‹ Les Maladies de la Mémoire (volume 2)Chapitre 5 sur 61 · Carpeuter, Mental Physiology, p · texte numérisé non relu

Carpeuter, Mental Physiology, p

2. Trousseau, Leçons cliniques, t. It, XLI, § 2. On trouvera au même endroit plusieurs autres faits de ce genre. Nous y reviendrons en parlant de la pathologie de la mémoire.

ment de la mémoire, quels changements a subis le système nerveux , quancTun groupe de mouvements est définitivement organisé ? Nous arrivons ici à la dernière question qu’on puisse , sans sortir des faits , se poser à propos des bases organiques de la mémoire ; et si la mémoire organique est une propriété de la vie-ani^ male, dont la mémoire psychologique n’est qu’un cas particulier, tout ce que nous pourrons découvrir ou conjecturer sur ses conditions ultimes sera applicable à la mémoire tout entière.

Il nous est impossible, dans cette recherche, de ne pas faire une part à l’hypothèse. Mais, en évitant toute conception à priori, en nous tenant près des faits, en nous appuyant sur ce qu’on sait de l’action nerveuse, nous évitons toute grosse chance d’erreur. Notre hypothèse est d’ailleurs apte à d’incessantes modifications. Enfin, à la place d’une phrase vague sur la conservation et la reproduction de la mémoire, elle substituera dans notre esprit une certaine représentation du processus extrêmement complexe qui la produit et la soutient.

Le premier point à établir est relatif au Isiège de la mémoirejGette question ne peut donner lieu actuellement à aucune controverse sérieuse: « On doit regarder comme presque démontré, dit Bain, que l’impression renouvelée occupe exactement les mêmes parties que l’impression primitive et de la même manière. » Pour en donner un exemple frappant, l’expérience montre que l’idée persistante d’une couleur brillante fatigue le nerf optique. On sait que la perception d’un objet coloré est souvent suivi d’une sensation consécutive qui nous montre l’objet avec les mêmes contours, mais avec la couleur complémentaire de la couleur réelle. 11 peut en être de même pour l’image (le souvenir). Elle laisse,

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quoique avec une intensité moindre, une image consécutive. Si, les yeux fermés, nous tenons une image d’une couleur très vive longtemps fixée devant l’imagination, et qu’après cela, ouvrant brusquement les yeux, nous les portions sur une surface blanche, nous y verrons durant un instant très court l’image contemplée en imagination, mais avec la couleur complémentaire. Ce fait, remarque Wundt à qui nous l’empruntons, prouve que l’opération nerveuse est la même dans les deux cas, dans la perception et dans le souvenir *.

Le nombre des faits et des inductions en faveur de cette thèse est si grand qu’elle équivaut presque à une certitude et qu’il faudrait des raisons bien puissantes pour l’ébranler. En fait, il n’y a pas une mémoire, mais des mémoires ; il n’y a pas un siège de la mé- "moire, mais des sièges particuliers pour chaque mémoire particulière. Le souvenir n’est pas, suivant l’expression vague de la langue courante, « dans l’âme » : il est fixé à son lieu de naissance, dans une partie du système nerveux.

Ceci posé, nous commençons à voir plus clair dans le problème des conditions physiologiques de la, mémoire. Pour nous, ces conditions sont les suivantes :

X. l» Unelmodification particulière imprimée aux éléments nerveux ;

2“ Une association, une connexion particulière établie entre un certain nombre de ces éléments.

On n’a pas donné à cette seconde condition l’importance qu’elle mérite, comme nous essayerons de le montrer.

1. Pour plus de détails sur ce point, voir Bain, Les sens dr rintelligencc, trad. Cazelles, p. 30 1 et appendice D.

Pour nous en tenir, en ce moment, à la mémoire organique, prenons l’un de ces mouvements automatiques secondaires qui nous ont servi de type, et considérons ce qui se passe pendant la période d’organisa- „/on : soit, par exemple, les mouvements des membres nférieurs pendant la locomotion.

Chaque mouvement exige la mise en jeu d’ in certain nombre de muscles superficiels ou profonds, de tendons, d’articulations, de ligaments, etc. Ces modifications — au moins la plupart — sont transmises au sensorium. Quelque opinion que l’on professe sur les conditions anatomiques de la sensibilité musculaire, il est certain qu’elle existe, qu’elle nous fait connaître la partie de notre corps intéressée dans un mouvement et qu’elle nous permet de le régler.

Que suppose ce fait? Il implique des modifications reçues et conservées par un groupe déterminé d’éléments nerveux. « Il est évident, dit Maudsley (qui a si bien étudié le rôle des mouvements chez l’homme), qu’il I y a dans les centres nerveux des résidus provenant des réactions motrices. Les mouvements déterminés ou effectués par un centre nerveux particulier, laissent, comme les idées, leurs résidus respectifs, qui, répétés plusieurs fois, s’organisent ou s’incarnent si bieni dans sa structure que les mouvements correspondants

peuvent avoir lieu automatiquement . Quand nous

disons : une trace, un vestige ou un résidu, tout ce que nous voulons dire c’est qu’il reste dans l’élément organisme un certain effet, un quelque chose qu’il retient et qui le prédispose à fonctionner de nouveau de la même manière » C’est cette organisation des « l’é-

1. Maudsley, Physiologie' de l'esprit, trad. Herzeu, p. 233 et 2S2.

LA MÉMOIRE COMME FAIT BIOLOGIQUE

iidiis » qui, après la période de tâtonnement dont nous ,vons parlé, nous rend aptes à accomplir nos mouve- Qcnts avec une facilité et une précision croissantes, usqu’à ce qu'enfin ils deviennent automatiques.

En soumettant à l’analyse ce cas très vulgaire de :iémoire organique, nous voyons qu’il implique les eux conditions mentionnées ci-dessus.

La première est une modification particulière iin- Timée aux éléments nerveux. Comme elle a été souenl signalée, nous nous y arrêterons peu. D’abord le let nerveux, vierge par hypothèse, recevant une imression toute nouvelle, garde-t-il une modilication ermanente?Ge point est discuté. Les uns voient dans is nerfs un simple conducteur dont la matière constijante, un moment troublée, revient à son état d’équibre primitif. Que l’on explique la transmission par es vibrations propagées le long du cylindre-axe ou ar une décomposition chimique de son protoplasma, est cependant difficile d’admettre qu’il n’en reste ien. Sans insister, nous trouvons au moins dans la ellule nerveuse l’élément qui, d’un commun accord, 3çoit, emmagasine et réagit. Or l’impression, une )is reçue, la marque d’une empreinte. Par là, « il se roduit une aptitude et avec elle une différenciation de élément, quoique nous n’ayons aucune raison de roire qu’à l’origine cet élément dilférât des cellules erveuses homologues. » (Maudsley, loc. cit., p. 252.) Toute impression laisse une certaine trace ineffaçale, c’est-à-dire que les molécules, une fois arrangées utrement et forcées de vibrerd’une autre façon, ne se îmettront plus exactement dans l’état primitif. Sij’efeuic la surface d’une eau tranquille avec une plume,

! liquide ne re[ rendra plus la forme qu’il avait aupa-

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l'avant; il pourra de nouveau présenter une surfai tranquille, mais des molécules auront changé de plac et un œil suffisamment pénétrant y découvrirait cert; nemcnt l’événement du passage de la plume. Des mi lôcules animales dérangées ont donc acquis par là i degré plus ou moins faible d’aptitude à subir ce déra‘ gement. Sans doute, si cette même activité extérieui ne vient plus agir de nouveau sur ces mêmes mol cules, elles tendront à reprendre leur mouvement n turel ; mais les choses se passeront tout autrement elles subissent à plusieurs reprises cette même actio Dans ce cas, elles perdront peu à peu la faculté revenir à leur mouvement naturel et s’identifieront plus en plus avec celui qui leur est imprimé, au poi qu’il leur deviendra naturel à son tour et que plus ta elles obéiront à la moindre cause qui les mettra branle b »

11 est impossible de dire en quoi consiste cette mo fication. Ni le microscope ni les réactifs, ni l’histoloj ni rhistochimie ne peuvent nous l’apprendre ; mais faits et le raisonnement nous démontrent qu’elle lieu,

La deuxième condition, qui consiste clans l’établis! ment d’associations stables entre divers groupes d’é ments nerveux, n’a pas jusqu’ici attiré l’attention, ne vois pas que les auteurs même contemporains aient signalé l’importance. C’est cependant une coni quence nécessaire de leur thèse sur le siège de la nr moire.

Quelques-uns semblent admettre, au moins impli tement, ru'un souvenir, organique ou conscient,

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