‹ Les Maladies de la Mémoire (volume 2)Chapitre 23 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

, squ’ici, notre étude pathologique a été limitée aux lies destructives de la mémoire; nous l’avons vue liantir ou diminuer. Mais il y a des cas tout conles où ce qui paraissait anéanti ressuscite et où de ,3 souvenirs reprennent leur intensité.

Itte exaltation de la mémoire, que les médecins j lient l’hypermnésie, est-elle un phénomène mor- 3? C’est tout au moins une anomalie. Si l’on re- 3[ue en outre qu’elle est toujours liée à quelque E'dre organique ou à quelque situation bizarre et s ite, on ne mettra pas en doute qu’elle rentre dans !■ sujet. Son étude est moins instructive que celle s.mnésies; mais une monographie ne doit rien néi^r. Nous verrons d’ailleurs ce qu’elle apprend sur psistance des souvenirs.

1 i -excitations de la mémoire sont générales ou

L’excitation générale^ de la mémoire est difficit ? déterminer, parce que le degré d’excitation est chose toute relative. Il faudrait pouvoir comparij Ij mémoire à elle-même chez le même individu. La iji? sance de cette faculté variant beaucoup d’un hoi^iK à un autre, il n’y a pas de commune mesure ; l’aEiiésie de l’un peut être l’hypermnésie d’un autre, cist, au fond, un changement de ton qui se produit ins l’état de la mémoire, comme il arrive pour tite autre forme de l’activité psychique : la pensée. Fiagination, la sensibilité. De plus, quand nous di^ns que l’excitation est générale, ce n’est qu’une inaction vraisemblable. Gomme la mémoire est souiiss à la condition de la conscience et que la consciaci ne se produit que sous la forme d’une successm tout ce que nous pouvons constater, c’est que, endant une période plus ou moins longue, une gridi masse de souvenirs surgit dans toutes les é'ec lions.

L’excitation générale de la mémoire parait dépcdll exclusivement de causes physiologiques et en paiou lier de la rapidité de la circulation cérébrale. Aud s( produit-elle fréquemment dans les cas de fièvre a uë Elle se produit encore dans l’excitation maniiué dans l’extase, dans l’hypnotisme, parfois dans léj^ térie et dans la période d’incubation de certaines naadics du -cerveau.

Outre ces cas nettement pathologiques, il y i (

très d’une nature plus extraordinaire qui dépenprobablement de la même cause. Il y a plusieurs s de noyés d’une mort imminente, qui lordent sur ce point « qu’au moment oîTcommenl’asphyxie il leur a semblé voir, en un moment, vie entière dans ses plus petits incidents. » L’un t prétend « qu’il lui a semblé voir toute sa vie rieure se déroulant en succession rétrograde, non me une simple esquisse, mais avec des détails très is, formant comme un panorama de son existence re, dont chaque acte était accompagné d’un sennt de bien ou de mal. »

ms une circonstance analogue, « un homme d’un t remarquablement net traversait un chemin de lu moment où un train arrivait à toute vitesse, iut que le temps de s’étendre entre les deux lignes lils. Pendant que le train passait au-dessus de lui, itiment de son danger lui remit en mémoire tous icidents de sa vie, comme si le livre du jugement I été ouvert devant ses yeux »

ime en faisant la part de l’exagération, ces faits 1 révèlent une suractivité de la mémoire dont me pouvons nous faire aucune idée à l’état nor- ]

[( itérai un dernier exemple dû à l’intoxication par xoi, et je prierai le lecteur de remarquer combien 0 irrae l’explication qui a été donnée plus haut du câsme de la « reconnaissance ». « Il me semble, 1. de Quincey dans ses Confessions d'un manfrl’opzMw, avoir vécu soixante-dix ans ou un siècle

■ lar ces faits et autres de même nature, voir Winslow,

*. <3, p. 303 et suiv.

en une nuit . Les plus petits événements de ma m

nesse, des scènes oubliées de mes premières ani® étaient souvent ravivées. On ne peut dire que je m les rappelais, car, si on me les avait racontées à lia de veille, je n’aurais pas été capable de les reconn n comme faisant partie de mon expérience passée. placées devant moi comme elles l’étaient en ue, comme des intuitions, revêtues de leurs circonstaü les plus vagues et des sentiments qui les accona gnaient, je les reconnaissais instantanément » 142). t

Toutes ces excitations générales de la mémoire^n transitoires : elles ne survivent pas aux causes qu le produisent. Y a-t-il des hypermnésies permanens Si le mot peut être pris dans ce sens un peu fort, i faut l’appliquer à ces développements singuliers i 1 mémoire qui sont consécutifs à quelque acciden Oi trouve sur ce point, dans les anciens auteurs, dethiî toires fort rebattues (Clément VI , Mabillon , etc', 1 n’y a pas de raison de les mettre en doute; car deot servateurs modernes, Romberg entre autres, ontîot un développement remarquable et permanent mémoire à la suite de commotions, de la varioleeti Le mécanisme de cette métamorphose étant im:nf trahie, il n’y a pas lieu d’y insister.

Il /

Les excitations partielles sont par leur nature ilin nettement délimitées. Le ton ordinaire de la méoir

it maintenu dans sa généralité, tout ce qui le asse fait saillie et se constate aisément. Ces hynnésies sont le corrélatif nécessaire des amnésies Lielles ; elles prouvent une fois de plus et sous autre forme que la mémoire consiste en des mères.

ans la production des hypermnésies partielles, on lécouvre rien qui ressemble à une loi. Elles se pré- ;ent à l’état de faits isolés, c’est-à-dire comme ré ant d’un concours de conditions qui nous échapt. Pourquoi tel groupe de cellules, formant telle iciation dynamique, est-il mis en branle plutôt que autre ? On n’en peut donner aucune raison, ni phyogique ni psychologique. Les seuls cas où l’on rrait signaler une apparence de loi sont ceux, dont s parlerons plus bas, où plusieurs langues revient successivement en mémoire.

3s excitations partielles résultent le plus souvent auses morbides, — celles qui ont été indiquées plus \\ ; mais il y a des cas où elles se produisent à l’état [. En voici deux exemples :

Une dame à la dernière période d’une maladie i nique fut conduite de Londres à la campagne. Sa l e fille, qui ne parlait pas encore (fw/ani), lui fut ciée, et, après une courte entrevue, elle fut reconi ! à la ville. La dame mourut quejques jours après, i lie grandit sans se rappeler sa mère jusqu’à l’âge û Ce fut alors qu’elle eut l’occasion de voir la if ibre où sa mère était morte. Quoiqu’elle l’ignorât, I itrant dans cette chambre, elle tressaillit: comme 1 i demandait la cause de son émotion : « J’ai, ditle l’impression distincte d’être venue autrefois dans it| chambre. Il y avait dans ce coin une dame cou-

chée, paraissant très malade, qui se pencha sur ij et pleura »

« Un homme doué d’un tempérament artistique Im marqué (ce point est à noter) alla avec des amis hN une partie près d’un château du comté de Sussex, q il n’avait aucun souvenir d’avoir visité. En approchil de la grande porte, il eut une impression extrêmemit vive de l’avoir déjà vue, et il revoyait non seulembt cette porte, mais des gens installés sur le haut etm bas des ânes sous le porche. Cette conviction igulière s’imposant à lui, il s’adressa à. sa mère, pir avoir quelques éclaircissements sur ce point. Il apit d’elle qu’étant âgé de seize mois, il avait été conduim partie dans cet endroit, qu’il avait été porté dam'in panier sur le dos d’un âne ; qu’il avait été laisséSn bas avec les ânes et les domestiques, tandis que es plus âgés de la bande s’étaient installés pour maier au-dessus de la porte du château »

Le mécanisme du ressouvenir dans ces deux cane peut donner lieu à aucune équivoque. C’est une r/iviscence par contiguïté dans l’espace. Ils présenibt, seulement sous une forme plus frappante et plus ire, ce qui se rencontre à chaque instant dans la vi: A qui n’est-il pas arrivé, pour recouvrer un sou\air momentanément perdu , de retourner à l’endroi où l’idée a surgi, de se remettre autant que possible mi la même situation matérielle et de le voir renaître )ul d’un coup ?

Quant à l’hypermnésie de cause morbide, je 'en donnerai qu’un exemple pour servir à ce type :

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