartes avec beaucoup de calcul et de sxion; d’autres surveillent la gestion de leurs afes. Tel ce grand propriétaire dont parle Trousseau li se faisait présenter les baux, traités, etc., et, par gestes intelligibles pour ses proches, indiquait des lifications à faire, qui le plus ordinairement étaient 3s et raisonnables. » Un homme, complètement é de la parole, remit à son médecin une histoire iiillée de sa maladie écrite par lui en très bons lies et d’une main fort assurée, ous avons d’ailleurs le témoignage des malades euxiies après leur guérison. « J’avais oublié tous les 13, dit l’un d’eux, mais j’avais toute ma connais- : e, toute ma volonté. Je savais très bien ce que je ) ais dire et ne pouvais le dire. Quand vous (le mém) m’interrogiez, je vous comprenais parfaitement;
' isais tous mes efl'orts pour répondre ; impossible de (souvenir des mots » Rostan, frappé subitement icapable de prononcer ou d'écrire un seul mot, (alysait les symptômes de sa maladie et cbercbait 3 rapporter à quelque lésion particulière du cer-
t Très fréquemment l'aphasique confond les notes , dit /eu »pain, etc., ou forge des mots intelligibles : mais ces désor- ’^ne paraissent une maladie du langage plus que de la mé-