CHAPITRE II
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
Les matériaux pour l’étude des maladies de la r* moire sont abondants. Ils se trouvent épars dans s livres de médecine, dans les traités de maladies m taies, dans les écrits de divers psychologues. Ou pi sans trop de peine les rassembler; on a ainsi sousi main un recueil suffisant d’observations. Le difficile t de les classer, de les interpréter, d’en tirer quelqî conclusions sur le mécanisme de la mémoire. A I égard, les faits recueillis sont d’une valeur très inéga les plus extraordinaires ne sont pas les plus instructi les plus curieux ne sont pas les plus lumineux. Les r decins à qui nous les devons pour la plupart ne les i guère décrits et étudiés qu’en vue de leur art. Un ( sordre de la mémoire n’est pour eux qu’un symptôn ils le notent à ce titre; ils s’en servent pour établir diagnostic et un pronostic. De même pour la class cation : ils se contentent de rattacher chaque ( d’amnésie à l’état morbide dont il est l’effet : raraoll sement, hémorrhagie, commotion cérébrale, into: cation, etc , etc.
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
’our nous, au contraire, les maladies de la mémoire 1 vent être étudiées en elles-mêmes, à titre d’états l 'chiques morbides qui peuvent nous faire mieux mprendre l’état sain. Quant à leur classilication . us en sommes réduits à la faire d’après les ressem- I nces et les différences. Nous n’en savons pas assez [ g pour essayer une classification naturelle, c’est-à- [e d’après les causes. Je dois donc déclarer, pour I venir toute objection, que la classifieation qui va ivre n’a d’autre but que de mettre un peu d’ordre lis la masse confuse et hétérogène des faits, et que me me dissimule pas qu’à beaucoup d’égards elle i arbitraire.
jes désordres de la mémoire peuvent être limités à lii seule catégorie de souvenirs et laisser le reste rjict, en apparence au moins : ce sont les désordres tiiels. D’autres, au contraire, affectent la mémoire et entière sous toutes ses formes, coupent en deux ou esieurs fronçons notre vie mentale, y creusent des rus que rien ne comble ou bien la démolissent en [ilité par action lente : ce sont les désordres généi^x.
fous distinguerons donc d’abord deux grandes clase: les maladies générales et les maladies partielles de ïuémoire. Les premières seules feront l’objet de ce Lpitre. Nous les étudierons sous les titres suivants : Hamnésies temporaires; ^ amnésies périodiques; .^iimnésies à forme progressive, les moins curieuses et îiplus instructives; 4“ nous terminerons par quelques 3ls sur l’amnésie congénitale.
•li£S amnésies temporaires^ procèdent le plus somil par invasion brusque et finissent de même d’une r nière inopinée. Elles embrassent une période de ten; qui peut varier de quelques minutes à quelques anni j. Les cas les plus courts, les plus nets, les plus c(imuns se rencontrent dans Vépilepsie.
Les médecins ne sont d’accord ni sur la nature, ni r le siège, ni sur les causes de cette maladie. Ce problème n’est ni de notre sujet ni de notre compétence. 11 n^s suffit de savoir que tous les auteurs sont unanimeà reconnaître trois formes : le grand mal, le petit ma t le vertige; qu’ils les considèrent moins comme des • riélés distinctes que comme des degrés d’un même 1 1 morbide; qu’enfin plus l’attaque est modérée dans s manifestations extérieures, plus elle est funeste pu l’intelligence. L’accès est suivi d’un désordre merl qui peut se traduire aussi bien par de simples biz-i reries et des actes ridicules que par des crimes. Tu ces actes ont un caractère commun que Hughliui Jackson désigne sous le nom à' automatisme mental. ! ne laissent aucun souvenir, sauf dans quelques cas, i il reste quelques traces de mémoire extrêmenri faible.
Un malade, en consultation chez son médecin, , pris d’un vertige épileptique. Il se remet aussitd mais il a oublié qu’il vient de payer un moment avi] l’attaque L — Un employé de bureau se retrouve:
1. Les faits cités sont empruntés pour la plupart au mémo) de Hughlings Jackson publié dans le West Riding Asylum ,
LES AMNÉSIES GÉNÉRALES
in pupitre, les idées un peu confuses, sans autre malise. Il se souvic .1 d’avoir commandé son dîner au istaurant ; à partir de ce moment, tout souvenir lui fait [faut. Il revient au restaurant; il apprend qu’il a rangé, qu'il a payé, qu’il n’a pas paru indisposé et f’il s’est remis en marche vers son bureau. Cette ïsence avait duré environ trois quarts d’heure. — ti autre épileptique, pris d’une attaque, tombe dans ;e boutique, se relève et s’enfuit en laissant son cha- Cau et son carnet. On me retrouva, dit-il, à un demiîomètre de là; je demandais mon chapeau dans ;ites les boutiques; mais Je n’avais pas conscience de ; que je faisais, et je ne revins à moi qu’au bout de minutes en arrivant au chemin de fer. — Trousmu rapporte le cas d’un magistrat qui, siégeant à lôtel de ville de Paris, comme membre d’une société t ante, sortait nu-tête, allait jusqu’au quai et reveiit à sa place prendre part aux discussions, sans ii:un souvenir de ce qu’il avait fait.
Souvent le malade continue pendant la période liutomatisme les actes auxquels il se livrait au moint de l’accès, ou bien il parle de ce qu’il vient de Î!. Nous en avons donné des exemples dans le prévient chapitre. — Rien n’est moins rare que des tenîives infructueuses de suicide dont il ne reste, après (vertige épileptique, aucune trace dans la mémoire. Cil en est de même pour les tentatives criminelles. 3 cordonnier, pris de manie épileptique le jour de i«\ mariage, tue son beau-père à coups de tranchet.
traduit dans la Revue scievHfique du 19 février 1876, et iTtravail de Falret sur l’état mental des épileptiques dans les VJûves de médecine, décembre 1S6(J, avril et octobre 1861.
Revenu à lui au bout de quelques jours, il n’avait is ' ta plus légère connaissance de ce qu’il avait fait
Voilà assez d’exemples pour que le lecteur puie comprendre la nature de l’amnésie épileptique mi x j que par des descriptions génerâïes. Une certaine !- 1 riode d’activité mentale est comme si elle n’avait is | été : l’épileptique ne la connaît que par le témoign e d’autrui ou par de vagues conjectures. Tel est le 1 1, Quant à son interprétation psychologique, il y a d x hypothèses possibles.
On peut admettre : ou bien que la période d’aumatisme mental n’a été accompagnée d’aucune 0^-' science : en ce cas, l’amnésie n’a pas besoin d’tie expliquée ; rien n’ayant été produit, rien ne peut ée conservé ni reproduit; — ou bien il y a eu conscier * mais à un degré si faible, que l’amnésie s’ensuit, e' crois que cette deuxième hypothèse est la vraie d s un grand nombre de cas.
D’abord, à s’en tenir au raisonnement seul, il t difficile d’admettre que des actes fort compliqu j adaptés à différents buts, s’accomplissent sans quekj conscience au moins intermittente. Qu’on fasse ail large qu’on voudra la part de l’habitude, il faut bi' reconnaître que, si là où il y a uniformité d’actiorii conscience tend à disparaître, là où il y a diversi elle tend .à se produire.
Mais le raisonnement ne peut donner que des pos| bilités : l’expérience seule décide. Or il y a des fa| qui prouvent l’existence d’une certaine conscienc| même dans ces cas extrêmement nombreux, où le n lade ne garde aucun souvenir de son accès. « Quelqu’