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LES AMNÉSIES GÉNÉRALES

leptiques, interpellés pendant leur crise d’une mare brusque avec le ton du commandement, réponit aux questions d’une voix brève et en criant, ccès fini, ils ne se souviennent ni de ce qui leur a dit, ni de ce qu’ils ont répondu. — Un enfant à qui 1 faisait respirer pendant ses accès de l’éther ou l'ammoniaque dont l’odeur lui était insupportable lit avec rage : Va-t’en, va-t’en, va-t’en! et l’accès niné, ignorait qu’il l’eût eu. » — « Quelquefois, les eptiques parviennent, avec beaucoup d’efiorts, à i’ouver dans leur mémoire plusieurs faits qui se sont iduits pendant leur accès, surtout ceux qui ont eu

; dans les derniers moments . Us sont alors dans

[état comparable à celui où l’on sort d’un rêve péiie. Les principales circonstances de l’accès leur ont ’)ord échappé ; ils commencent par nier les faits Qn leur impute ; peu à peu, ils se rappellent un lain nombre de détails qu’ils semblaient d’abord Ur oubliés ’ . »

i, dans ces cas, les circonstances permettent d’afner qu’il y a eu conscience, nous pouvons croire i) témérité qu’il en est de même dans beaucoup pitres. Je ne veux d’ailleurs pas soutenir que cela ait e toujours. Le magistrat dont il a été question plus Bit se dirigeait assez bien pour éviter les obstacles, ^/oitures et les passants: ce qui dénote une certaine )|5cience; mais dans un cas analogue, rapporté par

Îhlings Jackson , le malade est renversé par un libus et manque une autre fois de faire une chute 3 la Tamise.

I pmment donc expliquer l’amnésie dans les cas où («Trousseau, Leçons cliniques, t. II, p. 114. Falret, loc. cil.

il y d eu des étals de conscience? Par la faible e extrême de ces états. L’état de conscience ne sefü, en définitive, que par deux moyens : l’intensité, la > pétition ; ce dernier moyen se ramène à l’autre, puque la répétition est une somme de petites intensif. Ici, il n’y a ni intensité ni répétition. Le désor e mental qui suit l’accès me paraît très bien défini r Jackson lorsqu'il l'appelle « un rêve épileptique ». n de ses malades, âgé de dix-neuf ans et peu suspect e dogmatiser sur la question, a trouvé spontanément a même expression. « A la suite de son accès, il se ctcha. Une fois couché, il dit (parlant à un ami imajnaire) : Attends un instant, William, je viens. 11 c^cendit, ouvrit les portes, sortit en chemise. Lefroidu pavé le fit revenir à lui ; alors son père le touci. Il dit : Ah 1 très bien, j'ai fait un rêve , et il se coucha. »

Rapprochons du rêvje, l’état mental des épileptiqis pour aller du connu a l’inconnu. Rien de plus iqent que les rêves dont le souvenir disparaît imméa-t tement. Nous nous éveillons pendant la nuit ; le s -t venir du rêve interrompu est très net j le lenderafi,» il n’en reste plus aucune trace. Cela est encore p s i frappant au moment du réveil. Nos songes nous ap -jj raissent alors avec beaucoup de vivacité ; une he e'j après, ils sont effacés pour jamais. A qui n’est-il Ss arrivé de se perdre en vains efforts pour se rappe r J un rêve de la nuit précédente dont on ne sait ps( rien, sinon qu’on l’a eu ?

L explication est simple. Les états de conscience lii constituent le rêve sont extrêmement faibles. Ils -1 raissent forts, non parce qu’ils le sont en réalité, ms parce qu’aucun état fort n’existe pour les rejeter i i

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:ond plan. Dès que l’état de veille recommence, tout remet à sa place. Les images s’effacent devant les l’ceptions, les perceptions devant un état d’attention iitenue , un état d’attention -soutenue devant une :e fixe. En somme, la conscience pendant la plupart fi rêves a un minimum d’intensité.

jS. difficulté est donc d’expliquer pourquoi, pendant Dériode qui suit l’accès épileptique, la conscience îibe à un minimum. Ni la physiologie ni la psycho- !ie ne peuvent le faire, puisqu’elles ignorent la conon de la genèse de la conscience. Le cas est d'auit plus embarrassant que l’amnésie est liée au délire |leptique, à lui seul. Voici en effet ce qui arrive chez îsujets qui sont à la fois alcooliques et épileptiques, f malade pendant le jour est pris d’une crise épilep- (le ; il brise tout ce qui est à sa portée, se livre à f actes de violence. Après une courte période de bission, il est pris pendant la nuit de délire alalique caractérisé, comme on le sait, par des visions i ifiantes. Le lendemain, revenu à lui, il se rappelle il le délire de la nuit ; il n’a aucun souvenir du dér de la journée L

y a encore une autre difficulté. Si famnésie vient ja faiblesse des états de conscience primitifs, com- II t se fait-il que ces états, si faibles par hypothèse, i rminent des actes? — Suivant Hughlings Jackson, ’liutomatisme mental provient d’un excès d’action 3 centres nerveux inférieurs qui se substituent aux lires supérieurs ou centres dirigeants. » Nous n’auos ici qu’un cas particulier d’une loi physiologique e connue : Le pouvoir excito-moteur des centres

1 Magnan. Clinique de Sainte-Aune. 3 mars 1879.

réflexes augmente, quand leur connexion avec lesmtres supérieurs est rompue *.

Restreignons-nous au problème psychologique il est possible d’y répondre. Si l’on s’obstine à fairde la conscience une « force » existant et agissant ar elle-même, tout devient obscur. Mais si l’on adi:t, comme nous l’avons dit dans le précédent chap e, que la conscience est l’accompagnement d’un at nerveux, lequel reste l’élément fondamental, tout evient clair. Il n’y a du moins aucune contradictb à admettre qu’un état nerveux, suffisant pour dérminer certains actes, soit insuffisant pour éveillf la conscience. La production d’un mouvement et de d’un état de conscience sont deux faits distinct et indépendants ; les conditions d’existence de Futie sont pas celles de l’autre.

Remarquons pour terminer que la conséquenceV taie des accès épileptiques répétés, surtout soûla forme de vertige, est l’affaiblissement progressif dla! mémoire dans sa totalité. Cette forme d’amnésie ra! étudiée plus loin.

Nous passons maitenant à des cas d’amnésie tenoraire d’un caractère destructeur. Dans les exemas' précités, le capital accumulé jusqu’au moment dla maladie n’est pas entamé : il arrive seulement le

1. « Un caractère très important de la manie épileptiquelil Falret [loc. cit), c’est la ressemblance absolue de tous les lèj chez le même malade, non seulement dans leur ensemble, J! encore dans chacun de leurs détails... Le même malade expie les mêmes idées, profère les mêmes paroles, se livre aux miï actes. Il y a une surprenante uniformité dans tous les acc •

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uelque chose qui a été dans la conscience ne reste as dans la mémoire. Dans les cas qui vont suivre, une arlie du capital est perdu. Ces cas sont les plus frapants pour l’imagination. Il est possible qu’un jour, vec les progrès de la physiologie et de la psychologie, s nous en apprennent beaucoup sur la nature de la lémoire. Pour le moment, ils ne sont pas les plus insructifs, — à mes yeux du moins et sans vouloir pi’éjger ce qu’ils révéleront aux autres.

Ges cas difl'èrent beaucoup entre eux. Tantôt la uspension de la mémoire part du début de la maladie our s’étendre en avant, tantôt elle recule un peu ur les derniers événements passés ; le plus souvent. Ile s’étend dans les deux sens, £n ayant et en arrière, uelquefois la mémoire revient d’elle-même, brusquement, quelquefois lentement et avec un peu d’aide ; jelquefois la perte est absolue, il faut procéder à le rééducation complète. Nous allons donner des ;emples de tous ces cas.

» Une jeune femme, mai’iée a un homme qu’elle allait passionnément, fut prise en couches d’une longue fucope' à la suite de laquelle elle avait perdu la ménire du temps qui s’était écoulé depuis son mariage iiîlusivement. Elle se rappelait très exactement tout

h reste de sa vie jusque-là . Elle repoussa avec

eroi dans les premiers instants son mari et son enfant q’on lui présentait. Depuis, elle n’a jamais pu recou- V r la mémoire de cette période de la vie ni des événnents qui l’ont accompagnée. Ses parents et ses ads sont parvenus, par raison et par l’autorité deleui Uioignage, à lui persuader qu’elle est mariée et q|elle a un fds. Elle les croit, parce qu’elle aime mieux P|iser qu’elle a perdu le souvenir d’une année que de ïliBOT. — Mémoire. 4

les croire tous des imposteurs. Mais sa conviction, s |.j conscience intime n’y est pour rien. Elle voit là so if. mari et son enfant sans pouvoir s’imaginer par quel fl magie elle a acquis l’un et donné le jour à l’autre i. ^

Nous avons là un exemple d’amnésie irréparaWiJ s’étendant en arrière seulement. Quant à sa raisc, psychologique, on peut la trouver également dans ur destruction des résidus et dans une impossibilité de reproduction. Dans le cas suivant, rapporté par Laj cock, l’amnésie ne s’étend qu’en avant et ne peut êti attribuée par conséquent qu’à une impossibilité poi tes états de conscience d’étre enregistrés et conservé Le mécanicien d’un navire à vapeur tombe sur le dos le derrière de sa tête heurte contre un objet dur ; il res; quelque temps inconscient. Revenu à lui, il recouvi assez vite une parfaite santé physique; il conserve souvenir de toutes les années écoulées jusqu’à son acc dent; mais, à partir de ce moment, la mémoire n’exis plus, même pour les faits strictement personnels. « E| arrivant à l’hôpital, il ne peut dire s’il est venu à piei en voiture ou par le chemin de fer. En sortant de d(: jeûner, il oublie qu’il vient de le faire : il n’a aucur idée de l'henre, ni du jour, ni de la semaine. Il essaj par la réflexion de répondre aux questions qui lui soi posées; il n’y parvient pas. Sa parole estlente,mais pr cise. Il dit ce qu’il veut dire et lit correctement. » Cet infirmité disparut grâce à une médication appropriée

1. Lettre de Charles Villiey's à G. Cuvier (Paris. Lenormant, 18ÛÏ citée dans Louyer Villerraay, Essais sur les maladies de la m moire, p. 76-77. Ce petit travail de L. Villermay, dont il n’y. d’ailleurs pas beaucoup à tirer, a paru dans les Mémoires ( la Société de médecine de Paris, 1817, t.

2. Laycock, On certains disorders and defects of memory, p. 1

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En général, dans les cas d’amnésie temporaire due à une commotion cérébrale, il se produit un effet rétroactif. Le malade, en reprenant conscience, n’a pas seulement perdu le souvenir de l’accident et de la période qui l’a suivi; il a aussi perdu le souvenir d’une période plus ou moins longue, antérieure à l’accident. On en pourrait donner de nombreux exemples ; je n’en cite qu’un, rapporté par Garpenter (ouv. cité., p. 450). « Un homme conduisait en cabriolet sa femme et son enfant. Le cheval, pris de frayeur, s’emporta. Après de vains efforts pour en devenir maître, le conducteur fut jeté violemment à terre et reçut une forte secousse du cerveau. En revenant à lui, il avait oublié les antécédents immédiats de l’accident. La dernière chose qu'il se rappelât, c’était la rencontre d’un ami sur sa route, à environ deux milles de l’endroit où il avait été renversé. Mais il n’a recouvré, jusqu’à ce jour, aucun souvenir de ses efforts pour maîtriser le cheval, ni de la terreur de sa femme et de son enfant*. »

Voici maintenant des cas d’amnésie d’un caractère seaucoup plus grave, dont quelques-uns ont nécessité me rééducation complète. Je les emprunte à la revue inglaise Brain.

ji La première observation, rapportée par le Dr Mor-

I 1. On trouvera d'autres cas de ce genre dans le Dictionnaire 1 ncyclopédique des sciences médicales, art. Amnésie, par J. Falret, Vt. 728.

^ji Cette paralysie de la mémoire due à une commotion n’est pas "are. Un cas récent a été communiqué par le Motet à la Soiété de médecine de Paris et a donné lieu à une intéressante liscussion sur l’amnésie temporaire. Voir \’Union médicale du

juin 1879.

Ci'l- LES MALADIES DE LA MÉMOIRE H

li merle ranŸiuêy\st celle d’une femme cre vingt-six ansl ■1 ystériqtro7’quî7à la suite d’un travail excessif, fut pr^iB d’une crise violente avec perte complète de conscience'* « Quand la conscience commença à revenir, les dernières idées saines formées avant la maladie se mêlaient d’une manière bizarre aux nouvelles impression! reçues, comme dans le cas où l'on sort lentement d’uni rêve. Assise sur son lit près de la fenêtre, pour voir le passants dans la rue, la malade appelait tous le objets mouvants « des arbres en marche », et, quan on lui demandait où elle avait vu ces choses, elle ré pondait invariablement ; « dans l’autre Evangile. En un mot, dans son état mental, l’idéal et le réel n se distinguaient pas. Ses souvenirs étaient indistincts et, en ce qui concerne un grand nombre de choses or dinaires qui constituaient le fond principal de ses peu sées avant son attaque, sa mémoire était nulle. Le idées immédiatement antérieures à la maladie sera Liaient avoir si bien saturé son esprit, que les pre mières impressions qu’elle reçut en étaient tout impré gnées, tandis que l’enregistrement de Y avant- demie. travail cérébral était pour ainsi dire oblitéré. Par exem pie, quoique cette femme gagnât sa vie en donnant de leçons, elle n’avait aucun souvenir d'une chose auss simple que ce qui sert à écrire. Si on lui mettait un plume ou un crayon dans la main, comme on aurai pu le faire dans celle d'un enfant, ils n’étaient pa saisis, même par action réflexe. Ni la vue ni le contac de l’instrument n’éveillaient d’association d’idées. L.' plus parfaite destruction du tissu cérébral n’aurait pa effacé plus complètement les effets de l’éducation e' de l’habitude. Cet état dura quelques semaines. » L; cnémoire de ce qui avait été oublié fut recouvrée len

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tement, péniblement, sans nécessiter cependant une rééducation aussi complète que dans le cas qui va suivre t. .

La deuxièmeobservation, due au professeur Sharpey, ) est l’un de^xempies- les plus curieux de réédu-calion qui aient été décrits. Je n’extrais de son long article que les détails psychologiques. Il s’agit encore d’une femme de vingt-quatre ans, de complexion délicate, qui pendant six semaines environ fut prise d’une tendance irrésistible cà la somnolence. Cet état s'aggrava de jour en jour. Vers le 10 juin, il devint impossible de l’éveiller. Elle resta ai;;ji pendant deux mois. Pour la nourrir, on portait à ses lèvres une cuiller, elle avalait ; quand elle était rassasiée, elle serrait les dents et éloignait la bouche. Elle paraissait distinguer les saveurs, car elle refusa obstinément certains mets. Elle eut quelques courts moments de réveil à de rares intervalles. Elle ne répondait à aucune question, ne reconnaissait personne, sauf une fois, « une ancienne connaissance qu’elle n’avait pas vue depuis douze mois. Elle la considéra longtemps, cherchant probablement son nom. L’ayant trouvé, elle le répéta plusieurs fois en lui serrant la main ; puis elle retomba dans son ■sommeil. » Vers la fin d’août^ elle revint peu à peu à son état normal.

Ici commence le travail de sa rééducation. « En revenant de sa torpeur, elle paraissait avoir oublié presque tout ce qu’elle avait appris. Tout lui semblait nouveau ; elle ne reconnaissait pas' une seule personne, néme ses plus proches parents. Gaie, remuante, inat-

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