‹ Les Maladies de la Mémoire (volume 2)Chapitre 20 sur 61 · egroux. De l’aphasie, p · texte numérisé non relu

egroux. De l’aphasie, p

veau, comme il eût fait dans une conférence cliniqv » Le cas de Lordat est très connu : « Il était cap le de coordonner une leçon, d’en changer dans sonsprit la distribution; mais lorsque la pensée deva se manifester parla parole ou l’écriture, c’était chose npossible, bien qu’il n’y eût pas de paralysie L »

Nous pouvons donc considérer comme établi que es moyens d’expression ayant disparu, l’intelligence i te. à peu près intacte, et que par conséquent l’amnésit'St restreinte aux signes.

2“ Cette amnésie dépend-elle, comme nous l’a'iQS dit, surtout des éléments moteurs? En établissant us haut l’existence nécessaire de résidus moteurs, rus' n’avons pas examiné le problème dans toute sa Cî-r plexité. Il faut y revenir.

Lorsqu’on nous apprend à parler notre langue aternelle ou une langue étrangère, il y a des sons, es signes acoustiques qui viennent s’enregistrer cas* notre cerveau. Mais ce n’est qu’une moitié de nre tâche. Il nous faut les répéter, passer de l’état récdif à l’état actif, traduire ces signes acoustiques en nu-: vements vocaux. Cette opération est fort difflci à l’origine, parce qu’elle consiste à coordonner des nu*; vements fort compliqués. Nous ne savons parler le lorsque ces mouvements sont facilement reprodis, c’est-à-dire que les résidus moteurs sont organisés.

Quand nous apprenons à écrire, nous fixons lesyix sur un modèle : des signes optiques viennent s’enres-

1. Pour les faits, voir surtout Trousseau, ouvrage cité. Loiit, spiritualiste ardent, a tiré de là des considérations sur l’i épendance de l’esprit. Il se faisait illusion. Au jugement de ui qu’il l’ont connu, il est resté fort inférieur à lui-même aprèsa guérison. Voir Proust, toc. cit.

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er dans notre cerveau; puis, avec beaucoup d’efforts, )us essayons de les reproduire par les mouvements î notre main. Ici encore, il y a une coordination de ouvements très délicats. Nous ne savons écrire que rsque les signes optiques sont traduits immédiatement mouvements, c’est-à-dire quand les résidus moteurs nt organisés.

Les mêmes remarques sont appliquables à la musiiies, au dessin, aux gestes appris (ceux des sourdsuets par exemple). La faculté expressive est plus implexe qu’elle ne paraît. Les idées ouïes sentiments |iur se traduire ont besoin d’une mémoire acoustique ju optique) et d’une mémoire motrice. Quelle raison l ons-nous de soutenir que c’est surtout celte mémoire latrice qui souffre dans l’amnésie des signes?

Voici ce qui se passe chez la plupart des aphasiques, lésentez-leur un objet vulgaire, un couteau. Donnez icet objet des noms inexacts (fourchette, livre, etc.), [négation de leur part. Enoncez le mot propre. Geste affirmation. Si vous les priez de le répéter immédia- Inent, bien peu en sont capables. Ils ont donc con- S’vé non seulement l’idée, mais le signe acoustique, [isqu’ils le reconnaissent entre plusieurs et l’arrêtent f passage. Comme ils sont incapables de le traduire fr la parole et comme les organes vocaux sont int;ts, il faut bien que l’amnésie porte sur les éléments t )teurs.

La même expérience peut être faite en ce qui conçue l’écriture; chez les aphasiques qui ne sont pas [ralysés, elle conduit aux mêmes résultats et à la l'Oie conclusion. Le malade a conservé la mémoire D> signes optiques; il a perdu la mémoire des mouvecnts nécessaires pour les reproduire. Quelques-uns

peuvent copier; mais, dès que le modèle leur est e levé, ils restent impuissants.

D’ailleurs, en soutenant la thèse d’une amnésie m trice pour la plupart des cas,'jë^ ne prétends pasqu . en soit toujours ainsi. Dans une question si complexe, d faut se garder des affirmations absolues. Quand l’aph sie reste incurable, on voit parfois des malades oubli * les signes vocaux et écrits ou ne les reconnaître qn grand’peine et avec beaucoup d’hésitation. Dans ce ce . l’amnésie n’est plus limitée aux seuls éléments moteui < D’un autre côté, nous avons vu que certains aphasiqu i peuvent répéter ou copier un mot. D’autres peuve.î lire, à haute voix, sans pouvoir parler volontairemen c’est une exception (Falret, p. 618). Bon nombre i ; contraire peuvent lire mentalement sans pouvoir li à haute voix. Il est arrivé — rarement d’ailleurs • qu’ils ont proféré spontanément un membre de phra? i mais sans pouvoir recommencer. Brown-Séquard cl: n même le cas d’un médecin qui parlait en rêvant, qui' que aphasique à l’état de veille. Ces faits, si peu fi. : quents qu’ils soient, montrent que l’amnésie motrii n’est pas toujours absolue. Il en est de cette forme : r la mémoire comme de toute autre; dans certaines C' constances exceptionnelles, elle revient.

Notons en passant une analogie. L’aphasique qi , parvient à répéter un mot ressemble exactement i ■ celui qui ne peut se rappeler un fait qu’avec l’assitance d’autrui : et le mécanisme psychologique i l’oubli des signes est celui de tout autre oubli. Il cosiste en une dissociation. Un fait est oublié lorsqtil ne peut être suscité par aucune association, loi- , qu’il ne peut entrer dans aucune série. Chez l’aphas que, l’idée ne suscite plus son signe, du moins si

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pression motrice. Seulement ici, la dissociation est me nature plus intime. Elle a lieu non entre des mes que l’expérience antérieure a réunis; mais entre 3 éléments si bien fondus ensemble qu’ils constituent e unité pour la conscience et que soutenir leur indéadance relative semblerait une subtilité d’analyse, si maladie ne se chargeait de la démontrer Test cette fusion intime entre l’idée, le signe (vocal J écrit) et l’élément moteur, qui rend si difficile à étair d’une manière nette, indiscutable, que l’amnésie h signes est surtout une amnésie motrice. Comme tout !.t de conscience tend à se traduire en mouvement, mine, suivant l’heureuse expression de Bain, « penser ;3t se retenir de parler ou d’agir ï , il n’est pas possible l’analyse seule d’établir des séparations tranchées nre ces trois éléments. Il me semble cependant que :te mémoire des signes vocaux et écrits qui survit Hz l’aphasique intelligent représente bien ce qu’on a bêlé la parole intérieure, ce minimum de détermina- ;n sans lequel l’esprit serait en voie de démence, et |î par conséquent ce sont les éléments moteurs qui lit seuls éteints dans l’oubli.

în interrogeant les médecins bien peu nombreux (t ont étudié la psychologie de l’aphasie, je trouve

. On a décrit avec soin, dans ces derniers temps, sous les las de cécité verbale et de surdité verbale {Wortblmdheit, 'rttaubheit), des cas longtemps confondus sous le nom gélal d'aphasie. Le malade peut parler et écrire; la vue et l’ouïe <t très bien conservés, et cependant les mots qu’il lit ou qu’il tand prononcer ne lui offrent aucun sens. Ils restent pour ide simples phénomènes optiques ou acoustiques ; ils ne sug- [ant plus leur idée ; ils ont cessé d’être des signes. C’est une ïi’e forme, plus rare, de la dissociation. Pour les détails, voir £ smaul, ouv. cité, 27« chapitre,

que leur thèse ne difl'ère pas sensiblement de la nôt, sauf dans les termes. « Je me suis demandé, dit Troi. seau, si [l’aphasie] n’est pas tout simplement l’oui des mouvements instinctifs et harmoniques que nci avons tous appris dès notre première enfance et (i constituent le langage articulé; et si, par cet oulj. l’aphasique n’était pas dans les conditions d’un enfij qu’on instruit à bégayer les premiers mots, d’un sou)muet qui, guéri tout à coup de sa surdité, s’essayd imiter le langage des personnes qu’il entend poun première fois. Il y aurait alors entre l’aphasique etj sourd-muet la différence que l’un a oublié ce qu’il avt appris et que l’autre ne sait pas encore. » (Ouvr. ci, p. 718.)

De même Kussmaul : « Si l’on considère la mémo.; comme une fonction générale du système nervev, il faut, pour que les sons soient combinés en mo, admettre à la fois une mémoire acoustique et u; mémoire motrice. La mémoire des mots se trou; ainsi être double : 1° il y en a une pour les mots i tant qu’ils sont un groupe de phénomènes acous* ques; 2® il y en a une autre pour les mots comi3 images motrices {Bewegungsbüder). Trousseau a ft remarquer avec raison que l’aphasie est toujours iductible à une perte de la mémoire soit des sigt; vocaux, soit des moyens par lesquels les mots set articulés. W. Ogie distingue aussi deux mémoires v(baies : une première reconnue de tout le monde, gvà^ à laquelle nous avons conscience du mot, et en oui; une seconde, grâce à laquelle nous l’exprimons. » (0i| cité, p. 156.)

Faut-il admettre que les résidus qui corresponde) à une idée, ceux qui correspondent à son signe voeu

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in signe graphique, aux mouvements qui traduisent et l’autre, sont voisins dans la couche corticale? ;Iles inductions anatomiques peut-on tirer de ce iqu’on perd la mémoire des mouvements sans celle isignes intérieurs, la parole sans l’écriture et l’écri- 1 sans la parole? Les résidus moteurs sont-ils locadans la circonvolution de Broca, comme quelques :urs semblent 1 admettre? On ne peut que poser questions, qui d’ailleurs ne sont pas de notre com- ,uce. Le rapport entre le signe et l’idée, très simple ■ les psychologues d’observation intérieure, deit très complexe pour une psychologie positive, :ie peut rien, tant que l’anatomie et la physiologie iront pas plus avancées.

( faut considérer maintenant l’amnésie des lyS SOUS un autre aspect. Nous l’avons étudiée dans Jature ; nous allons l’étudier dans son évolution, lessayé de faire voir qu’elle porte surtout sur''les nnts moteurs, que c’est là ce qui lui donne un ‘ tère à part; mais, qu’on admette ou non cette îthèse, cela importe peu pour ce qui va suivre. ?'fois 1 aphasie est de courte durée. Parfois elle nt chronique, et, si l’on revoit les malades après nnées d’intervalle, on ne trouve pas que leur tiit changé sensiblement. Mais il y a des cas où •uvelles attaques apoplectiques augmentent l’in- :3 de la maladie : elle suit alors une marche pro- Eve, qui est du plus grand intérêt pour nous. Il t'duit une sorte d’anéantissement par étages, dans 1 la mémoire des signes diminue de plus en plus îvant un certain ordre Cet ordre, en résumé, le

voici : 1® les mots, c’est-à-dire le langage ratioie! 2° les phrases exclamatives, les interjections, ccjui Max Muller désigne sous le nom de « langage émoDn jiel » ; 3° dans des cas très rares, les gestes.

Examinons en détail ces trois périodes de dis lu tion ; nous aurons ainsi embrassé l’amnésie des s ne dans sa totalité.

1° La première période est de beaucoup la pluim portante, puisqu’elle comprend les formes supéri re du langage, celui qui traduit la pensée réfléchûqu est proprement humain. Ici encore, la dissolutionui un ordre déterminé. Certains médecins, même iai les travaux contemporains sur l’aphasie, avaiecrè marqué qu’en pareil cas, la mémoire des noms pr r6 se perd avant celle des substantifs, qui mle-mêmon cède celle des adjectifs. Celte remarque a été confiné depuis par de nombreuses observations. « Les sulal tifs, dit Kussmaul dans son récent ouvrage, e particulier les noms propres et les noms de os; {Sachnamen), sont plus facilement oubliés que les'^ bes, les adjectifs, les conjonctions et les autres pti( du discours i. » Ce fait n’a été noté par les méc:ir qu’en passant. Bien peu en ont recherché les ciseï 11 ne présente pas, en effet, pour eux, d’intérê cl nique, tandis qu’il est d’une grande importance oi la psychologie.

On voit en effet du premier coup d’œil que laju'C^ de l’amnésie va du particulier au général. Elle aeS'’ d’abord les noms propres qui sont purement iliv duels, puis les noms de choses qui sont les plueoi «rets, puis tous les substantifs qui ne sont qu d(

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